Chapitre 31 - Partie 1

5 minutes de lecture

LUNIXA


  J'avais à peine ouvert les yeux que je me pétrifiai. Le bras du Prince ceinturait ma taille et maintenait fermement mon dos contre son torse. Paniquée, je cherchai tout de suite à m'éloigner, en vain. Son étreinte était beaucoup trop forte. Mais comment avais-je fini ainsi ? Je m'étais pourtant assurée d'être loin de lui avant de m'endormir et ce n'était pas la place qui manquait dans ce lit ! Je tentai une nouvelle fois de partir avant d'abandonner le combat. Je détestai cela mais j'allais devoir attendre qu'il se réveille. Au moins, cette fois-ci, nous n'étions pas nus…

  D'ailleurs, malgré nos vêtements respectifs, je sentais la chaleur de son buste. Cela m'avait surprise qu'il soit si froid lorsqu’il s’était couché. Jusqu'à présent, sa peau m'avait toujours paru très chaude, comme s'il avait constamment de la fièvre. Était-ce typique des Talviyyöriens ? Grâce à cela qu'ils supportaient plus facilement les températures polaires ?

  À force de bouger, je n'étais plus très bien installée, alors je commençai à réajuster ma position dans les bras du Prince avant de me figer en plein brusquement. Mais qu'est-ce qui me prenait ? Je cherchai à sortir de son étreinte, pas à m'y sentir bien !

  Ressaisis-toi, Nix !

  Le Prince bougea et je pensai qu'il allait enfin me lâcher. Je ne pouvais me tromper davantage. Il me serra un peu plus contre lui, lovant mon corps contre le sien. Son souffle chaud passa sur ma nuque et un frisson me secoua de la tête aux pieds. Mes joues s'empourprèrent. N'y pouvant plus, je lui donnai un coup de coude dans les côtes.

  — Hum…

  — Dame Nature, Altesse, lâchez-moi !

  — Hum…

  Il ne fit rien.

  Mais soudain, ses muscles se contractèrent dans mon dos et son bras libéra ma taille. Je me réfugiai immédiatement à l'autre bout du lit, puis, après deux secondes d'hésitation, je me retournai pour lui faire face. Il s'était mis sur le dos et se frottait les yeux.

  — Veuillez m’excuser, marmonna-t-il.

  Je ne savais pas quoi dire. C'était aussi ma faute. Que m'avait-il pris de rouler dans ses bras ?

  — Quelle heure est-il ? s'enquit-il.

  — Sept heures et demi.

  — Bon sang ! (Il se redressa d'un coup). La réunion.

  Les yeux soudain pleinement réveillés et les cheveux complètement en bataille, il sortit du lit et quitta précipitamment la chambre. Je restai encore quelques minutes sous la couette avant de glisser la robe de chambre en soie sur mes épaules et de me rendre dans la salle de bain pour passer un peu d'eau sur mon visage. J'observai mon reflet pendant un instant, puis me rendis à mon tour dans le salon pour appeler Magdalena. J'y trouvai le Prince, en uniforme, en train de fixer son épée à sa ceinture.

  — J'ai une réunion ce matin, déclara-t-il quand il remarqua ma présence. Aussi Magdalena vous tiendra-t-elle compagnie en mon absence.

  J'étais soulagée de voir qu'en fin de compte, je n'avais pas à passer tout mon temps avec lui. Il ne voulait simplement pas que je reste seule. Comme Magdalena m'accompagnait déjà dans mes recherches, la situation ne changeait donc pas vraiment.

  — Avez-vous trouvé qui souhaite ma mort ? lui demandai-je au moment où il atteignit la porte.

  Sa main s'arrêta sur la poignée.

  — Pas encore, avoua-t-il sans se retourner, mais j'y travaille. Passez une bonne matinée.

  Jusqu'au déjeuner, je restai à la bibliothèque avec Magdalena, le nez plongé dans les ouvrages et concentrée dans mes recherches. J'aurais facilement pu y passer la journée si un valet n'était pas venu me chercher pour me convier au repas. Je le suivis avec énormément d'appréhension. J'avais beau être immunisée à de nombreux poisons grâce aux mithridatisations contrôlées que j'avais subis, il en existait encore qui pourraient m'être fatals. Mes mains devinrent moites lorsque je m’installai à table. L'idée d'avaler quoi que ce soit accélérait mon pouls.

