Chapitre 39 - Partie 2

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  Avec ce qu'il s'était passé la veille et ce que j'avais ressenti ce matin, je me couchai tôt, enfin d'éviter le Prince. Cependant, je n'étais pas encore tout à fait endormie quand il se coucha à mes côtés et je ressentis à nouveau cette envie de m'approcher de lui. Je la refoulai et à la place, je m'éloignai subtilement de lui, pour qu'il ne se rende pas compte que j'étais encore réveillée.

  Mais cela était inutile, je savais pertinemment que dans la nuit, je finirais tout de même dans ses bras. À cause de cette certitude, j’eus un mal fou à m’endormir. Pendant plusieurs heures, je restai éveillée, à me retourner inlassablement sous les couettes pour trouver la position que me permettrai enfin de rejoindre les bras de Morphée. Je finis par y parvenir.

  Cependant, à mon réveil, j’avais l’impression de ne pas avoir fermé l’œil de la nuit et mon cœur se serra quand je remarquai que j’étais bien blottie contre le torse du Prince, une nouvelle fois.

  Pourquoi ne parvenais-je pas à me tenir éloigner de lui ? Ce n’était pas si difficile ! Je soupirai. Cela ne pouvait plus durer, dès ce soir, je devais y mettre un terme. Après tout, depuis mon empoisonnement au merizzi, il n'y avait pas eu d'autre tentative d'assassinat, alors plus rien ne l’obligeait à dormir avec moi.

  Un petit frisson me parcourut quand son bras libéra ma taille, peu de temps après que j’ai ouvert les yeux. Je les refermai immédiatement et prétendis dormir pour ne pas avoir à lui faire face dès le matin. Il quitta mon lit puis la chambre. Au bout d'un moment, j'entendis Magdalena arriver et sans échanger un mot avec elle, le Prince partit.

  Je me redressai enfin et passai une main dans mes cheveux. Mes doigts se retrouvèrent tout de suite coincer. Intriguée, je me tournai vers le miroir au-dessus de la cheminée et poussai un long soupir. Ils étaient tellement noués qu’un oiseau n'aurait pas mieux fait pour construire son nid.

  D'humeur bougonne, je sortis du lit. Magdalena arriva au même moment et un sourire amusé se dessina sur ses lèvres.

  –Je connais une Princesse qui a besoin d'un bon bain.

  Elle n’avait pas idée…

  Après ma toilette, je la retrouvai comme d'habitude derrière le paravent pour qu'elle m'aide à m'apprêter. Elle m’habilla, me maquilla puis s’attaqua à ma coiffure. Mais cela faisait à présent cinq minutes que la pauvre menait une vraie bataille pour démêler ma chevelure et elle n’en était pas arrivé à la moitié.

  –Qu'avez-vous fait hier soir pour avoir les cheveux dans cet état ?

  –J'ai eu le sommeil agité.

  –Voulez-vous en parler ?

  –Non, mais merci de le proposer... Au fait, Magdalena, sauriez-vous comment je peux me rendre au domaine des Kamsoski ?

  –Pour vos déplacements hors du palais, autres que ceux à la Capitale, il faut que vous voyiez avec son Altesse Kalor.

  Mes épaules retombèrent. Je m’en doutai un peu, mais j’aurai préféré avoir tort, afin de ne pas avoir à en discuter avec lui. Mais cela ne changeait pas grand-chose au final : d’une façon ou d’une autre, il aurait fini par être au courant, alors pourquoi retarder l’échéance ?

  Je pris une franche inspiration et après que Magdalena soit enfin parvenue à me coiffer, je me rendis à son bureau d'un pas décidé.

  Une fois arrivées, Magdalena resta dans le couloir tandis que je gagnais le secrétariat. Edgar se leva abruptement, s’inclina puis s'empressa de prévenir le Prince de ma venue. Il revint tout de suite après.

  –Il peut vous recevoir, votre Altesse.

  Je le remerciai d'un petit hochement de tête puis après une légère hésitation, j'entrai dans le bureau. Mon regard fut immédiatement attiré par les yeux argentés du Prince.

  –Quelque chose ne va pas ? s'enquit-il.

  –Non, j'avais seulement deux choses à vous demander.

  Il quitta son siège, contourna son bureau et s'appuya dessus tout en m'invitant d'un geste de la main à m'asseoir sur l'un des deux fauteuils en face de lui. Je détournai le regard et m'exécutai lentement.

  –Alors, que vouliez-vous ?

  Je me mis à jouer nerveusement avec le tissu de ma manche.

