Epilogue

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Un décembre plus tard ...

Cassie

- Baisse la musique ! On ne s'entend plus penser !

On ne s'entend plus rien du tout.

Effectivement. C'est un joyeux chaos. Déjà, l'an dernier, j'avais trouvé cela dingue, cette ambiance chauffée à la guimauve et aux marrons braisés. C'est dans sa famille que Casey m'avait kidnappée pour les fêtes de Noël. Enfin moi, ma sœur, mon petit rayon de soleil et Gaby. Séquestrée dans la propriété familiale grouillant des branches de l'arbre généalogique des O'Neill, je n'étais pourtant pas passée inaperçue. Pas uniquement parce que j'étais la "petite nouvelle", mais surtout parce que j'étais une <<Deux en Un>>, ou encore << Une poupée Russe>>, comme se plaisait à le dire son grand-père paternel. Avant même que nous ne débarquions là-bas, toute cette joyeuse famille était déjà au fait de notre condition et de l'existence du petit lutin dans mon ventre, qui maintenant que j'étais bien consciente de sa présence ne se gênait plus pour me montrer qu'il était bien là.

Ils m'ont accueillie à bras ouverts et dorlotée comme une Reine. Diane, en particulier. Je sens encore son étreinte sur moi lorsque nous lui avons annoncé ma grossesse, juste après avoir squatté la pièce qui servait de loge à MTW pendant près de deux heures - C'est que j'avais faim, moi...
Tout notre séjour, la Mamie-Noël a joué les gardes du corps, empêché son fils le casse-pied de me bloquer l'accès à la merveilleuse fontaine à chocolat.

Oui, il a des souvenirs plus marquants que d’autres.

Pour la première fois depuis des années, j'étais envahie par l'esprit de Noël, celui que j'avais congédié sans préavis dans un passé dont j'ai aujourd'hui, je pense, jeté la clé. J'ai découvert avec soulagement que leur esprit de famille ne s'arrêtait pas aux portes de la génétique. Casey m'avait rassurée, mais pragmatique, je ne crois que ce que je vois. Jackson a participé à sa première chasse aux cadeaux, lui aussi immédiatement adopté. C'était une magistrale apocalypse de Noël. Du monde, des cris de joie, des éclats de voix dans les chants festifs, des anecdotes, beaucoup trop de nourriture - mais juste assez de chocolat pour moi- mais surtout, de l'amour. Comment si même sans nous connaître, nous avions tous toujours été liés. Mais l'amour n'attend pas le temps. Il a son propre calendrier, ses propres lois, sa propre temporalité.

Cette année, Casey a tenu à bousculer un peu la tradition familiale : c'est chez lui, chez nous, qu'il a voulu rassembler nos familles pour ce 24 décembre, repoussant à la semaine prochaine le séjour dans la demeure familiale. En même temps, on ne manque pas de place, ici.

Mais d'aspirateur à bruits, oui...me-dis-je.

Rabat-joie !

- Mariah Carey, c'est la base Cassie ! s’esclaffe encore Hannah en dandinant du postérieur les couverts à la main. Pas vrai Sienna ?

La demi-sœur de Will, qui chantait à tue-tête ''All I Want For Chrismas Is You''
lève les bras en l'air, s'agite de plus belle et se met à danser, rapidement rejointe par Diane, Scarlett, Everly, et une bonne partie des femmes de la famille O'Neill.. Je ris tellement que j'en oublie le niveau sonore. Jusqu'à ce que quelqu'un mette fin au vacarme.

- Eh bien mesdames, on vous laisse deux heures toutes seules et c'est l'anarchie quand on rentre ? nous interpelle Casey, un sourire moqueur sur ses lèvres qui me donnent envie d'un long baiser.

Intime, le baiser.

Donc en privé only.

- C'est pour ça qu'il faut des hommes à la maison ! ajoute le Viking en nous montrant ses biceps bandés. Mettre de l'ordre !

