Chapitre 28 - Partie 1

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LUNIXA

  Je me retournai une nouvelle fois sous mes draps, cherchant une meilleure position pour me rendormir, mais rien n'y fit. Depuis que j'avais ouvert les yeux, je n'arrêtais pas de penser à la soirée que j'avais passée avec le Prince et cela m'empêchait de regagner les bras de Morphée. Notre sortie ne s'était pas si mal déroulée, bien que démarrée sur une dispute. J'avais adoré l'opéra ; la soprano et le chœur d'hommes avaient tout simplement été exceptionnels. De plus, le Prince m'avait promis de ne pas me toucher avant d'avoir mon autorisation, et même si ce n'était pas prudent pour moi, j'avais décidé de le croire. J'en avais besoin. Si je n'avais pas à faire attention à ses agissements, cela me laissait plus de temps pour chercher un moyen de contrer la menace du Roi. Pour le moment, je n'avais toujours rien, alors qu'il me restait moins de deux mois et demi.

  Je sortis du lit, appelai Magdalena et réalisai mes ablutions matinales en l'attendant. Je sortis de la salle de bain, vêtue d'une tunique blanche et me rendis dans la penderie pour choisir une tenue simple. Je mis la main sur une robe bleu clair sans ornements ni broderies, avec une ceinture dorée qui soulignait gracieusement la taille et retombait sur le devant. Portée avec de petites bottines plates, elle serait parfaite pour passer la journée à arpenter les salons, les couloirs, et la bibliothèque.

  Je la posai sur mon lit et retournai dans le salon. Magdalena était déjà arrivée et poussais une desserte avec mon petit-déjeuner.

  –Bonjour Madame, avez-vous bien dormi ?

  –Oui, merci.

  Je descendis l'escalier et m'installai sur le canapé. Elle posa le plateau sur la table en cristal et je commençai de manger. Pendant ce temps, elle se rendit dans la chambre pour récupérer mes affaires. Je m'arrêtai en la voyant ressortir avec une tout autre robe que celle que j'avais choisie. Celle qu'elle avait en main était beaucoup plus somptueuse. C'était la première fois qu'elle contestait l'un de mes choix.

  –Maintenant que vous êtes pleinement rétablie, vous êtes conviée aux repas royaux, justifia-t-elle. Et sa Majesté n'accepterait pas de vous voir avec une robe comme celle que vous aviez sélectionnée.

  Mon estomac se noua.

  –Et si je ne veux pas ?

  –Vous ne pouvez refuser.

  Le protocole commençait à s'appliquer. Pourquoi n'étais-je pas restée malade un peu plus longtemps ? C'était tellement plus simple pour moi. Si le Roi décidait de m'attribuer mes fonctions dès aujourd'hui, je n'aurais plus le temps pour mes recherches, ou alors ce serait au détriment de mes nuits et de ma santé. J'espérais ne pas devoir en arriver là, car j'avais énormément besoin de sommeil.

  Je finis mon petit-déjeuner sans grand appétit et passai derrière le paravent pour que Magdalena m'aide à m'habiller. Elle me mit une crinoline elliptique en métal, de nombreux jupons blancs, puis une robe crème aux broderies dorées et aux manches très évasées à partir du coude.

  –Quelle coiffure désirez-vous ? me demanda-t-elle pendant qu'elle démêlait ma chevelure encore humide.

  –Je vais me débrouiller, merci.

  J'attendis qu'elle ait fini, puis je penchai la tête en avant, rassemblai tous mes cheveux en haut de ma tête et les entortillai sur eux-mêmes. Magdalena, qui avait visiblement compris ce que je voulais faire, me tendit un ruban. Je me redressai et fixai ma coiffure avec. Je tirai encore un peu sur certaines mèches, et voilà, j'avais un magnifique chignon à moitié décoiffé.

  –Ce n'est pas très protocolaire, me fit remarquer Magdalena.

  –Ah oui ? Je n'en savais rien, répliquai-je avec un ton sarcastique.

