Chapitre 4 - Partie 2

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  Une fois qu'il eut fermé la porte, je me laissai tomber sur le canapé et me pris la tête entre les mains. Je tentai de vider mon esprit afin de pouvoir réfléchir. Dès demain après-midi, j'étais censée partir pour un pays dont je ne connaissais rien à part qu’il était aux antipodes du mien : sa température restait constamment négative et il y neigeait tout au long de l’année, alors qu’à Illiosimera, le soleil brillait la majorité du temps et il ne faisait jamais moins de dix degrés, même en hiver. Dame Nature, quel temps ferait-il à Talviyyör en debriva ? Nous serions en pleine saison froide !

  Je ne pouvais partir là-bas. Accepter ces fiançailles signifiait abandonner mes enfants et les mettre en danger de mort. Il était hors de question que cela arrive. Nous devions fuir. J'avais des connexions, des économies et tout le nécessaire pour bâtir une nouvelle vie ailleurs. Seule une chose me manquait : du temps. Il me restait moins d’une journée et demi… ce ne serait jamais suffisant. Mes mains se mirent à trembler. Comment pouvais-je me sortir de ce cauchemar ?

  Plongée dans mes pensées, à la recherche d'une solution, je ne remarquai pas que Giulia était entrée dans ma chambre avant de l'entendre verrouiller la porte à double tour. Mes yeux se posèrent sur elle.

  — Que dois-je faire ? demandai-je d'une voix brisée. Je suis complètement perdue.

  La détermination attisa une flamme au fond de ses pupilles. Elle s’installa à mes côtés, pris mon menton en coupe et planta son regard dans le mien.

  — Écoute-moi bien, Artémis.

  Mon cœur bondit dans ma poitrine. Elle ne m'avait plus appelé par mon vrai prénom depuis au moins quatre ans. Cela me sortit immédiatement de ma prostration.

  — Tu es l'une des femmes les plus fortes qu'il m'ait été donné de rencontrer au cours de mon existence, déclara-t-elle. Tu vas réussir à t'en sortir.

  — Comment ?! Je ne suis plus vierge, j'ai deux enfants et une maudite marque royale dont je ne peux me débarrasser !

  Je joignis le geste à la parole. D'un mouvement vif, je remontai mes jupons et dévoilai l'étrange tâche de naissance, semblable à un tatouage tribal, qui ornait la partie haute de l’intérieur de ma cuisse gauche. Cette marque prouvait que j'étais une héritière potentielle du trône, une Princesse de sang. La fille du Roi.

  — Cache-moi ça, m'ordonna Giulia en rabaissant ma robe. Vu sa position, personne ne devrait la voir si on arrive à mettre un terme à ces fiançailles.

  — Cela n’arrivera pas, mon père ne veut pas changer d'avis !

  — Laisse-moi m'occuper de lui. Je vais me rendre au palais et tenter de le raisonner. Surtout qu'il aurait dû me parler de ces accordailles avant de te promettre à cet homme. Pendant ce temps, tu te chargeras de convaincre le Roi talviyyörien que tu n'es pas celle qu’il faut.

  — Je ne veux pas partir.

  — Artémis... me reprit-elle durement.

  Mon cœur se serra et j'enfouis mon visage entre mes mains. Guilia avait raison ; la période des fiançailles me laissait encore le temps de m'en sortir. Pourtant, je n'arrivais pas à me résigner. Si tout se passait bien, j'aurais seulement à quitter ma famille et cette vie que j'avais eu tant de mal à bâtir depuis que les Zacharias m'avaient recueillie pour plus de deux mois. Cette idée m'était déjà difficile, mais ce n'était rien en comparaison de ce qu'il se produirait si j'échouais. Je me retrouverais à jamais enchaîné à un mari que je ne désirais pas, prisonnière de ce pays éternellement sous la neige, et mon crime finirait par éclater au grand jour, me condamnant à mort avec mes enfants. Comment pouvais-je m'y rendre en sachant cela ?

  Je restai de longues minutes dans cette position, à écumer toutes les options qui s'offraient à moi. La fuite me paraissait être la meilleure d'entre elles, mais avec deux jeunes enfants, ce serait trop dur. Ils ne savaient pas que notre vie n'était qu'un tissu de mensonges et je ne voulais pas les obliger à en vivre une où ce serait le cas. Ils ne méritaient pas de supporter un tel fardeau.

  — Tu les protégeras ? murmurai-je sans sortir la tête de mes mains.

  Giulia posa une main sur mon épaule.

  — Comme s'ils étaient les miens.

  Sa voix douce et assurée à la fois me donna la force de relever la tête.

  — Merci.

  Elle serra ma main pour m’encourager. Cela m’aida à chasser les larmes qui tentaient de gagner mes yeux, ainsi que le nœud qui se formait dans mon ventre. Je ne pouvais pas la décevoir.

  Après une profonde inspiration, je me rendis dans la chambre qu'occupait Francesco sans m'annoncer, ni frapper. En voulant contrôler ma vie, il avait perdu mon respect. Je le trouvai assis à son bureau, le nez dans des feuilles de compte. D'après les montants que je réussis à lire, les affaires allaient plus que bien.

