Chapitre 41 - Partie 1

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LUNIXA


  Magdalena boucla mes valises puis les confia à des valets pour qu'ils aillent les charger dans le carrosse.

  — Voilà, Madame, nous pouvons y aller, déclara-t-elle.

  — J'arrive tout de suite.

  Elle hocha de la tête, puis lâcha le rideau qui retomba lourdement dans son dos. Je me retournai et ouvris le tiroir de ma table de nuit, là où je cachais précieusement la petite voiture de mes enfants. Je la pris en main et jouai avec, faisant tourner les roues avec mon pouce. Devais-je la prendre avec moi ou la laisser ici ? Il y avait toujours un risque que je la perde durant le voyage, mais je ne voulais pas m'en séparer. Après une dernière hésitation, je la glissai dans ma sacoche de voyage, puis sortis de mes appartements. Cela me paraissait tellement étrange de les quitter après y avoir passé deux mois et demi.

  — Madame ?

  Revenant à la réalité, je rejoignis Magdalena et la suivis jusqu'à l'entrée du palais. Un frisson me traversa dès j'y mis un pied. La brise glaciale l'avait envahi à cause des portes déjà ouvertes. Je resserrai ma cape autour de moi. Malgré ce froid polaire que je m'apprêtais à affronter, j'étais vraiment contente de sortir à nouveau du château et de m'en éloigner pour un temps.

  — Avez-vous tout ce qu'il vous faut ?

  Je sursautai et me retournai brusquement. Le Prince se tenait juste derrière moi, me fixant d'un regard interrogateur. Quand était-il arrivé ? Je ne l'avais pas entendu s'approcher.

  Face à mon silence, il haussa un sourcil.

  — Comtesse ?

  — Oui… Oui, c'est bon. Je suis prête.

  — Alors allons-y.

  Il glissa une main au creux de mes reins, déclenchant un nouveau frisson qui remonta le long de mon échine, et me guida jusqu'au carrosse. Il m'invita ensuite à monter en voiture, puis laissa passer Magdalena avant de nous rejoindre à l'intérieur. Après s'être installé en face de moi, il donna un coup sur la paroi derrière lui afin de prévenir le cocher que nous pouvions partir. Lorsque les chevaux se mirent en marche, je m'empressai d'écarter le rideau de la fenêtre pour observer le château. Il devenait de plus en plus petit à mesure que nous avancions, puis finit par complètement disparaître derrières les arbres de la forêt. Un poids dont je n'avais pas conscience disparut de mes épaules. J'attendais ce moment depuis si longtemps…

  Mon soulagement fut toutefois bien vite chassé par une pointe de malaise. J'étais plus qu'heureuse d'avoir enfin quitter le palais, mais je me retrouvais à présent seule avec le Prince. Certes, nous avions déjà passé plusieurs heures ensemble et nous n'étions pas vraiment seuls – Magdalena et plusieurs soldats nous accompagnaient –, mais c'était la première fois que nous allions rester des journées entières aussi près l'un de l'autre. Il me suffisait de tendre le bras pour le toucher. Que ce soit dans le carrosse ou à l'auberge, il serait toujours là.

  Cette perspective me rendit nerveuse. Je m'empressai de sortir le livre que j'avais mis dans mon sac, l'ouvris au chapitre où je m'étais arrêtée et vis du coin de l'œil Magdalena reprendre sa broderie. Allait-elle s'en servir pour la robe de nos renouvellements de vœux ? Elle m'avait avoué il y a peu qu'elle la cousait et son ouvrage était d'une blancheur immaculée.

  Alors que je l'observais créer une fleur, un bruissement de pages attira mon attention. Visiblement, le Prince avait aussi décidé de lire. Rassurée qu'il n'ait pas l'intention de me faire la conversation, je baissai les yeux vers mon propre roman et me plongeai dans l'histoire.




  Le voyage fut… étrange. Durant les heures de route, nous ne prononcions pas un mot, tous deux concentrés dans nos lectures respectives. Lors de nos haltes, j'en profitais pour m'éloigner de lui, donc nous ne parlions pas plus. Quand nous nous arrêtions à l'auberge, pour manger ou dormir, nous n'échangions que des banalités ; en grande partie parce que je m'arrangeais pour parler avec Magdalena plutôt qu'avec lui. Puis le soir, je me débrouillais toujours pour aller me coucher juste après le dîner, afin de ne pas avoir à lui faire la conversation une fois dans la chambre. J'avais tenté de négocier des lits séparés la première nuit, acceptant tout de même de faire chambre commune, mais le Prince avait de nouveau refusé. Ce n'était pas parce que nous n'étions plus au château que nous devions nous montrer imprudents, avait-il prétexté.

  Le trajet se déroula donc dans un silence seulement interrompu par le bruit de sabot de notre attelage. Pourtant, il n'avait rien de gênant. Le malaise que j'avais ressenti à notre départ revenait seulement de temps en temps : quand je sentais le regard du Prince sur moi ou quand il me rejoignait au lit. Après l'agitation du palais, ce calme était des plus appréciables.

  Au milieu de l'après-midi de la troisième journée, le Prince referma brusquement son livre, provoquant un bruit sec qui me fit sursauter. Je relevai les yeux de ma page. Il observait le paysage par la fenêtre.

  — Nous arriverons d'ici une vingtaine de minutes, annonça-t-il en se tournant vers moi.

