Chapitre 25

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KALOR

  La fatigue et la tension commençaient à peser sur mes épaules. Je passais mon temps dans mon bureau, ne me rendais plus au complexe d'entraînement, dormais à peine deux heures par nuit et songeais sans cesse à ma situation qui ne faisait qu’aller de mal en pis. Ma dernière infortune ne remontait à pas plus tard que la veille : Lokia avait découvert que je cherchais à me racheter auprès de la Comtesse.

  — Dame Nature, Kalor ! s'était-elle écriée. Tu es un Lathos et un Prince de sang ! Tu ne devrais pas t'abaisser en essayant de te rattraper auprès de cette misérable Comtesse. Pas plus que tu ne devrais la défendre ! C'est une humaine, par la Déesse ! L'une des chiennes qui célèbrent nos exécutions à grands cris de joie ! L'as-tu oublié ?

  Une violente dispute s'en était suivie et m'avait tant fait perdre mon sang-froid que mon pouvoir avait été à deux doigts d'échapper à mon contrôle. Non seulement elle avait ravivé les profonds différents qui nous opposaient en ce qui concernait les humains, mais elle avait en plus fait ressortir la vanité de mes efforts vis-à-vis de la Comtesse. Quoi que je fasse, cette dernière refusait catégoriquement de me voir, de m'ouvrir sa porte ou même de discuter. Je savais qu'elle ne passait pas ses journées dans ses appartements car je l'avais aperçue plusieurs fois dans des salons ou les couloirs ; cependant, chaque fois que j'avais tenté de l'aborder ou que j’avais toqué à sa porte, elle s'était enfuie comme si elle avait la Punition aux trousses ou ne m'avait pas répondu.

  — Votre Altesse, votre sœur est là, m'annonça Edgar.

  Un soupir harassé m'échappa.

  — Faites-la entrer.

  Je fermai les yeux et me massai les tempes tandis qu'elle entrait, aussi ne la vis-je pas s'approcher. Je l’entendis en revanche parfaitement récupérer des verres dans le buffet, les poser sur mon bureau, puis les remplir d'alcool.

  — Nous sommes en pleine après-midi, Val, marmonnai-je, et je me suis en plus promis de ne plus boire.

  — Dans ce cas, tu n'auras droit qu'à celui-ci, décréta-t-elle en faisant glisser un verre vers moi.

  — Val...

  — Bois-le, Kalor, insista-t-elle. Tu en as besoin.

 Après une hésitation, je relevai la tête, pris celui qui m'était destiné et le vidai d'une traite. Comme toujours, nulle brûlure n'enflamma mon palais ou ne descendit le long de ma gorge ; j'y étais insensible depuis que le pouvoir du feu m'habitait. Avoir ce brasier dans les veines n'ôtait toutefois rien aux effets de l'alcool et mes épaules se détendirent.

  — Merci.

  — Mais de rien. Maintenant, dis-moi ce qui te travaille et ne cherche pas à me faire croire qu'il n'y a rien. Je n'en croirai pas un mot.

  Un nouveau soupir m'échappa.

  — Absolument tout, avouai-je. Mère, Père, Lokia, la Comtesse... (L'air de ma sœur se fit las). Qu'y a-t-il ?

  — Ne trouves-tu pas que tu deviens ridicule ?

  — Pardon ?

  — L'appeler par son ancien titre ? La Comtesse ? Il s'agit de ta femme, Kalor.

  — Non, loin de là. Nous sommes juste deux inconnus enchaînés l'un à l'autre par un lien qu'aucun de nous ne désirait.

  — As-tu essayé de discuter avec elle ?

  — Bien sûr, mais elle ne veut plus m'adresser la parole à cause de ce que j'ai fait.

  Je me rendis compte que ces derniers mots venaient de m'échapper en voyant les yeux de ma sœur s'agrandirent.

  — Ce que tu as fait ? répéta-t-elle.

  Dame Nature...

  Qu'as-tu voulu dire par là ? (Je détournai le regard.) Kalor, insista-t-elle durement.

  — Je... (J'appuyai mon front contre ma paume.) J'ai essayé de consommer le mariage sans son consentement.

  — Par la Déesse, Kalor ! Que... Comment as-tu pu ?

