Chapitre 18 - Partie 2

5 minutes de lecture

  –Ah, votre Altesse, s'enthousiasma Arthur, le peintre officiel du château. Vous êtes pile à l'heure.

  Il effectua une révérence rapide et vint à ma hauteur.

  –Toutes mes félicitations pour votre mariage. C'est pour moi un vrai honneur que de peindre les tableaux de cet événement.

  –Les tableaux ?

  –Oui. Un premier de votre couple, et un second avec l'ensemble de votre famille.

  Ah oui, j'avais complètement oublié que nous devions également poser pour ce dernier maintenant que tous les héritiers du trône étaient mariés. Ça allait nous prendre toute la journée.

  –Ne vous inquiétez pas, je ne compte pas interférer dans votre emploi du temps. Je ferai aussi vite que possible tout en vous faisant honneur. Nous commencerons dès que votre épouse sera là.

  Mon épouse... Je n'arrivai toujours pas à m'y faire. Je redoutai l'arrivée de la Comtesse comme une nouvelle Punition. J'avais beau réfléchir, je ne savais toujours pas comment me comporter avec elle. Il fallait que je m'excuse, ce n'était pas une option. Mais je n'avais aucune idée de comment m'y prendre. Et puis je devais aussi m'attendre à ce qu'elle refuse mes excuses. La façon dont je l'avais traitée hier soir était impardonnable.

  Pendant qu'on l'attendait, Arthur gratta des croquis sur un calepin, et je m'installai sur un fauteuil pour somnoler. La nuit avait été courte et je ressentais encore légèrement le contrecoup de l'alcool. Je ne devais plus jamais boire autant. C'était fini.

  –Les femmes mettent tellement de temps à se préparer, plaisanta Arthur entre deux croquis. Ce n’est pourtant pas faute de s'y prendre à l'avance.

  Oui, mais il y avait une limite, ça faisait quand même près d'une demi-heure. Qu'est-ce qui lui prenait autant de temps ? Je fermai les yeux et passai une main sur ma nuque. Elle voulait sûrement rester loin de moi, et je ne pouvais lui en vouloir. J'attendis encore une dizaine de minute avant de me relever. Peut-être que si Val allait lui parler...

  Avant de chercher ma sœur, je fis un crochet dans mes appartements pour déposer ma veste qui me tenait bien trop chaud.

  –C'est déjà fini ? S'étonna Lokia en me voyant entrer dans mon salon.

  –Non, mais elle est en retard. Je vais voir ce qu'elle fait.

Ou plutôt envoyer Valkyria.

  –Elle se croit déjà tout permis parce qu'elle est devenue princesse, affirma-t-elle d'un ton méprisant. C'est tout.

  –Non, ce n'est pas ça... Elle ne voulait pas se marier non plus.

  –Hum, je n'y crois pas une seconde. (Elle s'approcha de moi et baissa mon visage pour que je ne la quitte pas des yeux). Qui pourrait te dire non ?

  Je soupirai et elle sourit avant de m'embrasser tendrement.

  Deux coups retentirent contre le bois de ma porte.

  On se figea tous les deux. Dame Nature, c'était bien le moment ! Il ne manquerait plus qu’on me surprenne avec une autre femme. Je nous téléportai dans ma chambre, Lokia courut se cacher dans la salle de bain et je retournai rapidement dans le salon pour ouvrir. Je baissai les yeux et tombai sur la femme de chambre rousse de la Comtesse, la Liseuse, Magdalena. Le regard mauvais, elle jeta un coup d'œil dans mes appartements. Elle devait avoir repéré Lokia. Elle me fit de nouveau face.

  –Votre Altesse. (Elle s'inclina). Votre femme est tombée gravement malade. Elle restera dans sa chambre jusqu'à son rétablissement. Et jusqu'à nouvel ordre, toutes visites sont interdites, sauf autorisation du médecin.

  J'eus l'impression de me prendre un coup et la culpabilité qui me rongeait depuis mon réveil gagna en force. C'est pourquoi elle était si faible hier soir ? J'avais failli profiter d'elle, alors qu'elle n'avait aucune force. Je me dégoûtais. Magdalena jeta un dernier coup d'œil mauvais derrière moi et repartit. Je venais tout juste de fermer la porte que sa voix sa voix résonna... directement dans ma tête :

  –Ne faites pas quelque chose que vous regretteriez par la suite, votre Altesse.