  Je me penchai en avant pour regarder par la fenêtre à mon tour. J'eus tout juste le temps de voir un manoir s’élever sur une petite colline, au milieu d’un paysage enneigé, avant que le carrosse ne tourne pour s'engager sur le chemin qui y menait. Une bouffée d'impatience me gagna et je me mis à compter chaque minute qui passait jusqu'à ce que notre voiture s'arrête. Enfin, nous y étions.

  Le Prince me jeta un regard en coin avant d'ouvrir la portière. Une brise glaciale s'insinua aussitôt dans l'habitacle tandis qu'il descendait.

  — Votre Altesse, c'est un vrai plaisir de vous recevoir chez nous, déclara un homme à la voix vieillie par l'âge. Quel bon vent vous amène dans notre domaine ?

  — Je fais visiter la région à ma femme.

  Alors que je m'apprêtais à descendre, je me figeai. Cela faisait des semaines qu'il ne m'avait pas appelé ainsi. Et il l'avait en outre dit sans l'ombre d'une hésitation. Une nouvelle tension commença à s'emparer de moi, mais je la refoulai au plus vite. Si je me laissais perturber à la moindre appellation, je ne serais pas assez concentrée sur ma tâche et j'avais bien l'intention de découvrir pourquoi Magdalena m’avait conseillé de venir voir la Duchesse.

  Après une franche inspiration, je posai un pied à terre.

L'homme d'une soixantaine d'années venu nous accueillir se pétrifia. Je le saluai d'une légère inclinaison et me rendis au côté du Prince qui me le présenta. Il s’agissait du Duc Kamsoski. Ce   dernier reprit ses esprits et exécuta sa révérence.

  — Je vous prie de bien vouloir m'excuser, Princesse. J'avais entendu des rumeurs, mais aucune ne faisait justice à votre beauté. (Il se redressa.) C’est un honneur de vous rencontrer. Je vous en prie, entrez.

  Il joignit à la parole un geste de la main, puis il nous emboîta le pas quand nous nous mîmes en marche vers la demeure. Des valets en sortirent pour récupérer nos bagages du carrosse.

  Le manoir avait une taille nettement plus humaine que le château, ce qui me rappela instantanément celui de Giulia et par conséquent, mes enfants. Mon cœur se serra douloureusement. Que faisaient-ils en ce moment ? Vu le décalage horaire, ils devaient certainement dormir. Leur manquais-je ? Pensaient-ils que je les avais abandonnés parce que je ne rentrais pas, contrairement à ce que je leur avais promis ? Cette question était la plus douloureuse de toutes. Même si je n'étais en rien responsable de notre séparation, je m'en voulais de la leur faire subir, de leur avoir menti droit dans les yeux en leur promettant de revenir le plus vite possible, de leur avoir donné de faux espoirs…

  

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Vee
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[RÉSUMÉ PROVISOIRE]
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43
16
Défi
Cassie MJ


A toi,
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Ne t’en fais pas. Tu surmonteras le chagrin. Parce que la force et le courage dont il aura fait preuve toutes ces années, seront ton véritable héritage. Tu auras appris de ses combats bien plus que tu en auras conscience à cet instant.
Et les années qui suivront te révèleront cette force. Au long des épreuves que la vie t’apportera encore, tu sauras faire face.
Tu vivras d’autres pertes, d’autres chagrins, mais tu trouveras toujours au fond de toi, des raisons de respirer, de te relever.
Tu feras quelques mauvais choix qui ne te mèneront pas sur la route que tu avais tracée.
Tant pis, petite fille. Avances, continues ton chemin. Tellement de jolies choses viendront balayer les moments les plus sombres.
Ne sois pas inquiète. Tu surmonteras les épreuves les plus difficiles et vivras de vrais moments de bonheur.
Tu retrouveras ce sourire, cette envie de vivre et ce désir d’être heureuse. Tu auras tant de gens auprès de toi qui t’inonderont de leur amour et de leur affection.
Certaines rencontres te laisseront un goût amer et te rendront méfiante. Mais petite fille, malgré tout, laisse entrer dans ta vie ceux qui en valent la peine. Ils t’apporteront bien plus que tu ne peux l’imaginer. Tu découvriras l’amitié avec un grand A. Tu aimeras sans compter, celui qui te rendra tes envies d’avenir.
Oui, tu commettras quelques erreurs et vivras des désillusions. Mais ne laisse pas les déceptions et les rancunes durcir ce cœur qui bat dans ta poitrine. Ne laisse pas les mauvaises décisions définir la personne que tu deviendras. Ne subi pas le regard ou le jugement des gens. Crois en toi. Ose sans laisser la peur te freiner. Use de tes qualités et assume tes défauts. Sois simplement celle que tu veux être. Ne cherche pas la perfection, elle n’existe pas.
Fais seulement de ton mieux petite fille.
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Donne avec plaisir et sincérité.
Pardonne mais n’oublie pas.
Aime mais ne te perd pas.
Tombe mais relève-toi.
Sois toujours fière de ce que tu auras accompli.
Reste fidèle à tes valeurs et marche la tête haute.
Sois forte. Et sois toi-même, quoi qu’il t’en coûte.
Petite fille, je sais qu’après ces quelques mots, tu dois sûrement avoir peur de l’avenir. Mais tu verras, tout finira toujours par aller mieux.
Je te promets, petite : cette vie vaut la peine qu’on s’y accroche.
Alors, fonce. Ton futur t’appartient.
Mais surtout, n’oublie pas petite fille :
Sois simplement heureuse.
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Micro-nouvelle (Texte de 5o mots maxi) réalisée dans le cadre d'un concours sur le thème "horrifique".
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