Chapitre 18 - Partie 1

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KALOR

  Sortant lentement de mon sommeil, je poussai un grognement et portai une main à ma tempe. Le mal de tête lui n'avait pas pris son temps pour se faire sentir. Ça faisait quelques années à présent que je n'avais plus eu de gueule de bois, et je m'en serais bien passé. J'avais vraiment trop bu. Mais toutes les bouteilles de la terre n'auraient pu me faire oublier ce que j'avais fait la veille. Malgré ma migraine, je m'en souvenais parfaitement. La honte m'accabla. Mon comportement me répugnait au plus haut point. Je ne comprenais toujours pas ce qui m'avait pris. Dame Nature, je l'avais presque... Dire qu'aujourd'hui j'étais censé passer plusieurs heures avec la Comtesse pour le tableau officiel. Comment étais-je censé lui faire face après ça ? Avec appréhension, j'ouvris les yeux et me tournai sur le côté.

  Lokia passa une main sur ma joue.

  –Bonjour, mon amour, sourit-elle.

  –Bonjour, Lo...

  J'ouvris les yeux en grand. Est-ce que j'étais encore ivre ? Je passai mes doigts dans ses cheveux soyeux.

  –Non, tu ne rêves pas, je suis bien là.

  Cette confirmation me réveilla pleinement. Je la basculai sur le dos et l'embrassai. Qu'est-ce qu'elle m'avait manqué ! Elle répondit ardemment à mes avances, entrouvrant les lèvres, m'invitant à explorer sa bouche. Alors que je la dévorais de mille baisers, elle attrapa ma chemise et la déchira. Ses mains se posèrent contre mon torse, qu'elle caressa du bout des doigts, suivant les courbes de ma marque royale. Elle se redressa et agrippa mes cheveux pour me forcer à rester près d'elle.

  –Tu m'as tant manqué, mon amour, murmura-t-elle alors que je la couvrais de baisers de la mâchoire à son décolleté.

  Je n'avais pas envie qu'elle en parle, je voulais juste la retrouver entièrement. Des mois que je ne l'avais vu ! Je revins vers sa bouche. Mon cœur battait de plus en plus vite. Le brasier de désir brûlait en moi, attisant dangereusement mon pouvoir. Je jouai avec le feu, littéralement. Si je continuai sur cette lancée, il y avait de grande chance que j’en perde le contrôle. Ça aurait dû m'arrêter tout de suite, pourtant je n'y fis pas attention, trop concentré sur Lokia.

  Brusquement, elle inversa nos positions. Je me retrouvai sur le dos et elle, à califourchon sur moi. Le sourire qu'elle m'offrit fit remonter tellement de sentiments en moi que la chaleur que je gardais enfermée commença à se répandre dans mes veines. Lokia se baissa et m'embrassa tendrement. Je glissai mes doigts dans ses longs cheveux vénitiens. Les rayons du soleil se reflétèrent sur l'anneau que je portais à l'annulaire gauche. Mon alliance.

  Je me figeai.

  Lokia continua de m'embrasser.

  –Lokia... (Elle m'embrassa encore). Lokia, arrête, s'il te plaît.

  Elle s'immobilisa.

  –Pourquoi ? Demanda-t-elle durement.

  –Tu sais pourquoi... On ne peut plus.

  Elle se redressa et saisit mon poignet gauche. Ses yeux se posèrent sur mon alliance et s’assombrirent.

  –Ta mère m'a dit que tu étais au courant depuis des semaines.

  –Lo...

  –J'ai appris hier après-midi que nos fiançailles étaient rompues, Kal, me coupa-t-elle froidement. Hier. Oh, et comme si ce n'était pas suffisant, tu es marié à présent. Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

  –Je n'avais pas le droit, et surtout je pensais avoir le temps des fiançailles pour ramener mon père à la raison. Mais j'en ai été privé.

  Ses épaules retombèrent et elle soupira.

  –Mon père ne va pas apprécier.

  Je fermai les yeux et serrai les dents, refoulant la flopée de souvenir que ravivèrent ces mots. Lokia caressa mon visage.

  –Ne t'inquiète pas, mon amour. On va régler le problème.

