Chapitre 41 - Partie 1

6 minutes de lecture

LUNIXA

  Magdalena boucla mes valises puis les confia à des valets qui partirent les charger dans le carrosse.

  –Voilà, Madame, nous pouvons y aller, déclara-t-elle.

  –J'arrive tout de suite.

  Elle hocha de la tête puis lâcha le rideau qui retomba lourdement dans son dos. Je me retournai et ouvris le tiroir de ma table de nuit, là où je cachais précieusement la petite voiture de mes enfants. Je la pris en main et jouai avec, faisant tourner les roues avec mon pouce. Devais-je la prendre avec moi ou la laisser ici ? Il y avait toujours un risque que je la perde durant le voyage, mais je ne voulais pas m'en séparer. Je la glissai dans mon sac à main et sortis de mes appartements. Je les observai quelques secondes avant de fermer la porte à clef. Cela me faisait tellement bizarre de les quitter après y avoir passé deux mois et demi.

  –Madame ?

  Je revins à la réalité et reculai d'un pas, puis je rejoignis Magdalena et la suivis jusque dans l'entrée. Un frisson me traversa quand j'y mis un pied. Les grandes portes étaient déjà ouvertes. Magdalena me tendit ma cape. Je ne me fis pas prier pour la prendre et m'y emmitoufler. Malgré ce froid polaire que je m'apprêtai à affronter, j'étais vraiment contente de sortir à nouveau du château et de m'en éloigner pour un temps.

  –Avez-vous tout ce qu'il vous faut ?

  Je sursautai et me retournai brusquement. Le Prince se tenait juste derrière moi et me regardait. Quand était-il arrivé ? Je ne l'avais pas entendu s'approcher.

  Face à mon silence, il haussa un sourcil.

  –Comtesse ?

  –Oui... Oui, c'est bon. Je suis prête.

  –Alors allons-y, déclara-t-il.

  Il glissa une main dans le creux de mes reins, déclenchant un frisson qui remonta le long de mon échine, et me guida jusqu'au carrosse. Le valet nous ouvrit la portière et le Prince m'invita à monter, puis il laissa passer Magdalena avant de nous rejoindre à l'intérieur. Après s'être installé en face de moi, il donna un coup sur le bois derrière lui pour avertir le cocher que nous pouvions partir. Les chevaux se mirent en marche. Je m'empressai d'écarter le rideau de la fenêtre pour observer le château devenir de plus en plus petit au fur et à mesure que nous avancions. Une pointe de soulagement me gagna lorsqu'il disparut de l'horizon. Cela faisait tellement longtemps que j’attendais ce moment.

  Cependant, il fut rapidement chassé par le malaise qui s'insinua en moi. J'étais plus qu'heureuse d'avoir enfin quitter le palais, mais à présent, je me retrouvai seule avec le Prince.

  Certes nous avions déjà passé plusieurs heures ensemble, et Magdalena ainsi que quelques soldats nous accompagnaient, mais c'était la première fois que nous allions rester des journées entières aussi près l'un de l'autre. Il me suffisait de tendre le bras pour le toucher. Que ce soit dans le carrosse ou à l'auberge, je n'aurais pratiquement pas une seconde pour moi.

  Stressée par cette perspective, je m'empressai de sortir le livre que j'avais mis dans mon sac à l'ouvris au chapitre où je m'étais arrêtée la veille. Du coin de l'oeil, je vis Magdalena reprendre sa broderie. Elle n'arrêtait vraiment jamais. Alors que je me concentrais sur mes lignes, il y eut un bruissement de page tournée. Intriguée, je relevai légèrement la tête. Visiblement, le Prince avait aussi décidé de lire. Rassurée qu'il ne compte pas me faire la conversation, je baissai les yeux et me plongeai dans mon roman.

  Le voyage fut... étrange. Durant les heures de route, nous ne prononcions pas un mot, tous deux concentrés dans nos lectures respectives. Lors de nos pauses, j'en profitais pour m'éloigner un peu de lui afin de pouvoir respirer à plein poumon, alors nous ne parlions pas plus. Puis quand nous nous arrêtions à l'auberge, pour manger ou dormir, nous n'échangions que des banalités. En grande partie parce qu'au cours des repas, je m'arrangeais pour parler avec Magdalena plutôt qu'avec lui. Quant au soir, j'avais tenté de négocier des lits séparés, en acceptant tout de même de faire chambre commune, malheureusement, le Prince avait de nouveau refusé. Ce n'était pas parce que nous n'étions plus au château que nous devions nous montrer imprudents, avait-il prétexté. Alors je me débrouillais pour me coucher juste après le dîner, afin de ne pas avoir à lui faire la conversation une fois dans la chambre.

