Chapitre 42 - Partie 2

7 minutes de lecture

  L'aubergiste qui se tenait derrière le comptoir, un homme d'une quarantaine d'années du genre bon vivant, nous accueillit avec un sourire chaleureux.

  –Bonsoir Monsieur, Madame, nous salua-t-il avec un accent du nord prononcé. Que puis-je pour vous ?

  –Nous aurions besoin d'une chambre pour ma femme et moi, et d'autres pour nos domestiques, ils sont cinq dont une femme.

  –Très bien. (Il se retourna pour prendre les clefs sur le mur). Donc une chambre de classe un avec un lit double, et deux chambres de classe deux avec deux lits simples et une avec un lit simple. Voilà Monsieur. (Il me les tendit). Jusqu'à quand resterez-vous ?

  –Jusqu'à la fin de la tempête.

  –Cette vilaine est arrivée tellement vite. Vous avez de la chance d'être parvenus jusqu'ici. Si vous souhaitez vous relaxer après votre périple, il y a des sources chaudes couvertes au fond de l'auberge.

  –Serait-il possible d'en privatiser ? demandai-je.

  J'avançai une pièce d'or sur le comptoir. L'aubergiste la prit avec un sourire.

  –Mais tout à fait, une pour vous et une pour votre femme ?

  –Oui.

  –Euh, je... je n'en ai pas besoin, intervint Lunixa. Je me contenterai de la salle de bain.

  Il haussa les épaules.

  –Comme vous le souhaiter. Le dîner sera servi d'ici une bonne demi-heure. Prenez votre temps.

  Nous le remerciâmes puis gagnâmes notre chambre. Après que les soldats y aient déposé nos bagages, Lunixa s'enferma dans la salle de bain alors que je descendais aux sources chaudes. Une fois arrivé, je retirai mes vêtements et me glissai dans l'eau fumante. Je sentais à peine sa chaleur mais c'était tout de même très agréable. Je ne comprenais pas pourquoi Lunixa n'avait pas voulu y aller. Peut-être n'en avait-elle pas à Illiosimera et n'était pas très à l'aise à l'idée d'essayer. Après tout, il faisait tout le temps chaud là-bas, ce n'était pas comme s'ils en avaient besoin.

  Pour ma part, si l'aubergiste n'avait pas accepté d'en privatiser une, je n'aurais jamais pu m'y rendre à cause de ma marque royale. Même si sa forme exacte n'était pas connue de tous, elle restait reconnaissable du premier coup d'œil et tout le monde connaissait sa signification. Nobles comme roturiers. Si quelqu'un la voyait, il saurait immédiatement que j'étais de sang royal. Je passai la main sur mon épaule droite, là où ses courbes sinueuses ornaient ma peau. Elle avait beau être la preuve irréfutable que j'étais le fils du Roi, j'étais certain que les humains remettraient en question sa légitimité si ma nature de Lathos éclatait au grand jour.

  L'enfant de sa Majesté, une erreur de la nature ? Impossible. Ce n'est pas son vrai fils.

  C'est ce que tout le monde penserait.

  Je m'enfonçai un peu plus dans l'eau. Avant, il arrivait que dans mes songes, mon père le découvre. Mais dorénavant, c'était le visage de Lunixa que je voyais à sa place. Je savais très bien que les réactions mixtes se terminaient rarement bien. Et j'étais sûrement fou d’avoir envie d’essayer, mais je voulais vraiment que les choses fonctionnent entre nous. Il suffisait que je fasse attention, comme je l’avais toujours fait. Depuis que mes pouvoirs s'étaient éveillés, je n'avais jamais commis une seule erreur. Il n'y avait donc aucune raison pour qu'elle découvre la vérité.

  Je restai dans le bassin encore une dizaine de minutes avant de sortir et de retourner à la chambre. J'entendis l'eau couler dans la salle de bain. Lunixa n'avait pas encore fini. En l'attendant, je m'allongeai à moitié sur le lit, gardant les pieds par terre, et fermai les yeux. Au bout d'un moment, j'entendis la porte s'ouvrir. Mes paupières se soulevèrent et je me redressai. Lunixa avait enfilé une tenue de nuit et ses longs cheveux encore trempés avaient perdu toutes leurs boucles et gouttaient sur le tissu.

