Chapitre 29 - Partie 2

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  Alors que je le finissais, un homme assez âgé avec une barbe bien taillé arriva dans la pièce et le Prince lui annonça tout de suite que j'avais avalé du merizzi. Je ne le connaissais pas, mais son costume noir doté de boutons de manchette et d'une pince de cravate en forme de caducée m'indiquait qu'il s'agissait d'un docteur. Tandis que le Prince lui donnait plus de détails sur la situation, le praticien se hâta de nous rejoindre et sortit de sa mallette une fiole, qu'il me demanda de boire. Puis, il prépara toute une panoplie d'appareils afin de m'ausculter. Il écouta mon rythme cardiaque et ma respiration, étudia ma tension, vérifia la réponse de mes yeux. Il préleva même un peu de mon sang pour en contrôler la fluidité.

  — Tout va bien, votre Altesse, déclara-t-il en retirant son stéthoscope, votre femme n'a rien à craindre car le merizzi n'a pratiquement eu aucun effet. Elle risque seulement de saigner encore du nez un petit moment.

  Le Prince poussa un énorme soupir de soulagement et je l'entendis choir sur un fauteuil juste derrière le médecin.

  — Merci docteur, murmura-t-il. Vous pouvez nous laisser.

  Le praticien s'inclina avant de se retirer. Malgré son diagnostic, je n'osai pas bouger après son départ, écrasée par la tension qui régnait dans la pièce. Le Prince, parfaitement immobile, semblait bouillir de l'intérieur.

  — Qui vous a donné cette pomme ? fit-il d'une voix tranchante.

  — Je n'en ai aucune idée. Je suis venue car j'ai cru qu’elle venait de…

  — Moi ?

  Honteuse, je baissai les yeux. Je m'en voulais de l'avoir accusé à tort, ce n'était pas mon genre.

  — Pourquoi ? demanda-t-il.

  — Nous sommes mariés alors que votre cœur est épris d'une autre. Seule ma mort pourrait vous permettre d'être avec elle.

  — Oui je l'aime. Mais je ne souhaite pas votre mort pour autant, répliqua-t-il sèchement.

  — Je suis désolée, murmurai-je.

  Le Prince se releva vivement, ce qui me fit tressaillir, puis se mit à arpenter son bureau de long en large. Il finit par s'arrêter devant un buffet pour en sortir une bouteille et s'en servir un verre. Sentant de nouveau mon nez saigner, j'y portai mon mouchoir déjà écarlate. Le Prince darda son regard vers moi à ce geste. Il m'observa un instant, puis m'en amena un nouveau, propre. Il avait également apporté la pomme.

  — D'où vient-elle ?

  — Des cadeaux de mariage qu'il y avait dans le salon, avec d'autres fruits. Il y en avait tout un panier, mais il me semble que les pommes étaient les seules à en contenir.

  — Vous avez goûté les autres ? s'exclama-t-il. Mais vous êtes complètement inconsciente, ma parole !

  — Seulement quelques-uns ! Il fallait bien que je détermine ce qui avait été empoisonné !

  — Et cela ne vous est pas venu à l'esprit que vous auriez pu mourir à force d'en ingérer ?

  — Vous devez savoir qu'à partir du moment où on a le goût du merrizi en bouche, ce qui était déjà mon cas, il est trop tard ! Donc que j'en mange plus ou pas n'avait plus aucune importance. Et, de toute façon, comme j'essaye de vous le dire depuis tout à l'heure, j'y suis immunisée.

  Il ne répondit rien et nous restâmes silencieux de longues secondes, à nous fixer tels des chiens de faïence. Sans le quitter des yeux, je cherchai à me redresser. Il n'eut qu'à appuyer légèrement sur mon épaule pour me maintenir allongée. Je n'insistai pas.

  — Pourquoi a-t-on tenté de m'assassiner ?

  Le Prince reprit place sur le fauteuil qu'il occupait avant se lever pour boire. Son regard se perdit dans les flammes dansantes de l'âtre.

  — Notre mariage ne plaît pas à tout le monde, avoua-t-il.

  J'en perdis mon illiosimerien. Depuis le début on me présentait cette alliance sur un plateau d'argent alors qu'il y avait des réfractaires ? Ne savaient-ils pas que nous étions les premiers que cela dérangeait ?

  — Y en a-t-il au palais ? À part nous.

  — Probablement… Je vais mener mon enquête.

  L'attention du Prince quitta le feu pour se poser sur moi. Son regard me fixait avec bien trop d'intensité, au point de me mettre terriblement mal à l'aise. J'aurais donné n'importe quoi pour avoir une couette ou un drap qui m'aurait permis de me couvrir et d'y échapper.