- On ne peut pas les laisser sans surveillance, quoi ! conclue Gabriel sous le faux regard furibond de ma sœur avant qu'elle ne se laisse gagner par l'hilarité.

- Dit le Père-Noël qui a esquivé la préparation du repas pour aller se balader l'air de rien ... je lui fais remarquer. Donc les femmes dans la cuisine et les hommes dans la Nature, c'est ça ta vision d'une préparation de réveillon en famille Cro-Noël ?

Casey lance un clin d'œil de connivence à Scarlett à côté de moi, puis m'octroie un très chaste baiser sur les lèvres, à peine un effleurement, à mille lieux du bouillonnant tremblement de Terre qu'il m’a offert sous la douche ce matin, nos corps luisants de perles d'eau chaude, dans l'épais brouillard de la buée.

- Mon lutin serait-il de nouveau ronchon ? me demande-t-il en laissant traîner son regard sur mon décolleté sans honte. Qu'est-ce qu'il y a Cassie ? Tu n'as pas eu ta dose de chocolat réglementaire pour le goûter ?

Un chant de rires mêlés s'envole. L'enfoiré. Personne n'a le droit de plaisanter avec le chocolat, c'est sacrilège et puni par ma loi.

On oublie vite la grève de sexe comme punition, Cassie !

Vexée, je joue le dédain pour l'emmerder et l'abandonne à ses blagues pourries. Je ne lui donne pas deux minutes pour venir se faire pardonner avec un baiser enflammé, et me promettre monts et merveilles... Donovan s'avance dans la salle à manger avec mon plus beau paquet dans les bras, gazouillant et en pleine discussion apparemment passionnante avec son grand-père, le Papi-Gaga.

Si Diane a tutoyé les cieux quand Casey et moi lui avons dit que nous attendions un petit elfe, quelle ne fut pas notre étonnement lorsque Donovan a laissé tomber la façade de PDG et ouvert des vannes des eaux de joie !

Il en aura fait pleurer, des gens ce petit lutin.

À ma vue, il me tend ses petits bras rondouillets, mon cœur fond. À chaque fois qu'il est là, je remercie le hasard de m'avoir conduit jusqu'au Royaume de Noël, il y a deux ans. Je n'ai jamais terminé mon stage en Europe, mais c'était pour la meilleure des raisons. Je ne regrette rien. À Vegas, j'ai gagné le gros lot.

- Oh mon joli bébé, viens faire un gros câlin à maman ! Tu m'as manqué...

À contrecœur, Donovan me rend mon fils après l'avoir assommé de bisous bruyants pour le faire rire. J'inspire profondément son odeur. Il sent le talc et son gel douche à l'amande douce, ses cheveux encore fin sont soyeux, glissent entre mes doigts. J'adore. Je ne m'en lasserai jamais. Il n'a que six mois, mais c'est déjà un sacré coquin qui réclame toutes les attentions. Toujours le roi de la fête. Et Jackson en est dingue.

Comme tout le monde.

Oui, après tout, il est le fils du Père-Noël... mon fils est un trésor mondial.

Oui, je suis gaga, moi aussi.

Casey passe ses bras autour de ma taille, m'enlace, en profite pour embrasser le crâne de notre fils, aussi. Et je sais que j'ai gagné.

- Allez mon cœur... ne me fais pas ta tête de troll des enfers, tu sais que je ne supporte pas ça... et j'ai une idée qui implique du chocolat, pour me faire pardonner.

Il a toujours les mots justes, lui.

- Elle va déjà avoir de la bûche au chocolat en dessert ! intervient Diane qui ne sait pas encore ce qu'elle vient de déclencher en moi.

Un appétit féroce qui ne pourra pas attendre. J'en bave déjà. Casey, prend notre petit Julian, et quand nos yeux se croisent, je sais qu'il a compris, quand il plisse les siens et me sourit, goguenard.

