Chapitre 17

5 minutes de lecture

LUNIXA


  Il va voir ma marque. Il va voir ma marque. Il va voir ma marque !

  Son regard croisa le mien alors qu'il empoignait ma culotte. Mon cœur s’arrêta. C’était fini. Je ne pouvais plus rien faire pour l'en empêcher. Il allait me faire sienne... voir ma marque.

  Je fermai les yeux et une larme se fraya un chemin à travers mes cils. Je ne voulais pas assister à ce qui allait se passer, ni voir son visage, ni ses réactions. Rien.

  Cependant, les secondes s'écoulèrent sans qu'il ne fasse le moindre geste. J'entendais seulement sa respiration lente et profonde. Son mutisme était insupportable.

  Lorsque je le sentis bouger à nouveau, je ne pus retenir un tremblement.

  –Je suis désolé.

  Je plissai mes paupières encore plus fort, terrorisée à l'idée de ce qui allait suivre.

  Mais contre toute attente sa main quitta ma hanche, l'étau qui maintenait mes bras se desserra, et la pression qu'il exerçait sur moi et me bloquait contre le matelas disparut. Je me redressai d'un bond et m'empressai de rabaisser ma chemise de nuit tout en reculant, m'écartant le plus possible de lui, jusqu'à ce que la tête de lit m'en empêche.

  Mon cœur battait tellement fort que je pouvais le sentir dans la pulpe de mes doigts. Je n'arrivais toujours pas à respirer correctement. Pourquoi faisait-il ça ? Pourquoi était-il en train de prolonger mon supplice en me faisant croire que j'avais une chance d'y échapper ? Il n'y en avait aucune !

  Quelqu'un poussa un profond soupir, et ce n'était pas moi. Encore tremblante, je tournai la tête. Le Prince était assis sur le bord du lit, les coudes sur les genoux, et se tenait la tête entre les mains, immobile. Je ne le quittai pas des yeux un seul instant, redoutant le moment où il s'en prendrait de nouveau à moi. Mais je ne pus m'empêcher de sursauter quand il se redressa d'un coup. Il ramassa sa veste et sortit de la chambre avant même que j'aie pu réagir.

  J'aspirai d'un coup une grande bouffée d'air qui remplit entièrement mes poumons et me brûla la gorge. J'avais eu tellement de mal à respirer que j'avais l'impression de m'être noyée, et j'avais eu si peur. Mon corps entier était secoué de tremblements incontrôlables. J'étais sûre que ma marque avait été visible à un moment ou à un autre. S'il ne m'avait pas embrassée en même temps qu'il soulevait ma robe ou s'il avait baissé les yeux.... Mon estomac se noua et je portai une main à mes lèvres pour contenir mes sanglots ainsi que la crise qui me gagnait. Je devais fermer la porte à clé, me mettre en sécurité. Maintenant.

  Mais je n'avais pas bougé d'un cil que le Prince revint dans la chambre. Pourquoi ? Est-ce qu'il avait changé d'avis ? Je sortis du lit à toute vitesse et me réfugiai dans un coin de la pièce. C'était complètement inutile, j'en avais bien conscience. Il était plus fort, plus rapide que moi ; il me rattraperait en quelques secondes s'il le voulait. Cependant, au lieu de s'approcher de moi, il se dirigea vers la cheminée et ralluma le feu. Il resta près d'une minute devant, admirant les flammes, dont la danse faisait onduler des ombres sombres sur son visage fermé. Puis il repartit.

  Quand j'entendis la porte se refermer, je courus jusque dans le salon et la verrouillai. Tremblante, je me laissai glisser par terre et essayai de retrouver une respiration normale... En vain. Même enfermée dans cette pièce je n'étais pas à l'abri. Je devais partir d'ici. Je ne pouvais pas rester.

  J'appelai Magdalena. Cinq minutes plus tard, on toqua à la porte et j'étais tellement stressée et effrayée que je sursautai.

  –Madame, c'est Magdalena.

  Je déverrouillai la porte et la refermai à clef tout de suite après qu'elle soit entrée. Je me tournai vers ma femme de chambre. Sa chevelure de feu était grossièrement accrochée en chignon. Je l'avais réveillée, ça se voyait.

  –Pouvez-vous aller chercher mon cousin ? Fis-je d’une voix chevrotante.

