Chapitre 2 - Partie 2

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  — Comtesse ? Comtesse Zacharias ?

  Cette voix légèrement vieillie et accompagnée de légères pressions sur mon épaule me tira de mon sommeil. J'entrouvris les yeux et aperçus madame Daskála, penchée au-dessus de moi.

  — Il est dix-huit heures, Comtesse. J'étais sur le point de fermer l'école quand j'ai remarqué de la lumière dans votre salle de classe.

  — Oh... Je suis navrée. Je ne pensais pas m'endormir.

  — Voulez-vous que j'appelle votre cocher pour qu'il se rapproche de l'école ? proposa-t-elle.

  — Non, ce n'est pas la peine, merci. Marcher va me faire du bien.

  Je rassemblai mes affaires, puis quittai l'école après lui avoir souhaité une bonne fin de semaine. Alors que je me commençais à avancer vers ma voiture, des hurlements de joie semblant provenir de la place à quelques rues de l'établissement attirèrent mon attention. Intriguée, je changeai de direction et me dirigeai là-bas.

  Une foule si dense qu'elle me bloquait la vue se déploya sous mes yeux lorsque j'arrivais dans l'allée qui donnait sur la place.

  — C'est ça, approchez, brave gens, approchez ! clama un homme derrière ce mur humain.

  Profitant de ma silhouette longiligne, je me glissai entre les habitants pressés les uns aux autres, qui s'écartaient parfois sur mon passage en remarquant ma chevelure, et parvins à me frayer un chemin jusqu'au premier rang.

  Ce que j'y découvrais me glaça d'effroi.

  Un homme, une femme et deux enfants, dont un ancien élève, se trouvaient à genoux à même le pavé, battus jusqu'au sang et encadrés par un juge et une dizaine de soldats déployés autour d'eux. Leurs membres étaient brisés, leur peau noircie par des hématomes de la taille de briques et leur visage tuméfiés, défigurés. Malgré le flot carmin qui s'écoulait de leur front, je reconnus le symbole qui y avait été gravé : un cercle composé de petites incisions biaisées. Le symbole des rejetés, des erreurs.

  Le symbole des Lathos.

  — Ah, braves gens ! s'exclama le juge en s'approchant de nous. Que je suis heureux de vous voir si nombreux ! Dame Nature peut être fière de chacun d'entre vous ! Si vous vous êtes rassemblés ici, aujourd'hui, c'est pour assister au rétablissement des lois naturelles. Cette famille... non, que dis-je ? Les Lathos n'ont pas de famille ; ces choses étaient cachées parmi vous ! Dans notre ville, dans nos écoles ! L'acceptez-vous ?

  — Non ! hurla la foule.

  — Voulez-vous que justice soit rendue ?

  — Oui !

  — Voulez-vous voir ces chiens mourir ?

  — Oui ! brailla la foule de plus belle.

  — Lathos ! tonna-t-il en se tournant vers les blessés. Votre crime est votre propre existence.

  Un soldat brandit une machette et le soleil se refléta sur le tranchant de la lame juste avant qu'il ne l'abatte sur le plus jeune enfant. Le coup s’arrêta d'un coup à quelques centimètres de sa nuque. La foule retint son souffle, tel un seul homme. Cet arrêt n'était pas une manipulation malsaine du soldat, ni une mise en scène pour faire durer l'exécution. Non. Le coup avait été bloqué par une main invisible. L'un des Lathos était un Télékinésiste.

  — Ne touchez à pas mon fils ! cracha le père de famille.

  — Regardez, mesdames et messieurs ! Regardez ce dont ce Lathos est capable ! insista le juge. Un homme devrait-il posséder un tel pouvoir ? Non ! Bien sûr que non ! Dame Nature ne nous a pas créés ainsi. Ce sont des erreurs, et les erreurs, ça s'efface.

  Sur ces mots, deux soldats assommèrent les parents et celui à la machette décapita les deux enfants, avant de réserver le même sort au père et à la mère. Le sang coula à flot sur les dalles de marbre grise qui couvraient la place. Les soldats récupérèrent les têtes tombées au sol et les présentèrent à la foule.

  — Justice rendue ! scanda le juge.

  Des cris de joie fusèrent tout autour de moi alors que j'étais prise de nausée. Je dus me débattre pour échapper à la cohue qui se rapprocha des corps afin de les emmener dans la fosse commune.

  Dès que je parvins à m'extirper de cette violence, je courus vers mon carrosse. Les tremblements de mes jambes redoublèrent d'intensité lorsque je le vis. Incapable de faire un pas de plus, je me laissai glisser le long d'un arbre. La scène à laquelle je venais d'assister ne cessait de passer en boucle dans mon esprit. Les soldats avaient assommé les parents Lathos de sorte qu'ils soient juste assez conscients pour assister à l'exécution de leurs enfants, sans pouvoir l'empêcher. C'était ignoble, inhumain. J'en tremblais encore. La tête contre les genoux, je me forçai à inspirer lentement pour me reprendre.

  Pourquoi Dame Nature avait-elle déclaré les Lathos comme des êtres contre-nature, des erreurs qu'il nous fallait éliminer ? Ils étaient nés avec leurs pouvoirs, ils n'y étaient pour rien !

  Mais le plus dur était encore de savoir que personne ne remettait en question cette injonction, même parmi mes connaissances. Les exécutions publiques des Lathos n'étaient plus seulement un ordre de la Déesse, elles étaient aussi le divertissement le plus apprécié au monde. En maîtrisant une personne qui possédait des pouvoirs proches de Dame Nature, proches du divin, les hommes retrouvaient un semblant de leur puissance d'antan, quand ils se croyaient encore être les êtres les plus puissants de la Terre.

  — Comtesse, vous vous sentez bien ? s'inquiéta mon cocher que je n'avais pas entendu approcher. Voulez-vous que je vous dépose chez votre médecin ?

  — Non, ça ira merci.

  Je me relevai tant bien que mal et me rendis à ma voiture, suivie de près par mon chauffeur. Il devait craindre que je m'effondre à nouveau. Je réussis à monter dans la calèche sans recourir à son soutien.

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