Chapitre 18 - Partie 1

8 minutes de lecture

KALOR


  Émergeant de ma torpeur, je poussai un grognement et portai une main à ma tempe. Par la Déesse, que ma tête me faisait mal. Cela faisait près de quatre ans que je n'avais plus eu de gueule de bois et je m'en serais volontiers passé. J'avais tellement bu que je ne me rappelais même plus comment j'avais gagné ma chambre.

  En revanche, ce que j'avais fait avant, dans les appartements de la Comtesse, était en train de me revenir dans les moindres détails à mesure que les dernières traces de sommeil me quittaient. Toutes les bouteilles du monde n'auraient pu me le faire oublier. Mon corps se tendit de plus en plus alors que le remords me rongeait de l'intérieur. Dame Nature, je l'avais presque...

  Une vague de dégoût me traversa.

  Mon comportement me répugnait. Je ne comprenais pas ce qui m'avait pris. Avais-je cherché à satisfaire mon père pour ne plus subir de pression de sa part, celle de ma mère et de la Cause m'étouffant déjà assez ? Ou avais-je voulu me rappeler que je n'étais pas un pion entre les mains de ces derniers en désobéissant à ma mère ? Il n'était même pas question de blâmer l'alcool pour mes actions ; malgré tout ce que j'avais bu avant d'aller chez la Comtesse, j'avais été suffisamment conscient pour prendre mes propres décisions.

  Comment étais-je censé lui faire face, à présent ? Dès qu'elle reposerait les yeux sur moi, l'horreur que je lui avais inspiré cette nuit emplirait à nouveau son regard, déformerait ses traits... Une journée n'aurait pas été de trop pour me préparer à affronter cette réaction et les conséquences de mes erreurs, mais je n'avais pas ce temps. D'ici une paire d'heures, nous devions déjà nous retrouver pour qu'Arthur, le peintre officiel du palais, puisse peindre notre premier tableau. Tendu par l'appréhension, je me tournai sur le côté et ouvris les yeux.

  Mon regard se retrouva aussitôt plongée dans deux magnifiques océans d'un bleu riche et profond. Les lèvres pulpeuses de Lokia se fendirent d'un tendre sourire et elle tendit la main vers moi pour la passer sur ma joue.

  — Bonjour mon amour.

  — Bonjour Lo...

  Son nom mourut sur mes lèvres alors que mes yeux s'écarquillaient brusquement. Interdit, je cillai plusieurs fois, mais elle resta étendue à mes côtés, un sourire aux lèvres et sa longue chevelure vénitienne étendue entre nous, à quelques centimètres de mon visage. Étais-je toujours ivre ? Je tendis à mon tour la main vers elle et passai mes doigts dans ses cheveux soyeux. Un éclat amusé illumina son regard.

  — Tu n'es pas en train de rêver, Kalor. Je suis bien là.

  Cette confirmation balaya d'un coup ma migraine et mes problèmes. Soudain pleinement réveillé, je la basculai sur le dos et l'embrassai. Déesse, qu'elle m'avait manqué ! Lokia répondit ardemment à mon baiser en entrouvrant mes lèvres pour venir m'explorer, me goûter. J'accueillis cette exquise intrusion avec joie et lui rendis la pareille, entraînant nos langues dans une danse ardente.

  Lorsque j'y mis un terme pour la dévorer de milles baisers, elle empoigna le col de ma chemise et l'ouvris d'un geste sec. Un bruissement de tissu déchiré se fit entendre, mais aucun de nous n'y prêta attention. Ses mains se posèrent sur mon torse, qu'elle caressa du bout des doigts, suivant les courbes de ma marque royale.

  — Tu m'as tant manqué, mon amour, susurra-t-elle tandis j’embrassais son cou délicat.

  N'ayant aucune envie qu'elle évoque notre séparation, je revins vers ses lèvres pour l'empêcher d'en parler. Je voulais juste la retrouver entièrement ! Des mois que je ne l'avais vue !

