Chapitre 23 - Partie 2

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  À mon réveil, je pris une rapide douche, mis une robe qui ne me paraissait pas trop lourde ainsi que des petites bottines plates et, pour la première fois, je sortis des appartements, seule.

  Toute la matinée, j'errai dans les couloirs du château, telle une âme en peine, sous les yeux intrigués de ceux que je croisais. En réalité, j'étais à l'affût de tout : de la moindre discussion que je pouvais entendre, du moindre regard ou mouvement que je pouvais apercevoir, de la moindre odeur que je pouvais sentir. Tout. Il fallait que je sois au courant de tout, car le savoir est la meilleure des armes.

  Bon point pour moi : comme j'étais une étrangère, arrivée il y à peine deux semaines et m'étais très peu montrée en public – voire pas du tout, à part lors des fiançailles et des tableaux, les personnes présentes pensaient que je ne comprenais pas le talviyyörien. Alors très souvent, après m'avoir aperçue puis saluer dans les formes, ils reprenaient leur conversation sans se soucier de moi. Et moi, j'étais là, à les écouter.

  Bien évidemment, la plupart des discussions étaient complètement inintéressantes. Les femmes discouraient majoritairement des derniers produits, robes, bijoux à la mode… Les hommes dissertaient des rares guerres en cours, de politique, de femmes... Les jeunes femmes encore à marier comméraient et gloussaient en regardant par les fenêtres les soldats en plein entraînement et torses nus, évidemment. Mais comment les habitants de ce pays faisaient-ils pour se promener à moitié nus alors qu'il faisait aussi froid ?

  Je remontai les couloirs pour changer de salon, mais alors que je venais de tourner à l'angle d'un couloir, mes yeux se posèrent sur d'une femme à la magnifique chevelure vénitienne avant de glisser sur l'homme qui l'accompagnait. Je revins immédiatement sur mes pas et me cachai derrière le mur.

  –Lokia, on en a déjà parlé, soupira le Prince. On ne peut plus faire ça.

  –Je m'en fiche, qu'elle soit là ou pas, ça ne change rien.

  C'était de moi qu'ils parlaient ?

  –Si, soupira-t-il à nouveau....

  –Kal !

  –J'ai du travail, je dois y aller.

  Je me remémorai rapidement le trajet qu'il devait prendre pour rejoindre son bureau, et m'empressai de m'éloigner de lui. Qui était cette femme aux cheveux blond vénitien ? Pour qu'elle se permette de l'appeler par un surnom, ils devaient être vraiment très proches.

  Puisque visiblement, je ne dégoterais rien d'intéressant en écoutant les conversations pour aujourd'hui, je décidai de me rendre à la bibliothèque. Peut-être trouverais-je des réponses là-bas...

  Cependant, je ne savais pas lire le talviyyörien, seulement le parler. Cette pièce m'était aussi utile qu'une bouteille vide en plein désert... Je tentai tout de même d'associer les sons de cette langue aux lettres que j'avais sous les yeux.

  –Puis-je vous aider ?

  Je me retournai et fut surprise de tomber sur Magdalena.

  –Vous cherchez quelque chose en particulier ?

  –Hum, le côté historique.

  –Suivez-moi.

  Elle me fit traverser la bibliothèque déserte, et s'arrêta devant un mur rempli de livres datés. J'en pris un, le feuilletai, et le rangeai directement. Je n'arrivais pas à lire un seul mot... Comment étais-je censée trouver quoi que ce soit de compromettant pour le Roi si je ne pouvais pas me renseigner ?

  Je pris une profonde inspiration. Je ne pouvais pas me permettre de partir défaitiste, l'enjeu était trop important.

  Commençons par le commencement.

  –Y-a-t-il un arbre généalogique ? M'enquis-je.

  –Pourquoi ne pas demander des renseignements à votre mari ?

  Ces mots me firent tellement mal que j'eus l'impression de me prendre une gifle. C'était la première fois qu'on me parlait de lui sous ce nom et je ne refusai de l'entendre une seconde fois.

  –Ne l'appelez pas comme ça, ordonnai-je.

  –C'est pourtant ce qu'il est.

  –Seulement sur papier. Je ne veux rien avoir affaire avec lui.

  –Je vous pris de bien vouloir pardonner mon impertinence, s'excusa Magdalena en s'inclinant.

  Ma colère retomba. Je n'avais pas à m'acharner comme ça sur elle. Ce n'était pas sa faute si j'avais cette bague au doigt. Et puis elle était l'une des rares personnes à être gentille avec moi.

  –C'est moi qui m'excuse, je n'aurai pas dû vous parler sur ce ton. Pouvez-vous m'aider ?

  Elle se redressa et un petit sourire vint tendre ses lèvres. Puis elle s'approcha des rayonnages, se mit sur la pointe des pieds et étendit son bras au maximum pour prendre un livre qu'elle posa sur la table. Je me plaçai à côté d'elle alors qu'elle l'ouvrait et dépliait les pages pour étaler l'arbre généalogique.

  –Le prince Kalor est juste ici, m'indiqua-t-elle.

  Je me fichais bien d'où il était situé sur l'arbre familial. Ce qui m'importait, c'était son père... Comment ?

  La reine actuelle... n'est pas la première reine ? M'étonnai-je.

  –Non, seul son Altesse Thor est le fils de feue sa Majesté Adelheid. Son Altesse Valkyria et son Altesse Kalor sont les enfants de sa Majesté Grimhild, seconde épouse de sa Majesté Odin.

  Je regardai les différentes dates inscrites sous les noms de l'arbre. Mon cœur se serra en voyant quand était mort la première reine : le même jour que la naissance de son fils.

  –Elle est morte en couche ? M'assurai-je.

  –Oui...

  Pauvre femme. Elle n'avait jamais eu la chance de voir son fils grandir.... ça expliquait la grande différence d'âge entre l'héritier et sa sœur. Neuf ans d'après les dates et il en avait quatorze avec le Prince. Mais bizarrement, il n'avait pas encore d'enfant, de même pour la Princesse Valkyria. Avaient-ils des problèmes pour concevoir ? La reine Grimhild semblait aussi en avoir eu, car elle avait eu la princesse presque huit ans après son mariage. Était-ce normal dans ce pays ?

  Je remontai la généalogie... Mais je ne vis pas de problème identique chez les générations précédentes, à deux cas isolés.

  Je redescendis à la génération actuelle et remarquai mon nom relié à celui du Prince. Je repliai les pages et fermai le livre. J'en avais assez vu pour aujourd'hui.

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