  Elle se saisit de mon alliance et la retira. Je rouvris les yeux d'un coup.

  –Lokia ! Qu'est-ce que tu fais ?!

  –D'ici quelques jours tu n'en auras plus besoin. Je prends simplement les devant.

  Je cherchai à lui reprendre. Elle leva le bras en l'air.

  –Lokia... Rends-la moi.

  –Pourquoi ?

  –Parce que mon père va me tuer si je ne la porte pas et qu'un peintre vient aujourd'hui.

  –Et quelle est la relation entre un peintre et cette bague ? Parce que moi, je ne vois que celle qu'elle va avoir avec la poubelle.

  –C'est pour le tableau officiel de....

  –De ton mariage ? Compléta-t-elle.

  –Oui... soupirai-je.

  Le confirmer, alors que celle avec qui j'avais espéré me lier pour la vie était encore assise sur moi, me fit plus mal que je ne l'avais imaginé. Et ça faisait seulement deux jours.

  –On va se débarrasser de cette femme et le peintre pourra revenir faire un magnifique tableau de nous deux.

  Si seulement c'était aussi simple. Mais les divorces de l'Ancien Temps avaient été abolis depuis des siècles. La formulation « jusqu'à ce que la mort nous sépare » n'était plus seulement une métaphore. C'était la pure vérité.

  Lokia s'était de nouveau penchée vers moi, et m'embrassait la clavicule. Subtilement, j'essayai de récupérer mon alliance. Elle resserra sa main autour. Vu sa force, elle allait bientôt la tordre ou la casser à ce rythme.

  –Lokia, s'il te plaît.

  Elle se redressa et m'offrit un sourire renversant.

  –Viens la récupérer.

  Elle descendit de mon lit et détala hors de ma chambre. Je ne pus m'empêcher de sourire à mon tour. Je fermai les yeux, et les rouvris dans le salon. Elle courait vers ma bibliothèque. La seconde d'après j'étais juste devant elle. Un rire franchit ses lèvres alors qu'elle faisait semblant de vouloir m'échapper. Si elle l'avait voulu, je n'aurais jamais pu la prendre par la taille et la soulever dans mes bras. Son rire résonna encore dans la pièce avant qu’elle ne prenne délicatement mon visage entre ses mains et le lève vers le sien. Le baiser qu'elle me donna fut l'un des meilleurs de ma vie.

  –Tiens, fit-elle en me montrant mon alliance. Ça ne me plaît pas de te voir avec ça au doigt, mais il faut que tu joues le jeu pour le moment.

  Un étau comprima mon cœur. Je la reposai par terre et posai mon front contre le sien. Pourquoi ce n'était pas avec elle que j'étais lié par cette alliance ? Tout aurait été si différent.

  –Tu sais que ça ne change rien aux sentiments que j'ai pour toi. Pas vrai ? M'assurai-je.

  –Évidemment. Nous sommes faits pour être ensemble.

  On retourna dans ma chambre et je commençai à me préparer pour le tableau. Je revêtis un pantalon droit noir, des chaussures de ville, et par-dessus ma chemise, une veste d'uniforme bleu nuit, avec des galons en or, ainsi qu'une cape courte qui me couvrait l'épaule gauche. Lokia se chargea de placer mes médailles, pendant que je fixais mon épée à ma ceinture. Puis elle sautilla jusqu'à ma penderie et revint tout sourire avec ma couronne en main. Je soupirai et baissai la tête pour qu'elle puisse me la mettre facilement. Elle recula de quelques pas pour examiner mon allure. Un grand sourire fendit son visage et elle se mordit la lèvre inférieure avec sensualité. Elle s'approcha de moi à grandes enjambées et me plaqua contre le mur pour m'embrasser.

  –Tu es magnifique, mon amour, murmura-t-elle à mon oreille avant de la mordiller. Un vrai roi en devenir.

  Mon cœur se serra à ces mots, ils faisaient partie de ceux que je n'aimai pas l'entendre dire. Je ne voulais pas être roi, elle le savait, mais n'en faisait qu'à sa tête. Cependant, je venais de la retrouver, et je n'avais pas envie qu'on se dispute. Alors je pris sur moi et ne dis rien.

