Chapitre 15

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LUNIXA


  Une violente quinte de toux me plia à nouveau en deux alors que je m'enfonçais dans l'eau fumante de la baignoire pour tenter de me réchauffer et me détendre. Je n'avais cessé de tousser depuis mon réveil, et d'affreux maux de tête accompagnés d'une fatigue anormale qui n'avaient fait que s'amplifier m'avait gagnée au cours de la journée. Ma gorge était devenue si irritée que l'air semblait la limer à chaque inspiration et je me sentais si faible que le moindre effort me demandait toute mon énergie. J'étais en train de tomber malade et ma baignade dans le lac gelé ne devait pas y être étrangère. J'avais tenté de manger un peu pour éviter de perdre davantage de forces, mais j'avais été incapable d'avaler quoi que ce soit. Tout comme j'étais incapable de fermer l'œil pour dormir alors que j'en avais tant besoin. Je ne me sentais pas du tout en sécurité ici, alors à la simple idée de me mettre dans une position si vulnérable... Un frisson me secoua.

  Quand l'eau commença à devenir trop froide, j'en sortis, revêtis une chemise de nuit et une robe de chambre en soie, puis je retournai dans la chambre. Un tremblement me traversa. Le temps de ma toilette, le feu s'était pratiquement éteint. Avec beaucoup de mal, je mis une bûche au-dessus des braises encore rouges pour essayer de le raviver, puis j'attendis que les flammes renaissent, en vain. Je me mis à claquer des dents. Pourquoi cela ne fonctionnait-il pas ? Complètement gelée, je rajoutai des petites branches au feu mourant.

  — Allez, ravive-toi, je t'en prie...

  Je déposai encore quelques brindilles, mais les braises finirent par s'éteindre et j'ignorais totalement comment rallumer le feu. Comme nous n'en avions pas besoin à Illiosimera, je n'en avais jamais fait. Il fallait que quelqu'un vienne s'en charger, avant que mon état n'empire.

  Rassemblant mes forces, je me redressai et fus soudain prise de vertiges. Tout devint trouble autour de moi, le sol tangua sous mes pieds, puis mes jambes ployèrent sous mon propre poids. Le souffle court, je me rattrapai de justesse au manteau de la cheminée.

  Par la Déesse...

  Un remède... Il me fallait un remède avant de m'effondrer.

  Alors que cherchais à reprendre mes appuis, j'entendis la porte du salon s'ouvrir. Était-ce Magdalena ? Ce matin, elle était venue pour m'habiller, puis elle était passée encore trois fois pour m'apporter mes repas. Elle se doutait sûrement que je ne savais pas entretenir un feu.

  Le pas maladroit et en m'aidant du mur, je sortis de la chambre, descendis les cinq marches, puis me figeai brusquement.

  Le Prince se tenait à l'autre bout du salon, juste devant la double porte.

  Que faisait-il là ? La nuit était tombée depuis long...

  La nuit ?

  Les yeux rivés sur moi, il termina la bouteille qu'il avait en main, puis la posa brutalement sur le buffet à sa droite. Lorsque ses doigts la lâchèrent, une étrange lueur traversa son regard. J'eus un mouvement de recul.

  — Enlevez vos vêtements.

  Mon cœur cessa de battre.

  Le Prince fit un pas dans ma direction et ce mouvement me réveilla. Terrorisée, je pris mes jambes à mon cou et me précipitai dans la salle de bain, la seule pièce que je pouvais verrouiller. Je parvins à l'atteindre malgré mon état, mais entre la fièvre et la panique, mes mains tremblaient tant que je n'arrivais pas à saisir la clef. Lorsqu'enfin j'y parvins, elle me fut soudain arrachée comme la porte s'ouvrait à la volée. Mon visage se retrouva face au torse du Prince. Mon sang se glaça dans mes veines. Je me retournai en vitesse pour courir au fond de la salle de bains.

  Une main puissante se referma sur mon bras.

  — Non !

  Mon cri me déchira la gorge, déclenchant derechef une violente quinte de toux. Le Prince en profita pour me porter sur son épaule et me ramener dans la chambre, où il me fit basculer sur le lit. Même si je toussais encore, je cherchai tout de suite à m'enfuir, mais je m'étais à peine écarter de lui que le Prince monta à son tour sur le matelas. D'un mouvement vif, il me remit sur le dos, s'installa à califourchon au-dessus de moi, puis emprisonna d'un seule main mes poignets au-dessus de ma tête. Mon cœur devint complètement fou.

  — Non, arrêtez !

  Sourd à ma voix, il retira sa veste tandis que je me débattais pour me libérer. En temps normal, j'aurais été capable de me défendre, de le blesser. Mais j'étais faible, si faible… La fièvre me consumait de l'intérieur, m'embrouillait l'esprit, me donnait l'impression que sa paume était brûlante au contact de ma peau, et ma terreur ne parvenait à compenser mes forces manquantes. Je n'arrivais pas à le repousser.

  Le Prince jeta son vêtement, puis bascula son poids pour bloquer mon corps, m'immobilisant complètement contre le matelas. Ma respiration déjà irrégulière devint complètement chaotique.

  — Je ne suis pas une fille de plaisir ! Vous ne pouvez...

  Il m'embrassa.

  Ses lèvres toutes aussi ardentes que ses mains étouffèrent mon hurlement. Désespérée, je me débattis de plus belle en dépit de mes maigres forces, mais ma détresse grandissante n'y changea rien. Cet homme restait bien plus fort que moi, qu'importait à quel point il avait bu avant bu avant de venir ici. Je pouvais sentir l'odeur de l'alcool dans son souffle, presque y goûter.

  Cela ne peut pas arriver. Cela ne peut pas arriver. Cela ne peut pas...

  Alors qu'il m'embrassait encore, sa main libre se glissa sous ma chemise de nuit et remonta le long de ma cuisse. Mon corps se pétrifia d'un coup. Au même moment, le Prince mit un terme à son baiser pour reprendre son souffle, mais je ne réagis pas, tétanisée par la peur.

  Sa main se trouvait à hauteur de ma marque royale.

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