Chapitre 35 - Partie 2

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  Bien plus tard dans la nuit, alors que j'étais toujours penché sur un dossier juridique, un mouvement dans le salon attira mon attention. La Comtesse était prise d'étranges secousses. Les mêmes qui l'avaient agitée la nuit dernière.

  — Non…, geignit-elle en illiosimerien.

  J'abandonnai mon travail et m'empressai de me rendre à ses côtés. Elle dormait encore et son front était couverte d'une fine couche de transpiration. Elle s'agita à nouveau.

  — Non…

  Cauchemardait-elle à nouveau ? J'appuyai légèrement sur son épaule et elle se réveilla brusquement. Les yeux écarquillés d'effroi, elle chercha à reculer, mais fut bloquée par le dossier.

  — Hé, tout va bien, déclarai-je. Vous faisiez juste un mauvais rêve.

  Son regard perdu balaya la pièce et la tension qui l’habitait finit par la quitter dans un profond soupir de soulagement.

  — Par la Déesse…, souffla-t-elle.

  — Tout va bien ? m'assurai-je.

  — Oui, vous l'avez dit vous-même, c'était juste un mauvais rêve.

  Son teint était pourtant encore un peu pâle.

  — Voulez-vous manger ? proposai-je.

  Cela lui ferait du bien ; en plus, elle n'avait pas dîner.

  — Un valet a amené votre repas il y a plusieurs heures, repris-je, alors même avec les cloches, il a dû refroidir, mais je peux en redemander un.

  — Non, ça ira. Manger froid me va très bien.

  Elle se leva et me suivis jusqu'à mon bureau. Alors que je reprenais place sur mon fauteuil, elle commença à se servir.

  — Que faites-vous encore debout à cette heure de la nuit ? s'enquit-elle.

  — Mon frère est parti, ma mère et mon père vont bientôt quitter le château à leur tour. J'ai donc récupéré une bonne partie de leur travail.

  — Et vos aides ?

  — Ils sont déjà bien occupés.

  Elle s'installa sur un fauteuil face à moi, posa son assiette sur mon bureau et entama son repas. Tout en mangeant, elle prit l'un de mes dossiers et essaya de le déchiffrer. Une ride de concentration s'était formée entre ses sourcils froncés. N'arrivant visiblement pas à le lire, elle le reposa, puis retenta avec d'autres.

  — Le Prince Náttmörður ? s'étonna-t-elle en arrivant sur le dossier que m'avait remis mon père.

  — Oui, une délégation Eld' Fólkjallaise vient dans quatre semaines.

  Elle haussa les sourcils et essaya de comprendre le reste du document.

  — C'est la première fois que vous les recevez ? me demanda-t-elle. (J'acquiesçai.) Qui s'occupe de la réception ?

  — Moi, soupirai-je. (Elle haussa un sourcil). En temps normal, c'est ma mère qui s'en charge, mais elle ne sera pas là.

  — Et votre sœur ?

  — Elle n'aura pas le temps de la préparer.

  La Comtesse s'enfonça dans le fauteuil et se mit à pianoter sur l'accoudoir tout en regardant le paysage. Le ciel était sans nuage et la lune, complètement ronde, éclairait les jardins d'une lumière mystérieuse. Cette lueur caressa le visage de la Comtesse et renforça son air songeur. À quoi pensait-elle ?

  — Voulez-vous que je m'en occupe ? me proposa-t-elle soudain en reposant les yeux sur moi.

  — De quoi ? La réception ?

  — Oui, que voulez-vous que je fasse d’autre ? Je ne sais pas lire le talviyyörien.

  Je la dévisageai, un brin dérouté. Pourquoi offrait-elle son aide ?

  — Vous savez… Les réceptions sont difficiles à organiser.

  — Je sais, affirma-t-elle sans hésitation.

  — Et les Eld' Fólkjallais…

  — Sont très susceptibles, je le sais aussi.

  — Comment ?

  — Ils ont scellé leur toute première alliance il y a quelques années, avec Illiosimera. De plus, j'aime étudier les cultures étrangères.

  — C'est pour cela que vous parlez autant de langues ?

  Elle opina.

  Je ne savais que faire. Elle n'était censée prendre ses fonctions qu'après le renouvellement de nos vœux. Et puis, une réception… Il y avait plus simple pour commencer.

  — Êtes-vous sûre de vouloir le faire ? Mon père ne tolérera pas une seule bavure.

  — En l'occurrence, je crains davantage de froisser les Eld' Fólkjallais que votre père, rétorqua-t-elle avec une certaine condescendance.

  Cette assurance empreinte d'une pointe de suffisance, en totale contradiction avec sa fragilité de la veille, révéla un côté de sa personnalité que je ne connaissais pas. Elle venait de la draper d’une prestance sans faille qui lui conférait un charme fou et devait donner à n’importe qui l’envie de la suivre. La prestance d’une Reine.

  Mon hésitation s'envola aussitôt.

  — Très bien, je vous la confie. Ne me le faites pas regretter.

  Un sourire en coin étira ses lèvres.

  — Je ne m'y risquerais pas.

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