Chapitre 30 - Partie 2

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  Toute gentillesse quitta brusquement son visage et elle me jeta un regard noir. Ma mère avait rejoint les rangs de la royauté il y a 35 ans, cependant elle était encore assez sensible aux poisons. Une fois adulte, il était plus difficile de devenir résistant, c'est pourquoi l'immunisation des héritiers avaient lieu durant l'enfance. Elle ne pouvait goûter à la pomme sans se mettre en danger. En refusant d'y toucher, elle m'avait apporté la preuve de sa culpabilité.

  –Qui te l'a dit ? demanda-t-elle.

  –Personne, la Comtesse en a mangé hier soir. (Un rictus mauvais s'étira sur ses lèvres). Elle se porte à merveille.

  La colère déforma les traits de ma mère. C'est à peine si je reconnaissais la femme en face de moi.

  –Tu n'aurais jamais dû l'épouser, cracha-t-elle froidement. Une Naulo humaine, tu ne pouvais pas avoir pire parti.

  –Sa nationalité n'a rien à voir dans cette histoire. Et je tiens à vous rappeler que je suis à moitié humain.

  –Non, tu es mon fils, donc Lathos.

  –Cela ne change rien au fait que mon père, votre mari, insistai-je, est humain.

  –Tu sais très bien que ce n'est pas par amour que je l'ai épousé et que c'est pour le bien de la Cause que je le laisse me toucher. Même si la mort de la Reine Adelheid a été une vraie aubaine pour la Cause, personne n'avait prévu que je plairai au Roi ni que je serais capable de porter ses enfants. Des Lathos de sang royal ! Cela dépassait toutes nos espérances ! Avec Thor stérile, nous n'avions même pas à bouger le petit doigt, le trône te tendait les bras. Ta fiancée était même devenue une Élémentaliste. Quelles étaient les chances que toutes ces choses se produisent au même moment ? Nous n'avions plus qu'à attendre un peu et tu te serais retrouvé à la tête d'un royaume pour tous ceux de notre race ! Mais il a fallu que tu me caches les plans de ton père et que cette humaine entre dans ta vie pour que tout tombe en pièce et que tu remettes en question la Cause. C'est de notre avenir qu'il s'agit Kalor !

  –Non, j'ai des doutes depuis bien longtemps, la contredis-je durement. Elle n'a rien à voir avec ça.

  –Bien sûr que si ! Tu n'avais jamais rien contesté avant ce mariage.

  –Parce que vous ne me laissez pas le choix ! À chaque fois que j'ai cherché à exprimer mon opinion, vous vous êtes assurée que je revienne à la raison. Depuis ma naissance, vous contrôlez chaque aspect de ma vie !

  –Car tu as un destin à accomplir.

  Ma colère était telle que je perdis le contrôle sur mon pouvoir. Il se répandit dans mes veines, telle de la lave en fusion. Les flammes dans la cheminée s'agrandirent encore. Je devais sortir d'ici.

  –Elle n'est pas digne de toi, cracha ma mère. Ce n'est qu'une humaine.

  Je m'en voulais tellement. J'aurai dû savoir que ma mère mettrait sa menace à exécution, j’étais l’un des mieux placés pour savoir qu’elle était prête à tout pour la Cause et la Comtesse était humaine, un élément perturbateur à ses ambitions. Pourtant, j'avais gardé les yeux fermés, comme je le faisais depuis qu'Ulrich m'avait puni pour mon dernier écart, il y a des années. À cause de cette erreur, la Comtesse... ma femme y avait presque laissé la vie.

  Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela n'arrive plus.

  –Ne vous avisez plus de jouer à ce petit jeu, mère, la mis-je froidement en garde en désignant la pomme. Car je goûterai chacun de ses plats s'il le faut. Et je ne me montrerais pas aussi clément la prochaine fois !

  Je me relevai et me dirigeai vers la porte. Je n'étais plus qu'à quelques pas quand ma mère apparut juste devant moi. Elle me gifla violemment. La douleur de son geste se propagea dans le reste de mon corps, mais je restai de marbre. Bien lentement, je remis ma tête dans son axe et baissai les yeux, la toisant de haut.

  –Tu es un Prince Lathos, Kalor ! Notre Sauveur ! Ne tourne pas le dos à ton peuple !

  –Je suis Prince de Talviyyör ! m'emportai-je. Alors tous les habitant de ce royaume font partie de mon peuple. Qu'ils soient ou non Lathos !

  Je me téléportai immédiatement après, craignant que la situation ne s'envenime encore plus et que ma nature d'Elémentaliste n'éclate au grand jour. Cependant, je n'avais pas du tout réfléchi à ma destination, ce qui était incroyablement risqué : je pouvais apparaître n'importe où. Par chance, je posai les pieds au Lac Frator, sans personne aux alentours. Mais j'étais tellement hors de moi que c'est à peine si j'en fus soulagé.

