Chapitre 33 - Partie 1

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LUNIXA

  Une fois dans mes appartements, je refermai la porte et m'y adossai quelque secondes pour souffler et expulser la tension qui m'habitait. Je relevai les yeux et mon regard tomba immédiatement sur la petite servante, assise sur un fauteuil du salon et un verre d'eau en main. Magdalena se tenait debout à côté d'elle.

  –Que s'est-il passé en bas ?

  –Rien qui ne mérite d'être évoqué.

  Magdalena fronça les sourcils. Je voyais bien qu’elle ne me croyait pas, mais je n’y fis pas attention et m'approchai de la jeune domestique.

  –Montre-moi ton bras.

  Elle renifla puis lentement et avec difficulté, elle déplia celui qui s'était pris le café. Elle était bien brûlée. Vu la façon dont la tasse fumait juste avant que le Marquis lui lance, ceci ne m'étonnait guère. Son front aussi avait été touché. La pauvre, elle risquait d'en garder des cicatrices à vie. Je la laissai quelques minutes pour fouiller dans un meuble de la salle de bain. Je savais que j'en avais quelque part… Ah le voilà. Je retournai auprès d'elle.

  –Je vais te mettre ça sur le bras, lui expliquai-je en ouvrant le petit bocal que j'avais en main. C'est un onguent qui va apaiser la douleur et t'aider à cicatriser. Magdalena, pouvez-vous me chercher des bandages ?

  Ma femme de chambre resta immobile quelques secondes, les yeux perdus dans le vague, puis elle revint à la réalité et partit dans la salle de bain. Je commençai à étaler le baume sur la peau de la petite.

  –Pourquoi avez-vous fait ça ? me demanda-t-elle.

  –Fait quoi ?

  –Vous interposez. Le Marquis aurait pu vous faire du mal à vous aussi.

  –Parce qu'il n'avait pas à te frapper pour une raison aussi futile. Tu n'avais rien fait de mal. Voilà c'est terminé.

  Je pris les bandages que me tendait Magdalena et les enroulai autour des blessures de la petite.

  –À partir de maintenant, dès que tu dois aller travailler pour le Marquis Trotsligge, dis à ta chef de service que je viens de te convoquer et viens ici, lui dis-je. (Une larme coula sur sa joue). Hé, ce n'est pas la peine de se mettre à pleurer pour ça.

  –Me...merci madame, sanglota-t-elle.

  Je la pris dans mes bras et ses pleurs s’accentuèrent. J’attendis qu'elle se calme pour la relâcher, puis caressai ses cheveux noirs avec douceur.

  –Tu peux rester ici te reposer toute la journée si tu veux, d'accord ?

  –Merci, Madame, répéta-t-elle en essuyant ses joues. Comment puis-je remercier votre bonté ?

  –Mais tu ne me dois rien.

  –J'y tiens, vous êtes si gentille.

  Je soupirai. Elle allait se sentir redevable tant qu'elle ne m'aurait rien donné en échange de mes soins. Mais que pouvais-je lui demander ? Une idée traversa mon esprit.

  –Oh, je sais. Pourrais-tu me rapporter si tu entends des choses intéressantes lors de tes services ou des autres domestiques ?

  –C'est tout ? s'étonna-t-elle.

  –Oui.

  –Je peux faire ça, déclara-t-elle en souriant.

  Comme je ne voulais pas du tout revoir le Prince après l'épisode du Marquis Trotsligge, Magdalena m'apporta mon déjeuner et je le mangeai au salon. Puis je passai le reste de la journée dans mes appartements, à raconter des mythes illiosimeriens à Paulina, la petite servante, à jouer aux échecs avec Magdalena, à lire...

  Mais le soir finit par arriver, et avec lui, le Prince n'allait pas tarder à venir dans ma chambre. Je congédiai Magdalena, puis fermai les portes à clefs et bloquai celle dérobée que j'avais enfin trouvé avec un meuble que j'eus dû mal à pousser. Une fois toutes les entrées possibles bien condamnées, je me couchai.

  –Je peux savoir ce qui vous prend ?

  Je me réveillai en sursaut. Mes yeux mirent quelques secondes à se faire à l'obscurité avant que je ne distingue le Prince. Il se tenait à côté de moi, bras croisés sur son torse, me toisant de haut. Interdite, je sortis du lit et passai derrière le rideau. Tout était encore fermé et le meuble toujours devant la porte dérobée. Comment avait-il mis les pieds ici ?

  –J'ai d'autres entrées que ces deux-là, déclara-t-il face à mon silence.

