Chapitre 35 - Partie 1

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KALOR

  –Votre Altesse, sa Majesté est là, m'annonça Edgar.

  –Faîtes-le entrer, soupirai-je en reposant ce que j'avais en main.

  Mon père, dans toute sa majesté, passa le pas de la porte et s'approcha de mon bureau. Sans un mot, il s'installa face à moi et me tendis un dossier. Je le pris avec méfiance. Il faisait rarement le déplacement lui-même. Le sujet devait donc être soit sensible soit très important. J'ouvris le document et commençai à le lire avec attention. Nous allions recevoir une délégation venue de...

  L'espace d'un instant, la surprise me figea.

  –Les Eld' Fólkjallais ?

  –Oui, confirma mon père. Ils ont pris contact il y a quelques mois et ont accepté de nous rencontrer. Le Prince Náttmörður fera partie de la délégation.

  –Ah oui, ils n'envoient pas n'importe qui.

  Eld' Fólkjall était un pays encore plus fermé que le nôtre. Durant des années, ils avaient rejeté tout contact. C’est pourquoi tout ceci m’étonnait grandement.

  –Exactement, et c'est pourquoi il faut absolument que la réception soit parfaite. Je ne tolérerais aucun impair, déclara mon père.

  –Pourquoi me dites-vous cela ? C'est mère qui s'occupe des réceptions diplomatiques.

  –Parce qu’elle et moi avons déjà un engagement que nous ne pouvons modifier. Nous partons à Prario dans deux jours.

  Donc ils ne seraient jamais de retour à temps pour la réception.

  –Valkyria ? Risquai-je.

  –Non plus, elle sera là le jour de leur venue mais comme elle et Nicholas rentrent chez eux pour quelques semaines, elle n'aura pas le temps de la préparer. Quant à Thor, il est actuellement en déplacement. C'est pourquoi je te la confie.

  Je soupirai d'exaspération et m'enfonçai dans mon fauteuil en déplorant les montagnes de dossiers qui tenaient en équilibre précaire sur mon bureau. J'avais déjà énormément de travail et organiser les réceptions n'était vraiment pas mon fort. Mes heures de sommeil allaient se raréfier.

  Mon père alluma une cigarette, il n'en avait donc pas fini.

  –Où en sont les choses avec ta femme ?

  Le souvenir de la Comtesse en pleure et tremblante dans mes bras, me frappa de nouveau.

  –Que lui avez-vous dit ? demandai-je en éludant sa question. (Il prit un air innocent). Arrêtez de faire mine de ne pas comprendre de quoi je parle.

  –Je lui ai donné une date limite pour que vous consommiez votre mariage, sinon il y aura des conséquences, avoua-t-il sans honte. (Ma mâchoire se décrocha et le feu de la cheminée eu un mouvement bizarre). Quand je donne un ordre, c'est pour qu'on l'exécute, pas qu'on le discute. Et c'est aussi valable pour toi Kalor. Je vous rappelle que c'est votre devoir conjugal.

  Sur ces mots, il souffla un dernier nuage de fumée et quitta mon bureau.

  J'attendis deux longues minutes après son départ, le temps que les flammes retrouvent une attitude normale. Puis je me relevai vivement et me rendis d'un pas déterminé au secrétariat.

  –Edgar, convoquez ma femme. Maintenant.

  –Votre Altesse, la voilà.

  Je m'écartai de la cheminée et me tournai vers la porte. Mon secrétaire s'effaça pour faire place à la Comtesse et repartit travailler. Elle portait de nouveau son drôle de chignon à moitié coiffé. Nos regards se croisèrent l'espace d'une seconde avant qu'elle ne détourne rapidement les yeux.

  –S'il vous plaît, fis-je en l'invitant à s'asseoir dans le salon d'un geste de la main.

  Elle eut une légère hésitation mais elle finit par s'approcher et s'installa sur le canapé. Je pris place sur le fauteuil en face d'elle tandis qu'elle passait ses mains sur les plis inexistants de sa robe. Je remarquai immédiatement l'anneau d'or à son doigt. Une charge dont je n'avais pas conscience quitta mes épaules et un sentiment que je ne saurais nommer me traversa. Je secouai la tête, perturbé, et quittai la bague des yeux pour me focaliser sur la Comtesse.

  –Vous sentez-vous mieux ?

  –Oui... Je suis navrée de vous avoir offert un tel spectacle.

  –Vous étiez à bout et vous avez craqué. Ce genre de chose arrive à tout le monde.

  Elle se concentra sur ses manches évasés et commença à jouer avec le tissu doré de la doublure.

  –Je sais, mais je tenais à m'excuser... Et merci, d'être resté, ajouta-t-elle d'une petite voix.

  –C'est normal.

  Elle tritura encore plus sa pauvre manche. Si sa nervosité continuait à s'intensifier, elle allait se refermer sur elle-même dès que j'évoquerai le sujet de sa convocation.

  Je quittai mon fauteuil et lui servis de quoi boire.

  –Tenez.

  Ses doigts se figèrent sur le tissu et elle leva ses incroyables yeux turquoise vers moi.

  –Qu'est-ce ?

  –Simplement de l'eau

  Elle accepta le verre et me remercia dans un murmure tandis que je retournais m'asseoir. Comme je l'avais espéré, boire la détendit. C'est même elle qui aborda la conversation.

  –Pourquoi m'avez-vous convoquée ?

  –La dernière fois, je vous avais demandé si mon père vous menaçait. Vous m'aviez affirmé que ce n'était pas le cas. Pourtant hier soir vous m'avez avoué le contraire et mon père est passé juste avant que je vous fasse chercher et il m'a confirmé que c'était le cas... Pourquoi m'avoir menti ?