  Avec sa capacité de rester focaliser sur son travail, sans être perturbé par ce qui l'entourait, il ne s'était pas encore rendu compte de ma présence. Je dus donner un coup de pied dans le fauteuil en acajou pour attirer son attention. Il voulut se lever, mais je lui intimai de rester assis. Je souhaitai le regarder de haut pour lui parler. Chose qui n'était pas possible s'il se mettait debout ; j'avais beau être assez grande pour une femme, mon cousin me dépassait légèrement.

  — Je vais aller à Talviyyör, annonçai-je. Mais seulement dans le but de rompre ces fiançailles.

  L'ébauche d'une grimace se dessina sur son visage avant qu'il ne la refoule.

  — D'accord, marmonna-t-il. Et si ça ne marche pas ?

  — J'aviserai. Mais ne crois surtout pas que ça suffira à me faire baisser les bras. Je n'épouserai pas cet homme, il en est hors de question.

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Leah Nash



 Parler d’un évènement traumatisant est souvent apaisant. Mais pour moi, parler ne servirait qu’à transmettre mon malheur à autrui, et je ne veux pas imposer ce fardeau à quiconque. C’est pourquoi je décide de transcrire ce que j’ai vécu, en espérant que mon esprit puisse se libérer et vivre la fin de mes jours dans une forme de paix. Mon nom est Elijah Lowe, et je dois vous implorer de ne pas continuer ce journal si par malheur vous le trouvez. Par pitié, reculez tant que vous le pouvez encore...
J’avais un ami autrefois, très cher à mon cœur. Nous étions comme deux frères et partagions tout. Nous avions grandi ensemble dans le même quartier au nord de l’Angleterre. Lui Ecossais, moi Britannique, nous étions comme issus de la même famille. Nous nous ressemblions autant de drops que de caractère. Les années passaient et rien ne pouvait nous séparer. Enfin presque. Un jour, Aidan apprit qu’un de ses lointain parents était mort et lui avait légué un manoir à Junkerdal en Norvège. Malgré l’isolement, il avait décidé d’y vivre, me disant que tout irait bien, et que la distance ne nous séparerait pas. Mais ce ne fut pas le cas. Les mois défilèrent, ainsi que les années, mais pas de nouvelles de mon ami tant aimé. Ce ne fut que 13 ans plus tard que je recevais une lettre de Norvège.

Junkerdal, 13 Octobre 18—
Cher Elijah, mon ami,
Voici bien longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je tiens d’abord à te faire mes excuses les plus sincères, je n’ai pas oublié la promesse que je t’avais fait lors de mon départ. Je ne l’ai pourtant pas tenue et j’ai malheureusement laissé le temps et la distance nous séparer. Il s’agit bien de la seule chose que je regrette de ma vie, ou peut-être que je regrette également d’être parti. La Norvège a beau être magnifique, la vie y est rude et solitaire. Je ne sais comment mon esprit et mon âme ont pu vivre autant de temps isolé ainsi, sans voir que le temps défiler. Et alors que je reviens à moi-même, ton image est réapparue dans ma mémoire. Des images de bonheur, du temps où nous étions un seul et même être, comme deux frères. Je ne cesse de me dire que je souhaiterais te revoir depuis. Mais la fierté et surtout la peur que tu m’aies oublié ou refuses tout contact avec moi, m’a paralysé pendant des semaines. Je me suis tout de même décidé à écrire cette lettre pour te demander de venir me rendre visite dans mon manoir. Je sais bien que c’est une longue distance à parcourir, mais je crains ne pouvoir me déplacer jusqu’en Angleterre. Je sais également que je t’en demande beaucoup, mais mon cœur ne me pardonnerait jamais de ne pas avoir tenté de te revoir. Mon domestique et fidèle servant Jaime Adams accompagne cette lettre, il t’aidera pour tes bagages et t’accompagnera pour la route si jamais tu acceptes ma requête. Sache que je t’attends patiemment.
Dans l’espoir de te voir, ton ami dévoué, Aidan McTavish.”
Un mélange de colère et d’immense joie s’était emparé de moi. J’étais évidemment très heureux d’avoir enfin une lettre de mon ami, mais pourquoi avoir attendu autant de temps ? Le lien que nous avions avait vite fait disparaître la colère et mes bagages étaient prêts en une heure. Je partais donc avec ce Jaime Adams, en direction du Nord.
La route me parut longue mais agréable. Le trajet en bateau beaucoup moins. Les paysages gagnaient en beauté et sauvagerie. Le froid était bien présent, ainsi que la neige. À l’approche du manoir, la forêt aux alentours devenait d'autant plus lugubre et pesante. La nuit était tombée lorsque j’arrivais sur la dernière route. L’orage éclairait celle-ci d’une lumière blanche me permettant de voir les arbres épais, la route pleine de boue et de neige à travers la fenêtre du fiacre. Au milieu des coups de tonnerre, les loups sauvages hurlaient à plein poumons, me donnant la chair de poule. Devant le manoir, je ne puis voir que sa forme carrée. Je l'imaginais sûrement fait pierres grises, noircies par le temps et les intempéries. Jaime prit mes bagages et me conduit à l’intérieur. Alerté par le bruit de la grande porte de bois, Aidan arriva. Le fait de le revoir m’emplit de bonheur, mais ceci ne dura qu’un court moment. Mon ami, autrefois plein de vie était extrêmement pâle et semblait plus petit et maigre. Il s’arrêta stupéfait. Tu es donc venu ! Me dit-il. Évidemment. Mais tu arrives plus tôt que prévu. Je ne t’attendais pas avant la deuxième semaine de Novembre !
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