Chapitre 38 - Partie 3

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  Seul dans le silence et l'obscurité de ce début de soirée, je fumai sans me presser, me gorgeant des effets relaxants que chaque inhalation me procurait, m’imprégnant de l'atmosphère apaisante qui m'entourait. Je me sentais si bien que je finis par allumer une seconde cigarette pour en profiter davantage avant rentrer. Je n'avais plus qu'une envie à présent : dormir des jours durant. Qu'aurais-je donner pour que ce soit possible…

  D'un pas vif en dépit de mon état, je traversai les couloirs et montai les marches trois par trois pour gagner mes appartements. Appartements dont j'avais visiblement oublié de fermer la porte à clef. Je devais être encore plus fatigué que je ne le pensais lorsque j'y étais passé la veille, avant de m'écrouler dans le lit de la Comtesse.

  Je compris très vite que cette absence de verrouillage n'était pas de mon fait : Lokia m'attendait dans le salon et me laissa à peine le temps de refermer le battant avant de se jeter à mon cou.

  — Te voilà enfin, mon amour, murmura-t-elle. Tu m'as tant manqué.

  Manqué ?

  Ce simple mot me plongea dans une confusion aussi vive que soudaine. Ce sentiment… n'était en rien réciproque. Elle avait quitté le palais trois semaines plus tôt et pas une seule fois je n'avais songé à elle. Son absence n'avait même pas pesé sur ma poitrine.

  Ses lèvres se posèrent sur ma nuque et une sensation désagréable me secoua. Brusquement ramené à la réalité, je me crispai en la sentant se concentrer sur mon visage et semer une multitude de baisers sur la ligne de ma mâchoire. J'empoignai aussitôt sa taille pour la décrocher. Autant mouvoir une montagne !

  — Lokia…

  — Allons, Kalor, nous avons déjà frôlé les limites de la loi, susurra-t-elle à mon oreille avant d'en mordiller le lobe. Tant que nous sommes discrets, personne ne se doutera de rien.

  Je ne voulais pas frôler la loi ni être discret, je désirais seulement qu'elle arrête ! Mais j'avais beau la repousser de toute mes forces, elle n'en était nullement incommodée.

  — Lokia… (Sa main se glissa entre mes jambes.) Lokia, ça suffit !

  Ses lèvres se figèrent contre ma gorge et ses doigts sur ma cuisse. Un instant passa, puis ils se retirèrent enfin et Lokia me lâcha. Je m'écartai immédiatement. Perdue, elle me dévisageait d'un drôle d'œil.

  — Mon amour, qu'est-ce qui ne va pas ?

  — Je suis juste fatigué, d'accord ? Nous discuterons plus tard.

  — Quand ? Cela va faire trois jours que je suis revenue et avant ce soir, je n’ai pas réussi à te voir une seule fois. Tu restes enfermé dans ton bureau toute la journée et quand je passe dans tes appartements, je les trouve vides. Où dors-tu en ce moment ?

  — Je ne dors pas, raison pour laquelle je suis épuisé.

  — Arrête de mentir, s'irrita-t-elle. Où dors-tu ?

  Je retirai ma cape sans lui répondre. Sa paupière tressauta sous l'effet de la colère.

  — Par la Déesse toute puissante, Kalor, si tu me dis que tu passes tes nuits avec elle

  — Bien sûr que je passe mes nuits avec elle ! (Son souffle se coupa.) Vous menacez de l'assassiner ; ma mère a même déjà essayé. Je ne peux plus la laisser sans protection !

  — Mais Dame Nature, ce n'est qu'une humaine ! Tu devrais louer ta mère de l'avoir empoisonnée, pas chercher à l'en empêcher ! Cette chienne….

  — Cesse de parler ainsi ! m'emportai-je. Cesse de dénigrer et d'insulter les humains. Ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas de pouvoir qu'ils nous sont inférieurs ou que leur vie n'a aucune valeur !

  — Comment peux-tu les défendre ? s'offusqua-t-elle.