- C'est le moment du quart d'heure syndical, Santa, je lui souffle à l'oreille. Je vais t'attendre en haut mais ne tarde pas trop, sinon je commence seule avec mes joujoux ... et tant pis pour ta bûche, tu la limeras à la main...

- N'y pense même pas, mon lutin ...

***

-Cassie ! Il y a quelqu'un qui te demande à la porte ! s'époumone la sœur de William depuis l'étage inférieur.

Assise sur le grand tapis d'éveil de Julian avec tous les enfants de moins de 5 ans pour les occuper avant que les festivités ne commencent, je me lève et passe le relais à Hannah qui a bien du mal à se baisser avec son gros ventre. Dans moins de trois semaines, je serai de nouveau tâta. D'une petite fille, puis c'est Scarlett qui me comblera de nouveau de joie, d'ici quelques mois. Elle s'est lancée pour le deuxième, et va jongler entre son poste à la direction de MTW et les deux enfants. Ma sœur, mon héros !

Oui, ma vie est géniale... je descends les escaliers, me demandant bien qui peut venir me rendre une visite surprise le 24 décembre. Toute ma famille est déjà ici ...

Tu veux la refaire ?

Non. Je maintiens.

Un air neutre plaqué sur mon visage qui n'a rien de superficiel, je me poste face à la personne qui même si elle a pensé avoir choisi le bon jour pour me rappeler son existence, n'a rien d'un cadeau de Noël. Sa présence m'indiffère au plus haut point. Droit comme un cierge, les mains nonchalamment glissées dans la poche de son manteau dont seuls les pouces ressortent, il cesse de scanner ce qui l'entoure, admiratif, et m'inspecte des pantoufles à têtes de rênes au chignon avec un intérêt selon moi exagéré. Un sourire arque ses lèvres, et quand je les vois s'entrouvrir, je décide de lui couper l'herbe sous le pied :

- Bonjour, que puis-je pour vous ?

Choqué par mon ton monocorde autant que je pense par le vouvoiement qui le place sur une autre sphère que la mienne, un large voile d'incertitudes prend place sur son visage vieilli par le temps qui a plus que coulé sous les ponts. À son tour, il prend la parole. Sa voix, je ne l'ai jamais oubliée.

Jusqu'à il y a deux ans environ, l'entendre dans ma tête me mettait encore en colère, enroulait mon cœur dans un chiffon de douleurs. Aujourd'hui, plus rien.

- Cassie, tu ne me reconnais pas ? Je suis ...

- Personne, j'énonce clairement.

- Ton père, tonne-t-il en même temps que moi, avec aplomb, comme pour s'imposer, imposer sa vérité, revendiquer une place qu'il n'a plus.

Et qu'il n'aura plus.

Une place qu'il a sciemment et volontairement abandonnée en me tournant le dos. Parce qu'il n'a pas simplement fui face à la maladie de ma mère, de notre mère, il a choisi de nous quitter toutes les trois sous couvert d'un manque de courage de voir maman dépérir, pour aller refaire sa vie avec sa maîtresse. Un bel enfoiré infidèle. Aucune fierté.

Je pourrais rire du toupet qu’il a de se pointer chez moi après tout ce temps. Mais il n'en vaut pas la peine. Ce serait lui donner de l'importance, lui donner la fausse impression qu'il m'atteint d'une quelconque manière. Ce n'est plus le cas. Il est simplement un homme. Un géniteur. Le titre qu'il s'octroie ici, il ne lui appartient plus.

- Cassie, soupire-t-il en pinçant l'arrête de ses narines de sa main gauche avant de se reprendre et de faire un pas vers moi, cette même main tendue dans un geste dans lequel j'en suis convaincue, il met une grande signification.

Je la regarde, comme s'il me proposait simplement une tartine dans un magasin, pas intéressée. Recule d'un pas, croise les bras, sans jamais me départir de mon air impassible.

- Je ne sais pas pourquoi tu es venu, mais tu trouveras facilement le chemin pour repartir d'où tu viens, je lui énonce en tournant les talons.