  Je me retournai et le foudroyai du regard.

  –Et cela ne vous est pas venu à l'esprit que si j'avais condamné toutes celles que je connaissais c'est parce que je ne voulais pas vous voir ? Alors maintenant, je vous prie de bien vouloir sortir de mes appartements !

  –Je vous rappelle que je ne peux pas vous laissez seule, quelqu'un en a après votre vie.

  –Eh bien qu'il vienne !

  –Mais qu’avez-vous aujourd'hui ? s'emporta-t-il à son tour.

  –Ce que j'ai ? Vous voulez vraiment le savoir ? Je ne veux pas de cette vie, je ne veux pas de ce rang, je ne veux pas de ce beau-père qui me menace pour que je couche avec son fils, et je ne veux pas avoir à constamment regarder par-dessus mon épaule, à me demander d'où viendra la prochaine tentative d'assassinat, tout ça parce que je ne suis qu'une Naulo !

  Le Prince approcha sa main de moi, je l'éloignai d'un revers violent. Je ne voulais plus qu'il me touche, me sentir apaisée, rassurée en sa présence. Il n'insista pas mais me fixa droit dans les yeux, sans bouger. Je soutins son regard et nous restâmes ainsi pendant de longues secondes.

  –Sortez, finis-je par lui ordonner en désignant les portes.

  –Non.

  –Très bien, dans ce cas c'est moi qui sort ! Et ne comptez pas sur moi pour revenir ! Et tenez, récupérer ça, je n’en aurais plus besoin.

  Je jetai mon alliance par terre et traversai le salon d’un pas décidé. Je n'en pouvais plus. Je voulais juste tout quitter et reprendre ma vie en main, sans cet homme qui n'aurait jamais dû en faire partie ! J'ouvris la porte, mais la main du Prince appuya dessus et la referma. Je me tournai vers lui, folle de rage.

  –Laissez-moi sortir !

  –Si je fais ça, mon père mettra sa menace à exécution.


  « C'est votre famille qui sera châtiée »

  Alexandre.

  Eleonora.


  Mes larmes envahirent brusquement mes yeux, troublant ma vue, alors qu’un trou béant se formait dans ma poitrine.

  Mes bébés. Cela faisait maintenant plus de deux mois que je les avais abandonnés. Ils me manquaient tellement. J'avais l'impression d'avoir oublié leur visage, le son de leur voix... J'avais essayé de ne pas penser à eux dernièrement, pour ne pas me sentir trop mal. Cela avait été une erreur. Cette séparation revint me frapper de plein fouet, me déchirant de l'intérieur. Je ne voulais pas que le Prince me voit ainsi. Mais peu importe à quel point j'essayai de les retenir, rien n'y fit. Je craquai. Mes larmes déferlèrent sur mes joues sans que je ne puisse plus rien faire pour les arrêter.

  J'avais tellement mal....

  Sentant la main du Prince sur mon épaule, je reculai d’un pas. Je ne voulais pas de son réconfort. Pas lui. Pas celui pour qui j'avais été obligé de tout quitter. Mais il n'en fit qu'à sa tête. Il me prit dans ses bras et cala ma tête dans le creux de son épaule. Mes pleurs s'accentuèrent.

  –J'ai mal.

  –Je sais, murmura-t-il. Je sais.

  Je m'accrochai à sa chemise et arrêtai de me battre contre lui et mes larmes.

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Dalya2kya
(Livre déjà publier sur wattpad, quelques personnes ont lue, mais je n'ai pas eu beaucoup d'avis me permettant d'évoluer. Je préfère vous en informer en espèrent que cela ne vous gène pas ^^)

Tu te réveilles dans un endroit dont tu ignores tout, seul, perdu et terrifié. La douleur dans ton crâne et si forte que tu n'arrives plus à réfléchir. Que s'est-il passé ? Il te manque quelque chose, tu en es persuadé... Oui, c'est ça ! Ce qu'il te manque, ce sont tes souvenirs... Des bruits s'élèvent autour de toi ou c'est ton imagination qui te joue des tours.... Tu ne sauras pas le dire toi-même.