  — Et toi, comment peux-tu t'en étonner ? Mon père est humain, mon frère et ma belle-sœur sont humains, Valkyria et moi…

  — Êtes Lathos, me coupa-t-elle sèchement.

  — Cela ne change rien au fait que la moitié de notre sang est humain, Lokia, et il n'y a rien que tu puisses faire pour changer ça.

  — Alors, sous prétexte que tu es métis, tu te moques de ce qu’ils nous font subir ?

  — Je n’ai jamais dit ça, rétorquai-je durement. Je veux que les persécutions cessent et que nous puissions vivre librement tout autant que vous. Mais inverser la situation n'arrangera rien.

  — Si, il est grand temps de les faire payer.

  Je me forçai à prendre une profonde inspiration pour contenir mon pouvoir. Toute cette virulence l’attisait dangereusement.

  — Sors d'ici. (Elle ne bougea pas). Maintenant, insistai-je. Je voudrais me coucher.

  — Avec elle ?

  — Oui, avec elle !

  Lokia saisit brutalement mon col et me plaqua avec force contre le mur. Un sifflement m'échappa quand mon dos heurta les boiseries. Elle me maintenait avec tant de force que je n'arrivais plus à respirer, mais elle n'avait pas l'air de s'en apercevoir. Ses yeux avaient viré au bleu glace et ne faisaient que me darder d'une colère noire. Toute chaleur alentour s'envola, du givre apparut au coin des meubles, ma bouche et ma gorge s'asséchèrent…

  — Si elle pose ne serait-ce qu'un doigt sur toi, murmura-t-elle d'une voix aussi meurtrière que son regard, que la Déesse m'en soit témoin : je m'occuperai personnellement de la faire disparaître de ce monde et elle regrettera amèrement le jour où elle n'a pas succombé au merizzi.

  Elle me relâcha et sortit du salon en claquant la porte, alors que je me pliais en deux, pris d'une quinte de toux par le brusque retour d'air.

  Que lui arrivait-il ? Jamais elle n'avait abusé ainsi de son pouvoir ! C'était comme si sa haine pour les humains lui en faisait perdre tout contrôle.

  Non…

  Lokia avait une force phénoménale. Si elle avait vraiment perdu le contrôle, elle m’aurait broyé la trachée, comme elle m’aurait brisé le poignet le mois dernier, quand nous nous étions disputés à propos du devenir de la Comtesse. Que je m’en sorte avec une simple toux ou une ecchymose montrait au contraire qu’elle avait parfaitement su doser sa force, me blessant juste assez pour m’inciter à revenir à la raison. Comment avais-je pu être aussi aveugle ? Ces contusions n’étaient pas les premières qu’elle me laissait au cours d’une dispute. Depuis combien de temps ne me les infligeait-elle plus par accident ?

  Une nouvelle quinte de toux me plia en deux.

  — Fait chier !

  Refoulant mes interrogations, je me ruai dans les appartements de la Comtesse sans attendre de retrouver mon souffle. Il n'y avait personne.

  — Magdalena, où êtes-vous ? m'inquiétai-je.

  — Dans la salle de musique.

  Je sortis en courant du salon pour les rejoindre. Avec Lokia dans cet état, je ne pouvais prendre le risque de les laisser seules plus longtemps.




  Il me restait encore la moitié de l'escalier à gravir pour atteindre le couloir quand les premières notes du piano me parvinrent. Un soupir de soulagement m'échappa et je m'autorisai à ralentir le pas. La Comtesse allait bien. Plus détendu, je poursuivis ma route, guidé par le morceau qui vibrait entre les murs. Dame Nature, qu'il était beau, interprété avec une telle musicalité. Si j'avais su que la Comtesse était aussi douée, je n'aurais jamais eu d'hésitation en commandant l'instrument. Je l'aurais même emmenée avec moi chez le facteur afin qu'elle puisse choisir elle-même son piano. Pourquoi n'avait-elle pas indiqué cette aptitude dans son dossier ? J'avais encore tant à découvrir la concernant.