- Attends Cassie !

Il me retient par l'épaule. D'un mouvement vif et pour le coup, aguerrie par un regard assassin, je lui ordonne sans mot de me lâcher. Il n'a aucun droit sur moi. Aucune légitimé pour s'inviter chez moi. Le soir de Noël, de surcroît.

Certains penseront probablement que c'est le moment de l'année où je dois faire preuve de charité. Mais de ne pas lui péter le nez à coups répétés de statuette de bonhomme de neige en bronze est en soi déjà une marque de bonté - car cette pauvre statuette posée sur ma jolie console ne m'a rien fait, en plus. Je ne le ferais pas pour moi, non. Mais pour ma mère, en son honneur, son souvenir. Pour la souffrance qu'il a ajouté à celle qui la disséquait déjà vivante, ce mal qui chez elle n'a pas été curable. Cet homme, c'était l'amour de sa vie. Et au crépuscule de la sienne, dans sa dernière ligne droite, alors qu'elle avait besoin de se battre de toutes ses forces, de l'amour de celui qu'elle aimait tant, avec qui elle avait bâti sa vie, son foyer, eu des enfants, il a emprunté le sentier du déshonneur. Elle a lutté, mais son cœur avait été brisé.

Moi aussi, il m'a quittée. Pour ne se préoccuper que de sa nouvelle famille. Alors quoi qu'il pensât obtenir en se pointant ici, c'était un effort vain.

- Ma pipette, nous pourrions discu...

Ouais... après réflexion... Combien elle pèse, cette statuette ?

Mauvaise idée.

Là, il va trop loin.

- Je ne sais pas si en quatorze ans tu es devenu sourd en plus d'être devenu amnésique quand tu as tiré un trait sur nous, alors je vais te le répéter : La sortie est derrière toi. Fais ce que tu fais depuis tant d'années : oublie-moi.

- Cassie, je suis ton père ! Tu portes mon nom ! se vexe-t-il.

Ouais. Erreur de casting, quoi...
Mais pour lui montrer qu'il a tort, j'ai une idée. La paume levée vers lui, je lui somme de ne pas bouger et monte six marches de l'escalier pour crier :

- Scar !? SCAR descends !! Avec Gabriel !

- Ta sœur est là ? s'étrangle-t-il. Et tu l'appelles encore Scarlett à ton âge ?

On t'emmerde !

Et avec un E majuscule !

- C'est Noël, je rétorque blasée de sa remarque en revenant à lui. Évidemment qu'elle est là !

Et oui... je l'appelle toujours Scarlett. Parce que même s’il y a longtemps qu'elle a cessé de porter du rouge tous les jours, qu'elle n'a plus non plus les cheveux écarlates à ressembler comme deux gouttes d'eau à mon personnage de dessin animé préféré quand j'étais petite fille, pour moi, ma sœur sera toujours mon héroïne favorite : Scarlett. Elle s'est battue pour moi, elle sera ma guerrière à vie.

J'entends d'abord leurs pas rapides dans l'escalier avant de de l'entendre elle :

- Qu'est-ce qui se ... MAIS QU'EST-CE TU FOUS LÀ TOI ? vocifère-t-elle à en devenir aphone en voyant qui se tient dans mon hall d'entrée. Je t'avais dit de ne jamais plus t'approcher d'elle ! Et qui t'a ouvert le portail ?

Bonne question.

Quelqu'un qui a cru bien faire. La sécurité, ou Aubrey elle-même peut-être. Il a dû se présenter comme mon père, ce faux-jeton.