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Oncle Dan

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C’est au collège également que je suis devenu comédien de théâtre. Il me faut confesser que c’ est durant cette période que j’ ai remporté mes premiers véritables succès. Cependant, la célébrité ne s’est pas déclarée immédiatement. J’ai connu quelques débuts difficiles. Périodes hostiles durant lesquelles il ne fut pas permis à mes talents de s’exprimer pleinement. J’ai en effet tenu successivement le rôle du petit Jésus, rapport à mon air angélique, et celui d’un troubadour qui devait chanter en vieux français, alors que j’avais déjà du mal à apprendre le français moderne. Loin de me décourager, et plus obstiné que jamais, j’ai fini par obtenir un rôle à la mesure de mes capacités : « La septième femme de Barbe-Bleue ». Mon premier grand rôle.
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N’allez surtout pas imaginer que la brièveté de mon intervention orale pouvait nuire à l’intérêt de mon personnage. Que nenni ! Les autres rôles (forcément secondaires) qui s’agitaient autour de moi avec des dialogues plus substantiels que le mien, ne me servaient que de faire valoir. Toute la question était de savoir ce qui allait m’arriver. J’étais l’incarnation du suspense de la pièce. C’est à travers moi que la salle réagissait. C’est pour moi qu’elle tremblait où se prenait à espérer. C’est vers moi que convergeaient tous les regards. C’est moi qui l’ai fait se tordre de rire en portant mon doigt à la bouche de mon masque alors que le méchant Barbe-Bleue me grondait. Une improvisation, un coup de génie, une intuition comme seuls en ont les plus grands !
Après ce succès, mon ascension fut irrésistible.
Les metteurs en scène n’hésitaient plus à me confier des rôles importants aux textes beaucoup plus élaborés. J’ai même joué « en attendant Godot » de Samuel Beckett, ce qui m’a fait passer le temps. Mais mon « sommet » théâtral, je le vécus dans le rôle du fils du Roi Henri dans une pièce historique de Shakespeare. Ce personnage dont l’importance ne saurait vous échapper, je l’ai joué dans un vrai théâtre avec un vrai public. La pièce ne pouvait donc être jouée que par de vrais acteurs. Le théâtre de Dôle, puisque c’est de lui qu'il s’agit, est un petit théâtre auquel il ne manque rien. Je l’appréciais de longue date, en ma qualité (une de plus) de membre des « Jeunesses Musicales de France ». Cette fois, ma qualité (encore une) de prince me fit découvrir l’envers du décor. Je ne me souviens plus de mon texte, ni même si j’en avais un. Ce dont je suis certain, c’est que mon rôle consistait essentiellement à me faire botter le cul par le Roi, mon père. Ce dernier traduisait sur mon envers le courroux qu’il nourrissait à mon endroit. C’était un rôle très difficile. Je veux parler du mien, naturellement. Non pas que je cherche à dévaluer celui du Roi, mais je le répète, c’était un rôle très pénible. Surtout pendant les nombreuses répétitions. D’autant plus que le Roi, pour mieux s’imprégner de son personnage, refusait toute simulation.
Est-ce le trac ? Est-ce la nervosité des jours de « première » ? Toujours est-il que le Roi n’exécuta pas le coup de pied au cul qui m’était destiné dans les règles de l’art. Pourtant, mon fessier était bien là où il devait être. Pour ma part, je tenais mon rôle à la perfection. J’attendais avec la désinvolture de celui qui est sûr de son coup, mais sans laisser-aller excessif. Le coup porta trop bas, et ce furent les deux joyeuses qui réceptionnèrent malencontreusement l’escarpin royal, et s’en trouvèrent fort attristées. Le choc m’expédia sine die dans les coulisses où j’évitai avec l’agilité et la présence d’esprit qui me caractérisent lorsque je viens de recevoir un coup de pied au cul, une grosse caisse et une batterie de tambours placées là par un futur chômeur.
Je garde de l’unique représentation de cette pièce de Shakespeare des souvenirs tellement pénibles qu’ il ne m’ est possible de les livrer qu’ à doses homéopathiques.
Après cette très regrettable rencontre avec l’escarpin royal, il y avait une scène dans cette pièce durant laquelle le roi discutait avec un autre personnage dont j’ai oublié le nom et le reste. Cette scène avait cela d’intéressant pour moi qui tenais le rôle du fils du roi (ainsi qu’il me semble vous l’avoir déjà dit) qu’elle ne faisait pas intervenir le fils du roi.
Je pouvais donc rester tranquillement dans les coulisses, ce qui me convenait parfaitement, ma timidité faisant que j’ai toujours été plus à l’aise dans les coulisses que sur le devant de la scène.