  — Qu'y a-t-il ?

  — Je ne vous veux plus hors de mon champ de vision jusqu'à nouvel ordre.

  — Je vous demande pardon ? m'offusquai-je en me redressant. C'est une plaisanterie !

  Il ne rétorqua pas, il n'avait pas à le faire. Son visage était on ne peut plus sérieux.

  — Je sais me défendre, répliquai-je.

  — Ce n'est pas négociable. (J'ouvris la bouche). J'ai dit non, insista-t-il d'un ton autoritaire

  — Vous ne pouvez pas décider pour moi !

  — Si, je le peux, et je le fais, répliqua-t-il froidement. La discussion est close.

  Il sortit du fauteuil et retourna à son bureau.

  Oh non, la discussion est loin d'être terminée.

  Il était hors de question qu’il m’oblige à rester avec lui, que je l'aie dans les pattes à longueur de journée ; j'avais bien trop à faire ! Je m'apprêtais à protester à nouveau quand une brusque fatigue me frappa. J'avais l'impression d'avoir été vidée de mes forces. Même si j'étais mithridatée contre le merizzi, je n'y étais pas insensible. Mon corps devait toujours lutter contre le poison qui circulait dans mes veines pour m'en protéger et s'en débarrasser.

  La tension qui m'habitait s'envola. Alors que je me recouchais lentement sur le canapé, le Prince ramassa les documents qui avaient chu de son bureau. Il commençait à les triller lorsque mes paupières se fermèrent.

  Entourée d'une douce chaleur, je me sentais délicatement bercée. C'était si agréable… Inconsciemment, je me blottis davantage dans ce cocon, puis ouvris les yeux. Le tissu soyeux d'une chemise noir se trouvait tout contre mon visage. Surprise, je cherchai aussitôt à m'en écarter, mais l'étreinte dans laquelle je reposais se resserra autour de moi.

  — Du calme, c'est juste moi.

  Mon cœur manqua un battement. Par la Déesse, mais que faisais-je dans les bras du Prince ?

  — Vous vous êtes assoupie le temps que je finisse de travailler, m'expliqua-t-il comme s'il avait lu dans mes pensées. Je vous ramène à vos appartements.

  — Je peux marcher maintenant que je suis réveillée.

  Et c'était exactement ce que j'allais faire. Il y avait une limite à nos contacts et me tenir ainsi contre lui la dépassait largement !

  — Ce ne sera pas la peine.

  Je me retournai et mon regard tomba sur les portes du salon. Sans me lâcher, le Prince les ouvrit, puis pénétra dans la pièce. Tandis qu'il la traversait, je ne pus m'empêcher de jeter un œil à la montagne de présents, mais elle avait disparu. Il avait dû ordonner qu'on l'enlève pendant que je dormais sur son canapé.

  Arrivé dans la chambre, il me déposa sur le lit et repartit sans un mot. Je descendis lentement, au cas où mes jambes ne supporteraient pas mon poids, puis me rendis dans la salle de bain pour faire une toilette rapide et me mettre en tenue de nuit. Malgré ma sieste, j'étais encore bien fatiguée.

  Je retournai dans la chambre et frôlai l'arrêt cardiaque en trouvant le Prince juste derrière la porte. Il ne me laissa pas le temps de me remettre de mes émotions et me reprit sans attendre dans ses bras pour me ramener au lit. Il en fit ensuite le tour et se coucha de l'autre côté. Mes sourcils se froncèrent.

  — Puis-je savoir ce que vous faites ?

  — J'essaye de dormir.

  — Votre chambre n'est pas ici, que je sache.

  — J'ai dit que je ne vous quittais pas des yeux. Allongez-vous.

  Il veut dormir avec moi ?

  — Non ! (Je descendis vivement du matelas.) C'est hors de question !

  — Je ne vous ferais rien, répliqua-t-il en se redressant sur ses coudes, alors revenez dans ce lit ou je vous y mets de force.

  — Essayez donc.

  J'aurais mieux fait de me taire, car il se leva à son tour et se dirigea droit dans ma direction. Je me réfugiai sur le matelas.

  — Bien, souffla-t-il. Maintenant, allongez-vous.

  — Vous ne ferez rien ? Rien du tout ? m'assurai-je.

  — Absolument rien.

  Le cœur battant bien trop fort et avec énormément d'appréhension, je finis par obtempérer et me glissai sous les couettes. Le Prince se coucha de nouveau de l'autre côté. Je m'éloignai aussitôt de lui, m'isolant au bord du matelas.

  Si je n'avais pas été empoisonnée, je n'aurais jamais été capable de m'endormir.

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