  Je me statufiai. J'avais complètement oublié que les Liseurs pouvaient aussi transmettre leurs pensées. C'était une sensation extrêmement désagréable. Il me fallut quelques seconde pour m’en remettre, puis le pas lourd, je retournai dans ma chambre. Lokia manqua de me faire tomber à la renverse en se jetant à mon cou.

  –C'est super ! S'émerveilla-t-elle. On va avoir du répit. Et si ça se trouve la fièvre va l'emporter, et tout sera réglé !

  Elle écrasa ses lèvres sur les miennes avec fougue. Mais je ne réagis pas. Les paroles de Magdalena tournaient en boucle dans ma tête. J'attrapai les mains de Lokia et avec beaucoup de difficulté, je réussis à les détacher de mon cou. Lokia n'en avait pas l'air, mais elle était bien plus forte que moi. Elle me dévisagea, interdite.

  –Kalor ? Qu'est-ce qu'il y a ?

  –J'ai du travail. Beaucoup de travail.

  Je l'embrassai une dernière fois et me rendis à mon bureau. Pourquoi est-ce que je me sentais mal d'avoir embrassé la femme que j'aimais ? C'était à cause du fait que je sois marié ? Que je venais de tromper la Comtesse ? Si seulement les choses pouvaient être plus simples...

  Peu de temps après être arrivé dans mon bureau, je fus convoqué par mon père. Je me pris la tête entre les mains. Il ne pouvait pas me laisser respirer cinq minutes ? Je jetai un dernier regard à mes dossiers avant de m’y rendre.

  Comme d'habitude, mon père était installé derrière son bureau, en train de lire une énorme pile de dossier, un café encore brûlant en main et une cigarette entre les lèvres. Il tira dessus avant de m'en proposer une. Cette fois je refusai, sachant de quoi il voulait me parler, je trouvai qu'il y avait déjà trop de source de flamme autour de moi. Je m'assis sur un fauteuil face à lui et en attendant qu'il prenne la parole, je me forçai à inspirer lentement pour me préparer à ce qui allait suivre. Il finit sa cigarette avant de se lancer.

  –Alors ? As-tu goûté à ta femme ?

  –Non, et je ne le ferais pas avant qu'elle ne le veuille, affirmai-je. Nous nous sommes mariés, comme vous nous l'avez demandé. Maintenant, laissez-nous vivre notre vie comme on l'entend. Vous nous devez bien ça.

  –Je ne vous dois rien du tout, Kalor, répliqua-t-il froidement. C'est vous qui devez des héritiers à la couronne. Donc vous allez me consommer ce mariage...

  –Sinon quoi ?

  Derrière mon père, les flammes de l'âtre répondirent en écho à ma colère, grandissant brusquement. C'est pas vrai... Je serrai les dents et les poings, bridant mon pouvoir. Le feu retrouva sa taille normale. Je reportai mon attention sur mon père. Sa tasse de café s'était arrêtée en chemin vers ses lèvres alors qu'il me dévisageait, hébété. Il faut dire que je contestais rarement ses ordres avec autant d'insolence.

  –Vous allez également me menacer pour que je vous obéisse ? Repris-je sèchement.

  –Fais attention, Kalor, s'empourpra mon père.

  –Je ne la forcerai pas, déclarai-je. Si c'est tout ce que vous vouliez me dire, Père, je vais vous laisser. J'ai également bon nombre de dossiers qui m'attendent.

  Je me levai de mon siège et sortis sans attendre son autorisation. Je voulais juste passer la journée à faire de la comptabilité. Grâce à ça, j'aurai la tête tellement remplie de chiffre que je ne pourrais penser à rien d'autre.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Marion Lou