  –Pourrions-nous arrêter de dormir ensemble ?

  –Non.

  Sa réponse était presque tombée avant la fin de ma question. Je relevai immédiatement les yeux vers lui, sourcils froncés et prête à rétorquer. Il me devança.

  –Ceux qui ont tenté de vous assassiner n'ont pas encore été démasqués et tant qu'ils ne seront pas derrière les barreaux, il n'est pas prudent que vous restiez seule.

  –Mais cela va faire plus d'un mois à présent.

  –Et ? Ce n'est pas une raison pour relâcher notre attention, au contraire.

  Je baissai la tête et abandonnai le combat. Cela ne me plaisait pas, mais je savais qu'il avait raison. Que je ne succombe pas à mon empoisonnement avait dû surprendre ceux qui souhaitaient ma mort. Puisque le merizzi n'avait pas fonctionné, ils avaient été obligés de chercher un autre moyen de m'évincer... et peut-être avaient-ils finalement trouvé. Je ne pouvais pas baisser ma garde.

  –C'est plus prudent ainsi.

  –Je sais, murmurai-je.

  Un étrange silence s'installa entre nous qui au lieu d’être gênant était presque reposant. Je le trouvai tellement bizarre que je me décidai rapidement à le rompre.

  –Et il y avait autre chose.

  –Je vous écoute.

  –Pourrais-je me rendre au domaine des Kamsoski ?

  –Les Kamsoski ? s'étonna-t-il. Mais pourquoi ?

  –Je dois voir la Duchesse.

  –Pour quelle raison ?

  –Je...

  Son visage devient brusquement sérieux.

  –Comtesse, ne me dites pas que vous cherchez encore un moyen de contrer la menace de mon père. Je vous ai dit que je m'en chargeais.

  –Cela n'a rien à voir.

  Son air se fit condescendant.

  –Me prendriez-vous pour un idiot ?

  –Non…

  Je fis la moue, légèrement vexée. Mais à quoi m’attendais-je ? Évidemment qu’il avait compris mes intentions.

  –Mais s’il vous plaît, je dois vraiment lui parler. (Il ne réagit pas). S'il vous plaît, insistai-je.

  Il soupira, puis se redressa et se rendit au secrétariat. Il en revint avec un agenda et reprit sa place contre le bureau. Durant plusieurs minutes, il analysa son emploi du temps.

  –Je peux me libérer d'ici une semaine et demi. (Mes yeux s'agrandirent). C'est un voyage de trois jours, je ne peux donc pas vous laisser y aller seule.

  –Mais...

  –Il n'y a pas de mais, me coupa-t-il. Soit nous y allons tous les deux, soit vous n’y aller pas... J'enverrai un messager les prévenir de notre arrivée.

  Je restai sans voix. Après avoir passé deux mois dans ce château, je m’étais dit que ce voyage me permettrait de souffler. Je n'avais jamais pensé qu'il voudrait m'accompagner.

  Ne voulant pas m'attarder ici plus longtemps après ce qu'il venait de m'annoncer, je me levai pour partir. Mais le Prince n'avait visiblement pas fini.

  –Attendez, Comtesse, j'avais également quelques choses à vous dire. (Je me rassis). Tout d’abord, je tenais à vous féliciter pour la réception de la délégation eld'fólkjallaise. Vous avez fait un travail remarquable.

  –Merci.

  J'étais un peu gênée de recevoir des félicitations à ce sujet. Après tout, je n’avais aucun mérite à m’accorder puisque je m'étais grandement inspirée de la réception que ma mère avait préparé pour leur venue à Illiosimera, il y a plus de huit ans. Mais je n'en avais jamais vu l’aboutissement. Avant leur arrivée, j'avais dû fuir et ma mère m'y avait aidé.

  Mon cœur se chargea d’émotion au souvenir des larmes qu’elle avait versé en me laissant dans cette ruelle. Dire qu’à présent elle pleurait ma mort, persuadée que je n’avais pas survécu. Je détestai la savoir ainsi. Si seulement je pouvais la revoir, lui prouver qu’elle ne m’avait nullement condamnée à mort en me laissant seule, mais que grâce à elle j’étais toujours en vie, elle pourrait enfin retrouver le sourire qui avait bercé mon enfance. Celui que je lui avais cruellement arraché, il y a des années.

