Chapitre 28 - Partie 1

7 minutes de lecture

LUNIXA


  Je me retournai une nouvelle fois sous mes draps, cherchant une meilleure position pour me rendormir, mais rien n'y fit. Depuis que j'avais ouvert les yeux, je n'arrêtai pas de penser à la soirée que j'avais passée avec le Prince et cela m'empêchait de regagner les bras de Morphée. Notre sortie ne s'était pas si mal déroulée, bien que démarrée sur une dispute. J'avais adoré l'opéra ; la soprano et le chœur d'homme avaient tout simplement été exceptionnels. De plus, le Prince m'avait promis de ne pas me toucher avant d'avoir mon autorisation et, même si ce n'était pas prudent, j'avais décidé de le croire. J'en avais besoin. Si je n'avais pas à faire attention à ses agissements, cela me laissait plus de temps pour chercher un moyen de contrer la menace de son père. Je n'avais toujours rien trouvé pour le moment et le temps filait entre mes doigts : il me restait à présent moins de deux mois et demi.

  Vivifiée par ce rappel, je sortis du lit, appelai Magdalena, puis préparai mes affaires pour la journée. Je choisis une robe bleu clair avec des broderies légères et une ceinture dorée qui soulignait gracieusement la taille et tombait sur l'avant. Portée avec de petites bottines plates, elle serait parfaite pour passer la journée à arpenter les salons, les couloirs et la bibliothèque.

  Je la posai sur mon lit, puis me rendis dans la salle de bain pour faire ma toilette. À ma sortie, je trouvai Magdalena dans le salon, poussant une desserte avec mon petit-déjeuner.

  — Bonjour Madame, avez-vous bien dormi ?

  — Oui, merci.

  Je m'installai sur le canapé tandis qu'elle déposait le plateau sur la table en cristal, puis j’attaquai mon repas. Pendant ce temps, elle se rendit dans la chambre pour récupérer mes affaires. Je m'arrêtai de manger en la voyant ressortir avec une toute autre robe que celle que j'avais sélectionné. Celle qu'elle avait en main était beaucoup plus somptueuse. C'était la première fois qu'elle contestait l'un de mes choix.

  — Maintenant que vous êtes pleinement rétablie, vous êtes conviée aux repas royaux, se justifia-t-elle, et sa Majesté n'accepterait pas de vous voir avec une robe aussi simple que celle que vous aviez préparée.

  Mon estomac se noua.

  — Et si je ne veux pas ?

  — Vous ne pouvez refuser.

  Le protocole commençait à s'appliquer. Pourquoi n'étais-je pas restée malade un peu plus longtemps ? C'était tellement plus simple pour moi. Si le Roi commençait à m'attribuer mes fonctions dès aujourd'hui, je n'aurais plus le temps pour mes recherches, ou alors ce serait au détriment de mes nuits et de ma santé. J'espérai ne pas devoir en arriver là, car j'avais énormément besoin de sommeil.

  Je finis mon petit-déjeuner sans grand appétit et passai derrière le paravent, où je revêtis une chemise de jour, puis la crinoline elliptique en métal et les nombreux jupons blancs que Magdalena avait apporté. Ma femme de chambre me rejoignit ensuite pour m'aider à mettre une robe crème aux broderies dorés et aux immenses manches. Ces dernières étaient si évasées à partir du coude, qu’elles frôlaient presque le sol.

  — Quelle coiffure désirez-vous ? me demanda-t-elle pendant qu'elle démêlait ma chevelure encore humide.

  — Je vais me débrouiller, merci.

  J'attendis qu'elle ait fini, puis je penchai la tête en avant, rassemblai tous mes cheveux en haut de ma tête et les entortillai sur eux-mêmes. Magdalena, qui avait visiblement compris mon intention, me tendit un ruban rouge. Je me redressai et fixai ma coiffure avec, puis je tirai sur quelques mèches pour donner à mon chignon un léger effet décoiffé.

  — Ce n'est pas très protocolaire, me fit remarquer Magdalena.

