Chapitre 22

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KALOR


  Comme la dernière fois, je fus le premier à arriver dans la salle des tableaux. Arthur me salua avec son enthousiasme habituel et s'enquit de la santé de la Comtesse. Je lui répondis vaguement avant de le laisser à ses croquis et de m'installer sur un fauteuil où je fermai les yeux et pris de profondes inspirations pour essayer de chasser ma tension. Lokia avait de nouveau dormi nue avec moi et, à mon réveil, je l'avais trouvée assise sur mes hanches, à m'embrasser, toujours dans son plus simple appareil. Ce n'était pas les premières fois qu'elle dormait dénudée ou que je la voyais ainsi ; elle aussi m'avait d'ailleurs déjà vu sans le moindre vêtement ; nous nous étions même autorisés des contacts plus intimes que de simples baisers ou de simples caresses, à la limite de la légalité. Pourtant, contrairement aux fois précédentes, un tel réveil ne m'avait apporté qu'un profond malaise, loin du plaisir que je ressentais normalement dans ces moments-là.

  « Vous avez déjà commis une erreur, votre Altesse. Réfléchissez bien à vos actes avant de refaire quelque chose que vous pourriez encore regretter par la suite. »

  Si seulement Magdalena ne m'avait soufflé ces mots... Elle avait instauré le doute dans mon esprit et depuis, les contacts de Lokia me devenaient de plus en plus dérangeant.

  N'entendant plus le crayon d'Arthur gratter les feuilles de son calepin, je relevai la tête et le découvris figé de surprise. Dérouté, je fronçai les sourcils, puis suivis son regard. Mes épaules se raidirent. La Comtesse venait d'arriver.

  — Dame Nature, murmura Arthur. Elle est absolument renversante. Une vraie muse pour un artiste.

  Je ne pouvais le contredire. Même si elle était encore très maigre, elle n'avait rien à voir avec la femme affaiblie que j'avais vue la veille. Le soleil si absent ces derniers jours semblait s'être levé pour accentuer l'étrange mais saisissante couleur de ses yeux à nouveau brillant de vitalité et mettre en valeur son hâle doré retrouvé. Par contraste avec sa robe d'un bleu foncé profond, la blancheur immaculée de sa chevelure ressortait comme la clarté d'une pleine lune dans l’obscurité du ciel nocturne. Sa coiffure, véritable cascade de boucles qui dévalait son épaule droite et surmontée de son diadème, conférait à son port altier encore plus de grâce et d'élégance qu'au naturel.

  Je me relevai de mon siège tandis qu'elle entrait dans la pièce. Elle s'arrêta à une distance suffisamment éloignée de moi pour que je ne puisse la toucher.

  — Votre Altesse, s'inclina Arthur, c'est un plaisir de vous rencontrer.

  — Moi de même, murmura la Comtesse.

  — Je vous en prie. Mon Prince, ajouta-t-il à mon attention.

  Nous le suivîmes jusqu'à un tapis au centre de la salle, en face d'une immense toile installée sur un chevalet. De l'autre côté se trouvait une cheminée où brûlait un large feu.

  — Pouvez-vous vous placer légèrement de côté, Princesse ? (Elle s'exécuta.) Très bien, il faudrait juste que vous reculiez d'un ou deux pas... Voilà parfait. Il ne vous reste plus qu'à vous mettre derrière elle et la tenir par la taille, Altesse.

  Nous nous crispâmes tout deux.

  Inconscient de notre malaise, le peintre s'éloigna pour s'installer derrière son chevalet et préparer ses peintures. Plusieurs secondes passèrent avant que je ne me décide à prendre place. Comme demandé, je me mis dans son dos et glissai un bras autour d'elle. Je l'avais à peine effleuré que la Comtesse tressaillit et s'éloigna vivement de moi. J'écartai tout de suite ma main.

  — Je suis navré.

  Les yeux fermés, elle inspira lentement pour calmer son souffle tremblant. Elle n'avait pas complètement réussi à le maîtriser lorsqu'elle revint vers moi.

  — C'est bon, déclara-t-elle d'une voix mal assurée.

  Je remis mon bras autour de sa taille et l'amenai contre moi. Elle était si incommodée par cette pose que je pouvais sentir les muscles tendus de son dos contre mon torse en dépit de nos vêtements. Mon propre malaise s'en retrouva décuplé. Dire que nous en avions pour toute la matinée...

  Comme je m'en étais douté, les heures eurent beau passer, elle ne se détendit pas un seul instant et resta parfaitement immobile dans mes bras. Je tentais pour ma part de ne pas bouger mon bras chaque fois que je changeais de jambe d'appui, incapable de rester aussi longtemps dans la même position. Une soudaine quinte de toux brisa toutefois son immobilité en milieu de matinée. Je l'aidai tout de suite à s'asseoir sur le fauteuil le plus proche, puis lui servis un verre avec la carafe mise à notre disposition. La Comtesse toussait tant qu'elle eut du mal à le finir avant d'en prendre un second, qu'elle but cette fois plus facilement.

  — Vous allez bien ? m'assurai-je. (Elle opina.) Voulez-vous que nous en restions là pour aujourd'hui ? (Elle secoua la tête.) En êtes-vous sûre ?

  — Oui, je préfère en finir aujourd'hui.

  — Très bien.

  Je me redressai et lui proposai ma main pour l'aider à lever, mais elle l'ignora et préféra le faire seule. À quoi m'étais-je attendu ? C'était avec cette même main que j'avais emprisonné ses bras au-dessus de sa tête, lorsque je l'avais presque prise de force.

  Refoulant la vague dégoût qui me gagnait à nouveau à cette pensée, je me replaçai derrière elle et Arthur put reprendre sa toile.

  — Voilà, c'est terminé pour celui-ci, déclara le peintre en passant sa manche sur son front transpirant.

  La Comtesse et moi poussâmes un profond soupir de soulagement. Enfin, c'était fini. J'ôtai mon bras de sa taille et reculai tandis qu'elle avançait. Elle revint aussitôt vers moi.

  — Que faites-vous ? s'écria-t-elle. Lâchez mes cheveux !

  — Mais je ne vous tiens pas les cheveux, me défendis-je.

  Elle tenta à nouveau de s'éloigner avant de glapir de douleur lorsqu'une mèche blanche se tendit entre nous, tirant sur la chaîne en or de ma cape et l'empêchant de faire un pas de plus. L'une de ses boucles s'était prise dans les maillons. Quand était-ce arrivé ? Le ridicule de cette situation m'arracha un léger rire.

  — Attendez, Comtesse. Ils sont coincés.

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