Chapitre 26 - Partie 2

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  Ma bonne humeur s'envola quand il s'arrêta à une table dressée pour deux, cachée à l'abri des regards, derrière un paravent. Pourquoi étions-nous ainsi séparés des autres clients ?

  –Pardonnez-moi pour l'isolement, fit le Prince en retirant sa cape, mais à Lumipunki, il est presque impossible pour moi de me faire passer pour un autre. Pratiquement tous les habitants connaissent mon visage.

  Mais bien sûr, comment avais-je pu oublier un détail pareil ?

  Le Prince accrocha sa cape ainsi que sa veste au porte-manteau à côté de la cheminée et se tourna vers moi. Après une légère hésitation, je me découvris à mon tour et lui confiai mes affaires qu'il pendit à côté des siennes. Sans dire un mot, il m'invita à m'asseoir en tirant ma chaise, puis il fit le tour de la table et s'installa en face de moi, tout en remontant les manches de sa chemise sur ses avant-bras musclés. Je fus soudain très intéressée par les verres vides et les couverts devant moi.

  Un serveur arriva avec une bouteille de vin, un grand cru. Il la posa sur la table après avoir rempli nos coupes et disparut dans les cuisines. Tout de suite après, deux autres prirent la relève pour nous servir nos entrées : un mélange de différentes salades et de crudités râpés, avec du lard séché, ainsi que des croûtons. En silence, nous attaquâmes notre dîner.

  J'étais tellement peu à l'aise au milieu de cette atmosphère pesante que je n'osais même pas regarder devant moi et gardais les yeux baissés sur mon plat, de peur de croiser le regard du Prince. Je ne voyais que ses mains, ainsi que l'énorme bleu qu'il arborait sur le poignet gauche, semblable à ceux que j'avais sur mes propres poignets. Comment s'était-il fait ça ?

  –Voulez-vous encore du vin ? me proposa-t-il.

  Un frisson me secoua.

  –Seulement une demi-coupe.

  J'en avais bien besoin pour m'aider à passer cette soirée, mais je devais également faire attention à ne pas trop boire. Cela ne serait pas prudent.

  Le Prince me servit avant de remplir entièrement son verre. Puis les serveurs revinrent pour débarrasser nos assiettes et nous apporter le plat de résistance : des courgettes avec des pommes de terre ainsi que de fines tranches de saumon fumé avec de l'aneth. Toujours sans parler, nous poursuivîmes notre repas.

  L'atmosphère devint encore plus lourde. Ce silence, accentué par le contraste avec l'animation de l'autre côté du paravent était étouffant. Il avait comme aspiré la bonne ambiance que j'avais ressentis en entrant.

  –Bon, ça devient ridicule, déclara le Prince.

  Sa fourchette tinta contre son assiette. Je relevai les yeux et le trouvai appuyé contre le dossier de sa chaise, bras croisés sur son torse, à me fixer intensément. Mon malaise grandit. Je déglutis avec difficulté.

  –Qu'y a-t-il ? ?

  –Comment voulez-vous que cela fonctionne ? Entre nous ? Précisa-t-il en faisant un geste de la main de lui à moi.

  –Il n'y a pas de nous, rétorquai-je. Juste vous et moi.

  –Que ça nous plaise ou non, il y en a un, répliqua-t-il le ton dur. On ne peut plus se voiler la face plus longtemps et continuer à faire comme si tout était normal.

  –Normal ? Rien n'est normal. Je n'ai rien à faire ici. Je suis une Comtesse, une institutrice, pas une Princesse.

  Même si la marque sur l'intérieur de ma cuisse prouvait le contraire. Cependant, la jeune princesse à qui elle appartenait était morte il y a des années. Je n'avais plus ma place à la cour.

  –Ma sœur vous aidera à vous adapter.

  Mais ce n'était pas une question d'adaptation ! Malgré les années, je n'avais pas oublié les enseignements de mes précepteurs ou de mes parents depuis que j'avais quitté le palais. Je ne voulais tout simplement pas de cette vie.

  –Cependant, elle ne pourra pas le faire à moins que vous n'y mettiez du vôtre.

  Je reposai violemment mon verre sur la table. Il n'avait pas le droit de me parler comme ça.

  –J'ai été arrachée à mon pays, lui rappelai-je. À tout ce à quoi j'aspirais, à ma famille, pour être mariée contre ma volonté. Alors ne me demandez pas d'y mettre du mien !

  –Vous croyez que c'est facile pour moi ? S'énerva-t-il.

  –Ça avait l'air d'être le cas quand vous me teniez à votre merci.