  Une voix s'éleva soudain au milieu des notes et se mêla au morceau. Je me figeai. Ce chant… Je n'avais jamais rien entendu d'aussi… ensorcelant. Les paroles mélodieuses caressaient mes sens, s'insinuaient en moi, me comblaient de cette voix. Par la Déesse, cette voix… D'une douceur et d'une pureté incroyable, mais à la fois si puissante et si riche, elle m'emplissait tout entier, résonnait au plus profond de mon être. C'était à peine si je pensais à respirer.

  Dans un état second, je m'avançai jusqu'à l'entrée de la pièce et m'immobilisai. La Comtesse était là, assise devant le piano. Comme si elle ne faisait qu'un avec l’instrument, ses doigts parcouraient le clavier avec dextérité et maestria tandis que son chant gagnait encore en force, devenant si intense que j'en perdis mon souffle.

  Je ne sais combien de temps je restai là à l'admirer, complètement hypnotisé, mais une guerre aurait pu éclater dans le couloir, je ne me serais rendu compte de rien. La voix de la Comtesse m'avait transporté dans un monde duquel je ne pouvais et ne voulais partir.

  Trop tôt à mon goût, son aria finit par s'éteindre mais ses mains restèrent sur le clavier, prolongeant le dernier accord. Lorsqu’elles le quittèrent, je revins à la réalité.

  Un magnifique sourire illuminait le visage de la Comtesse.

  Mon cœur manqua un battement.

  J'eus l'impression de la rencontrer à nouveau, de la voir vraiment pour la toute première fois. Comme si un voile s'était levé, la réalité me sauta aux yeux. Je comprenais soudain pourquoi Lokia ne m'avait pas manquée au cours des dernières semaines alors que cela avait été le cas de la Comtesse. Pourquoi j'avais rêvé de la Comtesse et pas de Lokia. Pourquoi je ne voulais plus que Lokia me touche alors que j'aurais pu rester des heures en compagnie de la Comtesse, à simplement profiter de sa présence. Pourquoi je désirais tant l'entendre prononcer mon nom… Tout ce que je pensais ressentir pour Lokia avait progressivement été balayé au cours des deux derniers mois pour être définitivement effacé en cet instant. Et à présent, un seul nom occupait la moindre de mes pensées.


Lunixa.


  J'étais tombé amoureux de cette femme.

  — Altesse ?

  Je revins brusquement à la réalité et mon regard croisa celui de la Comtesse… celui de Lunixa.

  — Vous vouliez quelque chose ?

  Encore sous le choc de cette révélation, je mis quelques secondes à retrouver mes mots.

  — Euh… non… Non, pas du tout.

  Et même si cela avait été le cas, cela n'aurait eu aucune importance. Pour rien au monde je ne l'aurais interrompue.

  — Puis-je vous écouter ?

  Un rouge délicat colora ses joues et elle détourna rapidement les yeux.

  — Si cela vous amuse, murmura-t-elle.

  Si cela m'amuse ?

  Que s'imaginait-elle ? Que je voulais seulement rester parce que je n'avais rien d'autre à faire, pour tuer le temps ? J'étais loin d'en avoir entendu assez… Son chant s'était arrêté trop vite. J'avais encore besoin d'entendre sa voix. Ce véritable cadeau de Dame Nature.

  Elle repositionna ses doigts sur les touches tandis que je m'installais sur le canapé, à côté de Magdalena, puis elle recommença à jouer. Une profonde sérénité m'envahit dès la première note. Durant quelques instants, je contemplai Lunixa ; son magnifique profil à nouveau paisible ; ses yeux turquoise intriguant mais tellement envoûtant ; sa sublime chevelure immaculée qui tombait à nouveau en cascade de boucle sur ses épaules… Son image gravée dans mon esprit, je finis par fermer les yeux pour profiter pleinement de sa virtuosité.

  — Eh bien, il était temps.

  Je rouvris les paupières d'un coup et me tournai vers Magdalena, interdit. Un sourire en coin fendait son visage.

  — Je commençais à croire que vous ne vous en rendriez jamais compte.

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