Scarlett me dépasse et pousse l'intrus qui vacille, se reprend. Gaby s'interpose, je glisse ma main dans celle de ma sœur, la caresse d'un regard affectueux. Ensemble, nous reculons comme pour remettre entre nous l'espace qu'il a lui-même décidé dans le passé. Un symbole. Nous trois d'un côté, lui de l'autre. Car Gabriel à sa place, dans mon exposé :

- Je ne sais pas de qui tu es le père, je débute flegmatique, peut-être as-tu eu d'autres enfants, mais tu n'es pas le mien. J'ai 26 ans et tu es parti il y a plus de la moitié de ma vie, maintenant. Tu m'as abandonnée comme on laisse un vieux vélo devant une casse-auto. Tu m'as laissée toute seule dans un foyer avec des inconnus quand maman est morte, comme si j'étais juste un animal qu'on t'aurait demandé de garder après un décès. Tu m'as laissée à la fourrière, parce que je n'étais plus rien, pour toi. Et dépourvu de toute dignité, ou pour alléger ta conscience presque inexistante, tu as osé dire que tu n'avais pas les moyens de m'assumer alors que tu habitais dans un palace !

-Att...

-Fermez-là ! gronde la grosse voix de Donovan que je n'avais pas entendu nous rejoindre mais pose ses mains sur mes épaules. Elle n'a pas terminé. Si elle a la grandeur d'âme de vous adresser la parole, ayez la politesse de l'écouter ! Vas-y ma chérie, termine.

- Tu aurais simplement pu jouer le jeu pour les services sociaux puis me laisser à Scarlett. Mais non, tu t'en foutais d'elle et moi. Je ne sais pas qui tu es, je continue sans quitter son regard décontenancé par mon refus de lui sauter dans les bras comme dans une mauvaise série B, mais quelqu'un autre a pris ta place, avec brio, je lui explique en désignant ma sœur à mes côtés. Emma Anderson a joué le rôle de ma mère et celui de mon père, et c'est ce qu'elle est : mes parents, plus que ma grande sœur. Elle, elle a été là à toutes les étapes de ma vie, de ma naissance à aujourd'hui. Elle n'a pas flanché quand maman a été emporté par son putain de cancer, elle n'est pas partie en courant affaiblie par le poids d'une ado qu'elle n'aurait jamais dû porter seule. Elle a fait des sacrifices pour moi, quand toi tu n'aurais eu que trois papiers à signer pour lui épargner tout ça. Emma est tout ce que toi tu n'es plus à mes yeux : un parent, deux, en réalité. Même Gabriel, je lui désigne du doigt, est pour moi plus un père que tu ne le seras jamais. Il m'a accueillie dans son foyer, dans l'intimité de sa maison et n'a jamais essayé de se débarrasser de moi, lui. Il était là le soir de mon bal de promo, au milieu des parents-surveillants. Il était là quand j'ai été opérée de l'appendicite, là quand j'ai appris à conduire, là pour ma rentrée en fac. Et toi, tu étais où ? Pas à mes côtés, je ne lui laisse pas le temps de répondre. Alors peu m'importe que je porte ton nom, toi tu n'es plus rien pour moi. J'ai une merveilleuse famille aujourd'hui, des gens prêts à se soutenir même sans liens de sang. Toi, tu n'en fais pas partie, parce que tu m'as effacée de ta vie.

Un silence de morgue s'empare de la pièce quand je termine mon monologue. Donovan exerce plus de pression sur ses doigts, Scarlett presse ma main plus fort dans la sienne. Puis l'homme en face de nous tente le tout pour le tout, me confirmant que le passé est ce qu'il est : le passé.

- Alors ta sœur a oublié de t'enseigner la charité, réplique-t-il comme si je l'avais frappé. Je n'ai plus rien, Cassie. Je suis en train de divorcer, je vais avoir du mal à garder la maison ...

Sortez les violons !

Et l'orchestre, aussi.

- Et ? je m'enquiers un sourcil relevé en même temps que Scarlett.

- Comment ça ET ? répond-il rudement révélant son vrai visage : celui d'un homme qui ne voit en moi que ce qu'il pourrait en tirer aujourd'hui. J'ai appris par les journaux que tu as bien réussis : agent immobilier pour une la Majestic RE, en couple avec un milliardaire avec qui tu as eu un enfant, ton avenir est assuré !

