Chapitre 14 - Partie 1

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KALOR


  Une fois la porte de mes appartements fermée, la pression et la tension que je ressentais depuis mon réveil aux côtés de la Comtesse me quittèrent enfin. Je m'adossai au mur et m'accordai deux minutes de répit. Je savais que cela allait être difficile, mais pas à ce point. Je ne pourrais jamais oublier l'effroi qui avait envahi son regard quand elle avait cru que nous nous étions unis. Comment allions-nous faire si je lui inspirais autant d'aversion ? Pourquoi n'avaient-ils pas choisi une femme qui désirait ce mariage ? L'idée de rejoindre la royauté avait dû en attirer plus et cela aurait facilité les choses. Je m'étais préparé à faire des efforts, mais je ne pouvais en faire à sa place.

  Mon pouvoir s'agita en moi. Serrant les dents, je lui ordonnai de se rétracter. Il fallait que je retrouve le contrôle et une température normale. Ce n'était pas le moment pour que ma mère ou quiconque découvre ma nature d'Élémentaliste. Après une légère résistance, le feu dans mes veines finit par m'obéir m'obéit et revint se terrer au plus profond de mon être, là où je le gardai enchaîné, caché, loin de tous.

  Afin d'être certain de chasser toute chaleur inhabituelle de ma peau, je pris une douche froide avant de me rendre à mon bureau. Je réfléchirais à tous mes problèmes plus tard ; pour le moment, du travail m'attendait.

  Perdu dans mes pensées, je remontai les couloirs sans faire attention au monde ou aux personnes qui m'entouraient, jusqu'à ce qu'une main se pose sur mon épaule. Je me retournai et fus surpris de me retrouver face à mon frère. D'un simple regard, il fit comprendre au garde proche de nous de s'éloigner, puis il se concentra sur moi.

  — Tout va bien, Kal ? Ça fait deux minutes que je t'appelle.

  — Désolé, je réfléchissais.

  — À quoi ?

  — Un tas de choses... Mais que fais-tu là, au fait ? Je te croyais en chemin pour Cavritau, afin de négocier les accords commerciaux.

  — C'était le cas, mais un messager cavritois est venu nous trouver en cours de route. Le Roi Wolansk a fini par accepter nos nouvelles conditions, alors j'ai pu rentrer.

  — Tant mieux.

  Je me remis en marche. Il m’emboîta le pas.

  — D'ailleurs, à mon arrivée au château, j'ai entendu quelque chose d'intéressant...

  Je continuai d'avancer sans faire attention à ce qu'il disait. Thor se plaça devant moi et marcha à reculons.

  — Est-ce vrai ?

  — Quoi donc ?

  — Que tu as épousé une aïeule ?

  — Qu... (Je me stoppai net.) Non, pas du tout. Qui t'as raconté pareille ineptie ?

  — Personne. Cette rumeur circule sur toutes les lèvres.

  Je me renfrognai. Tout le pays était-il déjà au courant de ma nouvelle situation ?

  — Kalor ?

  — Ce n'est pas une personne âgée ; ses cheveux sont simplement blancs. Elle a vingt-et-un an, comme moi.

  Enfin... je crois.

  Mon père était déjà passé outre l'une de nos lois en me mariant avant mes vingt-deux ans ; rien ne me garantissait qu'il n'en avait pas contournée une autre. Et puis, cette femme m'était totalement inconnue. Pourtant, même si je ne connaissais que son nom, j'étais presque certain qu'elle n'était pas plus vieille que moi. Si de loin elle pouvait passer pour une femme âgée, il était impossible de se fourvoyer une fois à ses côtés.

  L'exotisme de sa peau naturellement dorée par le soleil adoucissait ses pommettes saillantes, mettait en valeur son port altier, la délicatesse de son visage, son petit nez fin, ses lèvres charnues. Allié à ses longs cils charbonneux, ce teint accentuait la profondeur de ses grands yeux turquoise au regard vif et la pureté de sa chevelure nivéenne. Malgré cette couleur particulièrement étrange et notre situation déplaisante, je ne pouvais nier que cette Illiosimerienne était une jeune femme ravissante. Cependant, elle aurait pu être la plus belle femme du monde, cela n'aurait rien changé. Elle n'était pas Lokia.

