Chapitre 19 - Partie 1

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KALOR

  –Votre Altesse, je viens pour vous annoncer que votre femme est assez rétablie pour recevoir des visites à partir d'aujourd'hui.

  –Très bien, soupirai-je. Pensez à prévenir mes parents.

  Le petit valet s'inclina puis quitta mon bureau. Je me laissai retomber au fond de mon fauteuil et passai ma main sur ma nuque. J'avais les muscles du cou bloqués à force d'être penché vers mon bureau, à lire des dossiers, rédiger des rapports... Cela faisait maintenant cinq jours que je travaillais sans relâche afin d'éviter le plus de monde possible. Même Lokia. La mise en garde de Magdalena tournait encore dans ma tête et je n'avais pas vraiment réussi à faire le point.

  Je jetai un coup d'œil sur les dossiers derrière lesquels je me cachais et pris celui au sommet de la pile pour le feuilleter. J'y avais déjà apposé ma signature, mais il en fallait une seconde... celle de la Comtesse. Après plusieurs minutes à contempler les flammes s'agiter dans la cheminée, je me décidai enfin à me prendre en main et à me rendre dans ses appartements. Il allait bien falloir que je lui fasse face un jour ou l'autre.

  C'est le comte Francesco Zacharias, son cousin, qui m'ouvrit la porte. Il jeta un rapide coup d'œil derrière lui avant de sortir.

  –Altesse, déclara-t-il en s'inclinant. Puis-je savoir ce que vous voulez à ma cousine ?

  –J'ai un document à lui faire signer. (Je montrai le dossier). Comment va-t-elle ?

  –Elle est encore très fatiguée, mais ça va mieux à présent. Comme ce n'est pas une maladie commune chez nous, elle a eu beaucoup de mal à s'en débarrasser. Donc si vous pouviez y aller doucement avec elle…

  J'acquiesçai et entrai dans le salon. Je le traversai rapidement mais ralentis progressivement à mesure que j’approchai de sa chambre, appréhendant le moment de la revoir. Je montai le petit escalier et après une profonde inspiration, tirai les rideaux.

  Je me figeai. La Comtesse était vraiment censée aller mieux ? D'énormes cernes noirs ourlaient ses yeux clos. Son teint était anormalement pâle pour une femme de sa carnation. Ses cheveux avaient perdu de leur éclat. Sans les coussins dans son dos, elle ne pourrait se tenir assise. Et pire que tout elle avait beaucoup maigri. Déjà qu'elle n'était pas bien épaisse à la base... Je n'avais pas imaginé qu'elle était tombée malade à ce point.

  J'approchai de quelques pas, et elle ouvrit... entrouvrit les yeux. Quand elle m'aperçut, ils devinrent ronds comme des billes. Elle tenta de reculer. Ses bras tremblèrent sous l'effort alors qu'elle cherchait à prendre appuis sur le matelas pour s'éloigner de moi. Je m'arrêtai. Ses yeux traduisaient beaucoup de choses, dont la peur que je lui inspirais. Elle pensait que j'allais de nouveau la forcer à consommer notre mariage.

  Ne pouvant soutenir son regard, je baissai les yeux, honteux.

  –Je suis désolé. La dernière fois, j'ai eu un comportement impardonnable à votre égard, et je m'en excuse. Je n'aurais jamais dû vous toucher sans votre consentement. Ça n'arrivera plus jamais, je vous en fait la promesse.

  Je me risquai à relever les yeux. Elle avait arrêté de reculer et s'était effondrée contre les cousins, exténuée.

  –Ne vous approchez pas de moi.

  Sa voix était tellement faible que je l'avais à peine entendue. J'acquiesçai :

  –Je n'en ferais rien.

  La peur qui habitait ses yeux ne les quitta pas.

  –Que voulez-vous ?

  –J'ai un document à vous faire signer, mais si vous êtes trop fatiguée, je peux repasser plus tard, lui proposai-je.