  Les lèvres de Magdalena s’étirèrent légèrement. Sans se départir de son timide sourire, elle entama mon maquillage : du khôl pour souligner mon regard, du fard à paupière doré pour l'agrandir, et elle appliqua un magnifique rouge sombre sur mes lèvres. Je me levai et sortis des appartements. J'avais une petite heure devant moi avant le repas. Je ne pouvais pas me permettre de la perdre à ne rien faire.

  Malheureusement, je n'avais toujours pas la moindre piste à explorer pour contrer la menace du Roi quand un valet vint me trouver pour m’escorter jusqu'à la salle à manger. En chemin, je passai à côté de nombreuses personnes. Aucune d'entre elles ne réussit à cacher son étonnement en m'apercevant et dès que j'avais le dos tourné, elles se lancèrent dans des messes basses. « Cheveux blancs », « Princesse du soleil », « Etrangère » et « Prince Kalor » étaient les mots les plus répétés.

  En arrivant devant les grandes portes en bois sculptées de la salle à manger, je pris une franche inspiration. Je ne devais pas me laisser abattre et plutôt voir cela comme une nouvelle opportunité. Je pourrais surveiller les moindres faits et gestes du Roi pendant le repas.

  J'entrai.

  –Son Altesse la Princesse Lunixa Talvikrölski, annonça un page.

  Un frisson remonta le long de mon échine. J'avais complètement oublié que c'était le nom de la famille royale et également le mien désormais. Mais accolé à mon prénom ? Non, je n'aimais pas. Cependant, je ne devais pas me laisser flancher à cause de ça. Je gardai la tête haute et, revigorée par le grand soleil qui illuminait la pièce et me rappelait celui d'Illiosimera, j'avançai vers la table dressée au milieu de la pièce. Tous les convives s’étaient tournés vers moi à l’annonce de mon nom et m’observaient avec insistance. Ils étaient déjà dix, et il restait six places libres.

  –Ma chère belle-fille, s'exclama le Roi.

  Son faux ton enjoué me dégoûta. Il s'approcha de moi et m'embrassa comme du bon pain. Alors que je fulminais de l'intérieur, je restai de marbre.

  –Venez, mon enfant.

  Il posa une main sur mon épaule et me guida jusqu’à ma place, à sa gauche. Sa femme se tenait de l'autre côté. Contrairement aux autres, elle ne me prêtait absolument pas attention et je préférais amplement ça. Le reste des invités arriva dans les cinq minutes qui suivirent, dont Francesco. Ma colère revint en force en le voyant. Tout était de sa faute. Il s'installa à une place de moi et je tournai la tête pour ne pas le regarder. La chaise entre nous resta vide même quand le repas commença.

  Les domestiques étaient en train de nous servir le plat de résistance quand le page à la porte fit une nouvelle annonce.

  –Son Altesse, le Prince Kalor Talvikrölski.

  Je me figeai.

  –Ah, mon fils, fit le Roi en reposant ses couverts à côté de son assiette.

  –Je suis navré, père, une affaire urgente m'a retardé.

  –Ne parlons pas travail pendant le repas, viens t'installer à côté de ta femme.

  Ce n'était pas la première fois qu'on me désignait ainsi. Le Prince l'avait fait aussi la veille, pendant notre dîner. Mais je n'arrivais pas à m'y faire. Ce n'était pas moi.

  Le Prince s'était arrêté de bouger également, et me dévisageait, choqué. Il ne s'attendait sûrement pas à me voir ici. Il faut dire que si je n'y avais pas été obligée, je n'aurais jamais mis les pieds dans cette pièce. Il se reprit en main et vint s’asseoir à ma gauche.

  Nous avions beau avoir passé la soirée de la veille ensemble, nous ne savions pas encore comment nous comporter l'un envers l'autre. Nous étions tous deux très tendus et les regards oppressants de nos voisins de table, qui nous scrutaient sans gêne, n'arrangeaient rien. J'avais l'impression qu'ils détaillaient le moindres de nos gestes. Ne pouvaient-ils pas se concentrer sur leurs assiettes et nous laisser manger en paix ?