  –À cette heure de la nuit ? S'assura-t-elle.

  –Oui, s'il vous plaît… et désolée de vous avoir réveillée.

  –Je suis à votre service, Madame, à n'importe quelle heure de la journée.

  Elle s'inclina et sortit le chercher.

  En attendant, j'allais boire un verre d'eau, pour essayer de me calmer. Pourtant la seule chose que je vis dans le miroir fut mon visage blafard encore figé par la peur et mon regard toujours affolé. Ce qu'il venait de se passer avec le Prince se rejoua dans mon esprit. Je pouvais de nouveau sentir sa main brûlante sur mes poignets, ses doigts sur ma cuisse, ma hanche. Les larmes me montèrent aux yeux mais avant que je n'aie le temps d'en verser une seule, je fus prise par une nouvelle quinte de toux, bien plus forte que toutes les précédentes. Elle dura tellement longtemps que des coups retentirent contre le bois avant qu'elle ne soit terminée.

  –Nix ?

  Encore en train de tousser, j'allai ouvrir. Les yeux de Francesco devinrent ronds comme des billes quand il me vit pliée en deux à recracher mes poumons.

  –Dame Nature, Lunixa, mais qu'est-ce qu'il t'arrive ? (Il posa la main contre mon front). Tu es brûlante !

  Moi, j'étais brûlante ? Alors le Prince devait être encore plus fiévreux que moi.

  –Va te coucher ! M'ordonna-t-il. Tu vas t'effondrer.

  –Non, Francesco, je refuse de dormir ici. Ramène-moi à la maison.

  –Je ne peux pas faire ça. Tu es mariée maintenant.

  Le souffle court, je relevai la tête vers lui. Je le voyais trouble.

  –Et c'est de ta faute, alors ramène-moi, je t'en prie. Je t'en supplie, Francesco. Je ne veux pas être ici.

  –Pourquoi ? Le Prince a l'air d'être un homme bien.

  Un homme bien ?

  Un rire désespéré s'échappa de mes lèvres tandis que des premières larmes glissaient sur mes joues.

  –Il a essayé de me violer !

  –C'est ton mari, déclara Francesco. Il ne peut...

  Je le giflai avant même d'entendre la fin de sa phrase. Il n'avait pas le droit de me dire ça. Même si d'après les lois du mariage, il ne pouvait pas y avoir de viol dans un couple car c'était un devoir conjugal, je n'étais pas d'accord. Ce n'est pas parce que j'étais prisonnière de l'anneau que je portais au doigt et qui m'enchaînait à ce Prince pour le reste de ma vie que je devenais l'objet qui lui permettait d'assouvir ses désirs ou ses besoins. Si je ne voulais pas et qu'il me forçait, c'était un viol. Point. Francesco venait de perdre toute chance de se faire un jour pardonner.

  Alors que le nombre de mes larmes augmentaient, une boule se logea dans ma gorge. J'avais l'impression qu'on venait de m'arracher le cœur. Je n'aurais jamais imaginé être trahie à ce point par un membre de ma famille, aussi adoptive soit-elle.

  –Sors d'ici, Francesco, je ne veux plus te voir.

  –Nix, attends....

  –DEHORS !!! Hurlai-je.

  Je me remis à tousser tout de suite après. Ma fièvre et ce qu'il s'était passé avec le Prince m'avaient vidée de mes forces. Mes jambes me lâchèrent et je tombai à genoux par terre. Tout tourna autour de moi avant de devenir flou. Je ne voyais plus Francesco. J'entendis à peine Magdalena parler d'un médecin. L'obscurité m'engloutit.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Marion Lou