  Elle se figea en me remarquant.

  –Que faites-vous là ?

  –Je vous attendais pour dîner.

  –Je n'ai pas très faim. Allez-y sans moi.

  –Certainement pas. Nous avons encore beaucoup de route à faire et vous êtes déjà bien trop fine comme cela.

  À l'évocation de sa taille, ses traits se tendirent et elle eut un mouvement de recul. Sa réaction me prit de court. J'avais l'impression de l'avoir insultée.

  Je me levai et la rejoignis. Elle avait détourné le regard et se frottait nerveusement le bras.

  –Je suis navré Comtesse, je ne voulais pas vous offus...

  –Je viens, me coupa-t-elle. Laissez-moi juste le temps de me changer.

  Mes épaules retombèrent et je sortis de la chambre. Je ne comprenais pas trop ce qu'il venait de se passer, mais visiblement, elle n'aimait pas parler de son poids. En repensant à ce que j’avais dit, je me rendais compte que j’avais manqué de tact. J'essayerais d'être plus délicat à l'avenir.

  Lunixa me rejoignit un peu plus tard, vêtue d'une robe bleu clair et les cheveux rassemblés en queue de cheval haute. Je me dirigeai vers la salle à manger et elle m’emboîta le pas sans un mot.

  Pendant le repas, elle resta toute aussi silencieuse et ne reprit la parole que pour sortir de table, déclarant être fatiguée. Je n'eus pas le temps de dire un mot qu'elle était déjà partie en direction des escaliers. M'en voulait-elle encore d'avoir dit qu'elle était trop fine ? Ce n'était pas censé être une critique, juste un constat.

  Au moins, elle avait mangé tout ce qu'il y avait dans son assiette. C'était déjà cela.

  Je restai encore une heure dans la salle à manger, à discuter avec les deux soldats qui nous accompagnaient, avant de monter me coucher à mon tour. Nous n'étions pas logés au dernier étage et pourtant, j'entendais très bien le vent hurlé dehors. À mon avis, nous ne pourrions pas reprendre la route demain.

  Comme Lunixa dormait déjà profondément, je fis attention de ne pas la réveiller en montant sur le lit à mon tour. J'avais à peine rabattu les couvertures qu'elle s'approcha de moi. J'eus un petit sourire. Peu importe ce qu'elle en disait, j'étais certain qu'elle aimait aussi dormir avec moi, sinon, elle ne m'approcherait pas ainsi, même dans son sommeil.

  Je passai un bras autour de sa taille et m'endormis, un sourire sur les lèvres.

  L'esprit encore embrumé par le sommeil, j'ouvris les yeux en plein milieu de la nuit, quelque chose s'agitait contre moi.

  –Non... fit une voix plaintive en illiosimerien.

  Lunixa ?

  Avait-elle encore un mauvais rêve ? Comme j'en avais pris l'habitude, je caressai son bras pour la calmer. Cependant cette fois, cela n'eut aucun effet.

  –Non, non.

  Je me redressai sur mes coudes et allumai une bougie pour pouvoir la voir. Lunixa était très tendue et traversée de spasme, une fine couche de transpiration couvrait son visage et sous ses paupières, ses yeux n'arrêtaient pas de bouger. Elle semblait complètement paniquée.

  Ses mains enserrèrent brusquement les draps.

  –Non, non, non, répéta-t-elle de plus en plus fort en secouant la tête de droite à gauche. Ne les touchez pas !

  Je m'apprêtai à lui toucher l'épaule quand elle se mit à hurler.

  –Nooooooon ! ALEX ! ELI !!!!!!

  –Hé réveillez-vous, dis-je en la secouant légèrement.

  Elle se mit à se débattre, je manquai de me prendre un coup. Dame Nature, mais qu'est-ce qu'elle avait ?

  –Comtesse, révéi...

  –Ne les touchez pas !

  –Comt...

  –NE LES TOUCHEZ PAS !!!

  –LUNIXA !