  Le trajet se déroula donc dans un silence seulement interrompu par le bruit des sabots de notre attelage. Pourtant, il n'avait rien de gênant. Le malaise que j'avais ressentis à notre départ revenait seulement de temps à autres. Quand je sentais le regard du Prince sur moi ou quand il me rejoignait au lit. Après l'agitation du château, ce calme était des plus appréciables.

  Au milieu de l'après-midi de la troisième journée, le Prince referma brusquement son livre, provoquant un bruit sec qui me fit sursauter. Je relevai les yeux de ma page. Il observait le paysage par la fenêtre.

  –Nous arrivons d'ici une vingtaine de minute, déclara-t-il en se tournant vers moi.

  Je me penchai en avant pour regarder par la fenêtre à mon tour. J'eus tout juste le temps de voir un manoir s’élever sur une petite colline, au milieu d’un tableau enneigé, avant que le carrosse ne tourne pour s'engager sur le chemin qui y menait. Une bouffée d'impatience me gagna et je me mis à compter chaque minute qui passaient jusqu'à ce que notre voiture s'arrête. Enfin, nous y étions.

  Le Prince me jeta un regard en coin avant d'ouvrir la porte. Un vent glacial s'insinua immédiatement à l'intérieur et il descendit.

  –Votre Altesse, c'est un vrai plaisir de vous recevoir chez nous, déclara un homme à la voix vieillie par l'âge. Quel bon vent vous amène dans notre domaine ?

  –Je fais visiter la région à ma femme.

  Alors que je m'apprêtais à descendre, je me figeai, décontenancée. Cela faisait des semaines qu'il ne m'avait pas appelé ainsi. Et le plus perturbant était qu'il l'avait dit sans l'ombre d'une hésitation. Une nouvelle tension commença à s'emparer de moi, mais je la chassai immédiatement. Si je me laissais perturber, je ne serais pas pleinement concentrée à ma tâche et j'avais bien l'intention de découvrir pourquoi Magdalena m’avait conseillé de venir voir la Duchesse.

  Après une franche inspiration, je posai un pied à terre.

  L'homme d'une soixantaine d'année venu nous accueillir se figea. Je le saluai d'une légère inclinaison et me rendis au côté du Prince qui me le présenta. Il s’agissait du Duc Kamsoski. Ce dernier reprit ses esprits et exécuta sa révérence.

  –Veuillez me pardonner Princesse, j'avais entendu des rumeurs, mais aucune ne faisait justice à votre beauté. (Il se redressa). C’est un honneur de vous rencontrer. Je vous en prie, entrez.

  Il joignit la parole d'un geste de la main puis il nous emboîta le pas alors que nous nous dirigions vers la bâtisse. Des valets en sortirent pour récupérer nos bagages du carrosse.

  Le manoir avait une taille nettement plus humaine que le château et me rappela instantanément celui de Giulia, et par conséquent, mes enfants. J'eus un gros pincement au cœur. Que faisaient-ils en ce moment ? Vu le décalage horaire, ils devaient certainement dormir. Leur manquais-je ? Pensaient-ils que je les avais abandonnés parce que je ne rentrais pas, contrairement à ce que je leur avais promis ? Cette question était la plus douloureuse de toutes. Je n'étais en rien responsable de notre séparation, mais je m'en voulais tellement de la leur faire subir, de leur avoir menti droit dans les yeux en leur promettant de revenir le plus vite possible. Je ne pouvais même pas leur demander de me pardonner mon mensonge.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Défi
Nathan Pym
Baudelaire représente... tranquille genre Daenerys , t'as vu!
5
11
8
1
Onah

Dites-moi ce qui se cache derrière mon sourire ? Dites-moi ce qui me retient de partir loin ?



J'ai mal au fond vous savez, au ventre, à la tête, aux jambes, au cœur. J'aimerais crier, pleurer, m'enfuir.



Pourquoi je ne fais pas ce qu'il me plaît vraiment ? Pourquoi je me lève tous les jours pour faire ce que je n'aime pas et dans des conditions qui ne me conviennent pas ?



J'écoute les consignes, je fais. J'écoute les remarques, j'acquiesce. Qu'est-ce qui me retiens de dire merde et de partir, chercher autre chose ? Peut-être est-ce moins pire ailleurs ?



Mais qu'est-ce que je dis, je dois y rester, me la fermer et accepter que ce métier n'est pas fait pour moi. J'y reste, je subis et j'attends.



