Chapitre 21 - Partie 1

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LUNIXA

  J'ouvris les yeux avec bien plus de facilité que les jours précédents. Les poids de plombs qui alourdissaient mes paupières avaient enfin disparu. Je me risquai même à sortir du lit sans aide pour me rendre dans la salle de bain afin de prendre un bain chaud.

  La douceur de la mousse que j'avais ajoutée fit du bien à ma peau abîmée par la maladie et la fatigue, et me détendit complètement. Finalement, ce n'était pas plus mal que je sois tombée malade. Ça m'avait permis de me reprendre en main, de réfléchir à la situation, et d'avoir presque une semaine de répit. Mais il y avait une chose pour laquelle je n'arrivais pas à me décider : le Prince. Quand il était venu dans ma chambre la veille et s'était excusé, j'avais vu à quel point il s'en voulait. La culpabilité et le regret qu'il ressentait par rapport à ce qu'il m'avait fait me paraissaient sincères. Mais est-ce qu'il l'était vraiment ? Était-ce une raison suffisante ? Il m'avait presque... violé.

  –Comment vous sentez-vous, Madame ? S'enquit Magdalena en m'apportant mon déjeuner.

  –Mieux, merci.

  Je pris mon remède avant de m'attaquer à mon repas tandis que Magdalena allait chercher une tenue dans la penderie. Je la revêtis après avoir fini de manger.

  –Sa Majesté va vous rendre visite dans l'après-midi, lâcha-t-elle alors qu'elle resserrait le laçage dans mon dos.

  Mon cœur manqua un battement.

  –Comment ? Pourquoi ?

  –Je ne sais pas, on m'a juste ordonné de vous faire passer ce message.

  Je ne voulais pas revoir cet homme. Que me voulait-il ?

  Je n'avais pas le droit de quitter les appartements en attendant son arrivée. Je tournai en rond quelques instants avant de m'arrêter devant mes bagages. Avec une énorme boule au ventre, je commençai à les débarrasser et à ranger mes affaires. Depuis que j'avais cette bague au doigt, je n'avais aucun moyen de m'enfuir sans mettre mes enfants en danger. Je sortis une nouvelle robe et mon cœur manqua un battement en découvrant ce qu'elle cachait. Je la posai par terre, et pris délicatement en main la petite voiture de l'Ancien Temps qui s'était glissée parmi mes tenues. Une larme silencieuse roula sur ma joue et je m'empressai de l'essuyer. Alexandre ou Eleonora avait dû la faire tomber dans ma valise quand ils m'avaient aidée à faire mes bagages. Je la serrai contre ma poitrine.

  Ils me manquent tant...

  On frappa à ma porte, m'arrachant à mes pensées et je l'entendis s'ouvrir.

  –Sa Majesté Odin VI, annonça-t-on.

  J'essuyai une dernière fois mes joues et me relevai pour me rendre dans le salon. Arrivée en bas du petit escalier, devant le Roi, j'effectuai ma révérence.

  –Je vous en prie, m'invita-t-il en me désignant le canapé.

  J'y pris place, et il s'installa dans le fauteuil juste en face. Il s'alluma une cigarette et m'en proposa une que je refusai poliment.

  –Vous devriez vous y mettre, fit-il. Ça aide à avoir chaud.

  Peut-être, mais je ne voulais pas ruiner ma santé. Et puis, l'odeur qui s'en dégageait était très désagréable. Le Roi cracha un nuage de fumée avant de se lancer.

  –Mon fils m'a avoué que vous n'avez pas encore consommé le mariage.

  Un violent frisson me secoua.

  –C'est vrai...

  –Et bien, je voudrais que ce soit le cas. Et ce le plus rapidement possible.

  Je déglutis avec difficulté.

  –Cependant, il m'a demandé du temps, pour que vous puissiez apprendre à vous connaître. Alors je vais vous en accorder. Vous avez jusqu'au 13 Masior pour ça.

  –Mais c'est seulement trois mois ! M'offusquai-je.