  Je m'adossai contre un arbre et cherchai à me reprendre en main en respirant lentement, en vain. Mon pouvoir circulait toujours en moi, sans aucune intention de se calmer, répondant en écho à la colère qui m'habitait. J'étais si brûlant que la neige se transformait en pluie avant même de me toucher et que celle au sol fondait.

  Je fermai les yeux et pris une profonde inspiration.

  Dame Nature ! Pourquoi je n'arrive pas à me calmer ?!

  –Altesse ?

  –Pas maintenant, Magdalena.

  Je ne pouvais pas rentrer au château avant d'être revenu à moi. Ma température serait tout bonnement impossible à expliquer.

  Je détestai tellement ce pouvoir. Pourquoi étais-je devenu un Élémentaliste ? Alors que j'avais bien assez de problème avec mon statut de Prince Lathos, il avait fallu que le pouvoir du feu me choisisse moi, parmi tous les autres Lathos ! Être considéré comme un demi-dieu en plus du Sauveur de notre espèce ?! Non merci ! En plus, je n'en avais pratiquement aucun contrôle contrairement à la téléportation. Au moindre énervement, il s'emballait. Pourquoi ne voulait-il pas m'obéir ? Tout ce que je lui demandai c'était de ne pas se manifester.

  Je me mis à faire les cent pas, dans un espoir vain de me détendre. Les minutes passèrent et la neige continuait à fondre sous mes pas. Rien ne semblait pouvoir calmer le feu qui brûlait en moi. Je pensais ne plus pouvoir retrouver le contrôle quand je me rendis soudain compte que j'étais en plein milieu du lac. Une idée des plus stupides, mais la seule qui me vint, germa dans mon esprit. Je retirai mes vêtements et donnai un puissant coup de talon dans la glace.

  Elle se brisa et je tombai dans l'eau gelé.

  Le froid détendit mes muscles, ma tête, et enfin, l'image de la Comtesse, le nez et les yeux en sang, étendue morte dans ses appartements qui m'avait réveillé ce matin quitta mes pensées. Mon pouvoir remonta lentement mes veines.

  Je restai dans l'eau jusqu'à ce que je me sente enfin maître de moi. À mon retour sur la glace, la neige pouvait de nouveau me toucher sans fondre. Une vague de soulagement se déversa en moi.

  Je me rhabillai et me téléportai dans mes appartements où je pris une vraie douche et me mis en vêtement de nuit, avant de me rendre dans les appartements de la Comtesse par la porte dérobée. Je trouvai Magdalena assise sur le canapé du salon. Elle avait posé son ouvrage, de la broderie, sur ses genoux et me regardait. Je refermai le mur et m'approchai d'elle.

  –Vous sentez-vous mieux ? s'enquit-elle.

  –Oui, soupirai-je.

  –Ne sous-estimez plus la Cause, Altesse, car elle ne s'arrêtera pas à cet échec.

  –Je sais.

  Mes yeux glissèrent sur le rideau qui séparait le salon de la chambre où la Comtesse dormait.

  –Pouvez-vous m'aider à la protéger ?

  Seul, je n’y arriverais pas.

  –Je ne peux pas me servir de mon pouvoir à longueur de journée, mais je ferai de mon mieux pour surveiller leurs agissements.

  –Merci.

  Magdalena m'offrit un petit sourire et au lieu de faire une révérence, elle me salua d'une légère inclinaison de la tête et sortit.

  Je me rendis dans la chambre après son départ et mon regard se posa immédiatement sur la Comtesse, endormie en diagonal. Elle semblait paisible. Heureusement, le lit était suffisamment grand pour que je n’ai pas à la déplacer afin de me coucher à ses côtés.

  Pour une fois et sûrement à cause de mon bain gelé, j'avais l'impression que l'air était plus frais. Je me glissai un peu mieux sous les couettes. Ma jambe frôla le pied de la Comtesse.

  –Mais vous êtes gelé ! s'écria une voix qui partit dans les aigus.

  Surpris, je me redressai sur mes coudes alors que la Comtesse se tournait vers moi, tirant sur les couvertures pour se couvrir. Elle me dévisageait, hébétée.

  –Vous ne dormiez pas ? m'étonnai-je.

  –Si, mais j'ai fait un mauvais rêve. (Son regard me balaya). Et vous, vous... vous allez bien ? hésita-t-elle. Vous êtes…

  Elle sortit sa main des draps et l'approcha de moi. Elle eut encore une seconde d'indécision avant d'effleurer mon bras avec ses doigts fins.

  –Vous êtes froid.

  Si c'était le cas, cela n'allait pas durer longtemps. Une douce chaleur était en train de se répandre dans mon corps à partir de l'endroit qu'elle touchait. Lentement, je ramenais mon bras vers moi. C'était la première fois que mon pouvoir faisait ça.

  –Je... J'ai juste fait un tour dehors, ce n'est rien. Rendormez-vous.

  Au lieu de simplement se recoucher, elle me tourna le dos et s'isola à l'autre bout du lit, comme la veille.

  Cette nuit, je n'eus pas de nouveau cauchemar.

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