Le sang coule lentement de mes jambes, et je comprends à cet instant précis que je suis en train de perdre mon enfant. Alors, je m'assois puis me couche dans l'herbe jusqu'à ce que ma tête repose contre le doux coussin moelleux que m'offre la nature. J'appuie sur mon ventre doucement, et relève un peu la tête afin de voir et surtout de surveiller l'écoulement de sang, de ce fluide si précieux et pourtant tant redouté de la vie. Soudain, je m'émerveille de ce doux balet incestieux, et me réjouis d'assister à un si beau spectacle que celui auquel j'assiste. Quoi de plus beau en effet que de se sentir libérer d'un poids trop pesant et qui m'encombrerai et me gacherai la vie en même temps. Après tout, je suis bien trop jeune pour porter un enfant! Mais je ressens tout de même une pointe de nostalgie. Avec cet enfant perdu, c'est aussi le détachement d'une famille dont je me trouve le témoin. En effet, en ayant coupé les liens avec ma famille, qui n'en n'a jamais été une pour moi, mis à part ma propre mère.
Je me sens tellement soulagée de sentir l'étincelle de vie qui s'éteinds peu à peu en moi pour rejoindre les ombres de ma conscience! Ah! Comme cela fait du bien! Je peux enfin me laisser aller et me bercer de l'illusion que j'ai offert un cadeau à cet enfant en ne le mettant pas au monde. Il me remerciera du haut des cieux de ne pas l'avoir porté jusqu'au bout. Surtout que ce n'était pas ma faute, puisque c'est mon corps qui a décidé de le dégager de là, de le sortir de moi. Enfant non-désiré, te voilà comblé à présent. Ta mère te rends justice en te délivrant d'une vie sans saveur. Moi-même j'aurai aimé ne jamais naître. C'est donc un cadeau que mon corps te fait mon ange parti trop tôt. J'espère qu'un jour à défaut de me comprendre tu respecteras mon choix. Car c'était le seul moyen pour moi de te prouver la véritable profondeur de mon amour pour toi mon petit ange que j'aimerais très fort tout au long de ma vie. De cela, n'en doute pas un seul instant mon amour. Mon amour pour toi est inconditionel. Mais, si cela peut te rassurer, sache que ce n'est pas la famille de sang qui compte, mais celle du coeur, celle qu'on se choisit soi-même tout au long de notre vie sur terre, au grès de nos rencontres. Je t'aime et t'aimerai au-delà de l'éternité.
Alors, une fois cette promesse dite, et le sang arrêté, je m'allonge doucement sur l'herbe et m'enfonce dans une torpeur douce-amère de non-retour sur terre.
Mon enfant, sache que je vais bientôt te rejoindre. Ta mère indignée arrive. J'espère que tu m'acceuilleras à bras ouvert et que tu seras prêt à m'enfanter de nouveau au travers de l'amour qui réuni deux âmes, deux êtres épris sincèrement l'un de l'autre.
Pour toujours et à jamais, sache que je t'aime.
0
0
0
2
Your Acid Jazz