  –C'est le temps que vous auriez eu si vous aviez été fiancés. (J'ouvris la bouche mais il continua). Il suffit Lunixa. Je fais preuve de bien plus d'indulgence que vous n'en méritez. Dois-je vous rappelez que c'est l'un de vos devoirs en tant qu'épouse ? Je pourrai exiger que cela soit réglé d'ici ce soir. Alors cessez de geindre comme une enfant. Vous avez jusqu’au 13 Masior, pas un jour de plus. Passé cette date, je devrais agir en conséquence : la légitimée de l’alliance repose sur votre union, et votre Roi attend que je lui confirme qu’il a bien eu lieu.

  Mon cœur manqua un nouveau battement. Indirectement, il menaçait encore mes enfants.

  –Avez-vous compris ? Me demanda-t-il durement.

  –Oui, votre Majesté.

  –Bien.

  Je pensais que nous en avions fini, qu'il allait partir, abréger mes souffrances, mais il ralluma une cigarette.

  –Demain Arthur Khudoznik, le peintre officiel du château, revient pour faire le tableau de votre mariage, ainsi que celui de la famille royale. Alors reposez-vous.

  Il se leva enfin du fauteuil, je fis de même, puis effectuai ma révérence. Quand je me redressai, je le trouvai en train de me regarder de haut.

  –Vous ne pouvez plus vous échapper à présent. Vous êtes mariée à mon fils, que vous le vouliez ou non. Alors même si je vous ai donné près de trois mois, consommez-moi ce mariage rapidement.

  Il sortit.

  Je me forçai à respirer lentement après son départ. Mon cœur battait à toute allure sous le coup de la colère et de mon impuissance à protéger les personnes les plus chères à mon cœur. Je retournai dans la penderie et repris la petite voiture dans mes mains. C'était la seule chose qui me restait de mes enfants à présent. Elle était couverte de leur odeur. Je pouvais presque sentir leur petite main sous les miennes. Comme s'ils la tenaient avec moi, comme s'ils étaient avec moi...

  Le Roi les menaçait, et il pensait que j'allais le laisser s'en tirer sans rien faire ? Juste en obéissant comme n'importe quelle petite idiote de service ? Il avait choisi la mauvaise personne. Je devais trouver un moyen de me protéger pour les protéger... D'avoir le dessus sur lui. J'avais un peu moins de trois mois pour découvrir un secret compromettant à son sujet et qui ait suffisamment de poids pour contrer la menace qui pesait sur mes enfants. C'était court, ça risquait d'être extrêmement difficile, mais pas impossible. Tout le monde avait quelque chose à cacher, j'étais très bien placée pour le savoir. Il suffisait juste de trouver quoi. Je devais passer mon temps dans les salons, laisser traîner une oreille indiscrète dans toutes les conversations, me renseigner sur l'histoire de ce pays, et avoir, si possible, des informateurs dans tous les milieux. Il était roi, il pouvait y avoir des indices partout.

  Comme j'avais encore besoin de repos et que j'aurai besoin de toute mon énergie pour ce qui m'attendait, je commencerai dans deux jours, après les tableaux.

  Aussi avais-je prévu de ne rien faire du reste de la journée, à part finir de ranger mes affaires, lire un livre, tranquillement assise sur le canapé ou dans le lit. Mais à peine une demi-heure après le départ du Roi, on toqua de nouveau à ma porte.

