Chapitre 18 - Partie 2

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  –Ah, votre Altesse, s'enthousiasma Arthur, le peintre officiel du château. Vous êtes pile à l'heure.

  Il effectua une révérence rapide et vint à ma hauteur.

  –Toutes mes félicitations pour votre mariage. C'est pour moi un vrai honneur que de peindre les tableaux de cet événement.

  –Les tableaux ?

  –Oui. Un premier de votre couple, et un second avec l'ensemble de votre famille.

  Ah oui, j'avais complètement oublié que nous devions également poser pour ce dernier maintenant que tous les héritiers du trône étaient mariés. Ça allait nous prendre toute la journée.

  –Ne vous inquiétez pas, je ne compte pas interférer dans votre emploi du temps. Je ferai aussi vite que possible tout en vous faisant honneur. Nous commencerons dès que votre épouse sera là.

  Mon épouse... Je n'arrivai toujours pas à m'y faire. Je redoutai l'arrivée de la Comtesse comme une nouvelle Punition. J'avais beau réfléchir, je ne savais toujours pas comment me comporter avec elle. Il fallait que je m'excuse, ce n'était pas une option. Mais je n'avais aucune idée de comment m'y prendre. Et puis je devais aussi m'attendre à ce qu'elle refuse mes excuses. La façon dont je l'avais traitée hier soir était impardonnable.

  Pendant qu'on l'attendait, Arthur gratta des croquis sur un calepin, et je m'installai sur un fauteuil pour somnoler. La nuit avait été courte et je ressentais encore légèrement le contrecoup de l'alcool. Je ne devais plus jamais boire autant. C'était fini.

  –Les femmes mettent tellement de temps à se préparer, plaisanta Arthur entre deux croquis. Ce n’est pourtant pas faute de s'y prendre à l'avance.

  Oui, mais il y avait une limite, ça faisait quand même près d'une demi-heure. Qu'est-ce qui lui prenait autant de temps ? Je fermai les yeux et passai une main sur ma nuque. Elle voulait sûrement rester loin de moi, et je ne pouvais lui en vouloir. J'attendis encore une dizaine de minute avant de me relever. Peut-être que si Val allait lui parler...

  Avant de chercher ma sœur, je fis un crochet dans mes appartements pour déposer ma veste qui me tenait bien trop chaud.

  –C'est déjà fini ? S'étonna Lokia en me voyant entrer dans mon salon.

  –Non, mais elle est en retard. Je vais voir ce qu'elle fait.

Ou plutôt envoyer Valkyria.

  –Elle se croit déjà tout permis parce qu'elle est devenue princesse, affirma-t-elle d'un ton méprisant. C'est tout.

  –Non, ce n'est pas ça... Elle ne voulait pas se marier non plus.

  –Hum, je n'y crois pas une seconde. (Elle s'approcha de moi et baissa mon visage pour que je ne la quitte pas des yeux). Qui pourrait te dire non ?

  Je soupirai et elle sourit avant de m'embrasser tendrement.

  Deux coups retentirent contre le bois de ma porte.

  On se figea tous les deux. Dame Nature, c'était bien le moment ! Il ne manquerait plus qu’on me surprenne avec une autre femme. Je nous téléportai dans ma chambre, Lokia courut se cacher dans la salle de bain et je retournai rapidement dans le salon pour ouvrir. Je baissai les yeux et tombai sur la femme de chambre rousse de la Comtesse, la Liseuse, Magdalena. Le regard mauvais, elle jeta un coup d'œil dans mes appartements. Elle devait avoir repéré Lokia. Elle me fit de nouveau face.

  –Votre Altesse. (Elle s'inclina). Votre femme est tombée gravement malade. Elle restera dans sa chambre jusqu'à son rétablissement. Et jusqu'à nouvel ordre, toutes visites sont interdites, sauf autorisation du médecin.

