Chapitre 43 - Partie 2

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  À notre arrivée en haut de la colline, Lunixa s'arrêta, émerveillée pour le groupe d'enfant qui dévalait la pente. Pendant plusieurs minutes, elle resta immobile à les regarder glisser sur leur luge. On aurait dit qu'elle ne s'en lasserait jamais. Une lueur d'envie s'alluma dans ses yeux. Elle voulait en faire.

  –Ce n'est pas dangereux ? demanda-t-elle sans les quitter des yeux.

  –Normalement, non.

  –On dirait des petits traîneaux.

  Un sourire sincère vint illuminer son visage et mon regard s’accrocha à ses lèvres. Elles étaient légèrement gercées par le froid mais toujours aussi attirantes. Mon cœur eut un battement plus puissant que la normale et je sentis de nouveau la chaleur de mon pouvoir affleurer sous ma peau. Avait-elle la moindre idée de ce qu'elle provoquait en moi ? Je me forçai à me concentrer sur autre chose avant de faire une bêtise.

  –Hé, les enfants, les hélai-je. Est-ce que l'un de vous pourrait lui prêter une luge ? Elle n'en a jamais fait.

  Tous leurs petits sourcils se froncèrent et il se regardèrent entre eux, perdus.

  –Pourquoi tu n'as jamais fait de luge ? demanda l'une des fillettes.

  Lunixa se mit accroupi devant elle pour être à sa hauteur.

  –Parce que là d'où je viens il n'y a jamais de neige, lui expliqua-t-elle d'une voix douce.

  –Vraiment ?

  –Vraiment.

  La petite pencha la tête sur le côté, intriguée, puis elle passa la main dans les cheveux de Lunixa. Son sourire n'en fut que plus franc.

  –Je n'ai pas de neige dans les cheveux, ils sont justes blancs.

  –Mais t'es pas vieille, s'étonna un garçon.

  –Je sais, mais c'est comme ça.

  –Tu veux venir sur ma luge ? proposa la fillette.

  –Vous êtes sûr que c'est bon ? me demanda Lunixa en se retournant vers moi.

  –Bien sûr, vas-y.

  Elle en avait tellement envie. Ce serait inhumain de lui interdire. Et puis, même si elle m'avait épousé, elle ne serait pas une Talviyyörienne tant qu'elle n'aurait pas réalisé sa première descente.

  La fillette lui prit la main et l'amena vers sa luge. Elle s'installa à l'avant pendant que j'aidais Lunixa à retirer ses planches de marches.

  –Voilà, assieds-toi derrière elle et tiens-la par la taille, lui indiquai-je.

  Elle opina d'un hochement de tête et prit place. Afin qu'elles rejoignent plus facilement le bord de la pente je les poussai, puis leur donnait une petite impulsion. La luge s'inclina, un couinement échappa à Lunixa, provoquant le rire de enfants, et elles dévalèrent la colline. Un sourire amusé s'étendit sur mes lèvres. Avait-elle vraiment couiné ?

  Mine de rien, la pente était assez raide pour une première descente. J'aurais peut-être dû choisir un endroit moins incliné. Mais bon, une petite bouffée d'adrénaline ne faisait de mal à personne.

  Lunixa et la petite arrivèrent en bas du coteau au bout d'une minute, mais il leur en fallut plus de cinq pour remonter jusqu'à nous. Sans leur planche de marche, elles s'enfonçaient profondément dans la neige à chaque pas. Je les rejoignis pour les aider à réaliser les derniers mètres restant.

  –Alors ? m’enquis-je.

  –Je ne m'attendais pas à cela, avoua Lunixa. C'était plus intense et rapide que je ne le pensais.

  –Et encore selon la descente, la luge peut aller bien plus vite. Mais il faut faire attention à l'environnement dans ce cas, pour que cela ne devienne pas dangereux.

  –Oui, je comprends.

  –Hé, Monsieur ! m'interpella l'un des enfants. Vous voulez bien faire de la luge avec moi ?

  –Et moi avec la dame aux cheveux blancs ! s'écria un autre.

  Je reportai mon attention sur Lunixa.

  –Qu'en penses-tu ?

  Elle haussa des épaules avec nonchalance.

  –Pourquoi pas ? Nous n'avons rien d'autre à faire.

  Son ton se voulait détaché, mais il y eu une légère fluctuation dans sa voix qui prouvait le contraire. Elle avait envie d’en refaire.

  Nous fîmes de la luge pendant tout l'après-midi et Lunixa ne cessa de sourire tout du long. Pour la première fois, je l'entendis même rire. Et Dame Nature, son rire était magnifique. Je ne l'avais jamais vu aussi détendue depuis son arrivée au palais. Cela me fit plaisir de la voir ainsi.

  À mesure que les heures passaient, d'autres personnes, enfants comme jeunes du village, se joignirent à nous. Puis les simples descentes se muèrent en courses. À la fin de la journée, près d'une trentaine de luges s'affrontaient à chaque fois et à force de passer sur la neige, elles l’avaient tellement tassée que nous n'avions plus besoin de planche de marche pour nous déplacer dessus. Cependant, cela avait également rendu la pente beaucoup plus glissante. Arriva donc ce qui devait arriver : il y eu un beau carambolage de luges en plein milieu de parcours, dont celle sur laquelle était Lunixa. J'arrêtai immédiatement la mienne et me dirigeai vers le lieu de l'accident. Heureusement, d'après les rires que je pouvais entendre, il ne devait pas y avoir de blessé.

  –Tout va bien ? m'assurai-je quand même. Où est Luni...

  Incapable de me retenir, j'éclatai de rire. Elle était couverte de neige de la tête au pied. Elle m'incendia du regard et le rouge lui monta aux joues.

  –Cela n'a rien de drôle, rétorqua-t-elle vexée.

  Je ne pus la contredire, plié en deux. Je commençais à en avoir mal au ventre, j'en pleurais aussi. Son visage empourpré rendait ce tableau encore plus hilarant. Je n'avais plus ri ainsi depuis des années. Qu'est-ce que cela faisait du bien !

  Je commençais tout juste à me calmer que de la neige m’atterrit en pleine face. Surpris, je la retirai. Lunixa, toujours couverte de neige, se tenait parfaitement droite à présent et m'observait avec satisfaction et arrogance. Sa suffisance allait pourtant être de courte durée.

  –Tu n'aurais jamais dû faire cela, la mis-je en garde.

  –Ah oui ? Et pourquoi donc ?

  –Bataille de boules de neige ! Hurlèrent en cœur les enfants.

  Et avant qu'elle ait le temps de comprendre la signification ces mots, la bataille avait commencé, avec une trentaine de participants qui n'avaient aucune intention de se retenir.

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