  Elle ouvrit les yeux d'un coup et avant que j'aie le temps de comprendre ce qu'il se passait, elle me plaqua contre le matelas, s'assit à califourchon et le fil d'une lame frôla ma gorge. Interdit, je me figeai et la dévisageai. Ses yeux étaient complètement écarquillés et voilés, elle respirait bruyamment et semblait prête à attaquer tout ce qui pouvait bouger. Je voulus lever la main. La lame appuya contre ma peau. Lunixa risquait de m'égorger au moindre mouvement.

  J'étais tout à fait capable de la maîtriser, mais cela ne l'aiderait pas. Elle était simplement terrorisée et n'arrivait plus à faire la différence entre son cauchemar et la réalité.

  –C'est moi.

  Lunixa continua de me scruter, les yeux toujours grands ouverts et voilés, sans ciller une seule fois.

  –Lunixa. (Je sentis la lame bougée sur ma gorge). C'est moi, répétai-je. C'est juste moi. Kalor.

  Je tentai une nouvelle fois de bouger la main. Cette fois elle ne réagit pas. Très lentement, je la posai sur son poignet et le baissai délicatement.

  –Regarde, il n'y a que nous deux. Tout va bien. Tu n'as rien à craindre. C'était juste un mauvais rêve.

  Elle cligna enfin des paupières et ses yeux reprirent vie. Elle se redressa et balaya la pièce du regard, complètement déboussolée. Elle se décala sur le côté, descendant de mes hanches et lâcha son arme. Un poignard. Je le récupérai et le posai sur la table de nuit pour qu'elle ne se blesse pas.

  –Je....Je.... bégaya-t-elle.

  Et elle éclata en sanglot. De grosse larmes roulèrent sur ses joues avant de s'écraser sur le matelas.

  –Hé, Lunixa. C'est fini. Tout va bien.

  Je posai une main sur son dos et elle se jeta littéralement dans mes bras. Ses pleurs s'accentuèrent et elle s'agrippa à mon haut, comme s'il s'agissait de la dernière chose lui permettant de ne pas sombrer. Je fus tellement surpris que je mis plusieurs secondes avant de réagir.

  Alors que je laissais une partie de mon pouvoir circuler en moi pour lui apporter chaleur et réconfort, je refermai mes bras autour d'elle et serrai son corps tremblant contre moi.

  –Tout va bien, murmurai-je en caressant ses cheveux. Tout va bien, Lunixa. C'est terminé. Je suis là.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Angel Rotta
À toi, Estavi
2
2
8
2
Défi
fanny412

C’est arrivé, c’est aujourd’hui que nous devons nous quitter. Pour la dernière fois nos regards vont se croiser, nos mains se toucher, nos discussions s’attarder. Tout cela deviendra souvenir dans quelques heures. Pourtant, j’ai bien essayé de reculer ce moment, de le laisser courir pour ne jamais le voir venir. Je t’ai donné corps et âme, je me suis battu avec et pour toi.
Pensant m’y perdre j’ai failli me lâcher moi même. Mais j’ai tenu pour toi, pour moi, pour nous, jusqu’à ce jour que j’ai repousser des dizaines de fois, ne supportant pas l’idée de te quitter.
Aujourd’hui je ne peux plus nous porter tous les deux, cela devient trop difficile, trop insurmontable pour moi. Je vais lâcher je le sens, je le sais, mon corps ne suit plus, mon esprit est partit et mon cœur est meurtri. Alors, je préfère pour la dernière fois te dire a quel point je t’ai aimé avant de te regarder partir, te laissant seul pour l’avenir.
Tu y arriveras je le sais, tu penseras à moi peut-être, peut-être pas, mais tu tiendras le coup en mémoire de nos souvenirs.
Je dois partir, pour moi, rien que pour moi cette fois, je me sens mourir à cause d’un nous que j’ai pourtant tenter de construire, que j’ai aimé, que j’ai aussi idéaliser, sûrement.
Mon amour pour toi me fera perdre pieds parce qu’il est fort, intense, passionné, sincère et entier, c’est lui qui m’anime, qui me fait respirer la gaieté mais qui me tue a petit pas.
A toi qui était peut-être l’homme de ma vie.
1
0
0
1

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0