  Je vérifiai une dernière fois dans le miroir que j'avais tout ce qu'il fallait, puis après avoir déposé un dernier baiser sur les lèvres pulpeuses de Lokia, je me rendis dans la salle des tableaux.

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Dalya2kya
(Livre déjà publier sur wattpad, quelques personnes ont lue, mais je n'ai pas eu beaucoup d'avis me permettant d'évoluer. Je préfère vous en informer en espèrent que cela ne vous gène pas ^^)

Tu te réveilles dans un endroit dont tu ignores tout, seul, perdu et terrifié. La douleur dans ton crâne et si forte que tu n'arrives plus à réfléchir. Que s'est-il passé ? Il te manque quelque chose, tu en es persuadé... Oui, c'est ça ! Ce qu'il te manque, ce sont tes souvenirs... Des bruits s'élèvent autour de toi ou c'est ton imagination qui te joue des tours.... Tu ne sauras pas le dire toi-même.

Tu as l'impression que les ombres bougent... Es-tu sûr d'être seulement seul ? Ou même dans la réalité ?!
Si tu veux des réponses, il va falloir le découvrir par tes propres moyens, après tout, on est mieux servi que par soi même !
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Oncle Dan

Ceci est mon premier texte. Permettez-moi de me présenter.
Je suis un authentique artiste. J’espère ne pas vous étonner par cette affirmation.
Pour ceux (fort peu nombreux) dont l’enthousiasme serait légèrement teinté d’incrédulité, je vais en faire la démonstration historique. Les convaincus, les convertis, les constipés (mes frères), enfin toutes les personnes qui n’ont jamais douté de ma qualité d’artiste, peuvent retourner à des occupations normales. 
Je ne me servais pas encore d’une plume, que l’on remarquait déjà mon coup de crayon. J’ai commencé, en effet, par être dessinateur.
Ensuite, je me suis fait poète. Racine me pompait et Corneille me faisait bailler, j’ai donc écrit ma propre poésie. Je tiens à votre disposition des carnets entiers d’alexandrins. Toutefois, je vous en déconseille vivement la lecture, le bonheur étant fait d’ignorances.
C’est au collège également que je suis devenu comédien de théâtre. Il me faut confesser que c’ est durant cette période que j’ ai remporté mes premiers véritables succès. Cependant, la célébrité ne s’est pas déclarée immédiatement. J’ai connu quelques débuts difficiles. Périodes hostiles durant lesquelles il ne fut pas permis à mes talents de s’exprimer pleinement. J’ai en effet tenu successivement le rôle du petit Jésus, rapport à mon air angélique, et celui d’un troubadour qui devait chanter en vieux français, alors que j’avais déjà du mal à apprendre le français moderne. Loin de me décourager, et plus obstiné que jamais, j’ai fini par obtenir un rôle à la mesure de mes capacités : « La septième femme de Barbe-Bleue ». Mon premier grand rôle.
La pièce s’appelait « La septième femme de Barbe-Bleue », et la septième femme de Barbe-Bleue, c’était moi. J’étais donc le personnage central de la pièce, la femme de la situation. Si je tombais malade, il fallait rembourser les billets. Quinze jours durant, nous avions confectionné des masques en papier mâché, à grands renforts de colle et de vieux journaux. Ah, si vous aviez vu ma gueule, vous ne douteriez plus de mon triomphe. Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler l’histoire de Barbe-Bleue et de ses sept femmes. Elle est tellement connue de chacun et chacune. C’est une histoire qui commence par « Il était une fois... ». Nous l’avions un peu disons personnalisée, mais de façon très superficielle, le fond restant au fond. Les dialogues avaient été disons modernisés, mais sans atteinte au sens profond de l’histoire qui est resté (et restera toujours) très profond. Ainsi, en ce qui me concernait, mon texte se résumait à une seule réplique qui était « turlututu ». Voilà qui me mettait à l’abri des trous de mémoire.