  Essayant de ne pas y faire attention, je repris mon repas et m’attaquai à ma viande. Je n'en étais qu'au troisième morceau quand je me rendis compte que quelque chose clochait ; elle avait un léger arrière-goût étrange. Qu'était-ce ? J'avais l'impression de le connaître. Cependant, je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Un peu perturbée, je mis mon bœuf de côté et pris une première fourchette de légumes. L'étrange arrière-goût caressa à nouveau mon palais. S'agissait-il d'une épice dont j'avais perdu le nom ?

  –Le repas n'est pas à votre goût ?

  Cette question mit brusquement fin à toutes les conversations. Plus personne n'osait parler, dans l'attente de ma réponse. Lentement, je me tournai vers le Roi. Son ton accusateur ne m'avait pas échappé, mais je ne me laissai pas impressionner :

  –Veuillez pardonner mon impolitesse, votre Majesté. Le repas est absolument exquis. Malheureusement pour moi, je ne me sens pas encore très bien. Je préfère ne pas forcer.

  J'avais au contraire encore faim, mais le goût, bien que subtil, me dérangeait trop. Je n'avais plus envie de le sentir. Les commérages repartirent de bon train après ma petite tirade.

  Contrairement à ma précédente assiette, la salade de fruits était vraiment délicieuse. Cependant, pour ne pas prouver que j'avais menti, j'en pris peu. A cause de ces petites bouchées, j'étais loin d'être rassasiée à la fin du repas. Il ne fallait plus qu'une telle chose se répète. Je risquais à nouveau de maigrir alors que je commençais tout juste à reprendre du poids.

  J'attendis que le valet débarrasse mon assiette pour me lever, soulagée de pouvoir enfin quitter cette pièce et de reprendre mes recherches. C'était sans compter l'intervention du Roi.

  –Lunixa, Kalor, venez.