  Cette fois-ci, le Prince arriva avant le début du repas. Il prit place à mes côtés et lorsque les serveurs amenèrent nos entrées, il glissa discrètement à celui qui s'occupait de nous d'inverser nos assiettes. Pourquoi avait-il fait ça ? Pour me protéger d'une nouvelle tentative d’assassinat ? Et lui alors ? Il devait également être sensible à certaines toxines en dépit de l'immunisation qu'il avait aussi dû subir.

  Je reportai mon attention sur mes crudités et jouai avec pendant de longues secondes avant de me décider à prendre une première bouchée. Mes épaules se détendirent. Même si cela ne prouvait rien, qu’aucun goût étrange ne caresse ma langue me soulageait. Ce fut le cas pour tous les plats.

  J'étais totalement rassasiée quand le Roi nous autorisa à quitter la table. Je me relevai et sortis de la salle à manger, prête à reprendre mes recherches, mais une main se glissa soudain dans le creux de mes reins, déclenchant un frisson qui remonta le long de mon échine.

  — Mon bureau se trouve par-là, déclara le Prince en m'entraînant dans la direction indiquée. Comme je n'ai pas de réunion cet après-midi, vous pouvez rester avec moi.

  Je m'écartai immédiatement de lui et m'apprêtai à contester. Son regard m'en dissuada. Renfrognée, je finis par l’accompagner.

  — Installez-vous dans le salon, me dit-il à notre arrivée. Bien, et ensuite ? Je n'allais pas m’asseoir sur le canapé et attendre qu'il ait fini sa journée pour que nous allions nous coucher. Déjà que dormir avec lui me dérangeait énormément…

  — Suis-je vraiment obligée d'être avec vous ? demandai-je en le suivant alors qu'il prenait place sur son fauteuil.

  — Vous avez mieux à faire ?

  — Oui.

  Il haussa un sourcil, sceptique, et prit un premier dossier. Son comportement m'irrita au plus haut point. Quelle impolitesse d'ignorer ainsi son interlocuteur alors que la discussion était loin d'être terminée ! Je me plantai devant lui et posai fermement la main sur le bureau. Le Prince daigna enfin lever les yeux vers moi.

  — J'ai vraiment à faire, insistai-je durement.

  — Quoi donc ?

  — Des recherches à la bibliothèque.

  — Sur quoi ?

  — Je vous l'ai déjà dit, le pays.

    Il m'interdirait sûrement l'accès à cette pièce s'il savait que j'enquêtais sur son père.

  — Et pourquoi ne vous renseignez-vous pas auprès de moi ? s'enquit-il en croisant les bras sur son torse. Je devrais pouvoir répondre à la plupart de vos interrogations.

  Je désignai les piles de documents qui étaient amoncelées devant lui. Il les jugea d'un rapide coup d'œil et soupira. Il savait que j'avais raison : il avait mieux à faire.

  — Vous m'avez demandé comment vous vouliez que les choses se passent entre nous, lui rappelai-je. Eh bien, je ne veux pas avoir à dépendre de vous. Je comprends que les événements d'avant-hier vous inquiètent, c’est également mon cas. Mais nous ne pouvons pas rester ensemble tout le temps, cela serait encore plus invivable que lorsque nous ne nous parlions pas.

  — Vous ne pouvez pas être seule.

  — Je ne le serais pas, Magdalena m'accompagne toujours pour me traduire les textes. (Il fronça les sourcils.) Je ne sais pas lire le talviyyörien, avouai-je dans un murmure.

  — Je vois… Dans ce cas, c'est d'accord, abdiqua-t-il dans un profond soupir.

  Il appela son secrétaire pour qu'il convoque ma femme de chambre et ce fut seulement à son arrivée qu’il m’autorisa à quitter son bureau.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

philippemoi
Tu as vu ta gueule, connard!
18
36
134
16
Défi
Neverland-Wolves
[Réponse au défi "Nous sommes tous fous !!!! Soyons-en fier^^", de Tiffany Ledi]

Un jeune homme a quelques problèmes psychologiques ... Sandy en fera les frais.
6
9
5
4
Défi
Consonnesonore
Il n'y a pas que les héros qui partent en guerre contre les dragons, les cuvettes de toilettes aussi ! Suivez Quentin à la recherche de sa princesse.
3
8
3
2

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0