  J'eus l'impression de me prendre un coup et la culpabilité qui me rongeait depuis mon réveil gagna en force. C'est pourquoi elle était si faible hier soir ? J'avais failli profiter d'elle, alors qu'elle n'avait aucune force. Je me dégoûtais. Magdalena jeta un dernier coup d'œil mauvais derrière moi et repartit. Je venais tout juste de fermer la porte que sa voix sa voix résonna... directement dans ma tête :

  –Ne faites pas quelque chose que vous regretteriez par la suite, votre Altesse.

  Je me statufiai. J'avais complètement oublié que les Liseurs pouvaient aussi transmettre leurs pensées. C'était une sensation extrêmement désagréable. Il me fallut quelques seconde pour m’en remettre, puis le pas lourd, je retournai dans ma chambre. Lokia manqua de me faire tomber à la renverse en se jetant à mon cou.

  –C'est super ! S'émerveilla-t-elle. On va avoir du répit. Et si ça se trouve la fièvre va l'emporter, et tout sera réglé !

  Elle écrasa ses lèvres sur les miennes avec fougue. Mais je ne réagis pas. Les paroles de Magdalena tournaient en boucle dans ma tête. J'attrapai les mains de Lokia et avec beaucoup de difficulté, je réussis à les détacher de mon cou. Lokia n'en avait pas l'air, mais elle était bien plus forte que moi. Elle me dévisagea, interdite.

  –Kalor ? Qu'est-ce qu'il y a ?

  –J'ai du travail. Beaucoup de travail.

  Je l'embrassai une dernière fois et me rendis à mon bureau. Pourquoi est-ce que je me sentais mal d'avoir embrassé la femme que j'aimais ? C'était à cause du fait que je sois marié ? Que je venais de tromper la Comtesse ? Si seulement les choses pouvaient être plus simples...

  Peu de temps après être arrivé dans mon bureau, je fus convoqué par mon père. Je me pris la tête entre les mains. Il ne pouvait pas me laisser respirer cinq minutes ? Je jetai un dernier regard à mes dossiers avant de m’y rendre.

  Comme d'habitude, mon père était installé derrière son bureau, en train de lire une énorme pile de dossier, un café encore brûlant en main et une cigarette entre les lèvres. Il tira dessus avant de m'en proposer une. Cette fois je refusai, sachant de quoi il voulait me parler, je trouvai qu'il y avait déjà trop de source de flamme autour de moi. Je m'assis sur un fauteuil face à lui et en attendant qu'il prenne la parole, je me forçai à inspirer lentement pour me préparer à ce qui allait suivre. Il finit sa cigarette avant de se lancer.

  –Alors ? As-tu goûté à ta femme ?

  –Non, et je ne le ferais pas avant qu'elle ne le veuille, affirmai-je. Nous nous sommes mariés, comme vous nous l'avez demandé. Maintenant, laissez-nous vivre notre vie comme on l'entend. Vous nous devez bien ça.

  –Je ne vous dois rien du tout, Kalor, répliqua-t-il froidement. C'est vous qui devez des héritiers à la couronne. Donc vous allez me consommer ce mariage...

  –Sinon quoi ?

  Derrière mon père, les flammes de l'âtre répondirent en écho à ma colère, grandissant brusquement. C'est pas vrai... Je serrai les dents et les poings, bridant mon pouvoir. Le feu retrouva sa taille normale. Je reportai mon attention sur mon père. Sa tasse de café s'était arrêtée en chemin vers ses lèvres alors qu'il me dévisageait, hébété. Il faut dire que je contestais rarement ses ordres avec autant d'insolence.

  –Vous allez également me menacer pour que je vous obéisse ? Repris-je sèchement.

  –Fais attention, Kalor, s'empourpra mon père.

  –Je ne la forcerai pas, déclarai-je. Si c'est tout ce que vous vouliez me dire, Père, je vais vous laisser. J'ai également bon nombre de dossiers qui m'attendent.

  Je me levai de mon siège et sortis sans attendre son autorisation. Je voulais juste passer la journée à faire de la comptabilité. Grâce à ça, j'aurai la tête tellement remplie de chiffre que je ne pourrais penser à rien d'autre.

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