En entrant dans sa chambre, la première chose que l’on puisse remarquer est la couleur. Pas bleue, pas rose, mais un doux mélange de ces deux couleurs. La tapisserie qui couvre les murs est pleine d’arabesques fleuries. Le sol est masqué par une moquette bleutée, qui se marie au ton des murs.
Le lit ne peut être plus proche de la fenêtre. Ce dernier possède une tête d’un blanc crémeux, sur laquelle est déposée une veilleuse ronde, qui, d’après les motifs qui l’ornent, projette un effet étoilé, lorsqu’elle est allumée. Idéale à utiliser lors d’une nuit solitaire et froide. Le drap, lui, est d’un bleu comparable à la nuit. La grosse couverture moelleuse et rassurante est nuancée de bleu et de violet, agrémentée par des petits pois blancs. Vus de hauts, ces derniers sont comparables à des étoiles.
Une petite table de nuit accompagne le meuble. Sur celle-ci, une lampe bien plus grande que celle qui trône sur le lit. Sûrement plus utile pour lire, que pour dormir. Dans le compartiment, trois livres sont empilés. Ce sont tous des romans. Deux d’entre eux sont des récits fantastiques, d’aventures et le troisième est un roman policier. Près d’eux, une console de jeu.
Puis, au coin des murs où se trouvent le lit et la porte, une étagère. Celle-ci est en bois blanc, rien de plus simple. Son côté visible est camouflé par un poster grandeur nature d’une héroïne de jeu vidéo, en costume de combat. L’étagère comporte des romans, des recueils de nouvelles, des DVDs, des cassettes de jeux divers, en passant d’un quelconque jeu d’arcade à celui le plus élaboré et attachant qui soit. Ensuite, on a des produits de beauté, comme du parfum, des crèmes, du déodorant ou encore un stick à lèvres, mais pas de maquillage en vue. Sur le même étage repose une tirelire en forme de tortue, sur ses petites pattes vertes. Le trou qui sert à y entrer des pièces se trouve dans la carapace. C’est cette dernière qu’il faut tourner un certain nombre de fois avant de pouvoir accéder à toutes les économies de la jeune fille. Après le reste, ce n’est que des affaires scolaires. Des cahiers, des manuels, des sacs. Pleins de sacs, à vrai dire. Faits main. Mais sûrement par quelqu’un d’autre, puisqu’aucun matériel de couture n’est présent, ici.
Quand on pénètre dans la chambre, ce sont des rideaux sombres qui nous accueillent. Ils sont sur le mur face à la porte. Ils sont dégagés, permettant aux rayons du soleil de s’infiltrer dans la pièce. La fenêtre est très grande, la luminosité est excellente et les rideaux ne sont pas très opaques, ce qui obligerait donc qui que ce soit à se réveiller, le matin. Idéal, pour les étudiants.
Contre le mur en face du matelas multicolore, se dresse une armoire. Elle aussi, semble bien simple, de l’extérieur. Toujours en bois, mais elle n’est pas repeinte. Après, bien sûr, ses deux portes sont décorées. L’une d’elle contient un poster d’un lieu sombre, faisant référence à une série télévisée, et un autre, plus joyeux et fantaisiste, faisant référence à une autre série magique. L’autre porte n’est décorée que par des photos souvenirs. Deux jeunes filles souriantes, exposant leur appareil dentaire. Un garçon et une fille, partageant une glace. Un groupe d’amis qui éclatent de rire. Et d’autres encore, qui ne peuvent que réchauffer le cœur de quelqu’un. L’armoire, qui d’habitude est fermée à clés, est ouverte. Elle permet à quiconque de jeter un coup d’œil à l’intérieur. La majorité des vêtements sont suspendus et une absence de robes ou de jupes est facilement remarquable. Ca ne veut pas dire pour autant que les hauts ne sont pas féminins.
En bas, il y a deux tiroirs ouverts, où se trouvent encore plus d’habits, la plupart, défaits. Derrière l’une des portes, un long miroir qui aide à se préparer. Derrière l’autre, une feuille froissée est épinglée. On peut y lire « Nombre de jours passés sans me mutiler ». En dessous du titre, il y a des petites barres qui représentent les jours passés. Puis, des ratures et des phrases démotivantes comme « je n’y arriverai jamais » ou encore « ça ne sert à rien ». Puis, d’autres barres. Puis des phrases encourageantes, d’une écriture différente. Des petits dessins drôles. Un sourire lui échappe une fraction de seconde. C’est lui, qui les avait faits.
Un peu plus loin de l’armoire, au coin du mur, il y a un pouf. Il est jaune et son dossier est agrémenté d’une fausse feuille verte. Il ressemble à une poire et paraît infiniment confortable.
Enfin, sur le dernier côté, siège une longue table blanche et sa chaise de bureau, roulante. Celle-ci est recouverte d’un fin drap rosâtre qu’elle utilisait pour être à l’aise à son maximum. Sur une partie de son bureau, il n’y a que du matériel de dessin. Des pinceaux, des palettes, de l’aquarelle, de la gouache, de l’acrylique, des feutres, des crayons de couleurs, des critériums, des gommes, et, bien sûr, des carnets. Ils sont fermés, et, franchement, il ne veut pas les ouvrir, maintenant. L’autre partie est bien plus banale, avec un ordinateur portable branché à des écouteurs (dont ils se servaient afin d’écouter de la musique ensemble). Un cahier rempli d’équations qu’elle s’est faite un plaisir à compléter jusqu’au moment fatidique où elle a lâchement abandonné à cause de la difficulté. Quelques stylos, un effaceur. Sous la table, un télescope plié et condensé. Tout en haut, proche du plafond, une lignée de guirlandes de basse luminosité. Sa chambre est tout simplement galactique, pas étonnant de penser qu’elle est passionnée par l’astronomie.
Il s’accoude au bureau, il a la tête qui tourne.
Il ferme les yeux. La bile qui était remontée se coince dans sa gorge.
Il déglutit. Il essaie d’ignorer le sang sur ses vêtements.


Quelle magnifique chambre.

Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir en faire, maintenant qu’elle est morte ?
4
10
3
4
Défi
StephanieG
En réponse au défi Nouvelles BoD. Inspirée d'un texte que j'ai écrit et posté sur fanfic il y a quelques années.
1
1
0
3

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0