Mon amour, mon chéri, toi qui es revenu, toi qui es présent. Pourquoi repars-tu chaque semaine, pourquoi me donnes-tu ton amour et ensuite me laisses avec mon mal-être ?



Vous allez rire, sûrement, mais je pleure seule, devant ma télé. J'ai mal à l'intérieur, je ressens la fatigue, la maladie grandie, je le sais très bien.



J'ai mal et je fais les mauvais choix. Je devrais profiter, voyager, profiter de ma jeunesse. Au lieu de ça, je ne préserve pas ma santé en me réduisant à un rythme de vie se résumant à manger, travailler et dormir.



Dites-moi combien de temps, je vais devoir subir ma vie de cette façon ? Je ne me sens pas bien, mais je ne peux m'empêcher de penser que je ne suis pas la pire.



Cela va s'arranger un jour, je ne ferais plus semblant, mon sourire sera réel, je ferais ce qu'il me plaît et j'en serais heureuse. Pour l'instant, je reste dans cette situation qui me bouffe petit à petit.



Vous êtes en train de lire ces mots où je me plains d'une vie plutôt satisfaisante. Chacun d'entre nous à ses problèmes, ses peines, ses doutes et ses moments de déprime.



Je suis en plein dedans, depuis quelque temps maintenant. Alors vous, qui êtes passés par là, qu'est-ce que je dois faire, à qui, dois-je parler ?



Passer mes journées à vous écrire, mes histoires, mon vécu, mes inspirations. J'adorerais vivre de ma passion, mais ce n'est qu'un rêve irréalisable.



Je vais partir un jour, je le sais. Je quitterai tout sur un coup de tête. Tout ce que j'aurai encaissé depuis ce temps, je le crierai à ceux qui m'ont blessé et fait du mal.



Je haïrai les uns après les autres ceux qui se sont moqués, qui m'ont humiliés, qui n'ont pas été présent. Je ne veux plus sourire gentiment quand on me manque de respect.



Je veux profiter de lui, de nos retrouvailles, mais aussi de ma famille. Je voudrais tellement que je reste bloqué à ne rien faire. J'ai mal et alors ? Je me tais et j'attends que ça passe.



Ce soir, j'arrête de pleurer. Je reprends mon souffle et je me remets à sourire. Demain, je referais semblant, jusqu'à ce quelqu'un ou quelque chose me libère de cette foutue mélancolie.



J'ai besoin d'aide.

2
4
13
2
Défi
PlumeDeDemain

    Les pierres de l’édifice sont glacés et le vent qui s’engouffre par la petite porte du presbytère, essaye avec insistance, d’éteindre la flamme de mes camarades posés sur l’autel. Les rayons du soleil qui traversent les vitraux, illuminent le chœur de différentes couleurs. Le rouge côtoie le bleu et forment ensemble une ambiance reposante.
    Sous le porche, un homme apparaît en soutane, traverse la nef d’un pas lent, les mains dans le dos, puis se dirige vers la porte du clocher. Quelques minutes plus tard, les cloches se mettent à sonner, l’homme redescend et fait grincer les gonds rouillés de la porte en bois en l’ouvrant. Ensuite, il prend son étole violette et la pose sur ses épaules. Le frottement entre l’allumette et le grattoir me rappelle des souvenirs, le feu jaillit entre ses doigts, il rallume mes collaborateurs éteints et moi. Le glas sonne. J’en conclue que la cérémonie va commencer.
    L’immense porte du fond se déclenche et une vague de personnes habillées en noir prend place sur les bancs alignés. La fine dentelle qui recouvre les cheveux des femmes a l’air très douce au toucher, comme leur peau quand elle m’empoigne pour me transporter, mais malheureusement ce ne sont pas toujours de belles dames qui effleurent ma cire blanche de leurs doigts fins.

    Soudain, tous les visages se tournent vers le même point, l’entrée en scène du mort sur son lit de sapin. Le prêtre fait danser l’encens pontifical dispersant autour de lui une forte odeur indescriptible qu’il est le seul à pouvoir créer et faire sentir. L’heure est venue de pleurer, même mon voisin de droite fond littéralement en larme. Moi, je reste stoïque, du moins si mes yeux s’humidifient, ce n’est pas à cause du gros monsieur allongé, non, c’est parce que je suis triste de ne pas pouvoir goûter aux hosties. Nom de Dieu ! Quand je vois les gens se bousculer pour en avoir une, je me dis qu’elles doivent être sacrément bonnes !
1
6
15
1

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0