Chapitre 38 - Partie 2

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  Je finis mon café, puis d'un rapide coup d'œil, je vérifiai d'un tout se passait bien. Les nobles discutaient entre eux à l'aide d'interprète. Valkyria tenait la conversation avec plusieurs femmes étrangères. Les quelques enfants qui étaient venus étaient sortis de la véranda pour jouer dans la neige. Quant à la Comtesse, elle s'était enfin posée et discutait avec la Princesse Filippa, qui nous avait finalement rejoint.

  Je ne savais pas si elles se connaissaient avant aujourd'hui, mais elles semblaient aussi heureuses l'une que l'autre d'avoir retrouvé une compatriote. De grands sourires illuminaient leur teint hâlé. Voir la Comtesse aussi détendue me fit sincèrement plaisir. Elle en avait même oublié le poids de son diadème.

  Après avoir demandé l'autorisation à la Princesse, je la vis porter une main sur son ventre arrondi.

  Je reportai mon attention sur le Prince Náttmörður. Lui aussi observait les deux Illiosimeriennes.

  –Votre premier enfant ? m'enquis-je.

  –Oui, affirma-t-il fièrement. Sa venue est attendu dans trois mois... Et vous ? Quand nous nous sommes renseignées il y a quelques temps, vous n'étiez pas marié.

  –Non... C'est très récent, seulement deux mois.

  –Et c'est également une Illiosimerienne d'après son teint.

  Je regardai à nouveau la Comtesse avant de lui répondre. La main toujours sur le ventre de la Princesse, elle l'observait avec un regard empli de bonté. Je la trouvais rayonnante.

  –Oui.

  –Je tenais à m'excuser pour ma réaction de tout à l'heure, son physique m'a surpris. En particulier sa chevelure, elle est vraiment atypique.

  –C'est vrai.

  Mais je n’arrivai pas à l’imaginer avec une autre couleur. C'était tellement singulier que cela ajoutait beaucoup à son charme, adoucissant ses traits et la rendant plus lumineuse.

  –Et je me demandai, cela ne vous a-t-il pas dérangé de ne pas épouser une Princesse ? me demanda-t-il.

  –Non, pourquoi ?

  –Car mon père, en échange de l'ouverture du pays avec Illiosimera, désirait un mariage de sang royal. Le Roi Zeus VII avait accepté cette exigence et m’avait promis la main de la Princesse Artémis, son unique fille. Mais que Dame Nature veille sur elle, la pauvre a perdu la vie dans un accident de carrosse, quelques jours avant nos fiançailles. Ce décès a refréné mon père. Cependant, comme il voulait vraiment cette alliance, j'ai fini épouser une Marquise.

  –Dame Nature, c'est horrible.

  –Oui... La mort de la Princesse a énormément touché le royaume et surtout sa mère, la Reine Athéna. Pour tout vous dire, malgré les années qui ont passé depuis ce tragique événement, elle n'a toujours pas fait son deuil et pleure encore la mort de sa fille.

  –Quel âge avait-elle ?

  –Treize ans.

  J'osais à peine imaginer la peine qu'avait dû ressentir sa famille...

  Je fus arraché à ces tristes pensées quand la Comtesse et la Princesse Filippa passèrent à côté de nous pour retourner à l'intérieur du palais. Le Prince Náttmörður se tourna vers elles et prononça quelques mots dans sa langue. Elles se figèrent brusquement et je vis un profond malaise gagner sa femme.

  Qu’est-ce que…

  La Comtesse se retourna d'un coup, le regard incendiaire, et répliqua contre toute attente en eld'fólkjallais. Le Prince devint aussi blanc que le regard de la Comtesse était noir. Lentement, ses grands yeux turquoise se tournèrent vers moi et ses joues commencèrent à s’empourprer. Elle prit la Princesse par le bras et l'entraîna rapidement dans le château.

  Que venait-il de se passer ? Qu'avait dit le Prince pour que la Comtesse réagisse ainsi ? Pour qu'elle lui lance un regard aussi mauvais ? Et depuis quand parlait-elle l'eld'fólkjallais ? Ce n'était pas inscrit dans son dossier.



  Malgré cet incident, la journée poursuivit tranquillement son cours. C'était comme s'il n'avait jamais eu lieu. Ni le Prince Náttmörður, ni sa femme, ni la Comtesse, une fois de nouveau réunis, ne l'évoquèrent. Et s'il y avait encore de la tension entre eux, ils parvenaient à la dissimuler avec succès. De mon côté, j'avais préféré prendre sur moi et ne pas le questionner à ce sujet pour ne pas prendre le risque de l'offenser et mettre en péril la possible entente entre nos pays. Cependant, ce n'était pas parce que j'avais décidé de fermer les yeux sur cette histoire que je comptai l'oublier pour autant. Après le départ de la délégation, j'avais l'intention de demander des explications à la Comtesse.