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Your Acid Jazz

En entrant dans sa chambre, la première chose que l’on puisse remarquer est la couleur. Pas bleue, pas rose, mais un doux mélange de ces deux couleurs. La tapisserie qui couvre les murs est pleine d’arabesques fleuries. Le sol est masqué par une moquette bleutée, qui se marie au ton des murs.
Le lit ne peut être plus proche de la fenêtre. Ce dernier possède une tête d’un blanc crémeux, sur laquelle est déposée une veilleuse ronde, qui, d’après les motifs qui l’ornent, projette un effet étoilé, lorsqu’elle est allumée. Idéale à utiliser lors d’une nuit solitaire et froide. Le drap, lui, est d’un bleu comparable à la nuit. La grosse couverture moelleuse et rassurante est nuancée de bleu et de violet, agrémentée par des petits pois blancs. Vus de hauts, ces derniers sont comparables à des étoiles.
Une petite table de nuit accompagne le meuble. Sur celle-ci, une lampe bien plus grande que celle qui trône sur le lit. Sûrement plus utile pour lire, que pour dormir. Dans le compartiment, trois livres sont empilés. Ce sont tous des romans. Deux d’entre eux sont des récits fantastiques, d’aventures et le troisième est un roman policier. Près d’eux, une console de jeu.
Puis, au coin des murs où se trouvent le lit et la porte, une étagère. Celle-ci est en bois blanc, rien de plus simple. Son côté visible est camouflé par un poster grandeur nature d’une héroïne de jeu vidéo, en costume de combat. L’étagère comporte des romans, des recueils de nouvelles, des DVDs, des cassettes de jeux divers, en passant d’un quelconque jeu d’arcade à celui le plus élaboré et attachant qui soit. Ensuite, on a des produits de beauté, comme du parfum, des crèmes, du déodorant ou encore un stick à lèvres, mais pas de maquillage en vue. Sur le même étage repose une tirelire en forme de tortue, sur ses petites pattes vertes. Le trou qui sert à y entrer des pièces se trouve dans la carapace. C’est cette dernière qu’il faut tourner un certain nombre de fois avant de pouvoir accéder à toutes les économies de la jeune fille. Après le reste, ce n’est que des affaires scolaires. Des cahiers, des manuels, des sacs. Pleins de sacs, à vrai dire. Faits main. Mais sûrement par quelqu’un d’autre, puisqu’aucun matériel de couture n’est présent, ici.
Quand on pénètre dans la chambre, ce sont des rideaux sombres qui nous accueillent. Ils sont sur le mur face à la porte. Ils sont dégagés, permettant aux rayons du soleil de s’infiltrer dans la pièce. La fenêtre est très grande, la luminosité est excellente et les rideaux ne sont pas très opaques, ce qui obligerait donc qui que ce soit à se réveiller, le matin. Idéal, pour les étudiants.
Contre le mur en face du matelas multicolore, se dresse une armoire. Elle aussi, semble bien simple, de l’extérieur. Toujours en bois, mais elle n’est pas repeinte. Après, bien sûr, ses deux portes sont décorées. L’une d’elle contient un poster d’un lieu sombre, faisant référence à une série télévisée, et un autre, plus joyeux et fantaisiste, faisant référence à une autre série magique. L’autre porte n’est décorée que par des photos souvenirs. Deux jeunes filles souriantes, exposant leur appareil dentaire. Un garçon et une fille, partageant une glace. Un groupe d’amis qui éclatent de rire. Et d’autres encore, qui ne peuvent que réchauffer le cœur de quelqu’un. L’armoire, qui d’habitude est fermée à clés, est ouverte. Elle permet à quiconque de jeter un coup d’œil à l’intérieur. La majorité des vêtements sont suspendus et une absence de robes ou de jupes est facilement remarquable. Ca ne veut pas dire pour autant que les hauts ne sont pas féminins.
En bas, il y a deux tiroirs ouverts, où se trouvent encore plus d’habits, la plupart, défaits. Derrière l’une des portes, un long miroir qui aide à se préparer. Derrière l’autre, une feuille froissée est épinglée. On peut y lire « Nombre de jours passés sans me mutiler ». En dessous du titre, il y a des petites barres qui représentent les jours passés. Puis, des ratures et des phrases démotivantes comme « je n’y arriverai jamais » ou encore « ça ne sert à rien ». Puis, d’autres barres. Puis des phrases encourageantes, d’une écriture différente. Des petits dessins drôles. Un sourire lui échappe une fraction de seconde. C’est lui, qui les avait faits.
Un peu plus loin de l’armoire, au coin du mur, il y a un pouf. Il est jaune et son dossier est agrémenté d’une fausse feuille verte. Il ressemble à une poire et paraît infiniment confortable.
Enfin, sur le dernier côté, siège une longue table blanche et sa chaise de bureau, roulante. Celle-ci est recouverte d’un fin drap rosâtre qu’elle utilisait pour être à l’aise à son maximum. Sur une partie de son bureau, il n’y a que du matériel de dessin. Des pinceaux, des palettes, de l’aquarelle, de la gouache, de l’acrylique, des feutres, des crayons de couleurs, des critériums, des gommes, et, bien sûr, des carnets. Ils sont fermés, et, franchement, il ne veut pas les ouvrir, maintenant. L’autre partie est bien plus banale, avec un ordinateur portable branché à des écouteurs (dont ils se servaient afin d’écouter de la musique ensemble). Un cahier rempli d’équations qu’elle s’est faite un plaisir à compléter jusqu’au moment fatidique où elle a lâchement abandonné à cause de la difficulté. Quelques stylos, un effaceur. Sous la table, un télescope plié et condensé. Tout en haut, proche du plafond, une lignée de guirlandes de basse luminosité. Sa chambre est tout simplement galactique, pas étonnant de penser qu’elle est passionnée par l’astronomie.
Il s’accoude au bureau, il a la tête qui tourne.
Il ferme les yeux. La bile qui était remontée se coince dans sa gorge.
Il déglutit. Il essaie d’ignorer le sang sur ses vêtements.


Quelle magnifique chambre.

Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir en faire, maintenant qu’elle est morte ?
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Défi
StephanieG
En réponse au défi Nouvelles BoD. Inspirée d'un texte que j'ai écrit et posté sur fanfic il y a quelques années.
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