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Leah Nash



 Parler d’un évènement traumatisant est souvent apaisant. Mais pour moi, parler ne servirait qu’à transmettre mon malheur à autrui, et je ne veux pas imposer ce fardeau à quiconque. C’est pourquoi je décide de transcrire ce que j’ai vécu, en espérant que mon esprit puisse se libérer et vivre la fin de mes jours dans une forme de paix. Mon nom est Elijah Lowe, et je dois vous implorer de ne pas continuer ce journal si par malheur vous le trouvez. Par pitié, reculez tant que vous le pouvez encore...
J’avais un ami autrefois, très cher à mon cœur. Nous étions comme deux frères et partagions tout. Nous avions grandi ensemble dans le même quartier au nord de l’Angleterre. Lui Ecossais, moi Britannique, nous étions comme issus de la même famille. Nous nous ressemblions autant de drops que de caractère. Les années passaient et rien ne pouvait nous séparer. Enfin presque. Un jour, Aidan apprit qu’un de ses lointain parents était mort et lui avait légué un manoir à Junkerdal en Norvège. Malgré l’isolement, il avait décidé d’y vivre, me disant que tout irait bien, et que la distance ne nous séparerait pas. Mais ce ne fut pas le cas. Les mois défilèrent, ainsi que les années, mais pas de nouvelles de mon ami tant aimé. Ce ne fut que 13 ans plus tard que je recevais une lettre de Norvège.

Junkerdal, 13 Octobre 18—
Cher Elijah, mon ami,
Voici bien longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je tiens d’abord à te faire mes excuses les plus sincères, je n’ai pas oublié la promesse que je t’avais fait lors de mon départ. Je ne l’ai pourtant pas tenue et j’ai malheureusement laissé le temps et la distance nous séparer. Il s’agit bien de la seule chose que je regrette de ma vie, ou peut-être que je regrette également d’être parti. La Norvège a beau être magnifique, la vie y est rude et solitaire. Je ne sais comment mon esprit et mon âme ont pu vivre autant de temps isolé ainsi, sans voir que le temps défiler. Et alors que je reviens à moi-même, ton image est réapparue dans ma mémoire. Des images de bonheur, du temps où nous étions un seul et même être, comme deux frères. Je ne cesse de me dire que je souhaiterais te revoir depuis. Mais la fierté et surtout la peur que tu m’aies oublié ou refuses tout contact avec moi, m’a paralysé pendant des semaines. Je me suis tout de même décidé à écrire cette lettre pour te demander de venir me rendre visite dans mon manoir. Je sais bien que c’est une longue distance à parcourir, mais je crains ne pouvoir me déplacer jusqu’en Angleterre. Je sais également que je t’en demande beaucoup, mais mon cœur ne me pardonnerait jamais de ne pas avoir tenté de te revoir. Mon domestique et fidèle servant Jaime Adams accompagne cette lettre, il t’aidera pour tes bagages et t’accompagnera pour la route si jamais tu acceptes ma requête. Sache que je t’attends patiemment.
Dans l’espoir de te voir, ton ami dévoué, Aidan McTavish.”
Un mélange de colère et d’immense joie s’était emparé de moi. J’étais évidemment très heureux d’avoir enfin une lettre de mon ami, mais pourquoi avoir attendu autant de temps ? Le lien que nous avions avait vite fait disparaître la colère et mes bagages étaient prêts en une heure. Je partais donc avec ce Jaime Adams, en direction du Nord.
La route me parut longue mais agréable. Le trajet en bateau beaucoup moins. Les paysages gagnaient en beauté et sauvagerie. Le froid était bien présent, ainsi que la neige. À l’approche du manoir, la forêt aux alentours devenait d'autant plus lugubre et pesante. La nuit était tombée lorsque j’arrivais sur la dernière route. L’orage éclairait celle-ci d’une lumière blanche me permettant de voir les arbres épais, la route pleine de boue et de neige à travers la fenêtre du fiacre. Au milieu des coups de tonnerre, les loups sauvages hurlaient à plein poumons, me donnant la chair de poule. Devant le manoir, je ne puis voir que sa forme carrée. Je l'imaginais sûrement fait pierres grises, noircies par le temps et les intempéries. Jaime prit mes bagages et me conduit à l’intérieur. Alerté par le bruit de la grande porte de bois, Aidan arriva. Le fait de le revoir m’emplit de bonheur, mais ceci ne dura qu’un court moment. Mon ami, autrefois plein de vie était extrêmement pâle et semblait plus petit et maigre. Il s’arrêta stupéfait. Tu es donc venu ! Me dit-il. Évidemment. Mais tu arrives plus tôt que prévu. Je ne t’attendais pas avant la deuxième semaine de Novembre !
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