Chapitre 24

4 minutes de lecture

LUNIXA

  J'étais assise sur le lit, à lire l'un des livres que j'avais amenés d'Illiosimera, la petite voiture de l'Ancien Temps posé sur l'oreiller juste à côté de moi, quand on toqua. Je fronçai les sourcils. Qui était là? Je n'attendais personne. Prudente, je cachai la voiture dans le tiroir de la table de chevet et me rendis dans le salon à pas de loup. J'ouvris la porte.

  Je ne pus m'empêcher d'avoir un mouvement de recul en me retrouvant face au Prince. Je m'accrochai fermement à la poignée. S'il tentait quoi que ce soit, je lui fermerais la porte au nez et la verrouillerais. J'étais suffisamment en forme pour le faire cette fois.

  Il passa une main sur sa nuque et s’éclaircit la voix.

  –Voulez-vous voir les jardins ?

  –Pardon ?

  –Voulez-vous aller les voir maintenant ?

  Il me prenait complètement de court. Qu’étais-je censée lui répondre ? Je n'avais pas aucune envie de me retrouver de nouveau seule avec lui. Cependant, l’idée de sortir me tentait beaucoup. Je n'avais pas mis le pied dehors depuis plus d'une semaine... Mais par ce froid ? Était-ce seulement une bonne idée ?

  –Je ne sais pas, murmurai-je en fixant ses pieds. Je suis assez fatiguée.

  –Dans ce cas, peut-on discuter deux minutes ?

  –De quoi ? Me méfiai-je.

  –De nous, soupira-t-il.

  –Il n'y a pas de nous, rétorquai-je. Juste vous et moi.

  –Écoutez, que ça nous plaise ou non, nous sommes coincés ensemble à partir de maintenant. On peut donc soit rester de parfaits étrangers l'un envers l'autre, soit apprendre à se connaître un minimum et se mettre d'accord sur la façon dont on doit se comporter.

  Je me permis de lever les yeux vers lui et il les baissa au même moment. Nos regards se croisèrent. Je savais qu'il avait raison.

  –Très bien, abdiquai-je.

  –Puis-je entrer ?

  –Ici ?

  Le souvenir de ce qu'il s'était passé la dernière fois qu'il avait mis les pieds dans le salon rejaillit brusquement dans mon esprit. Les marques bleues que sa poigne avait laissé sur ma peau me brûlèrent. Je n'avais soudain plus du tout envie de lui parler. Je claquai la porte et me laissai glisser jusqu'au sol.

  Il toqua de nouveau mais je ne répondis pas. Je voulais juste qu'il s'en aille... Que je n'aie plus à le voir.

  –Comtesse Zacharias.

  –Partez ! S'il vous plaît, laissez-moi tranquille...

  –Il faudra bien qu'on parle à un moment ou un autre.

  –Pas ce soir... C'est trop récent... Je ne peux pas...

  Quelques secondes passèrent avant que ses pas s'éloignent, jusqu'à ce que je ne les entende plus du tout. Je me levai et retournai dans la chambre. J'ouvris le tiroir de la table de chevet et récupérai la petite voiture.

  Eleonora... Alexandre...




  –Réveillez-vous, Madame.

  Les rideaux furent tirés et la lumière se déversa dans la chambre. Je plaçai les couvertures sur mon visage. Je n'avais pas envie de me lever. J'étais bien sous les draps.

  –Madame, je vous rappelle que c'est vous qui m'avez demandé de vous lever, insista Magdalena.

  C'est vrai.

  Les yeux encore mi-clos, je me redressai et me débarrassai des couettes. L'air qui régnait dans la pièce était bien plus frais que celui sous les draps et j’eus un frisson. Magdalena le remarqua et elle raviva le restant du feu avec un tisonnier pendant que j'allai prendre ma douche. Les marques sur mes poignets étaient encore trop visibles...

  Alors que j'étais en train de m'accrocher les cheveux avec un ruban de soie, je gagnai le salon. Mes yeux se posèrent tout de suite sur le bouquet de roses jaunes posé sur la table basse en cristal. Intriguée, je le pris en main. Un message y était accroché.

  –Magdalena ? (Elle arriva). Pouvez-vous me dire traduire ?

  Ça me frustrait de ne pas savoir lire le talviyyörien et d'avoir besoin d'une interprète, mais je n'avais pas le choix. Je lui donnai le mot.

  –Je suis vraiment désolé, lut-elle.