  Elle jeta un coup d'œil au dossier que j'avais en main et m'observa avec méfiance avant de me faire signe d'approcher. Je m'avançai lentement vers elle pour ne pas l'effrayer encore plus et gardai une distance suffisamment en lui remettant le dossier. Je m'écartai tout de suite après et en attendant qu'elle le lise, j'ajoutai une bûche dans la cheminée, et ravivai le feu. Il ne manquerait plus qu'elle fasse une rechute.

  Quand je me retournai pour la regarder, je la trouvai sourcils froncés, concentrée dans sa lecture.

  –Je ne comprends rien, murmura-t-elle au bout d'un moment en se frottant les yeux. Je pensais pouvoir lire le talviyyörien parce que j'ai appris à le parler, mais ce n'est pas le cas. De quoi ça parle ?

  –De... notre mariage.

  Elle laissa tomber sa tête contre les coussins et ferma les yeux, alors que je détournais le regard. Aucun de nous ne voulait encore l'accepter.

  Cependant, comme elle ne dit rien au bout d'une minute, je me tournai de nouveau vers elle. Elle resta encore plusieurs minutes dans la même position avant que ses paupières ne se soulèvent à nouveau. Elle s'était endormie...

  –Vous êtes sûre que vous ne voulez pas que je repasse plus tard ? M’assurai-je. Ça peut attendre.

  –De quoi est-il question exactement ?

  –De la cérémonie, des promesses, des devoirs conjugaux... C'est pour l'officialiser.

  Un éclat de vie illumina son regard.

  –L'officialiser ? Ce n'est pas déjà le cas ?

  –Si, confirmai-je avec difficulté. Dès la fin de la cérémonie ça l'était... surtout avec le nombre de témoins. Ce document, c'est juste de la paperasse.

  L'espoir qui venait de la gagner disparut en une seconde. Elle détourna le regard et garda le silence pendant quelques instants avant de reprendre la parole. Quand elle bougea à nouveau, le soleil se refléta sur son alliance. Dire que ce simple morceau de métal nous liait pour la vie...

  –Que je le signe ou pas, ça ne fera aucune différence ?

  –Non.

  –Alors donnez-moi de quoi écrire, qu'on en finisse, m'ordonna-t-elle d'une voix brisée.

  En lui remettant un stylo à plume, j'effleurai ses doigts. Choqué, je pris sa main dans la mienne.

  –Mais vous êtes glacée !

  –Ne me touchez pas ! Cria-t-elle en s'arrachant à ma poigne.

  Je lui présentai mes paumes et reculai. Haletante, elle me dévisagea, les traits figés d’effroi, puis elle signa rapidement le document. Malgré sa précipitation, ce fut tout de même d'une très belle cursive. Elle me tendit le dossier

  –Voilà, maintenant, part...

  Elle ne put finir sa phrase, soudain prise par une violente quinte de toux. Je pris le verre qui était sur sa table de nuit et m'empressai de lui remplir. Elle le but très lentement, et sa toux s'arrêta.

  –Merci, murmura-t-elle, sans pour autant me regarder.

  –Voulez-vous qu'on vous apporte une quelque chose pour vous réchauffer ? … (Aucune réponse). Un café, chocolat chaud ? Tentai-je.

  –Non, je suis allergique.

  Ah ? Elle avait des allergies ? Je ne le savais pas... Je ne savais rien la concernant.

  –À quoi êtes-vous allergique ?

  Elle m'observa du coin de l'œil, le regard mauvais. Ça eut l'air de lui coûter beaucoup, mais elle finit par répondre.

  –Au cacao... à l'avocat... Et je ne digère pas les olives...

  –Très bien, je vais prévenir les cuisines de ne jamais en mettre dans vos plats. Reposez-vous.

  Elle hocha légèrement la tête et je sortis. Une fois la porte refermée, j'expirai profondément et passai une main dans mes cheveux.

  Ça ne s'est pas trop mal passé...

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