  — Je n'en sais rien ! Père ne cessait de m'y pousser ; Mère, au contraire, me défendait de m'unir à elle, puis j'avais bu... beaucoup trop bu et... Et j'avais malgré tout encore toute ma tête. Je n'ai aucune excuse.

  De nouveau répugné par mon propre comportement, je serrai les dents alors qu'une vague de dégoût me traversait. Qu'aurais-je donné pour voyager dans le passé et m'empêcher de gagner la chambre de la Comtesse, cette nuit-là.

  Les lèvres entrouvertes, Valkyria m'observa un instant en silence avant de reprendre la parole.

  — Donc, tu l'as...

  — Comment ? Non. Non, non, non. Dame Nature, merci, je me suis arrêté avant de faire la plus grosse erreur de ma vie. Cependant, même si je ne suis pas allée au bout, ça ne change rien au fait que je l'ai agressée et qu’elle refuse désormais de se retrouver seule avec moi, de peur que je recommence.

  — Je vois... T'es-tu excusé ?

  — Évidemment, c'est la première chose que j'ai faite lorsque j'ai pu la revoir après son alitement. Je lui ai aussi promis de ne jamais plus la toucher sans son autorisation et je lui ai offert des fleurs, mais ce ne sont pas de simples mots et des bouquets qui vont l'aider à se sentir mieux en ma présence.

  — Non, en effet. (Valkyria s'enfonça dans son fauteuil et se perdit dans ses pensées.) Puisque Lunixa a peur d'être seule avec toi, pourquoi ne pas l'emmener dans un endroit où il y a suffisamment de monde pour qu'elle se sente à l'aise, mais où vous pouvez tout de même être à l’écart de la foule pour passer du temps ensemble.

  — À quoi penses-tu ?

  — Au théâtre ou à l'opéra. La loge royale vous offrira de l'intimité et le public dans les autres loges et la salle en contrebas devrait la rassurer. En plus, une telle soirée la fera sortir du palais. Elle n'a plus remis un pied dehors depuis le soir de votre mariage.

  — Mais comment suis-je censé savoir ce qu'elle aime ? Je ne la connais pas.

  — Choisis au hasard et vois le résultat. Si ça lui plaît, tant mieux, et si ça ne lui plaît pas, tant pis. Au moins, tu le sauras pour la fois suivante.

  — Et Lokia ?

  Le regard de Valkyria devint aussi tranchant que l'acier de ses yeux.

  — Oublie-la.

  — Je ne peux pas ! Nous avons passé notre vie ensemble ; comment veux-tu que je la raye du jour au lendemain, comme si de rien n'était, et que je passe à une autre femme ?

  — Je sais que tu l'aimes, Kalor, ça a toujours été le cas et je ne remets pas tes sentiments en question. Cependant, tu as toujours été avec Lokia et c'est là que se trouve le problème. Tu es tombé amoureux d'elle alors que tu n'étais qu'un petit garçon et mère vous a toujours pousser à être ensemble, même avant ce jour. Qui te dit que cet amour est bien né d'un sentiment sincère ou qu'il est toujours aussi vrai que durant ton enfance ? Qu'il n'a pas été faussement créé ou entretenu au cours des années par cette nécessité que soyez en couple ?

  Je me repris la tête entre les mains et ébouriffai mes cheveux. Pourquoi tout devait être aussi compliqué ?

  Valkyria me conseilla de bien y réfléchir, puis elle se redressa et se dirigea vers la porte, prenant soin d'emporter la bouteille avec elle.

  — Concernant Lunixa, si tu hésites vraiment pour votre sortie, viens me voir, ajouta-t-elle avant de quitter mon bureau.

  Sortir... avec la Comtesse. Je n'avais pas prévu de le faire avant... En fait, je ne m'étais encore jamais imaginé cette étape.

  Je ressortis son dossier pour essayer de trouver un indice qui m’aiderait à savoir ce qui l'intéressait, mais ne trouvait rien. De toute façon, qu'y avait-il de bien en ville en ce moment ? Suivant les pas de ma sœur, je gagnai le secrétariat.