N’allez surtout pas imaginer que la brièveté de mon intervention orale pouvait nuire à l’intérêt de mon personnage. Que nenni ! Les autres rôles (forcément secondaires) qui s’agitaient autour de moi avec des dialogues plus substantiels que le mien, ne me servaient que de faire valoir. Toute la question était de savoir ce qui allait m’arriver. J’étais l’incarnation du suspense de la pièce. C’est à travers moi que la salle réagissait. C’est pour moi qu’elle tremblait où se prenait à espérer. C’est vers moi que convergeaient tous les regards. C’est moi qui l’ai fait se tordre de rire en portant mon doigt à la bouche de mon masque alors que le méchant Barbe-Bleue me grondait. Une improvisation, un coup de génie, une intuition comme seuls en ont les plus grands !
Après ce succès, mon ascension fut irrésistible.
Les metteurs en scène n’hésitaient plus à me confier des rôles importants aux textes beaucoup plus élaborés. J’ai même joué « en attendant Godot » de Samuel Beckett, ce qui m’a fait passer le temps. Mais mon « sommet » théâtral, je le vécus dans le rôle du fils du Roi Henri dans une pièce historique de Shakespeare. Ce personnage dont l’importance ne saurait vous échapper, je l’ai joué dans un vrai théâtre avec un vrai public. La pièce ne pouvait donc être jouée que par de vrais acteurs. Le théâtre de Dôle, puisque c’est de lui qu'il s’agit, est un petit théâtre auquel il ne manque rien. Je l’appréciais de longue date, en ma qualité (une de plus) de membre des « Jeunesses Musicales de France ». Cette fois, ma qualité (encore une) de prince me fit découvrir l’envers du décor. Je ne me souviens plus de mon texte, ni même si j’en avais un. Ce dont je suis certain, c’est que mon rôle consistait essentiellement à me faire botter le cul par le Roi, mon père. Ce dernier traduisait sur mon envers le courroux qu’il nourrissait à mon endroit. C’était un rôle très difficile. Je veux parler du mien, naturellement. Non pas que je cherche à dévaluer celui du Roi, mais je le répète, c’était un rôle très pénible. Surtout pendant les nombreuses répétitions. D’autant plus que le Roi, pour mieux s’imprégner de son personnage, refusait toute simulation.
Est-ce le trac ? Est-ce la nervosité des jours de « première » ? Toujours est-il que le Roi n’exécuta pas le coup de pied au cul qui m’était destiné dans les règles de l’art. Pourtant, mon fessier était bien là où il devait être. Pour ma part, je tenais mon rôle à la perfection. J’attendais avec la désinvolture de celui qui est sûr de son coup, mais sans laisser-aller excessif. Le coup porta trop bas, et ce furent les deux joyeuses qui réceptionnèrent malencontreusement l’escarpin royal, et s’en trouvèrent fort attristées. Le choc m’expédia sine die dans les coulisses où j’évitai avec l’agilité et la présence d’esprit qui me caractérisent lorsque je viens de recevoir un coup de pied au cul, une grosse caisse et une batterie de tambours placées là par un futur chômeur.
Je garde de l’unique représentation de cette pièce de Shakespeare des souvenirs tellement pénibles qu’ il ne m’ est possible de les livrer qu’ à doses homéopathiques.
Après cette très regrettable rencontre avec l’escarpin royal, il y avait une scène dans cette pièce durant laquelle le roi discutait avec un autre personnage dont j’ai oublié le nom et le reste. Cette scène avait cela d’intéressant pour moi qui tenais le rôle du fils du roi (ainsi qu’il me semble vous l’avoir déjà dit) qu’elle ne faisait pas intervenir le fils du roi.
Je pouvais donc rester tranquillement dans les coulisses, ce qui me convenait parfaitement, ma timidité faisant que j’ai toujours été plus à l’aise dans les coulisses que sur le devant de la scène.
Cela est vrai aujourd’hui et l’était bien davantage quand j’avais quatorze quinze ans. Or, j’avais précisément environ quatorze quinze ans lorsque l’on m’avait demandé de tenir le rôle du fils du roi, rôle prestigieux que je n’avais pu refuser malgré mon amour des coulisses.
Mais quelque chose survient toujours pour vous faire le coup du lapin au moment précis où vous vous sentez le mieux disposé envers l’Univers.
