Chapitre 7 - Partie 2

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  Même si j'avais profité des plats du bateau, je n'avais encore jamais mis les pieds dans la salle commune. Je me promis de le faire plus souvent. Je m'y sentais très bien. Les grandes baies vitrées permettaient de profiter du paysage et d'observer l'activité qui régnait sur le pont. Cette pièce possédait également le système de chauffage le plus sophistiqué que j'avais jamais vu : des tuyaux répartis sur l'ensemble du plafond diffusaient la chaleur des fourneaux dans la pièce. Je portai la tasse à mes lèvres et savourai une nouvelle gorgée de café presque brûlant. Le Marquis Dragor, assis en face de moi, touillait encore le sien en attendant qu'il refroidisse.

  — C'est la première fois que vous quittez votre pays ? s'enquit-il.

  — Oui, mentis-je.

  Mon ancien statut m'avait permis de découvrir une partie du monde. Mais jusqu'à ce jour, aucun voyage n'avait été prévu sans retour.

  — D'où votre difficulté à monter à bord, conclut-il avant de prendre une première gorgée. Vous savez, la vie à Talviyyör n'est pas aussi horrible que vous semblez le penser. Certes, il y fait froid, voire très froid, mais les habitants n'en sont que plus chaleureux.

  — Je me ferai ma propre idée, rétorquai-je d'un ton acerbe.

  — Comme vous voudrez, sourit-il. Vous vous apercevrez très vite que j'ai raison.

  Je finis mon café, puis pris l'une des petites miches de pain dans le panier posé au centre de la table.

  — Puis-je vous poser une question, Comtesse ?

  — Ne venez-vous pas de le faire, Marquis ?

  Il le concéda d'un petit haussement de sourcil tandis que je l'invitais à continuer. Il avait attisé ma curiosité.

  — Pourquoi étiez-vous institutrice ?

  Cette question me pris de court : je m’étais attendu à tout, sauf celle-là. Pourtant, il n'était pas le premier à me la poser.

  — Eh bien...

  — Ce que je veux dire, c'est que vous pourriez être bien plus. Une émissaire, par exemple.

  — Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

  — Vous êtes polyglotte. Vous parlez l'illiosimerien, le marudien, le falglais, ainsi que le brisard. C'est un palmarès plutôt impressionnant pour une femme.

  Heureusement, il n'était pas au courant des autres langues dans lesquelles je pouvais aisément me débrouiller, ni des langues mortes comme l'anglais et le grec que je maîtrisais aussi bien. J'avais eu raison de ne pas remplir entièrement ma fiche de renseignements lorsque j'avais adressé ma décision de rester célibataire aux autorités.

  — Il ne vous en manquait plus qu'une pour devenir émissaire, même si les femmes sont rares dans le métier. D'après les progrès fulgurant que vous faites en talviyyörien, cela n'aurait pas présenté de problème pour vous.

  — Vous avez vu la difficulté avec laquelle je suis montée sur ce bateau et malgré ça, vous pensez que j'aurais voulu voyager pour le reste de ma vie ? J'ai préféré devenir institutrice afin de pouvoir rentrer chez moi le soir et profiter de ma famille.

  — Dans ce cas, pourquoi travailler ? Vous auriez pu en profiter encore plus.

  — Je déteste rester inactive, simplement assise sur la chaise d’un salon pour discuter. J’avais besoin de travailler. Comme j’aime bien les enfants, j’ai décidé de devenir institutrice pour les aider à s’épanouir.

  En voyant un sourire en coin étirer les lèvres du Marquis, je me mordis la langue. Dame Nature... je venais de lui donner des informations qui ne figuraient pas dans mon dossier. Il fallait que je fasse plus attention.

  — Cette conversation était très intéressante, merci pour votre franchise. (Il termina sa tasse.) Pouvons-nous reprendre nos leçons à présent ? Même si vous aviez de l'avance sur le programme que j'avais défini, vous n'avez pas travaillé votre talviyyörien depuis une semaine. De plus, je compte vous enseigner le déroulement de la cérémonie, ainsi que les danses obligatoires. Le temps est plus frais que je ne l'avais prévu : je crains que la saison des glaces ne soit en avance et que le bateau soit ralenti à l'approche des côtes. Vos précepteurs risquent de manquer de temps selon notre retard alors je préfère prendre les devants... J'espère que vous allez être aussi bonne élève en danse qu'en langue.

