Chapitre 39 - Partie 1

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LUNIXA

  Quelqu'un avait dû ordonner à Magdalena de ne pas me réveiller car le lendemain de la réception, la matinée était déjà bien avancée lorsque j'émergeai naturellement de ma torpeur. À mon grand soulagement, le Prince était déjà parti. Après le comportement étrange qu'il avait eu en arrivant dans la salle de musique et ce que j'avais dit au Prince Náttmörður, je ne savais pas comment j'allais pouvoir lui faire face. Heureusement que Magdalena était là, je n'avais pas à me rendre dans son bureau.

  Je roulai sur le côté, là où le matelas était encore chaud. Maintenant que la réception était passée, je pouvais à nouveau me concentrer sur mes recherches. Ces derniers jours avaient été tellement chargés que j'avais dû les mettre en suspens. Et à présent, il ne restait plus que trois petites semaines. Si le Prince ne trouvait rien et moi non plus... Non ! Je refusai d'y penser. L'un de nous deux allait forcément trouver quelque cho...se.

  Là où le matelas est encore chaud ?

  Je sentis mes joues devenir écarlates en une seconde et je me redressai brusquement. Dame Nature, j'avais roulé du côté du Prince ! Du côté du Prince ? Non, non, non. C'était mon lit, il n'avait pas de côté !

  C'est pas vrai...

  Toujours rouge, je pris la petite voiture et me rendis dans la salle de bain. J'avais définitivement besoin de me changer les idées.

  Mais contrairement à ce que j’espérai, l'eau chaude de la baignoire ne me détendit absolument pas. Elle me faisait penser à la douce chaleur du Prince, celle qui m'attirait chaque nuit dans ses bras. Dame Nature ! Je voulais juste prendre un bain relaxant, pas penser à lui !

  Je m'enfonçai un peu plus dans l'eau et passai mes mains humides sur mon visage en soupirant lentement. Malgré ma longue nuit, les événements de la veille étaient encore bien trop frais et occupaient une grande part de mon esprit. Qu’ils me perturbent encore n'avait donc rien d'étrange. C'était aussi simple que cela. D'ici peu, ils ne seraient plus que de simples réminiscences et le Prince quitterait mes pensées. Tout allait bien.

  L'espace d'un instant, j'avais cru que le mur que je maintenais autour de mon cœur comportait une fissure. Je pouvais accepter sa compagnie... même l'apprécier, mais cela ne devait pas aller plus loin. Une amitié serait trop risquée pour moi.

  Soulagée, je me pris mon temps pour me laver et me rinçai à l'eau froide pour me revigorer. Puis après avoir mis une tunique, je retournai dans le salon et rejoignis Magdalena derrière le paravent. Elle ne prononça pas un mot durant toute ma préparation, puis toujours silencieuse, elle me suivit jusqu'à la bibliothèque.

  Aujourd'hui, j'avais pour objectif de vérifier ce que m’avait dit Paulina et qui m’avait travaillé toute la semaine. Je sortis les registres des invités des trois dernières années, m'installai sur une table et commençai à les étudier. Par chance, ceux qui les tenaient avaient eu la bonne idée de mettre à la fin de chaque ouvrage un sommaire basé sur les noms qui y étaient inscrits, classés par ordre alphabétique. Grâce à cela, il était facile de retrouver dans le registre les différents passages des visiteurs ainsi que la nature de leur venue. De mon côté, cela m'épargna de nombreuses heures de lecture. Il me suffisait d’un coup d’œil au sommaire pour savoir si la Duchesse Kamsoski était venue au château.

  Bizarrement, alors que son mari s'y était rendu à plusieurs reprises ces trois dernières années, ce n'était pas son cas. Je sortis d'autres registres, plus anciens et continuai à chercher. Je dus remonter jusqu'en 744 pour qu'elle apparaisse enfin dans le sommaire. Un sourire mauvais s'étira sur mes lèvres. Paulina avait dit qu'elle n'était pas venue depuis des années ? C'était là un doux euphémisme. Nous étions en 781. Cela faisait trente-sept ans que la Duchesse Kamsoski n'avait pas mis les pieds au palais. C'était vraiment énorme. Elle ne s’était même pas rendue au second mariage du Roi, ni aux baptêmes du Prince et de la Princesse Valkyria. Et pour celui du Prince Thor ?