Le sang coule lentement de mes jambes, et je comprends à cet instant précis que je suis en train de perdre mon enfant. Alors, je m'assois puis me couche dans l'herbe jusqu'à ce que ma tête repose contre le doux coussin moelleux que m'offre la nature. J'appuie sur mon ventre doucement, et relève un peu la tête afin de voir et surtout de surveiller l'écoulement de sang, de ce fluide si précieux et pourtant tant redouté de la vie. Soudain, je m'émerveille de ce doux balet incestieux, et me réjouis d'assister à un si beau spectacle que celui auquel j'assiste. Quoi de plus beau en effet que de se sentir libérer d'un poids trop pesant et qui m'encombrerai et me gacherai la vie en même temps. Après tout, je suis bien trop jeune pour porter un enfant! Mais je ressens tout de même une pointe de nostalgie. Avec cet enfant perdu, c'est aussi le détachement d'une famille dont je me trouve le témoin. En effet, en ayant coupé les liens avec ma famille, qui n'en n'a jamais été une pour moi, mis à part ma propre mère.
Je me sens tellement soulagée de sentir l'étincelle de vie qui s'éteinds peu à peu en moi pour rejoindre les ombres de ma conscience! Ah! Comme cela fait du bien! Je peux enfin me laisser aller et me bercer de l'illusion que j'ai offert un cadeau à cet enfant en ne le mettant pas au monde. Il me remerciera du haut des cieux de ne pas l'avoir porté jusqu'au bout. Surtout que ce n'était pas ma faute, puisque c'est mon corps qui a décidé de le dégager de là, de le sortir de moi. Enfant non-désiré, te voilà comblé à présent. Ta mère te rends justice en te délivrant d'une vie sans saveur. Moi-même j'aurai aimé ne jamais naître. C'est donc un cadeau que mon corps te fait mon ange parti trop tôt. J'espère qu'un jour à défaut de me comprendre tu respecteras mon choix. Car c'était le seul moyen pour moi de te prouver la véritable profondeur de mon amour pour toi mon petit ange que j'aimerais très fort tout au long de ma vie. De cela, n'en doute pas un seul instant mon amour. Mon amour pour toi est inconditionel. Mais, si cela peut te rassurer, sache que ce n'est pas la famille de sang qui compte, mais celle du coeur, celle qu'on se choisit soi-même tout au long de notre vie sur terre, au grès de nos rencontres. Je t'aime et t'aimerai au-delà de l'éternité.
Alors, une fois cette promesse dite, et le sang arrêté, je m'allonge doucement sur l'herbe et m'enfonce dans une torpeur douce-amère de non-retour sur terre.
Mon enfant, sache que je vais bientôt te rejoindre. Ta mère indignée arrive. J'espère que tu m'acceuilleras à bras ouvert et que tu seras prêt à m'enfanter de nouveau au travers de l'amour qui réuni deux âmes, deux êtres épris sincèrement l'un de l'autre.
Pour toujours et à jamais, sache que je t'aime.
0
0
0
2
Your Acid Jazz