  Oh non. Certainement pas ! Car je n'avais pas besoin de savoir danser pour défendre ma cause.

  Pendant les trois semaines suivantes, je suivis les cours intensifs du Marquis Dragor : neuf heures par jour de talviyyörien et trois heures de danse. Tout cela sous la supervision du Marquis Blatos. Je ne lui avais pas pardonné le comportement insultant qu'il avait eu à mon égard et n'avait aucune intention de le faire un jour. À chaque fois que quelque chose dans mon attitude le dérangeait, il ne se gênait pas pour me le signaler, que nous soyons seuls ou pas.

  Durant les cours de danse, je faisais tout mon possible pour faire croire que j'avais deux pieds gauches. Mais le soir venu, une fois seule dans ma cabine, je ne pouvais m'empêcher de reprendre les pas que le Marquis Dragor m'avait montrés, tout en murmurant la mélodie sur laquelle j'avais fait l'idiote pendant l'après-midi. J'aimais cette danse, malgré sa signification. Lente, légère, gracieuse et tournoyante, elle avait tout pour plaire. Cependant, je ne pourrais jamais la mettre en pratique, car les fiançailles pour lesquelles je l'apprenais n'auraient jamais lieu.

  Cet emploi du temps surchargé ne me laissait que peu de répit. La nuit, je m'effondrais dans mon lit, exténuée, et me permettais enfin de penser à mes enfants, jusqu'à ce que Morphée me prenne dans ses bras.

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Pour toujours et à jamais, sache que je t'aime.
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Your Acid Jazz