  — Vraiment ? Je n'en savais rien, répliquai-je avec sarcasme.

  La commissure de ses lèvres se souleva. Sans se départir de ce sourire en coin, elle s'attaqua à mon maquillage : du khôl pour souligner mon regard, du fard à paupière doré pour l'agrandir, puis un magnifique rouge sombre pour rehausser mes lèvres et les rendre un peu plus pulpeuses. Il me restait encore une petite heure avant le repas à la fin de ma préparation et j'en profitai pour reprendre mes recherches. Il n'était pas question de perdre la moindre minute à attendre le déjeuner sans rien faire.

  Hélas, je n'avais toujours pas l'ombre d'une piste à explorer quand un valet vint me trouver pour m’escorter jusqu'à la salle à manger. La nouvelle de ma présence au repas avait déjà fait le tour du château avant que je ne quitte les appartements et ce sujet avait été sur toutes les lèvres. Je ne me laissai cependant pas abattre et pris une franche inspiration une fois à destination. Ce repas était une nouvelle opportunité d'en apprendre plus sur le Roi.

  Déterminée, j'entrai dans la pièce.

  — Son Altesse la Princesse Lunixa Talvikrölski, annonça un page.

  Un frisson remonta le long de mon échine. Je m’étais préparé à entendre le nom de la famille royale accolé à mon prénom, mais cela sonnait faux. J’étais une Zaccharias. Me retenant de corriger le valet, je gardai la tête haute et avançai vers la table dressée au centre de la pièce, sous le regard des vingt convives déjà présents. Ils s'étaient tous retourné à l'annonce de mon nom et me fixaient avec une telle intensité qu'ils semblaient étudier chacun de mes gestes, vouloir me sonder jusqu'aux tréfonds de mon âme. Comme pour venir me soutenir dans cette épreuve, un grand soleil perça les nuages qui couvraient le ciel et déversa sa lumière dans la salle.

  — Ma chère belle-fille, s'exclama le Roi.

  Son faux ton enjoué me répugna. Il s'approcha de moi et m'embrassa comme du bon pain. Alors que je fulminais de l'intérieur, je restai de marbre.

  — Venez mon enfant.

  Il posa une main sur mon épaule et me guida jusqu’à ma place, à sa gauche. Sa femme se tenait de l'autre côté. Contrairement aux autres, elle ne me prêtait pas la moindre attention et je préférais amplement son attitude. Le reste des invités arriva dans les cinq minutes qui suivirent, dont Francesco. Le ressentiment que j'éprouvais à son égard rejaillit avec force et je dus prendre une profonde inspiration pour conserver mon sang froid. Dame Nature, merci, il ne s'installa pas à mes côtés. Une chaise vide nous séparait et elle le resta même quand le repas commença.




  Alors que nous attaquions le plat de résistance, le page à la porte fit une nouvelle annonce.

  — Son Altesse, le Prince Kalor Talvikrolski.

  Je me figeai.

  — Ah, mon fils, fit le Roi en reposant ses couverts.

  — Je suis navré, Père, déclara le Prince d’une voix qui emplit toute la pièce, une affaire urgente m'a retardé.

  — Ce n'est rien et ne parlons pas travail pendant le repas. Viens t'installer à côté de ta femme.

  Ce n'était pas la première fois qu'on me désignait ainsi – son fils l'avait fait aussi la veille, pendant notre dîner –, mais je n'arrivais pas à m'y faire. Ce n’était pas moi.

  Le Prince s'était arrêté en plein mouvement à cette annonce et me dévisageait, choqué. Visiblement, il ne s'était pas attendu à me voir ici. Il faut dire que je n’aurais pas mis les pieds dans cette pièce si on m'avait laissé le choix. Se reprenant en main, il obéit à son père et vint s'asseoir à ma gauche.

  Même si nous avions passé la soirée de la veille ensemble, nous ne savions pas encore comment nous comporter l'un envers l'autre et notre tension respective en était presque palpable. Les regards oppressants de nos voisins de table, qui nous scrutaient sans gêne, n'arrangeaient rien. J'avais l'impression qu'ils détaillaient les moindres de nos gestes. Ne pouvaient-ils pas se concentrer sur leurs assiettes et nous laisser manger en paix ?