  Ces fleurs étaient du Prince... Il essayait de se racheter. Ne sachant pas quoi en faire, je les reposai simplement sur la table.

  –Puis-je vous poser une question, Madame ? s'enquit Magdalena en me rendant le mot.

  –Euh, oui bien sûr.

  C'était la première fois qu'elle me le demandait. Que voulait-elle savoir ?

  –À quoi pensez-vous ? Normalement, je devine assez facilement les envies et besoins des personnes pour qui je travaille. C'est ce qui me rend plutôt compétente dans mon métier. Mais pour vous, je ne sais pas, je n'y arrive pas. Vous avez sûrement une façon de penser plus... illiosimerienne.

  –À quoi je pense ? M'étonnai-je. C'est une question un peu vague... à un tas de chose. Ma famille me manque, le soleil chaud d’Illiosimera aussi, j'ai le mal du pays…

  –Et que pensez-vous du Prince ?

  –Je n'en pense rien, me renfermai-je.

  Je finis de me préparer, et sortis des appartements pour continuer mes recherches.... Je n'avais pas une minute à perdre.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Dalya2kya
(Livre déjà publier sur wattpad, quelques personnes ont lue, mais je n'ai pas eu beaucoup d'avis me permettant d'évoluer. Je préfère vous en informer en espèrent que cela ne vous gène pas ^^)

Tu te réveilles dans un endroit dont tu ignores tout, seul, perdu et terrifié. La douleur dans ton crâne et si forte que tu n'arrives plus à réfléchir. Que s'est-il passé ? Il te manque quelque chose, tu en es persuadé... Oui, c'est ça ! Ce qu'il te manque, ce sont tes souvenirs... Des bruits s'élèvent autour de toi ou c'est ton imagination qui te joue des tours.... Tu ne sauras pas le dire toi-même.

Tu as l'impression que les ombres bougent... Es-tu sûr d'être seulement seul ? Ou même dans la réalité ?!
Si tu veux des réponses, il va falloir le découvrir par tes propres moyens, après tout, on est mieux servi que par soi même !
5
6
112
5
Oncle Dan