En entrant dans sa chambre, la première chose que l’on puisse remarquer est la couleur. Pas bleue, pas rose, mais un doux mélange de ces deux couleurs. La tapisserie qui couvre les murs est pleine d’arabesques fleuries. Le sol est masqué par une moquette bleutée, qui se marie au ton des murs.
Le lit ne peut être plus proche de la fenêtre. Ce dernier possède une tête d’un blanc crémeux, sur laquelle est déposée une veilleuse ronde, qui, d’après les motifs qui l’ornent, projette un effet étoilé, lorsqu’elle est allumée. Idéale à utiliser lors d’une nuit solitaire et froide. Le drap, lui, est d’un bleu comparable à la nuit. La grosse couverture moelleuse et rassurante est nuancée de bleu et de violet, agrémentée par des petits pois blancs. Vus de hauts, ces derniers sont comparables à des étoiles.
Une petite table de nuit accompagne le meuble. Sur celle-ci, une lampe bien plus grande que celle qui trône sur le lit. Sûrement plus utile pour lire, que pour dormir. Dans le compartiment, trois livres sont empilés. Ce sont tous des romans. Deux d’entre eux sont des récits fantastiques, d’aventures et le troisième est un roman policier. Près d’eux, une console de jeu.
Puis, au coin des murs où se trouvent le lit et la porte, une étagère. Celle-ci est en bois blanc, rien de plus simple. Son côté visible est camouflé par un poster grandeur nature d’une héroïne de jeu vidéo, en costume de combat. L’étagère comporte des romans, des recueils de nouvelles, des DVDs, des cassettes de jeux divers, en passant d’un quelconque jeu d’arcade à celui le plus élaboré et attachant qui soit. Ensuite, on a des produits de beauté, comme du parfum, des crèmes, du déodorant ou encore un stick à lèvres, mais pas de maquillage en vue. Sur le même étage repose une tirelire en forme de tortue, sur ses petites pattes vertes. Le trou qui sert à y entrer des pièces se trouve dans la carapace. C’est cette dernière qu’il faut tourner un certain nombre de fois avant de pouvoir accéder à toutes les économies de la jeune fille. Après le reste, ce n’est que des affaires scolaires. Des cahiers, des manuels, des sacs. Pleins de sacs, à vrai dire. Faits main. Mais sûrement par quelqu’un d’autre, puisqu’aucun matériel de couture n’est présent, ici.
Quand on pénètre dans la chambre, ce sont des rideaux sombres qui nous accueillent. Ils sont sur le mur face à la porte. Ils sont dégagés, permettant aux rayons du soleil de s’infiltrer dans la pièce. La fenêtre est très grande, la luminosité est excellente et les rideaux ne sont pas très opaques, ce qui obligerait donc qui que ce soit à se réveiller, le matin. Idéal, pour les étudiants.
Contre le mur en face du matelas multicolore, se dresse une armoire. Elle aussi, semble bien simple, de l’extérieur. Toujours en bois, mais elle n’est pas repeinte. Après, bien sûr, ses deux portes sont décorées. L’une d’elle contient un poster d’un lieu sombre, faisant référence à une série télévisée, et un autre, plus joyeux et fantaisiste, faisant référence à une autre série magique. L’autre porte n’est décorée que par des photos souvenirs. Deux jeunes filles souriantes, exposant leur appareil dentaire. Un garçon et une fille, partageant une glace. Un groupe d’amis qui éclatent de rire. Et d’autres encore, qui ne peuvent que réchauffer le cœur de quelqu’un. L’armoire, qui d’habitude est fermée à clés, est ouverte. Elle permet à quiconque de jeter un coup d’œil à l’intérieur. La majorité des vêtements sont suspendus et une absence de robes ou de jupes est facilement remarquable. Ca ne veut pas dire pour autant que les hauts ne sont pas féminins.
En bas, il y a deux tiroirs ouverts, où se trouvent encore plus d’habits, la plupart, défaits. Derrière l’une des portes, un long miroir qui aide à se préparer. Derrière l’autre, une feuille froissée est épinglée. On peut y lire « Nombre de jours passés sans me mutiler ». En dessous du titre, il y a des petites barres qui représentent les jours passés. Puis, des ratures et des phrases démotivantes comme « je n’y arriverai jamais » ou encore « ça ne sert à rien ». Puis, d’autres barres. Puis des phrases encourageantes, d’une écriture différente. Des petits dessins drôles. Un sourire lui échappe une fraction de seconde. C’est lui, qui les avait faits.
Un peu plus loin de l’armoire, au coin du mur, il y a un pouf. Il est jaune et son dossier est agrémenté d’une fausse feuille verte. Il ressemble à une poire et paraît infiniment confortable.
Enfin, sur le dernier côté, siège une longue table blanche et sa chaise de bureau, roulante. Celle-ci est recouverte d’un fin drap rosâtre qu’elle utilisait pour être à l’aise à son maximum. Sur une partie de son bureau, il n’y a que du matériel de dessin. Des pinceaux, des palettes, de l’aquarelle, de la gouache, de l’acrylique, des feutres, des crayons de couleurs, des critériums, des gommes, et, bien sûr, des carnets. Ils sont fermés, et, franchement, il ne veut pas les ouvrir, maintenant. L’autre partie est bien plus banale, avec un ordinateur portable branché à des écouteurs (dont ils se servaient afin d’écouter de la musique ensemble). Un cahier rempli d’équations qu’elle s’est faite un plaisir à compléter jusqu’au moment fatidique où elle a lâchement abandonné à cause de la difficulté. Quelques stylos, un effaceur. Sous la table, un télescope plié et condensé. Tout en haut, proche du plafond, une lignée de guirlandes de basse luminosité. Sa chambre est tout simplement galactique, pas étonnant de penser qu’elle est passionnée par l’astronomie.
Il s’accoude au bureau, il a la tête qui tourne.
Il ferme les yeux. La bile qui était remontée se coince dans sa gorge.
Il déglutit. Il essaie d’ignorer le sang sur ses vêtements.


Quelle magnifique chambre.

Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir en faire, maintenant qu’elle est morte ?
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Défi
StephanieG
En réponse au défi Nouvelles BoD. Inspirée d'un texte que j'ai écrit et posté sur fanfic il y a quelques années.
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