Chapitre 26 - Partie 1

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LUNIXA

  Nous sortions ? Mais pour aller où ?

  Je regardai rapidement l'allure du Prince. Il avait déjà une longue et épaisse cape sur les épaules.

  –S'il vous plaît, insista-t-il.

  –Où voulez-vous m'emmener ?

  –En ville.

  En ville ? Mais pourquoi ? Qu’avait-il prévu, à la fin ? À cette heure-ci ?

  –Que voulez-vous faire ? Demandai-je.

  –Vous verrez une fois sur place. Mais s'il vous plaît, venez.

  Il devait savoir que je n'avais pas encore manger, alors il voulait sûrement m’emmener dîner. Je n'avais pas vraiment envie de me retrouver de nouveau en tête à tête avec lui.

  –Je n'ai pas très faim.

  Il soupira et se pencha vers moi, me dominant de toute sa hauteur. Ses yeux gris, magnétiques, me fixèrent avec une telle intensité que je n'arrivais pas à détourner le regard

  –Comtesse, s'il vous plaît. On a vraiment besoin de se parler et je pense que sortir vous fera le plus grand bien.

  Je baissai la tête, le cœur lourd. L'extérieur me manquait encore plus que la dernière fois. Je n'étais pratiquement jamais restée aussi longtemps sans sortir, sans que les rayons du soleil caressent et dorent ma peau, sans que le vent chaud emmêle mes cheveux bouclés… Mais il n'y avait pas de soleil ici, juste de la neige et du blizzard.

  Je relevai les yeux vers ceux du Prince qui ne m'avaient pas quittée une seule seconde pendant ma réflexion.

  –Je... Je ne sais pas.

  –Très bien.

  Il poussa la porte et avant que j’aie le temps de l'en empêcher, il entra dans le salon en m'ignorant complètement.

  –Mais que faites-vous ? M'écriai-je.

  Il ne me répondit pas et continua son chemin jusqu’au petit escalier qui menait à la chambre. Il gravit les cinq marches en un saut et passa derrière le rideau. Mais qu'est-ce qui lui prenait ?

  Je le suivis, mais ne le trouvai pas dans la chambre, en revanche, la porte de la penderie était ouverte.

  –Hé ! Vous ne pouvez pas fouiller dans mes affaires comme ça ! m'offusquai-je en le trouvant en train d'inspecter mes tenues.

  Il sélectionna une cape épaisse, en velours crème, doublée de fourrure blanche, des gants et une écharpe. Il jeta un œil à mes pieds, et prit une paire de bottes qu'il me tendit.

  –Mettez ça, vous risquez d’avoir froid sinon.

  Je le dévisageai, hébétée. Il haussa le sourcil.

  –Quoi ? Vous ne saviez pas quoi faire, j'ai pris la décision pour vous. Nous y allons.

  Ma mâchoire se décrocha. Je n’en revenais pas.

  Le Prince soupira puis vint vers moi. Je m'écartai immédiatement, mais il passa la main dans le creux de mes reins et me poussa pour me forcer à avancer.

  –Hé ! Non !

  Sans difficulté, il me souleva par la taille pour descendre le petit escalier et ne me reposa qu'une fois dans le couloir. Il verrouilla les appartements et glissa la clef dans sa poche.

  –On peut y aller maintenant.

  Mais.... Il était sérieux ?!

  Le Prince commença à remonter le couloir avec mes affaires et surtout, la clef. Je le rejoignis en courant.

  –Rendez-la moi !

  Il s'arrêta et me fit face.

  –Et qu’allez-vous faire si je vous la donne ? Retourner dans vos appartements ou me suivre ?

  –Je vous suis !

  Je fus si stupéfaite par ma propre réponse qu'un spasme me secoua. Même si je savais que je ne pouvais plus échapper à cette soirée depuis que je lui avais dit « Je ne sais pas », j'avais répondu sans réfléchir ! Dame Nature, j'aurais dû dire non dès le début. Qu'est-ce qui m'avait pris d'hésiter ?

  Un léger sourire étira les lèvres du Prince. Il me restitua la clef et me tendit les bottes qu'il avait prises.

  –Puis-je retourner dans les appartements pour les mettre ? M'enquis-je, renfrognée.

  –Ne vous embêtez pas avec ça, Madame, je les rangerai pour vous.

  Surprise, je me retournai et vis Magdalena. Elle se trouvait absolument toujours là quand on avait besoin d'elle, c'était fou. Comment savait-elle où nous étions ? Comme il n'y avait personne à part nous dans le couloir, je me dépêchai de changer de chaussures et remis mes petites bottines à ma femme de chambre.

  –Voulez-vous que je change aussi de tenue tant que j’y suis ? fis-je avec irritation.

  Comme je ne faisais que me promener toute la journée dans les couloirs et la bibliothèque, je portais l'une des robes les plus simples que contenait la penderie. Ce qui n'était certainement pas assez habillé pour l'endroit qu'il avait choisi.

  Le Prince me regarda de haut en bas.

  –Non, pourquoi ? Elle vous va très bien.

  Euh, d'accord...

  –Passez une bonne soirée, nous souhaita Magdalena.

  À contrecœur, je le suivis.

  Le Prince porta mes affaires jusqu'aux portes du palais et il attendit que je me sois couverte avant de demander aux gardes de les ouvrir. Ils les avaient à peine tirées que la brise glacée s'infiltra dans le palais et me mordit le visage. Si je sortais maintenant, j'étais persuadée de mourir de froid.

  Visiblement, cela ne dérangeait absolument pas le Prince, qui porta à nouveau sa main dans le creux de mes reins pour me pousser à avancer. Alors que nous n'avions pas parcouru vingt mètres pour atteindre le carrosse, je grelottais déjà, j'avais les dents qui claquaient, et ne sentais plus mon nez ni mes lèvres. C'était certain, il voulait ma mort.

  Une fois assise à l'intérieur de la voiture, j'emmitouflai immédiatement mon visage sous l'écharpe et la capuche et me frottai vigoureusement les bras dans l'espoir de me réchauffer.




  –Nous sommes arrivés.

  Bien que ça fasse plusieurs minutes que les bruits de la ville s'entendaient vraiment, je n'avais toujours pas changé de position. J'avais bien trop peur d'être à nouveau gelée alors que je me sentais relativement bien.

  Le Prince descendit du carrosse et la brise glaciale s'engouffra immédiatement à l'intérieur. Mes tremblements reprirent de plus belle. Je savais que j'aurais dû dire non. Mais qu'est-ce qui m'avait pris de le suivre ?

  Je sortis à mon tour et le Prince m'ouvrit les portes de l'établissement le plus proche. Je m'empressai d'y entrer.

  Je me sentis tout de suite mieux. La douce chaleur des feux de cheminées caressa la peau de mon visage. Voir les enfants courir entre les tables, jouer ensemble pendant que leurs parents discutaient et riaient de bon cœur avec leurs voisins me réchauffa le cœur. Et les différents effluves des plats se mélangeaient avec harmonie, embaumant l'air d'un parfum unique et ragoutant qui me chatouilla les narines. C'était familial, vivant… à l'opposé total du luxueux restaurant auquel je m'étais attendu et du palais dont j'étais prisonnière.

  Je commençai tout juste à retirer ma capuche qu'une main se posa sur ma tête pour m'en empêcher. Je jetai un coup d'oeil au Prince. Il me fit signe de le suivre et se dirigea vers le fond du restaurant. Je lui emboîtai le pas sans poser de question.

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