Chapitre 25

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KALOR

  Je commençais à fatiguer. Je passais mon temps dans mon bureau, dormais à peine deux heures par nuit et pensais sans cesse à la situation dans laquelle j'étais. La veille, j'avais de nouveau eu une violente dispute avec Lokia, à propos du fait que j'essayais de me racheter auprès de la Comtesse. Mais de tout façons, les trois dernières fois où j'étais passé à ses appartements, la Comtesse avait catégoriquement refusé de me voir, ne serait-ce que de m'ouvrir sa porte. Je savais qu'elle n'y passait pas la journée, je l'avais aperçue plusieurs fois dans des salons, dans les couloirs... Mais depuis trois jours, on ne s'était pas adressé une seule fois la parole.

  –Votre Altesse, votre sœur est là, m'annonça Edgar.

  –Faites-la entrer.

  Je posai les coudes sur la table et me pris la tête entre les mains, alors je ne la vis pas arriver. En revanche, j'entendis très bien le bruit des verres qu'elle posa sur mon bureau. Elle y versa de l'alcool et m'en tendis un.

  –Tiens, Kal, tu as l'air d'en avoir besoin.

  –On est en plein après-midi et je me suis promis de ne plus boire, marmonnai-je.

  –Tu n'as le droit qu'à celui-là alors, mais bois un verre avec moi. Ça te fera du bien.

  Je relevai la tête, pris celui qui m'était destiné, et le vidai d'une traite. Je sentis à peine la brûlure de l'alcool dans ma gorge. Mais ça eut son effet.

  –Merci, Val.

  –Qu'est-ce qui te travaille autant ?

  –Tout. Mère, Père, Lokia, la Comtesse... (Son air se fit las). Quoi ?

  –Tu ne trouves pas que tu deviens ridicule ?

  –De quoi ?

  –L'appeler par son ancien titre, La Comtesse ? C'est ta femme, Kalor.

  –Non, loin de là, nous sommes juste deux inconnus enchaînés l'un à l'autre.

  –Tu as essayé de lui parler ?

  –Bien sûr, mais à cause de ce que j'ai fait, elle ne veut plus.

  Le visage de ma sœur devint très sérieux.

  –Kal, qu'est-ce que tu as fait ?

  –Je.... (Je passai une main sur mon visage). J'ai essayé de consommer le mariage sans son consentement.

  –Kalor ! S'écria Valkyria, horrifiée. Mais comment as-tu pu faire ça ?!

  –Je n'en sais rien ! Père n'arrêtait pas de me pousser à ce que je le fasse. Et puis j'avais bu, beaucoup trop bu, ça ne m'a pas aidé à raisonner correctement.

  –Donc tu l'as...

  –Quoi ? Non, non, non. Je me suis arrêté avant de faire la plus grosse erreur de ma vie. Mais à cause de ça, elle refuse de se retrouver seule avec moi. Et je ne peux pas lui en vouloir.

  –T'es-tu excusé ?

  –Évidemment, je lui ai aussi offert des fleurs ces trois derniers jours. Mais ce n'est pas avec ça qu'elle se sentira mieux en ma présence.

  –Non en effet. (Elle s'enfonça dans son fauteuil et se perdit dans ses pensées). Puisqu'elle a peur d'être seule avec toi, pourquoi ne pas faire quelque chose où vous seriez tous les deux, mais où il y aurait suffisamment de monde autour de vous pour qu'elle se sente à l'aise.

  –As quoi penses-tu ?

  –Eh bien, tu devrais l'emmener voir un concert, un opéra, quelque chose dans le genre. La loge royale vous donnera suffisamment d'intimité et il y a du publique dans les gradins aux alentours. Et puis ça la fera sortir un peu du palais. Elle n'a pas vu l'extérieur du pays depuis qu'elle est ici.

  –Mais comment est-ce que je peux savoir si elle aime bien ?

  –Tu le fais et tu vois le résultat. Si ça ne lui plaît pas, tant pis, sinon, tant mieux.

  –Et par rapport à Lokia ?

  Le regard de Valkyria se durcit d'un coup.

  –Oublie-la.

  –Mais je ne peux pas ! On a passé toute notre vie ensemble, je ne peux pas juste la rayer comme ça et passer à autre chose !