  C'était bas, je le savais, mais parfaitement justifier. Quand je me souvenais de la facilité avec laquelle il m'avait maîtrisé, je voulais lui faire regretter. Mon coup porta ses fruits : le regard du Prince s'emplit de culpabilité et de honte. Incapable de me faire face, il baissa les yeux. Ils s'arrêtèrent sur mes poignets, où la marque de ses mains était encore légèrement visible. Ses traits se tendirent.

  –Je ne voulais pas vous faire de mal.

  –Ah oui ? Ça... (je baissai mes manches et exposai complètement mes bleus). Ça ce n'est rien comparé à ce que vous aviez prévu de me faire.

  –Je sais.

  Une serveuse arriva. On se tut.

  –Votre Altesse. (Elle s'inclina devant le Prince). Si vous me permettez, un cadeau de la maison.

  Elle lui tendit une bouteille de champagne. Il la remercia en la prenant. La jeune femme était tellement heureuse qu'elle retourna vers les cuisines d'une démarche presque sautillante. Avant de passer la porte, elle se tourna une dernière fois vers nous pour admirer le Prince. Puis elle entra dans les cuisines.

  –Il a accepté ! L'entendit-on crier malgré la porte.

  Le Prince ferma les yeux et poussa un micro soupir en secouant légèrement la tête avant de se mettre à lire l'étiquette de la bouteille.

  Mon animosité me quitta lentement. L'attitude qu'il venait d'avoir m'était familière. Elle était le parfait reflet de celle que je pouvais avoir autre fois, quand j'étais encore princesse. Comme moi à l’époque, il était fatigué qu'on le voit pour ce qu'il était et non qui il était.

  Lentement, je relevai les yeux et m'autorisai, pour la première fois, à le regarder.

  Comme tout talviyyörien, sa peau était d'une blancheur marmoréenne, cependant il se différenciait vraiment du reste des personnes que j'avais rencontrées dans ce pays : il était immense, avoisinant probablement le mètre quatre-vingt-quinze. Moi-même, je me sentais petite à ses côtés, alors que j'étais grande pour une femme. Cette taille largement supérieure à la moyenne accentuait son physique d'athlète, aux épaules larges, taillé en V et à la musculature finement développée, résultat d'un entraînement militaire quotidien et d'un usage régulier de ses capacités.

  Mais sa carrure impressionnante n'était pas tout ce qui attirait le regard chez lui. Ses cheveux bruns, coupés court sur les côtés et légèrement plus longs au-dessus, dégageaient un visage très harmonieux avec des sourcils bien définis, un nez droit et une mâchoire marquée. Cependant, ce qui me captait le plus était ses yeux. Ces yeux gris semblables à l'argent liquide, perçants et brillants, comme si une flamme les habitait. C'en était hypnotisant. Il n'y avait pas à dire, c'était un homme très séduisant. Mais il lui manquait un petit quelque chose : ce sourire si innocent et franc qu'il avait eu dans la salle des tableaux, quand j'avais coincé mes cheveux dans la chaîne de sa cape et que, pour être tout à fait sincère avec moi-même, j'aurais aimé revoir.

  –En voulez-vous ? Fit une voix grave.

  –Pardon ?

  J'étais tellement perdue dans le souvenir de son sourire que je n'avais pas vu que le Prince avait arrêté sa lecture et me présentait la bouteille.

  –Du champagne ?

  J'acquiesçai sans un mot. Je ne m'étais pas attendue à trouver de cet alcool dans une brasserie. Produite uniquement en Cesfran, dans une région qui aurait porté le nom de cette boisson avant la Punition, c'était un alcool extrêmement cher qu'il était rare de trouver à sa table. Le propriétaire du restaurant avait sûrement dû en acheter à un établissement plus noble lorsque le Prince avait réservé notre table.

  Le Prince déboucha habillement la bouteille, puis il remplit mon verre jusqu'à ce que les bulles atteignent le bord et s'en servit un aussi. Je bus une première gorgée et la gardai quelques secondes en bouche pour apprécier la multitude de saveurs qui se répandaient sur mon palais.

  –Je suis désolé, déclara le Prince.

  Je reposai doucement mon verre sur la table et le regardai droit dans les yeux. Il ne détourna pas le regard.

  –Je n'aurais jamais dû vous toucher sans votre consentement, reprit-il. Je pourrais vous fournir un tas d'excuse, comme la quantité d'alcool que j'avais bue, mais elles ne seraient pas sincères. J'étais complètement conscient de mes actes.