  Essayant d'y faire abstraction, je repris mon repas et m’attaquai à ma viande. Je n'en étais qu'à la troisième bouchée quand je me rendis compte que quelque chose clochait ; elle avait un léger arrière-goût étrange. Qu'était-ce ? J'avais l'impression de le connaître, mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus. Un peu perturbée, je mis mon cerf de côté et pris une première fourchette de légume. L'étrange arrière-goût caressa à nouveau mon palais. S'agissait-il d'une épice dont j'avais perdu le nom ?

  — Le repas n'est pas à votre goût ?

  Cette question mit brusquement fin à toutes les conversations. Plus personne n'osait parler, dans l'attente de ma réponse. Lentement, je me tournai vers le Roi. Son ton accusateur ne m'avait pas échappé, mais je ne me laissai pas impressionner.

  — Je vous prie de bien vouloir pardonner mon impolitesse, Votre Majesté. Le repas est absolument exquis. Malheureusement pour moi, je ne me sens pas encore très bien. Je préfère ne pas forcer.

  J'avais au contraire encore faim, mais le goût, bien que subtil, me dérangeait trop. Je n'avais plus envie de le sentir.

  Un lourd silence suivit ma réponse. Les yeux écarquillés, le souffle coupé, les convives me dévisageaient avec stupeur. Eux qui croyaient que je ne comprenais ni ne parlais talviyyörien venaient de découvrir qu'il n'en était rien. Les commérages repartirent de plus belle après cela.

  Contrairement à ma précédente assiette, la salade de fruits n'avait aucun arrière-goût et était tout simplement délicieuse. Cependant, pour ne pas prouver que j'avais menti, je me contentai d'en manger la moitié. À cause de ce jeûne forcé, mon appétit était loin d'être rassasié à la fin du repas. Il ne fallait plus qu'une telle chose se produise. Je risquai à nouveau de maigrir alors que je commençais tout juste à retrouver du poids.

  Un valet débarrassa mon assiette, puis je me levai, soulagée de pouvoir enfin quitter cette pièce pour reprendre mes recherches. Avec ma maîtrise du talviyyörien désormais connue de tous, elles allaient être encore plus compliquées. Le Roi avait toutefois d’autres plans en tête.

  — Lunixa, Kalor, venez.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

LaFéeQuiCloche
Hailey est une jeune fille timide de 18 ans qui manque cruellement de confiance en elle.
Un jour elle décide de se prendre en main, de vivre vraiment.

Pour sa fête d'anniversaire, elle invite le gars du lycée qui la fait craquer depuis plusieurs mois. Contre toute attente, celui-ci accepte.
Alors qu'elle est sur son petit nuage, sa route croise les membres d'un gang de biker ultra violent, et disparaît.

****
Cette histoire s'adresse à un public averti.
TW : pour violence psychologique et physique, langage et scène hot.
Histoire commencée le 24 Juin 2020
93
32
28
136
Mercy
Ça y est, c'est l'heure des vacances d'été.
Milly, huit ans, est loin d'apprécier cette période de l'année : plus de classes, elle qui adore apprendre, mais surtout deux mois d'exil dans la grande maison de ses grands parents. L'endroit est désert et il n'y a rien a y faire... à moins peut-être...
Milly a prit sa décision, cette année elle va (enfin) s'aventurer dans la forêt qui s'étend au fond du domaine. Une forêt qui l'a toujours intriguée et appelée, mais dans laquelle on lui a interdit de pénétrer.

Que va-t-il lui arriver ? Avait-on raison de lui en interdire l'accès ?

▬▬▬
Texte destiné à la jeunesse en moins de 15 000 signes.
9
18
95
12
Shone D.
Il y a un temps, il passait ces soirées à écrire. Maintenant qu'il a percé, ces soirées sont très différentes. Ce n'est plus les mots, mais l'alcool et la drogue qui coule à flot.
3
2
52
4

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0