Chapitre 33 - Partie 2

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  Alors que mes larmes s’étaient arrêtées de couler depuis plusieurs minutes, j'étais encore blottie contre le Prince et n'avait aucune envie de quitter son étreinte, de peur de m'effondrer. Sans dire un mot, mon soutien finit par me basculer dans ses bras. Il me porta jusqu’au lit, puis se rendit dans la salle de bain pour me chercher un verre d’eau. Je le pris d'une main tremblante et réussis à en boire quelques gorgées avant d'avoir la gorge trop nouée pour continuer. Le Prince le récupéra et le mit sur la table de nuit. Il posa ensuite un genou à terre, cherchant à croiser mon regard. Ses yeux étaient compatissants et brillants d'inquiétude.

  — Voulez-vous en parler ?

  — Non. Non. Non. Je veux juste rentrer chez moi et retrouver ma famille. C'est tout ce que je demande. S'il vous plaît laissez-moi la retrouver.

    Il soupira et baissa la tête tout en me prenant la main.

  — Ce n'est pas ce que vous voulez entendre, mais c'est désormais ce palais, vôtre chez vous. (Mon cœur se brisa.) Et je sais que je ne pourrai jamais remplacer celle que vous aviez à Illiosimera, mais depuis que nous sommes mariés, nous sommes une famille.

  Non, il ne pouvait pas. Rien ne pourrait jamais remplacer l'amour que j'avais pour mes enfants.

  Alors que je pensais être à court de larmes, je me remis à pleurer.

  — J'ai essayé…. J'ai vraiment essayé, sanglotai-je. Mais je n'y arrive pas.

  — Si, vous vous en sortez très bien.

    — Regardez-moi. Regardez-moi, insistai-je entre deux sanglots. (Il releva les yeux.) Comment voulez-vous que je sois une Princesse ? Je suis brisée, une simple coquille vide.

  — Non, vous êtes effrayée par la vie qui vous attends et c'est tout à fait normal, surtout depuis qu'on a attenté à votre vie. Rein n'aurait pu vous préparer à une telle épreuve. Et vous êtes bien plus qu'une simple coquille vide.

  — Vous ne me connaissez pas.

  — Si. Même si vous êtes encore un vrai mystère pour moi, nous apprenons doucement à nous connaître. N'oubliez pas que nous nous sommes rencontrés il y a moins d'un mois et que vous étiez alitée durant toute la première semaine.

  — Pourquoi vous comportez vous ainsi ? Ce serait tellement plus simple pour vous si je n'étais plus là.

  — Oui, c'est vrai, concéda-t-il. Cependant, même si j'aime une autre femme et que ce n'était pas du tout ce que j'avais prévu, c'est avec vous que je suis marié aujourd'hui. C'est donc mon rôle de prendre soin de vous, car vous êtes ma femme, Comtesse Zacharias.

  — Ce n'est même plus mon nom…

  — Même si vous appelez Lunixa Talvikrölski à présent, cela ne change pas qui vous êtes.

  Il avait tort, un nom faisait tout. Autrefois, j’étais une Illios, un membre de la royauté, puis j'étais devenue une Zacharias, une simple Comtesse, avant d'être contrainte à changer une dernière fois pour devenir une Talvikrölski, un nouveau membre de la royauté. Et désormais, ce nom serait mien jusqu'à ma mort.

    — Je me sens si seule, avouai-je en me recroquevillant sur moi-même, je n'ai plus personne…

  — Ne dites pas cela, m’ordonna-t-il en prenant mon menton en coupe pour que je le regarde. Il y a des personnes qui tiennent à vous dans ce château : Magdalena, ma sœur, la petite domestique que vous avez défendue… moi. Cependant, nous ne pourrons pas vous aider tant que vous ne vous ouvrirez pas à nous. (Il fit une courte pause.) Vous savez Comtesse, le climat de ce pays est peut-être glacial, surtout pour quelqu'un comme vous qui venez d'un royaume ensoleillé, mais en dehors de ces murs et de la cour, ce froid ne rend les habitants que plus chaleureux.

  Il avait repris ma main dans la sienne et la douce chaleur qu'il me transmettait par ce contact mit fin à mes pleurs. J'essuyai mes joues trempées.

  — Vous pouvez encore pleurer si cela vous aide à vous sentir mieux, je ne bouge pas d'ici, déclara-t-il.

  J'opinai, puis repris le verre sur la table de nuit pour le vider.

  — Pourrais-je avoir un autre ?

  Le Prince acquiesça, puis retourna le remplir dans la salle de bain. En attendant qu'il revienne, je cherchai à retrouver le contrôle de ma respiration, en vain. Tout comme mes mains, elle tremblait encore lorsque le Prince me donna le verre. Il s'assit à ma droite.

  — Encore un ? proposa-t-il quand j'eus fini de boire.

  Je secouai et me laissai tomber sur le côté, contre lui. Je le sentis se crisper avant de se détendre et de s'autoriser à poser une main sur ma tête.

  — Je pense qu'une bonne nuit de sommeil vous fera le plus grand bien, d'accord ? (J'opinai.) Puis-je dormir avec vous ?

  — Oui.

  J'avais toujours l'habitude de me coucher avec quelqu'un lorsque j'allais mal. Petite, je me réfugiais auprès de mes parents, puis le lit de Giulia et Marco était devenu mon refuge quand ils m'avaient recueilli et enfin, la chambre de mes enfants l'avait remplacé. Aucun de ces lieux ne pouvait désormais m'apporter du réconfort. Il ne me restait plus que ce grand lit froid… Mais il était là.

  Le Prince passa une main apaisante dans mes cheveux, puis se leva pour aller se changer. Bien plus facilement que moi, il déplaça le meuble que j'avais mis devant la porte dérobée et s’en servit pour rejoindre ses appartements. Il revint quelques minutes plus tard, en tenue de nuit, et s’installa sur le lit en soulevant les couettes. Il les replaça sur nous après que je me sois glissée en-dessous. Pour la première fois, je ne m'isolai pas au bord du matelas avant de fermer les yeux.

  À deux doigts de m'endormir, je ne me rendis pas compte que je me déplaçai avant de sentir la respiration lente et profonde du Prince caresser ma nuque. Dans son sommeil, il enlaça ma taille et me blottit tendrement contre son torse. Je savais à présent ce qui m'attirait inconsciemment vers lui chaque nuit depuis que nous partagions ma couche. C'était cette chaleur réconfortante et rassurante qui émanait de lui. Et ce fut dans ses bras que je sombrai définitivement dans le sommeil.




  À mon réveil, le Prince était déjà parti. Le cœur encore lourd, je m’assis au bord du lit et un éclat métallique attira mon regard sur la bague laissée sur ma table de nuit. L'alliance. Mon alliance. Le Prince n’avait pas profité de ma torpeur pour la remettre à mon doigt. Cela ne tenait qu’à moi de la remettre ou non.

  Ne sachant que faire, je la pris entre mes doigts et jouai avec. Elle était vraiment belle, travaillée par la main habile d'un orfèvre. À force de la manipuler, je finis par sentir des inscriptions gravées à l'intérieur. J'ignorai qu'il y en avait. Intriguée, j'y jetai un œil.


Lunixa ∞ Kalor.

À toi, pour toujours


  Même si cette phrase n'avait aucune valeur sentimentale – ce n'était pas lui qui avait décidé de l'écrire et c'était une formulation courante –, une boule se forma dans mon ventre.

  Encore incertaine de ce qui m'y poussa, je la remis à mon doigt.

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