  Mon cœur se mit à battre encore plus vite lorsque Lokia referma ses doigts sur mes cheveux pour me maintenir auprès d'elle et approfondir notre baiser. Le désir qui brûlait dans mes veines s’accentua encore, attisant dangereusement mon pouvoir. Si je continuais sur cette lancée, il y avait de grande chance que j’en perde le contrôle ; je jouais avec le feu, littéralement. Cela aurait dû m'arrêter tout de suite, mais en cet instant, je n'en avais que faire, trop heureux de la retrouver.

  Brusquement, Lokia inversa nos positions et je me retrouvai sur le dos avec cette délicieuse créature à califourchon sur mes hanches. Le sourire à la fois tendre et enjôleur qui étirait ses lèvres gonfla tant mon cœur que la chaleur que je gardais enfermée au plus profond de mon être commença à se répandre en moi. Lokia se baissa et m'embrassa langoureusement. Ma main vint épouser la courbure de sa nuque tandis que l'autre se glissait dans ses cheveux. À ce geste, les rayons du soleil se reflétèrent sur l'anneau que je portais à l'annulaire gauche.

  Je me pétrifiai.

  Lokia vint mordiller mon oreille.

  — Lokia... (Elle déposa un baiser juste en-dessous). Lokia, s'il te plaît, arrête.

  Elle s'immobilisa.

  — Pourquoi ? demanda-t-elle durement.

  — Tu sais pourquoi... Nous ne pouvons plus.

  Elle se redressa d'un coup et saisit mon poignet gauche. Ses yeux se posèrent sur mon alliance et s’assombrirent.

  — Ta mère m'a dit que tu étais au courant depuis des semaines.

  — Lo...

  — J'ai appris hier après-midi que nos fiançailles étaient rompues, Kal, me coupa-t-elle froidement. Hier. Oh, et comme si ce n'était pas suffisant, on m'a annoncé juste après que tu étais désormais marié. Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?

  — C'était censé n'être que des fiançailles, Lokia. Mon père m'avait interdit d'en parler alors je n'en ai rien fait, mais je comptais justement sur le temps qu'il restait avant mon mariage pour le ramener à la raison. (Un muscle de ma mâchoire roula sous ma peau.) Si j'avais su que je n'en aurais pas l'occasion....

  La dureté qui avait gagné les traits de Lokia retomba et elle soupira.

  — Mon père ne va pas apprécier.

  Je fermai les yeux et serrai les dents, refoulant la flopée de souvenirs douloureux que ravivèrent ces mots. La douce caresse qui glissa sur ma joue m'y aida.

  — Ne t'inquiète pas, mon amour. Nous allons régler le problème avant qu'il ne se sente obliger d'intervenir.

  Je rouvris les paupières pour la regarder.

  — Comment veux-tu...

  Je n'eus pas le temps de finir ma phrase qu'elle se saisit de mon alliance et la retira. Mes yeux s’agrandirent.

  — Que fais-tu, Lokia ?

  — D'ici quelques jours tu n'en auras plus besoin. Je prends simplement les devants.

  Je cherchai à lui reprendre. Elle leva le bras en l'air.

  — Lokia... Rends-la moi.

  — Pourquoi ?

  — Car mon père va me fustiger si je ne la porte pas, surtout qu'Arthur vient aujourd'hui.

  — Et quelle est la relation entre le peintre et cette bague ? Je ne vois que celle qu'elle va avoir avec la poubelle.

  — C'est pour le tableau officiel de....

  — De ton mariage ? compléta-t-elle.

  — Oui..., soupirai-je.

  Le confirmer, alors que celle avec qui j'avais espéré me lier pour la vie était encore assise sur moi, me fit encore plus mal que je ne l'avais imaginé. Et cela faisait seulement deux jours.

  — Nous allons nous débarrasser de cette femme et Arthur pourra revenir faire un magnifique tableau de nous deux, assura Lokia en passant ses mains sur mon torse.

  Si seulement il était si simple de mettre un terme à cette situation. Hélas, les divorces de l'Ancien Temps avaient été abolis depuis des siècles. La formulation « jusqu'à ce que la mort nous sépare » n'était plus seulement une métaphore. C'était la pure vérité.