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Leah Nash



 Parler d’un évènement traumatisant est souvent apaisant. Mais pour moi, parler ne servirait qu’à transmettre mon malheur à autrui, et je ne veux pas imposer ce fardeau à quiconque. C’est pourquoi je décide de transcrire ce que j’ai vécu, en espérant que mon esprit puisse se libérer et vivre la fin de mes jours dans une forme de paix. Mon nom est Elijah Lowe, et je dois vous implorer de ne pas continuer ce journal si par malheur vous le trouvez. Par pitié, reculez tant que vous le pouvez encore...
J’avais un ami autrefois, très cher à mon cœur. Nous étions comme deux frères et partagions tout. Nous avions grandi ensemble dans le même quartier au nord de l’Angleterre. Lui Ecossais, moi Britannique, nous étions comme issus de la même famille. Nous nous ressemblions autant de drops que de caractère. Les années passaient et rien ne pouvait nous séparer. Enfin presque. Un jour, Aidan apprit qu’un de ses lointain parents était mort et lui avait légué un manoir à Junkerdal en Norvège. Malgré l’isolement, il avait décidé d’y vivre, me disant que tout irait bien, et que la distance ne nous séparerait pas. Mais ce ne fut pas le cas. Les mois défilèrent, ainsi que les années, mais pas de nouvelles de mon ami tant aimé. Ce ne fut que 13 ans plus tard que je recevais une lettre de Norvège.

Junkerdal, 13 Octobre 18—
Cher Elijah, mon ami,
Voici bien longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je tiens d’abord à te faire mes excuses les plus sincères, je n’ai pas oublié la promesse que je t’avais fait lors de mon départ. Je ne l’ai pourtant pas tenue et j’ai malheureusement laissé le temps et la distance nous séparer. Il s’agit bien de la seule chose que je regrette de ma vie, ou peut-être que je regrette également d’être parti. La Norvège a beau être magnifique, la vie y est rude et solitaire. Je ne sais comment mon esprit et mon âme ont pu vivre autant de temps isolé ainsi, sans voir que le temps défiler. Et alors que je reviens à moi-même, ton image est réapparue dans ma mémoire. Des images de bonheur, du temps où nous étions un seul et même être, comme deux frères. Je ne cesse de me dire que je souhaiterais te revoir depuis. Mais la fierté et surtout la peur que tu m’aies oublié ou refuses tout contact avec moi, m’a paralysé pendant des semaines. Je me suis tout de même décidé à écrire cette lettre pour te demander de venir me rendre visite dans mon manoir. Je sais bien que c’est une longue distance à parcourir, mais je crains ne pouvoir me déplacer jusqu’en Angleterre. Je sais également que je t’en demande beaucoup, mais mon cœur ne me pardonnerait jamais de ne pas avoir tenté de te revoir. Mon domestique et fidèle servant Jaime Adams accompagne cette lettre, il t’aidera pour tes bagages et t’accompagnera pour la route si jamais tu acceptes ma requête. Sache que je t’attends patiemment.
Dans l’espoir de te voir, ton ami dévoué, Aidan McTavish.”
Un mélange de colère et d’immense joie s’était emparé de moi. J’étais évidemment très heureux d’avoir enfin une lettre de mon ami, mais pourquoi avoir attendu autant de temps ? Le lien que nous avions avait vite fait disparaître la colère et mes bagages étaient prêts en une heure. Je partais donc avec ce Jaime Adams, en direction du Nord.
La route me parut longue mais agréable. Le trajet en bateau beaucoup moins. Les paysages gagnaient en beauté et sauvagerie. Le froid était bien présent, ainsi que la neige. À l’approche du manoir, la forêt aux alentours devenait d'autant plus lugubre et pesante. La nuit était tombée lorsque j’arrivais sur la dernière route. L’orage éclairait celle-ci d’une lumière blanche me permettant de voir les arbres épais, la route pleine de boue et de neige à travers la fenêtre du fiacre. Au milieu des coups de tonnerre, les loups sauvages hurlaient à plein poumons, me donnant la chair de poule. Devant le manoir, je ne puis voir que sa forme carrée. Je l'imaginais sûrement fait pierres grises, noircies par le temps et les intempéries. Jaime prit mes bagages et me conduit à l’intérieur. Alerté par le bruit de la grande porte de bois, Aidan arriva. Le fait de le revoir m’emplit de bonheur, mais ceci ne dura qu’un court moment. Mon ami, autrefois plein de vie était extrêmement pâle et semblait plus petit et maigre. Il s’arrêta stupéfait. Tu es donc venu ! Me dit-il. Évidemment. Mais tu arrives plus tôt que prévu. Je ne t’attendais pas avant la deuxième semaine de Novembre !
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