Ceci est mon premier texte. Permettez-moi de me présenter.
Je suis un authentique artiste. J’espère ne pas vous étonner par cette affirmation.
Pour ceux (fort peu nombreux) dont l’enthousiasme serait légèrement teinté d’incrédulité, je vais en faire la démonstration historique. Les convaincus, les convertis, les constipés (mes frères), enfin toutes les personnes qui n’ont jamais douté de ma qualité d’artiste, peuvent retourner à des occupations normales. 
Je ne me servais pas encore d’une plume, que l’on remarquait déjà mon coup de crayon. J’ai commencé, en effet, par être dessinateur.
Ensuite, je me suis fait poète. Racine me pompait et Corneille me faisait bailler, j’ai donc écrit ma propre poésie. Je tiens à votre disposition des carnets entiers d’alexandrins. Toutefois, je vous en déconseille vivement la lecture, le bonheur étant fait d’ignorances.
C’est au collège également que je suis devenu comédien de théâtre. Il me faut confesser que c’ est durant cette période que j’ ai remporté mes premiers véritables succès. Cependant, la célébrité ne s’est pas déclarée immédiatement. J’ai connu quelques débuts difficiles. Périodes hostiles durant lesquelles il ne fut pas permis à mes talents de s’exprimer pleinement. J’ai en effet tenu successivement le rôle du petit Jésus, rapport à mon air angélique, et celui d’un troubadour qui devait chanter en vieux français, alors que j’avais déjà du mal à apprendre le français moderne. Loin de me décourager, et plus obstiné que jamais, j’ai fini par obtenir un rôle à la mesure de mes capacités : « La septième femme de Barbe-Bleue ». Mon premier grand rôle.
La pièce s’appelait « La septième femme de Barbe-Bleue », et la septième femme de Barbe-Bleue, c’était moi. J’étais donc le personnage central de la pièce, la femme de la situation. Si je tombais malade, il fallait rembourser les billets. Quinze jours durant, nous avions confectionné des masques en papier mâché, à grands renforts de colle et de vieux journaux. Ah, si vous aviez vu ma gueule, vous ne douteriez plus de mon triomphe. Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler l’histoire de Barbe-Bleue et de ses sept femmes. Elle est tellement connue de chacun et chacune. C’est une histoire qui commence par « Il était une fois... ». Nous l’avions un peu disons personnalisée, mais de façon très superficielle, le fond restant au fond. Les dialogues avaient été disons modernisés, mais sans atteinte au sens profond de l’histoire qui est resté (et restera toujours) très profond. Ainsi, en ce qui me concernait, mon texte se résumait à une seule réplique qui était « turlututu ». Voilà qui me mettait à l’abri des trous de mémoire.
N’allez surtout pas imaginer que la brièveté de mon intervention orale pouvait nuire à l’intérêt de mon personnage. Que nenni ! Les autres rôles (forcément secondaires) qui s’agitaient autour de moi avec des dialogues plus substantiels que le mien, ne me servaient que de faire valoir. Toute la question était de savoir ce qui allait m’arriver. J’étais l’incarnation du suspense de la pièce. C’est à travers moi que la salle réagissait. C’est pour moi qu’elle tremblait où se prenait à espérer. C’est vers moi que convergeaient tous les regards. C’est moi qui l’ai fait se tordre de rire en portant mon doigt à la bouche de mon masque alors que le méchant Barbe-Bleue me grondait. Une improvisation, un coup de génie, une intuition comme seuls en ont les plus grands !
Après ce succès, mon ascension fut irrésistible.
Les metteurs en scène n’hésitaient plus à me confier des rôles importants aux textes beaucoup plus élaborés. J’ai même joué « en attendant Godot » de Samuel Beckett, ce qui m’a fait passer le temps. Mais mon « sommet » théâtral, je le vécus dans le rôle du fils du Roi Henri dans une pièce historique de Shakespeare. Ce personnage dont l’importance ne saurait vous échapper, je l’ai joué dans un vrai théâtre avec un vrai public. La pièce ne pouvait donc être jouée que par de vrais acteurs. Le théâtre de Dôle, puisque c’est de lui qu'il s’agit, est un petit théâtre auquel il ne manque rien. Je l’appréciais de longue date, en ma qualité (une de plus) de membre des « Jeunesses Musicales de France ». Cette fois, ma qualité (encore une) de prince me fit découvrir l’envers du décor. Je ne me souviens plus de mon texte, ni même si j’en avais un. Ce dont je suis certain, c’est que mon rôle consistait essentiellement à me faire botter le cul par le Roi, mon père. Ce dernier traduisait sur mon envers le courroux qu’il nourrissait à mon endroit. C’était un rôle très difficile. Je veux parler du mien, naturellement. Non pas que je cherche à dévaluer celui du Roi, mais je le répète, c’était un rôle très pénible. Surtout pendant les nombreuses répétitions. D’autant plus que le Roi, pour mieux s’imprégner de son personnage, refusait toute simulation.
Est-ce le trac ? Est-ce la nervosité des jours de « première » ? Toujours est-il que le Roi n’exécuta pas le coup de pied au cul qui m’était destiné dans les règles de l’art. Pourtant, mon fessier était bien là où il devait être. Pour ma part, je tenais mon rôle à la perfection. J’attendais avec la désinvolture de celui qui est sûr de son coup, mais sans laisser-aller excessif. Le coup porta trop bas, et ce furent les deux joyeuses qui réceptionnèrent malencontreusement l’escarpin royal, et s’en trouvèrent fort attristées. Le choc m’expédia sine die dans les coulisses où j’évitai avec l’agilité et la présence d’esprit qui me caractérisent lorsque je viens de recevoir un coup de pied au cul, une grosse caisse et une batterie de tambours placées là par un futur chômeur.