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Leah Nash



 Parler d’un évènement traumatisant est souvent apaisant. Mais pour moi, parler ne servirait qu’à transmettre mon malheur à autrui, et je ne veux pas imposer ce fardeau à quiconque. C’est pourquoi je décide de transcrire ce que j’ai vécu, en espérant que mon esprit puisse se libérer et vivre la fin de mes jours dans une forme de paix. Mon nom est Elijah Lowe, et je dois vous implorer de ne pas continuer ce journal si par malheur vous le trouvez. Par pitié, reculez tant que vous le pouvez encore...
J’avais un ami autrefois, très cher à mon cœur. Nous étions comme deux frères et partagions tout. Nous avions grandi ensemble dans le même quartier au nord de l’Angleterre. Lui Ecossais, moi Britannique, nous étions comme issus de la même famille. Nous nous ressemblions autant de drops que de caractère. Les années passaient et rien ne pouvait nous séparer. Enfin presque. Un jour, Aidan apprit qu’un de ses lointain parents était mort et lui avait légué un manoir à Junkerdal en Norvège. Malgré l’isolement, il avait décidé d’y vivre, me disant que tout irait bien, et que la distance ne nous séparerait pas. Mais ce ne fut pas le cas. Les mois défilèrent, ainsi que les années, mais pas de nouvelles de mon ami tant aimé. Ce ne fut que 13 ans plus tard que je recevais une lettre de Norvège.

Junkerdal, 13 Octobre 18—
Cher Elijah, mon ami,
Voici bien longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je tiens d’abord à te faire mes excuses les plus sincères, je n’ai pas oublié la promesse que je t’avais fait lors de mon départ. Je ne l’ai pourtant pas tenue et j’ai malheureusement laissé le temps et la distance nous séparer. Il s’agit bien de la seule chose que je regrette de ma vie, ou peut-être que je regrette également d’être parti. La Norvège a beau être magnifique, la vie y est rude et solitaire. Je ne sais comment mon esprit et mon âme ont pu vivre autant de temps isolé ainsi, sans voir que le temps défiler. Et alors que je reviens à moi-même, ton image est réapparue dans ma mémoire. Des images de bonheur, du temps où nous étions un seul et même être, comme deux frères. Je ne cesse de me dire que je souhaiterais te revoir depuis. Mais la fierté et surtout la peur que tu m’aies oublié ou refuses tout contact avec moi, m’a paralysé pendant des semaines. Je me suis tout de même décidé à écrire cette lettre pour te demander de venir me rendre visite dans mon manoir. Je sais bien que c’est une longue distance à parcourir, mais je crains ne pouvoir me déplacer jusqu’en Angleterre. Je sais également que je t’en demande beaucoup, mais mon cœur ne me pardonnerait jamais de ne pas avoir tenté de te revoir. Mon domestique et fidèle servant Jaime Adams accompagne cette lettre, il t’aidera pour tes bagages et t’accompagnera pour la route si jamais tu acceptes ma requête. Sache que je t’attends patiemment.
Dans l’espoir de te voir, ton ami dévoué, Aidan McTavish.”
Un mélange de colère et d’immense joie s’était emparé de moi. J’étais évidemment très heureux d’avoir enfin une lettre de mon ami, mais pourquoi avoir attendu autant de temps ? Le lien que nous avions avait vite fait disparaître la colère et mes bagages étaient prêts en une heure. Je partais donc avec ce Jaime Adams, en direction du Nord.
La route me parut longue mais agréable. Le trajet en bateau beaucoup moins. Les paysages gagnaient en beauté et sauvagerie. Le froid était bien présent, ainsi que la neige. À l’approche du manoir, la forêt aux alentours devenait d'autant plus lugubre et pesante. La nuit était tombée lorsque j’arrivais sur la dernière route. L’orage éclairait celle-ci d’une lumière blanche me permettant de voir les arbres épais, la route pleine de boue et de neige à travers la fenêtre du fiacre. Au milieu des coups de tonnerre, les loups sauvages hurlaient à plein poumons, me donnant la chair de poule. Devant le manoir, je ne puis voir que sa forme carrée. Je l'imaginais sûrement fait pierres grises, noircies par le temps et les intempéries. Jaime prit mes bagages et me conduit à l’intérieur. Alerté par le bruit de la grande porte de bois, Aidan arriva. Le fait de le revoir m’emplit de bonheur, mais ceci ne dura qu’un court moment. Mon ami, autrefois plein de vie était extrêmement pâle et semblait plus petit et maigre. Il s’arrêta stupéfait. Tu es donc venu ! Me dit-il. Évidemment. Mais tu arrives plus tôt que prévu. Je ne t’attendais pas avant la deuxième semaine de Novembre !
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