  Oui, pour le sien elle avait été présente. En fait, il semblait qu'elle avait arrêté de venir au château cinq mois après la mort de feue sa Majesté Adelheid, alors qu'avant, elle lui rendait visite très fréquemment. Au moins une ou deux fois par mois. Qu'est-ce qui pouvait expliquer ce changement d’attitude et une absence aussi longue ?

  Son comportement cachait définitivement quelque chose, mais est-ce que cela concernait le Roi ? La Duchesse Kamsoski pouvait très bien avoir été une amie proche de la Reine et depuis son décès, cela lui était trop difficile de venir ici. Ce n'était qu'une possibilité parmi tant d'autre. Fatiguée, j'abandonnai pour la soirée et retournai dans mes appartements.

  –Madame, puis-je me permettre une question ? fit Magdalena en refermant la porte de mon salon.

  –Bien sûr. Qu'y a-t-il ?

  –Que cherchez-vous depuis deux mois ?

  J'eus du mal à déglutir. Que devais-je faire ? Lui mentir ou lui avouer la vérité ? Pouvais-je lui faire confiance ? Même si elle était ma femme de chambre, c'était le Roi qui l'avait mise à mon service. Cependant, je ne la voyais pas me surveiller à son compte. Cela ne collait pas avec la douceur et la gentillesse qui se dégageait d'elle. De plus, depuis que je l'avais rencontrée, Magdalena avait toujours été là quand j’avais eu besoin d’elle. Dès le début, elle avait respecté mon besoin d'intimité sans poser de question ou se sentir offusquée que je n'accepte pas son aide pour ma toilette. Elle ne s'était jamais montrée intrusive. Puis à présent, elle m'aidait dans mes recherches, passait son temps avec moi... Elle faisait tellement plus que ce que son métier lui demandait et semblait le faire de bonté de cœur, pas seulement parce que j'étais une Princesse. Si je ne lui accordais pas ma confiance, à qui le ferais-je ?

  –Le Roi menace ma famille, alors je cherche un moyen de pression contre lui, avouai-je d’une petite voix.

  Elle ne sembla absolument pas surprise par cette annonce. Elle se contenta de l’assimiler d’un petit hochement de tête. Puis elle s’appuya contre le mur et ferma les yeux. Elle avait l’air tellement concentrée que je ne la dérangeai pas. Deux longues minutes passèrent avant qu’elle ne rouvre les paupières. Son regard se planta dans le mien.

  –Vous devriez voir la Duchesse Naomi Kamsoski. Je pense qu'elle pourra vous aidez.

  Encore cette Duchesse Kamsoski....

  –Merci beaucoup, Magdalena.

  –C'est tout naturel, Madame. Sa Majesté ne devrait se servir de votre famille pour vous pousser à exécuter ses ordres. Mais s'il vous plaît, faîtes attention à ce genre d'information.

  –Je sais.

  Le savoir est une arme à double tranchant.


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Ce jour-là, la jeune écolière venait de subir les brimades de ses petits camarades. En classe, le maître avait rendu les derniers devoirs ; un contrôle d'expression écrite où on devait inventer une histoire. Flora avait obtenu la meilleure note. Le professeur lui demanda de lire son récit à haute voix. Et l'avait même inscrite au concours d'écriture de l'école. Les autres élèves étaient verts de jalousie. Eux aussi auraient aimés participer à ce concours. Ils en avaient fait la demande, pas elle. Pourquoi était-elle donc inscrite et pas eux ? Un vent de rébellion souffla alors dans la classe de CM2. Les élèves se mirent à chahuter. Certains criaient de mécontentement, d'autres demandaient des comptes et d'autres encore insultaient leur petite camarade.

Comme d'habitude, l'enfant ne broncha pas, ni ne pleura aux insultes. Elle garda simplement le silence. L'heure de la récré venue, elle s'isola ; les autres l'avaient suivie. Ils commencèrent à se moquer d'elle, la dégradant ouvertement. La voix d'Adriana, puis celle du maître, se firent entendre. Pris en flagrant délit, les élèves se regardèrent, honteux, et baissèrent la tête.

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