  –Je sais que tu l'aimes, Kalor, ça a toujours été le cas et c'est justement le problème : tu n'as été qu'avec elle. Mère a tout fait pour que vous soyez fiancés. Mais qui te dit que c'est la bonne ? Que l'amour que tu ressens pour Lokia est vrai et pas seulement venu du fait que depuis tout petit, on vous pousse à être ensemble ?

  Je me repris la tête entre les mains et ébouriffai mes cheveux. Pourquoi tout devait être aussi compliqué ? Valkyria soupira puis repartit en prenant bien soin de repartir avec la bouteille pour ne pas me tenter.

  Sortir du château... avec la Comtesse. Je n'avais pas prévu de le faire avant.... Je n'en étais même pas à cette étape-là.

  Mais qu'est-ce qui pouvait bien l'intéresser ? Et qu'est-ce qu'il y avait de bien à la capitale en ce moment ? Je me relevai et gagnai le secrétariat. Je m'appuyai contre l'embrasure de la porte.

  –Edgar, pourriez-vous aller vous renseigner sur les spectacles et troupes à la Capitale en ce moment ? Lui demandai-je en me frottant les yeux qui me piquaient à cause de la fatigue.

  –Un genre particulier ?

  –Non, pas vraiment. Et convoquez aussi Magdalena Raspivitch, la femme de chambre de la Comtesse.

  –Quelle comtesse ?

  –Ma... femme.

  Le choc que je ressentis en prononçant ces mots pour la première fois fut si violent que mon cœur manqua un battement.

  –J'y vais de ce pas, votre Altesse.

  En attendant, je retournai dans mon bureau dans un état second.

  Ma femme... J'ai dit ma femme.

  Magdalena arriva dix minutes plus tard.

  –Je n'en ai aucune idée, déclara-t-elle avant que je ne demande quoique ce soit.

  –Vous pourriez me laisser parler ?

  –Pas besoin, vous pensez.

  –Bon, d'accord, abdiquai-je. Mais je me pose tellement de questions que je ne sais même pas à laquelle vous venez de répondre.

  –Vous voulez savoir ce qui est susceptible d'intéresser votre femme parmi tous les spectacles qui ont actuellement lieu dans la capitale. Et je n'en sais rien.

  –Mais elle doit bien penser à des choses, à ce qu’elle aime...

  –Je ne sais pas.

  –Parce qu’elle pense en Illiosimerien ?

  –Parce que je ne peux pas lire ses pensées.

  –Je vous demande pardon ? Fis-je en un souffle.

  –Enfin, pas complètement, nuança-t-elle. Je peux voir ce qu'elle voit. C'est grâce à ça que j'avais pu savoir qu'elle était au Lac Frator, après avoir fui votre mariage. Et je peux également lire ses émotions sans aucun problème. Mais rien concernant ses pensées.

  Qu'est-ce que ça voulait dire ? Je n'avais jamais entendu parler de ça. Personne ne pouvait empêcher les Liseurs d'avoir accès à ses pensées. Humain comme Lathos.

  –Ça vous est déjà arrivé ?

  –Non, mais une rumeur raconte que dans de rares cas, après un violent traumatisme, l’esprit peut se bloquer pendant un temps, et par conséquent, devenir inaccessible.

  Un violent traumatisme ? C’était un euphémisme pour parler de ce que la Comtesse avait vécu récemment. Ce n’était pas étonnant que son esprit cherche à se protéger. Magdalena devait avoir raison.

  –De toute façon, je ne vous l'aurais pas dit, même si je l'avais su, déclara-t-elle. Ce n'est pas la bonne façon pour que vous appreniez à vous connaître mutuellement. Vous essayez de tricher, ce n'est pas très fair-play. Sur ce, votre Altesse... Bonne journée.

  Elle me laissa seul avec les tracts que m'avaient apportés Edgar. Je soupirai et me grattai l'arrière de la tête.

  Bon, je devais bien choisir à un moment où un autre.

  Le soir même, peu avant l'heure du repas, j'arrivai devant les appartements de la Comtesse. J'avais fait exprès de venir plus tôt que les dernières fois, pour être sûr qu'elle m'ouvre. Et c'est exactement ce qu'elle fit. Elle se figea une seconde en me voyant, puis referma immédiatement la porte. Je la bloquai avec mon bras.

 –Prenez une cape, on sort.

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