  –Pou... Pourquoi avoir arrêté ? M'enquis-je.

  Il avait été tellement proche de le faire....

  –Nous avons peut-être le devoir de nous unir dès la nuit de noce, je ne pouvais pas faire ça. Je ne pouvais pas vous blesser intentionnellement. Cela nous aurait tous les deux changés à jamais. Vous seriez traumatisée à vie, effrayée par ma simple présence, et je ne voulais pas devenir cet homme.

  Sa culpabilité était sincère, sa honte et ses regrets aussi. Il ne cherchait pas à m'embobiner avec des excuses alambiquées, ni à fuir mon regard : il faisait face aux conséquences de ces actions, sans demander mon pardon. Et depuis la première fois qu'il s'était excusé, il ne s'était plus approché de moi sans mon autorisation, à part pour m'emmener ici, comme je lui avais demandé.

  Je pouvais me montrer très rancunière, mais seulement envers les personnes qui le méritaient vraiment. Je savais que je ne devrais pas faire ça, que ça serait beaucoup plus simple pour moi de le détester. Mais je n'arrivais pas à me convaincre.

  Tendue, je serrai un peu plus ma coupe et déglutis avec difficulté.

  –Je vous pardonne, murmurai-je en illiosimerien.

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Your Acid Jazz

En entrant dans sa chambre, la première chose que l’on puisse remarquer est la couleur. Pas bleue, pas rose, mais un doux mélange de ces deux couleurs. La tapisserie qui couvre les murs est pleine d’arabesques fleuries. Le sol est masqué par une moquette bleutée, qui se marie au ton des murs.
Le lit ne peut être plus proche de la fenêtre. Ce dernier possède une tête d’un blanc crémeux, sur laquelle est déposée une veilleuse ronde, qui, d’après les motifs qui l’ornent, projette un effet étoilé, lorsqu’elle est allumée. Idéale à utiliser lors d’une nuit solitaire et froide. Le drap, lui, est d’un bleu comparable à la nuit. La grosse couverture moelleuse et rassurante est nuancée de bleu et de violet, agrémentée par des petits pois blancs. Vus de hauts, ces derniers sont comparables à des étoiles.
Une petite table de nuit accompagne le meuble. Sur celle-ci, une lampe bien plus grande que celle qui trône sur le lit. Sûrement plus utile pour lire, que pour dormir. Dans le compartiment, trois livres sont empilés. Ce sont tous des romans. Deux d’entre eux sont des récits fantastiques, d’aventures et le troisième est un roman policier. Près d’eux, une console de jeu.
Puis, au coin des murs où se trouvent le lit et la porte, une étagère. Celle-ci est en bois blanc, rien de plus simple. Son côté visible est camouflé par un poster grandeur nature d’une héroïne de jeu vidéo, en costume de combat. L’étagère comporte des romans, des recueils de nouvelles, des DVDs, des cassettes de jeux divers, en passant d’un quelconque jeu d’arcade à celui le plus élaboré et attachant qui soit. Ensuite, on a des produits de beauté, comme du parfum, des crèmes, du déodorant ou encore un stick à lèvres, mais pas de maquillage en vue. Sur le même étage repose une tirelire en forme de tortue, sur ses petites pattes vertes. Le trou qui sert à y entrer des pièces se trouve dans la carapace. C’est cette dernière qu’il faut tourner un certain nombre de fois avant de pouvoir accéder à toutes les économies de la jeune fille. Après le reste, ce n’est que des affaires scolaires. Des cahiers, des manuels, des sacs. Pleins de sacs, à vrai dire. Faits main. Mais sûrement par quelqu’un d’autre, puisqu’aucun matériel de couture n’est présent, ici.
Quand on pénètre dans la chambre, ce sont des rideaux sombres qui nous accueillent. Ils sont sur le mur face à la porte. Ils sont dégagés, permettant aux rayons du soleil de s’infiltrer dans la pièce. La fenêtre est très grande, la luminosité est excellente et les rideaux ne sont pas très opaques, ce qui obligerait donc qui que ce soit à se réveiller, le matin. Idéal, pour les étudiants.
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Il s’accoude au bureau, il a la tête qui tourne.
Il ferme les yeux. La bile qui était remontée se coince dans sa gorge.
Il déglutit. Il essaie d’ignorer le sang sur ses vêtements.


Quelle magnifique chambre.

Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir en faire, maintenant qu’elle est morte ?
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Défi
StephanieG
En réponse au défi Nouvelles BoD. Inspirée d'un texte que j'ai écrit et posté sur fanfic il y a quelques années.
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