Je garde de l’unique représentation de cette pièce de Shakespeare des souvenirs tellement pénibles qu’ il ne m’ est possible de les livrer qu’ à doses homéopathiques.
Après cette très regrettable rencontre avec l’escarpin royal, il y avait une scène dans cette pièce durant laquelle le roi discutait avec un autre personnage dont j’ai oublié le nom et le reste. Cette scène avait cela d’intéressant pour moi qui tenais le rôle du fils du roi (ainsi qu’il me semble vous l’avoir déjà dit) qu’elle ne faisait pas intervenir le fils du roi.
Je pouvais donc rester tranquillement dans les coulisses, ce qui me convenait parfaitement, ma timidité faisant que j’ai toujours été plus à l’aise dans les coulisses que sur le devant de la scène.
Cela est vrai aujourd’hui et l’était bien davantage quand j’avais quatorze quinze ans. Or, j’avais précisément environ quatorze quinze ans lorsque l’on m’avait demandé de tenir le rôle du fils du roi, rôle prestigieux que je n’avais pu refuser malgré mon amour des coulisses.
Mais quelque chose survient toujours pour vous faire le coup du lapin au moment précis où vous vous sentez le mieux disposé envers l’Univers.
Dans cette pièce de Shakespeare, ainsi que le précédent incident l’a montré, le roi est souvent de mauvaise humeur, a mauvais caractère, s’énerve pour un oui ou un non, se fâche et d’une manière générale s’agite beaucoup. Je pense qu’il en était ainsi dans la discussion qu’il avait avec cet autre personnage dont j’ai oublié le nom et le reste. Sans doute a-t-il tapé du pied, fait vibrer les planches ou bousculé la tenture qui servait de décor. Toujours est-il que le blason royal, agrafé à celle-ci, perdit l’une de ses attaches et bascula.
Je ne sais si vous avez déjà eu l’occasion d’observer un blason à l’air penché ou de méditer sur l’effet qu’il peut produire sur les témoins d’une telle anomalie. Il semblerait que cela soit insupportable pour une majorité de personnes car un type qui se disait régisseur me demanda d’aller redresser le blason, toutes affaires cessantes, pendant que se déroulait la scène.
Chaque fois que je le rencontrais, j’éprouvais le désir de me glisser dans une cave et d’y rester planqué jusqu’à ce qu’on sonne la fin d’alerte, exercice difficilement réalisable dans les circonstances où je me trouvais. J’eus beau regarder le quémandeur comme la goutte qui fait déborder le vase, il n’en démordit pas. Je sentais bien qu’il ne me tenait pas en grande estime et ne s’attendait guère à ce que je gagne à être connu.
Je me débattis comme un poisson hors de l’eau face à cette idée saugrenue. L’apparition du fils du roi au milieu d’une conversation qui ne le regardait pas n’avait aucun sens et constituait peut-être – je ne l’ai pas vérifié – un contresens historique. J’allais mourir de honte sous le regard des spectateurs en exécutant ce travail de valet de pied ou de page de cinquième catégorie. J’aurais accepté avec joie la tâche de terrasser un dragon aux narines incandescentes, mais redresser le blason du Roi dans ma position : jamais.
Rien n’y fit. Pire, d’autres figurants, craignant sans doute de devoir se substituer à moi si je ne me laissais pas convaincre, se joignirent au quémandeur pour me harceler davantage. Et bien, je peux vous affirmer que je me trouvais dans une situation qui donne à sa joie de vivre un sacré coup dans les tibias.
Je dus me résoudre à rassembler mon courage et à me laisser pousser sur la scène. Mon attitude évoquait celle d’un gamin qui, cueillant des pâquerettes sur la voie ferrée, vient de se prendre l’express de 20H42 dans le bas du dos. Aveuglé par les projecteurs, je devinais dans l’insondable obscurité de la salle, une foule de spectateurs dont les cerveaux se transformaient en autant de points d’ interrogation.
Le Roi lui-même, surpris par mon incompréhensible intrusion, interrompit sa fâcherie et il se fit un grand silence comme si l’univers tout entier retenait son souffle pour mieux concentrer son attention sur ma personne.
Je compris soudain ce que veulent dire les gens qui écrivent des bouquins quand ils parlent du temps qui suspend son vol. Tant bien que mal, je parvins à pas comptés jusqu’au blason et entrepris de remettre en place l’agrafe défectueuse.
Pendant ce temps, le Roi, faisant mine de m’ignorer, avait repris son courroux et son exaspération envers son interlocuteur là où il les avait laissés.
Vous pensez bien, séduisantes lectrices et lecteurs perspicaces, que l’agrafe ne se laissa pas faire et que je ressemblais à du personnel de maintenance incompétent travaillant pendant les heures de représentation.
Pulvérisant tous les canons du ridicule, je quittai la scène et le blason comme on quitte les toilettes, c’est-à-dire dans l’état où je les avais trouvés.
Je vous l’avais dit, je suis un artiste. D’ailleurs, je suis né en septembre et tous les gens qui sont nés en septembre sont des artistes. Maurice Chevalier est né le 12 septembre 1888, Agatha Christie est née le 15 septembre 1890, Sophia Loren le 20 septembre, mais aussi Ray Charles, Julio Iglesias, Scott Fitzgerald, Charles Perreault, William Faulkner, Michael Douglas, Georges Gershwin et même Miguel de Cervantes, auteur de Don Quichotte est né exactement quatre siècles avant moi.
CQFD
15
29
14
7

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0