Cela est vrai aujourd’hui et l’était bien davantage quand j’avais quatorze quinze ans. Or, j’avais précisément environ quatorze quinze ans lorsque l’on m’avait demandé de tenir le rôle du fils du roi, rôle prestigieux que je n’avais pu refuser malgré mon amour des coulisses.
Mais quelque chose survient toujours pour vous faire le coup du lapin au moment précis où vous vous sentez le mieux disposé envers l’Univers.
Dans cette pièce de Shakespeare, ainsi que le précédent incident l’a montré, le roi est souvent de mauvaise humeur, a mauvais caractère, s’énerve pour un oui ou un non, se fâche et d’une manière générale s’agite beaucoup. Je pense qu’il en était ainsi dans la discussion qu’il avait avec cet autre personnage dont j’ai oublié le nom et le reste. Sans doute a-t-il tapé du pied, fait vibrer les planches ou bousculé la tenture qui servait de décor. Toujours est-il que le blason royal, agrafé à celle-ci, perdit l’une de ses attaches et bascula.
Je ne sais si vous avez déjà eu l’occasion d’observer un blason à l’air penché ou de méditer sur l’effet qu’il peut produire sur les témoins d’une telle anomalie. Il semblerait que cela soit insupportable pour une majorité de personnes car un type qui se disait régisseur me demanda d’aller redresser le blason, toutes affaires cessantes, pendant que se déroulait la scène.
Chaque fois que je le rencontrais, j’éprouvais le désir de me glisser dans une cave et d’y rester planqué jusqu’à ce qu’on sonne la fin d’alerte, exercice difficilement réalisable dans les circonstances où je me trouvais. J’eus beau regarder le quémandeur comme la goutte qui fait déborder le vase, il n’en démordit pas. Je sentais bien qu’il ne me tenait pas en grande estime et ne s’attendait guère à ce que je gagne à être connu.
Je me débattis comme un poisson hors de l’eau face à cette idée saugrenue. L’apparition du fils du roi au milieu d’une conversation qui ne le regardait pas n’avait aucun sens et constituait peut-être – je ne l’ai pas vérifié – un contresens historique. J’allais mourir de honte sous le regard des spectateurs en exécutant ce travail de valet de pied ou de page de cinquième catégorie. J’aurais accepté avec joie la tâche de terrasser un dragon aux narines incandescentes, mais redresser le blason du Roi dans ma position : jamais.
Rien n’y fit. Pire, d’autres figurants, craignant sans doute de devoir se substituer à moi si je ne me laissais pas convaincre, se joignirent au quémandeur pour me harceler davantage. Et bien, je peux vous affirmer que je me trouvais dans une situation qui donne à sa joie de vivre un sacré coup dans les tibias.
Je dus me résoudre à rassembler mon courage et à me laisser pousser sur la scène. Mon attitude évoquait celle d’un gamin qui, cueillant des pâquerettes sur la voie ferrée, vient de se prendre l’express de 20H42 dans le bas du dos. Aveuglé par les projecteurs, je devinais dans l’insondable obscurité de la salle, une foule de spectateurs dont les cerveaux se transformaient en autant de points d’ interrogation.
Le Roi lui-même, surpris par mon incompréhensible intrusion, interrompit sa fâcherie et il se fit un grand silence comme si l’univers tout entier retenait son souffle pour mieux concentrer son attention sur ma personne.
Je compris soudain ce que veulent dire les gens qui écrivent des bouquins quand ils parlent du temps qui suspend son vol. Tant bien que mal, je parvins à pas comptés jusqu’au blason et entrepris de remettre en place l’agrafe défectueuse.
Pendant ce temps, le Roi, faisant mine de m’ignorer, avait repris son courroux et son exaspération envers son interlocuteur là où il les avait laissés.
Vous pensez bien, séduisantes lectrices et lecteurs perspicaces, que l’agrafe ne se laissa pas faire et que je ressemblais à du personnel de maintenance incompétent travaillant pendant les heures de représentation.
Pulvérisant tous les canons du ridicule, je quittai la scène et le blason comme on quitte les toilettes, c’est-à-dire dans l’état où je les avais trouvés.
Je vous l’avais dit, je suis un artiste. D’ailleurs, je suis né en septembre et tous les gens qui sont nés en septembre sont des artistes. Maurice Chevalier est né le 12 septembre 1888, Agatha Christie est née le 15 septembre 1890, Sophia Loren le 20 septembre, mais aussi Ray Charles, Julio Iglesias, Scott Fitzgerald, Charles Perreault, William Faulkner, Michael Douglas, Georges Gershwin et même Miguel de Cervantes, auteur de Don Quichotte est né exactement quatre siècles avant moi.
CQFD
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