  En fin d'après-midi, le Prince m'accompagna dans mon bureau et nous passâmes une paire d'heure à discuter des détails de l'alliance : la quantité de bois à leur livré ; le prix que cela leur coûterait ; les marchandises que nous pourrions importer et exporter ; le temps que nos bateaux pourraient passer à quai…

  Une fois en accord sur l'ensemble des points relevés, nous les couchâmes sur le papier afin de pouvoir les présenter à nos pères respectifs et y apposâmes nos signatures. Nous venions tout juste de finir le deuxième exemplaire, celui en talviyyörien, quand un valet se présenta à mon bureau. Le dîner n'allait pas tarder à être servi.

  Le reste des convives était déjà attablé à notre arrivée. Nous prîmes rapidement place. Puis les quatre flûtistes entonnèrent leur premier quatuor et les domestiques arrivèrent pour nous servir notre première assiette.

  À la fin du repas, les Eld'fólkjallais s'attardèrent le temps d'un café, puis, doucement, se rassemblèrent pour le départ. Nous les raccompagnâmes jusqu'à leurs carrosses.

  –Altesse, fit le Prince Náttmörður, cela a été un réel plaisir de vous rencontrer. J'espère un jour pouvoir vous retourner l'hospitalité dont vous avez fait preuve. Que Dame Nature veille sur vous et sur votre lignée.

  –Et c'est avec grand plaisir que nous accepterons votre invitation, Altesse. Nous prierons la déesse pour que votre voyage se passe dans les meilleures conditions et qu'elle accorde à votre premier enfant une longue et heureuse vie.

  Il me remercia d'une inclinaison un peu plus longue que la dernière fois. Puis il passa la main dans le dos de sa femme et l'entraîna vers leur voiture. Les attelages ne mirent pas longtemps à partir et bientôt ils disparurent dans la nuit.

  Mes épaules retombèrent et je fermai les yeux en soupirant. La compagnie des Eld'fólkjallais avait été agréable, mais j'étais content que cette journée se termine. Ma fatigue commençait à me rattraper.

  Je portai une main à ma nuque et alors que je tentai de débloquer mes muscles, j'entendis des bruits de talons s'éloigner de moi. Je rouvris les paupières et me retournai. La Comtesse regagnait le château.

  Je m'apprêtai à la rejoindre mais des doigts se refermèrent autour de mon poignet.

  –Laisse-la respirer, m'ordonna Valkyria. Elle a besoin de décompresser.

  Elle n'avait pas tort, la Comtesse ne s'était presque pas accordée un seul instant depuis l'arrivée de la délégation. Elle devait être épuisée. Je pourrai toujours la féliciter pour la réception et la questionner sur l'incident de la véranda demain.

  Ma sœur me lâcha et je baissai les yeux vers elle.

  –Alors, doutes-tu toujours de sa capacité à recevoir les si susceptibles Eld'fólkjallais ? la taquinai-je.

  –Absolument pas, Lunixa a été remarquable. J'aurai été incapable de faire mieux.

  Et moi alors ? Mieux vaut ne pas en parler.

  –On rentre ? me proposa Val.

  –Vas-y, je vais rester encore un peu dehors.

  –Fais tout de même attention ou tu risques de tomber vraiment malade.

  Je soupirai. Tant que je ne libérais pas mon pouvoir, je ne risquais pas d’être à nouveau « fiévreux ».

  J'attendis que ma sœur disparaisse derrière les portes du château pour glisser une main dans ma poche et récupérer mon étui à cigarettes. Je le remis à sa place après en avoir pris une que je portai à mes lèvres et allumai. Je tirai la première latte.

  Depuis que j'étais devenu l'Elémentaliste du feu, je ne ressentais plus cette chaleur caractéristique et relaxante qui se propageait dans les poumons à chaque inhalation. Elle était totalement occultée par celle de mon pouvoir. Pourtant, je continuais à fumer. Je trouvais toujours cela aussi apaisant, surtout après une longue journée comme celle d'aujourd'hui.

  Je pris mon temps pour consommer ma cigarette, afin d'en apprécier chaque bouffée et de profiter du calme de la nuit. Je finis même par en allumer une seconde.

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