  — Edgar, pouvez-vous vous renseigner sur les spectacles et troupes qui se produisent actuellement à Lumipuniki ? lui demandai-je en frottant mes yeux irrités par la fatigue.

  — Désirez-vous un genre particulier ?

  — Non, tout ce que vous pourrez trouver. Et convoquez aussi Magdalena Raspivitch, la femme de chambre de la Comtesse.

  — Quelle Comtesse ?

  — Ma... femme.

  Le choc que je ressentis en prononçant ces mots pour la première fois fut si violent que mon cœur manqua un battement.

  — J'y vais de ce pas, votre Altesse.

  Dans un état presque second, je retournai dans mon bureau et regrettai beaucoup que Valkyria soit partie avec la bouteille.

  Ma femme... J'avais dit ma femme.

  J'avais à peine eu le temps de me remettre de mes émotions que Magdalena arriva.

  — Vous essayez de tricher, Altesse, déclara-t-elle avant que je ne prononce le moindre mot.

  — Pourriez-vous me laisser parler ?

  — Pas besoin, vous pensez.

  — Bon, d'accord, abdiquai-je. Mais je songe à tant de choses dans l'immédiat que j'ignore à quoi vous faites référence.

  — Vous voulez savoir ce qui est susceptible d'intéresser votre femme parmi toutes les représentations qui ont lieu à la capitale. M'utiliser pour y parvenir n'est pas très franc-jeu.

  — Je le sais bien, mais j'ai vraiment besoin de votre aide, Magdalena. Après ce que j'ai fait, je ne peux me permettre une nouvelle erreur.

  Le moindre impair risquait de condamner définitivement tout espoir de réparation.

  Magdalena me fixa un instant, puis ses épaules s'affaissèrent dans un soupir.

  — Même si je voulais vous aider, j'en serais incapable. J'ignore ce qu'elle aime.

  — Pourquoi ? Parce qu'elle pense en Illiosimerien ?

  — Car je ne peux la lire.

  Cette réponse me laissa coi.

  — Enfin, pas complètement, se rectifia-t-elle. Je peux lire ses émotions sans aucun problème et je peux voir ce qu'elle voit – c'est d'ailleurs de cette façon que j'ai su qu'elle était au Lac Frator, après avoir fui votre mariage. En revanche, ses pensées me sont inaccessibles.

  — Comment était-ce possible ? Les Liseurs étaient capables de sonder les pensées de n'importe qui, qu'il s'agisse d'un Lathos ou d'un humain. Tout le monde – ou du moins tous les Lathos – le savait.

  — Cela vous est-il déjà arrivé ?

  — Personnellement, non, mais j'avais déjà entendu parler de ce phénomène, même s'il reste tout à fait exceptionnel.

  — À quoi est-il dû ?

  — À un violent traumatisme. Dans de rares cas, l'esprit se referme sur lui-même pendant un temps, afin de se protéger de chocs supplémentaires qu'il ne pourrait supporter, et ce repli peut nous en empêcher d'y accéder.

  Si un seul traumatisme pouvait suffire à provoquer une telle réaction, il n'y avait plus rien d'étonnant à ce que la Comtesse lui soit illisible. Elle les avait littéralement enchaînés ces derniers temps.

  — Voilà pourquoi je ne peux vous conseiller, reprit Magdalena, mais n'y voyez pas là un mauvais présage. Vous êtes un homme de goût, Altesse, je suis certaine que vous saurez choisir un spectacle qui lui plaira. Et s'il s'avère que ce n'est pas le cas, la Comtesse saura reconnaîtra vos efforts.

  Je n'étais pas aussi convaincu qu'elle, mais j'opinai malgré tout. Après un dernier regard encourageant, elle s'inclina et pris congé, me laissant seul avec les tracts que m'avaient apporté Edgar. Je pris une profonde inspiration, puis me penchai dessus.

  Le soir même, peu avant l'heure du repas, je me rendis aux appartements de la Comtesse. J'avais fait exprès de venir plus tôt que les dernières fois, pour être sûr qu'elle m'ouvre, et ce fut exactement ce qu'elle fit. Ses yeux s'écarquillèrent dès qu'elle me vit et elle chercha immédiatement à refermer la porte. Je bloquai le battant avec mon bras.

  — Prenez une cape, nous sortons.

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