  Lokia se pencha de nouveau vers moi pour m'embrasser la nuque. Subtilement, j'essayai de récupérer mon alliance. Lorsque mes doigts effleurèrent les siens, elle resserra sa main autour pour m'en empêcher. Vu sa force, elle allait finir par la tordre ou la casser à ce rythme.

  — Lokia, s'il te plaît.

  Elle se redressa et m'adressa un rictus provocateur.

  — Si tu la veux, viens la récupérer.

  Sur ces mots, elle descendit de mon lit et détala hors de ma chambre. Je ne pus m'empêcher de sourire à mon tour. En bon joueur, je lui laissai quelques secondes d'avance, puis je fermai les yeux pour les rouvrir dans le salon, presque devant elle. Un rire lui échappa aussitôt et elle s'empressa de se réfugier au milieu des fauteuils et du canapé. Je secouai la tête, amusé par cette stratégie ridicule. Comme si ces obstacles pouvaient m'empêcher de l'atteindre.

  Dès qu'elle mit un pied sur le tapis, j'apparus juste devant elle. Un nouveau rire franchit ses lèvres et Lokia fit semblant de se débattre lorsque mes mains se posèrent sur elle. Si elle avait vraiment voulu m'échapper, jamais je n'aurais pu la prendre par la taille et la soulever du sol pour la prendre dans mes bras. Son rire résonna encore dans la pièce avant qu’elle ne prenne délicatement mon visage entre ses mains et le lève vers le sien. Le baiser qu'elle me donna fut l'un des plus passionnée que nous avions jamais échangé.

  — Tiens, soupira-t-elle en me montrant mon alliance. Cela ne me plaît pas de te voir avec cette bague au doigt, mais il faut que tu joues le jeu pour le moment.

  Un étau comprima mon cœur. Je la reposai par terre et posai mon front contre le sien. Pourquoi n'était-ce pas à elle que cet anneau me liait ? Tout aurait été si différent.

  — Tu sais que ce mariage ne change rien aux sentiments que j'éprouve pour toi. Pas vrai ?

  — Évidemment, déclara-t-elle d'une voix assurée. Nous sommes faits pour être ensemble.

  Nous retournâmes dans ma chambre et je me préparai pour le tableau. Je revêtis un pantalon noir, une chemise blanche et une veste d'uniforme bleu nuit, avec des galons en or. Une cape courte qui me couvrait l'épaule gauche complétait mon ensemble. Pendant que je fixais mon épée à ma ceinture, Lokia se chargea de placer mes médailles. Puis elle sautilla jusqu'à ma penderie et revint avec ma couronne en main. Comme j'étais bien plus grand qu'elle, je baissai la tête pour lui permettre de m'en coiffer plus facilement. Après l'avoir bien ajustée, elle recula de quelques pas pour examiner mon allure. Un air satisfait peignit ses traits et elle se mordit la lèvre inférieure avec sensualité. Son regard remonta jusqu'à mes yeux, puis elle s'approcha de moi à grandes enjambées et me plaqua contre le mur pour m'embrasser.

  — Tu es magnifique, mon amour, murmura-t-elle à mon oreille avant de la mordiller. Un vrai roi en devenir.

  Mes muscles se tendirent à ce mot. Je lui avais déjà demandé bon nombre de fois de ne pas m'appeler ainsi car je n'aspirais pas à monter sur le trône, mais elle n'en faisait toujours qu'à sa tête. Cependant, pour une fois, je ne le lui rappelais pas. Nous venions de nous retrouver et je n'avais aucune envie de me disputer avec elle. Je me contentais donc de sceller ses lèvres pulpeuses d'un dernier baiser avant de quitter mes appartements et de me rendre à la salle des tableaux.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Défi
Blackbutterfly207
Réponse au défi de Tacitus "Asmoun" Zéfiratoun.
6
13
3
0
Défi
Little'Amava
Une sirène qui désespère de ne pouvoir être avec son prince humain et sombre doucement dans la folie...
4
6
0
1
Renan Gauci
Mon premier défi à réaliser, en esperant vous apporter la suite assez vite ! J'écrit sans réfléchir et l'inspiration me vient face à la page blanche, en esperant garder une cohérence et que cela vous plaise !
4
2
22
7

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0