En entrant dans sa chambre, la première chose que l’on puisse remarquer est la couleur. Pas bleue, pas rose, mais un doux mélange de ces deux couleurs. La tapisserie qui couvre les murs est pleine d’arabesques fleuries. Le sol est masqué par une moquette bleutée, qui se marie au ton des murs.
Le lit ne peut être plus proche de la fenêtre. Ce dernier possède une tête d’un blanc crémeux, sur laquelle est déposée une veilleuse ronde, qui, d’après les motifs qui l’ornent, projette un effet étoilé, lorsqu’elle est allumée. Idéale à utiliser lors d’une nuit solitaire et froide. Le drap, lui, est d’un bleu comparable à la nuit. La grosse couverture moelleuse et rassurante est nuancée de bleu et de violet, agrémentée par des petits pois blancs. Vus de hauts, ces derniers sont comparables à des étoiles.
Une petite table de nuit accompagne le meuble. Sur celle-ci, une lampe bien plus grande que celle qui trône sur le lit. Sûrement plus utile pour lire, que pour dormir. Dans le compartiment, trois livres sont empilés. Ce sont tous des romans. Deux d’entre eux sont des récits fantastiques, d’aventures et le troisième est un roman policier. Près d’eux, une console de jeu.
Puis, au coin des murs où se trouvent le lit et la porte, une étagère. Celle-ci est en bois blanc, rien de plus simple. Son côté visible est camouflé par un poster grandeur nature d’une héroïne de jeu vidéo, en costume de combat. L’étagère comporte des romans, des recueils de nouvelles, des DVDs, des cassettes de jeux divers, en passant d’un quelconque jeu d’arcade à celui le plus élaboré et attachant qui soit. Ensuite, on a des produits de beauté, comme du parfum, des crèmes, du déodorant ou encore un stick à lèvres, mais pas de maquillage en vue. Sur le même étage repose une tirelire en forme de tortue, sur ses petites pattes vertes. Le trou qui sert à y entrer des pièces se trouve dans la carapace. C’est cette dernière qu’il faut tourner un certain nombre de fois avant de pouvoir accéder à toutes les économies de la jeune fille. Après le reste, ce n’est que des affaires scolaires. Des cahiers, des manuels, des sacs. Pleins de sacs, à vrai dire. Faits main. Mais sûrement par quelqu’un d’autre, puisqu’aucun matériel de couture n’est présent, ici.
Quand on pénètre dans la chambre, ce sont des rideaux sombres qui nous accueillent. Ils sont sur le mur face à la porte. Ils sont dégagés, permettant aux rayons du soleil de s’infiltrer dans la pièce. La fenêtre est très grande, la luminosité est excellente et les rideaux ne sont pas très opaques, ce qui obligerait donc qui que ce soit à se réveiller, le matin. Idéal, pour les étudiants.
Contre le mur en face du matelas multicolore, se dresse une armoire. Elle aussi, semble bien simple, de l’extérieur. Toujours en bois, mais elle n’est pas repeinte. Après, bien sûr, ses deux portes sont décorées. L’une d’elle contient un poster d’un lieu sombre, faisant référence à une série télévisée, et un autre, plus joyeux et fantaisiste, faisant référence à une autre série magique. L’autre porte n’est décorée que par des photos souvenirs. Deux jeunes filles souriantes, exposant leur appareil dentaire. Un garçon et une fille, partageant une glace. Un groupe d’amis qui éclatent de rire. Et d’autres encore, qui ne peuvent que réchauffer le cœur de quelqu’un. L’armoire, qui d’habitude est fermée à clés, est ouverte. Elle permet à quiconque de jeter un coup d’œil à l’intérieur. La majorité des vêtements sont suspendus et une absence de robes ou de jupes est facilement remarquable. Ca ne veut pas dire pour autant que les hauts ne sont pas féminins.
En bas, il y a deux tiroirs ouverts, où se trouvent encore plus d’habits, la plupart, défaits. Derrière l’une des portes, un long miroir qui aide à se préparer. Derrière l’autre, une feuille froissée est épinglée. On peut y lire « Nombre de jours passés sans me mutiler ». En dessous du titre, il y a des petites barres qui représentent les jours passés. Puis, des ratures et des phrases démotivantes comme « je n’y arriverai jamais » ou encore « ça ne sert à rien ». Puis, d’autres barres. Puis des phrases encourageantes, d’une écriture différente. Des petits dessins drôles. Un sourire lui échappe une fraction de seconde. C’est lui, qui les avait faits.
Un peu plus loin de l’armoire, au coin du mur, il y a un pouf. Il est jaune et son dossier est agrémenté d’une fausse feuille verte. Il ressemble à une poire et paraît infiniment confortable.
Enfin, sur le dernier côté, siège une longue table blanche et sa chaise de bureau, roulante. Celle-ci est recouverte d’un fin drap rosâtre qu’elle utilisait pour être à l’aise à son maximum. Sur une partie de son bureau, il n’y a que du matériel de dessin. Des pinceaux, des palettes, de l’aquarelle, de la gouache, de l’acrylique, des feutres, des crayons de couleurs, des critériums, des gommes, et, bien sûr, des carnets. Ils sont fermés, et, franchement, il ne veut pas les ouvrir, maintenant. L’autre partie est bien plus banale, avec un ordinateur portable branché à des écouteurs (dont ils se servaient afin d’écouter de la musique ensemble). Un cahier rempli d’équations qu’elle s’est faite un plaisir à compléter jusqu’au moment fatidique où elle a lâchement abandonné à cause de la difficulté. Quelques stylos, un effaceur. Sous la table, un télescope plié et condensé. Tout en haut, proche du plafond, une lignée de guirlandes de basse luminosité. Sa chambre est tout simplement galactique, pas étonnant de penser qu’elle est passionnée par l’astronomie.
Il s’accoude au bureau, il a la tête qui tourne.
Il ferme les yeux. La bile qui était remontée se coince dans sa gorge.
Il déglutit. Il essaie d’ignorer le sang sur ses vêtements.


Quelle magnifique chambre.

Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir en faire, maintenant qu’elle est morte ?
4
10
3
4
Défi
StephanieG
En réponse au défi Nouvelles BoD. Inspirée d'un texte que j'ai écrit et posté sur fanfic il y a quelques années.
1
1
0
3

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0