  Elle baissa les yeux et fit tourner le verre entre ses doigts.

  –Je voulais m'en occuper seule.

  Je soupirai.

  –Comtesse, vous ne pouvez pas vous battre seule contre mon père. Que vous a-t-il dit ?

  Ses traits se tendirent et sa respiration devint tremblante. Cependant, elle ne prononça pas un mot.

  –Comtesse. S'il vous plaît. Je vous l'ai dit hier soir. On ne pourra pas vous aidez tant que vous ne vous ouvrirez pas à nous.

  Elle posa le verre sur la table basse et tout en cillant pour chasser les larmes qui avaient gagné ses yeux, elle prit une profonde inspiration.

  –Votre père m'a dit que si nous n'avions pas consommé le mariage d'ici le 13 Masior... ma famille en payerait les conséquences.

  –Je vous demande pardon ?

  Comment mon père pouvait-il se servir de ce moyen de pression ? La famille était une des valeurs fondamentales de notre pays. Et puis cette date limite, le jour de nos renouvellements de vœux… Il ne restait que sept semaines. Pourquoi ne voulait-il pas patienter un peu plus ? Nous n'étions pas à quelques mois près.

  Mais je n'arrivais toujours pas à croire qu'il menaçait la famille de la Comtesse. N'aurait-il aucune honte à bafouer ainsi les valeurs de son pays ?

  Dame Nature, je n'en savais rien. Mon père était capable de bien des choses. Je devais absolument trouver un moyen de le ramener à la raison, de nous laisser plus de temps.

  –Écoutez Comtesse, je ne veux pas vous mentir alors je vais être tout à fait franc. Même si la famille est une valeur fondamentale de notre pays et que cela me tue de l'admettre, il est possible que les menaces de mon père ne soient pas des paroles en l'air. Mais je vais vous aidez à empêcher ça.

  –Vraiment ?

  La Comtesse ne détournait plus du tout le regard à présent. Ses grands yeux fixaient les miens avec intensité et brillaient d''espoir.

  –Oui, vraiment. Je le connais bien mieux que vous. J'arriverai à trouver un moyen de le ramener à la raison. Je vous le promets.

  Un énorme poids sembla disparaître de ses épaules, alors que ses lèvres s'étiraient, donnant naissance à un sourire éclatant qui illumina son doux visage. Je fus si surpris que je mon cœur manqua un battement.

Elle est magnifique.

  –Merci.

  J'étais tellement accroché à ses lèvres que je ne trouvai même pas les mots pour lui répondre. Elle prit mon mutisme pour la fin de notre discussion, alors elle se leva et me remercia une dernière fois avant de partir. Dès que la porte se referma, je me laissai tomber contre le dossier et passai une main dans mes cheveux, dépitée. Je n'arrivais toujours pas à m'en remettre. Qu'elle m'ait offert un sourire aussi sincère alors qu'il y a deux semaines j'avais été à deux doigts de la violer... C'était plus que je n'aurais jamais pu espérer quand je lui demandais de s'ouvrir à nous.

  J'essayai de me concentrer à nouveau sur mon travail. Mais son sourire ne quitta pas mes pensées un seul instant.

  Si bien qu'une heure plus tard, quand on toqua une nouvelle fois à mon bureau, je l'avais toujours en tête. Mon secrétaire ouvrit la porte.

  –Qu'y a-t-il Edgar ?

  –C'est votre femme.

  Surpris par cette annonce, je mis quelques secondes à réagir et à donner mon autorisation.

  Il s'écarta et la Comtesse entra à nouveau. Elle ferma la porte du pied et s'y appuya en expirant. Tout ceci rendait sa venue encore plus étrange.

  –Quelque chose de ne va pas ? m'enquis-je après une longue minute de silence.

  –Magdalena m'a demandé si elle pouvait rentrer pour le reste de l'après-midi, m'expliqua-t-elle. On lui a rapporté que sa mère n'allait pas bien. Je l'ai donc autorisé à prendre sa journée, mais elle ne voulait pas partir tant que je n'étais pas dans votre bureau.

  –Et elle a eu raison. Vous pouvez vous installez dans le salon.

  Elle soupira, puis se décolla de la porte et s'y rendit. Je me remis au travail tout en la surveillant du coin de l'œil. Avant de s'asseoir, elle parcourut la bibliothèque, prit un livre au hasard et tenta de lire le résumé, puis en sélectionna un autre. Elle répéta ce schéma à plusieurs reprises avant d'en choisir un et de s'installer sur le canapé, dos à moi.

  Vu l'énorme quantité de travail que j'avais, je demandai qu'on nous apporte le dîner dans mon bureau. La Comtesse ne réagit pas quand le valet arriva avec la desserte, ni quand je l'appelais pour manger, ni un bon quart-d'heure après, quand je réitérai son appel. J'avais bien compris qu'elle préférerait être ailleurs, mais pourquoi m'ignorait-elle ainsi ?

  Je finis par me lever et la rejoignis. Un petit sourire fendit mon visage quand je me retrouvai face à elle. Elle ne m'avait pas ignoré sciemment, elle s'était simplement endormie, le livre encore posé sur les genoux. Je lui retirai des mains et sortis un plaid que je déposai sur ses épaules. Je rajoutai également quelques bûches dans l'âtre et ordonnai au feu de grandir. Maintenant certain que toutes les conditions étaient réunies pour que la Comtesse dorme paisiblement, je retournai travailler.

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