Dans cette pièce de Shakespeare, ainsi que le précédent incident l’a montré, le roi est souvent de mauvaise humeur, a mauvais caractère, s’énerve pour un oui ou un non, se fâche et d’une manière générale s’agite beaucoup. Je pense qu’il en était ainsi dans la discussion qu’il avait avec cet autre personnage dont j’ai oublié le nom et le reste. Sans doute a-t-il tapé du pied, fait vibrer les planches ou bousculé la tenture qui servait de décor. Toujours est-il que le blason royal, agrafé à celle-ci, perdit l’une de ses attaches et bascula.
Je ne sais si vous avez déjà eu l’occasion d’observer un blason à l’air penché ou de méditer sur l’effet qu’il peut produire sur les témoins d’une telle anomalie. Il semblerait que cela soit insupportable pour une majorité de personnes car un type qui se disait régisseur me demanda d’aller redresser le blason, toutes affaires cessantes, pendant que se déroulait la scène.
Chaque fois que je le rencontrais, j’éprouvais le désir de me glisser dans une cave et d’y rester planqué jusqu’à ce qu’on sonne la fin d’alerte, exercice difficilement réalisable dans les circonstances où je me trouvais. J’eus beau regarder le quémandeur comme la goutte qui fait déborder le vase, il n’en démordit pas. Je sentais bien qu’il ne me tenait pas en grande estime et ne s’attendait guère à ce que je gagne à être connu.
Je me débattis comme un poisson hors de l’eau face à cette idée saugrenue. L’apparition du fils du roi au milieu d’une conversation qui ne le regardait pas n’avait aucun sens et constituait peut-être – je ne l’ai pas vérifié – un contresens historique. J’allais mourir de honte sous le regard des spectateurs en exécutant ce travail de valet de pied ou de page de cinquième catégorie. J’aurais accepté avec joie la tâche de terrasser un dragon aux narines incandescentes, mais redresser le blason du Roi dans ma position : jamais.
Rien n’y fit. Pire, d’autres figurants, craignant sans doute de devoir se substituer à moi si je ne me laissais pas convaincre, se joignirent au quémandeur pour me harceler davantage. Et bien, je peux vous affirmer que je me trouvais dans une situation qui donne à sa joie de vivre un sacré coup dans les tibias.
Je dus me résoudre à rassembler mon courage et à me laisser pousser sur la scène. Mon attitude évoquait celle d’un gamin qui, cueillant des pâquerettes sur la voie ferrée, vient de se prendre l’express de 20H42 dans le bas du dos. Aveuglé par les projecteurs, je devinais dans l’insondable obscurité de la salle, une foule de spectateurs dont les cerveaux se transformaient en autant de points d’ interrogation.
Le Roi lui-même, surpris par mon incompréhensible intrusion, interrompit sa fâcherie et il se fit un grand silence comme si l’univers tout entier retenait son souffle pour mieux concentrer son attention sur ma personne.
Je compris soudain ce que veulent dire les gens qui écrivent des bouquins quand ils parlent du temps qui suspend son vol. Tant bien que mal, je parvins à pas comptés jusqu’au blason et entrepris de remettre en place l’agrafe défectueuse.
Pendant ce temps, le Roi, faisant mine de m’ignorer, avait repris son courroux et son exaspération envers son interlocuteur là où il les avait laissés.
Vous pensez bien, séduisantes lectrices et lecteurs perspicaces, que l’agrafe ne se laissa pas faire et que je ressemblais à du personnel de maintenance incompétent travaillant pendant les heures de représentation.
Pulvérisant tous les canons du ridicule, je quittai la scène et le blason comme on quitte les toilettes, c’est-à-dire dans l’état où je les avais trouvés.
Je vous l’avais dit, je suis un artiste. D’ailleurs, je suis né en septembre et tous les gens qui sont nés en septembre sont des artistes. Maurice Chevalier est né le 12 septembre 1888, Agatha Christie est née le 15 septembre 1890, Sophia Loren le 20 septembre, mais aussi Ray Charles, Julio Iglesias, Scott Fitzgerald, Charles Perreault, William Faulkner, Michael Douglas, Georges Gershwin et même Miguel de Cervantes, auteur de Don Quichotte est né exactement quatre siècles avant moi.
CQFD
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