Mais pas le tien, sale vautour.

- Et quoi ? lui demande Gabriel très sur la défensive, prêt lui aussi à lancer une missive., mode Papa-Ours-Brun activé. Si c'est du fric que vous voulez, vous n'aurez pas un dollar, le prévient-il d'un index appuyé sur sa veste. Vous pouvez vous fourrez le doigt dans l'œil bien profond, il ressortira par les voies naturelles !

Pas mal !

- Cassie voyons, tu ne vas pas laisser ton père dormir dans un squat ou sous les ponts, quand même?

Quel bon acteur. Hollywood lui tend les bras !

Ou pas. Car même si son jeu est bon, j'ai déjà compris ses intentions. Il a avancé d'un pas, le regard maintenant plus doux, attristé, comme s'il était l'incompris, ici. Il ouvre la bouche pour certainement entamer une nouvelle plaidoirie larmoyante pour que je m'apitoie sur son sort, mais j'en ai aussi assez entendu. C'est le soir de Noël, et c'est avec ma famille que je vais profiter.

- Je ne laisse pas dormir mon père sous les ponts, non, évidemment, je lui réponds en insistant sur le terme, voyant qu'il paraît soulagé -mais cela ne va pas durer. Toi, tu n'es pas mon père, je te le répète pour la dernière fois. Tu n'es personne, et avant que tu ne t'abaisses pitoyablement encore plus bas que tu ne l'es déjà en osant venir chez moi pour te faire plaindre de ton sort qui je pense est loin de celui que tu viens de nous décrire, ne t'avise pas de parler de mon bébé ou de mon neveu pour de nouveau revendiquer une place qui ne t'appartient pas. Tu n'es pas plus pour eux que pour nous !

Je me retourne, sans un dernier regard vers celui que n'en mérite plus depuis bien longtemps, et lorsque mon pied gauche se pose en appui sur la première marche des larges escaliers sur lesquels nous pourrions nous mettre à cinq côtes à côte, une idée me vient, un dernier conseil avant que plus jamais je n'adresse la parole à cet homme :

- Tu n'es pas mon père, et si Scarlett m'a appris à ne garder autour de moi que les personnes qui en valent la peine, pour ton information elle m'a aussi enseigné la charité. Alors voici mon cadeau de Noël, Bobby Green : La ville regorge de foyers pour sans abri, dont plusieurs soutenus financièrement par la famille O'Neill, vas-y de ma part si tu veux. C'est la seule chose que tu obtiendras de nous. Comme tu l'as dit à une assistante sociale quand tu m'as laissée moisir en foyer d'accueil, les foyers ont tout le confort nécessaire. Et je ne doute pas que tu ne leur poseras aucun problème. Joyeux Noël.

Et à jamais !


***

Mon plan dans une main, mon fils -bien emmitouflé dans sa gigoteuse nounours en fausse fourrure blanche même si la soirée est douce- calé dans mon bras droit, je marche entre les allées illuminées du jardin en quête du cadeau caché de Julian. En talons aiguilles, dans ma combipantalon rouge carmin au décolleté en cœur, avec un petit gilet blanc sur les épaules, j'ai l’air d'une mère Noël 2.0 ... qui a mal aux pieds ! Pourquoi ? Parce qu'encore une fois, Casey a voulu bousculer un peu la tradition familiale et décidé que ce soir, chacun aurait une surprise à trouver. Il a dit aux enfants qu'il connait bien le Père-Noël et qu'il a réussi à négocier pour qu'il passe deux fois chez nous, cette nuit. Nous voici donc entre le fromage et la bûche, à tous chercher où nous mènent nos énigmes respectives.

Je comprends mieux où les hommes étaient tous passés cet après-midi. Car le cache-cadeaux, c'est à six heures du matin que nous avions prévu de le mettre en place pour que tout soit prêt aux réveils des petits lutins, et des grands, aussi. Et je constate que Casey m'a fait une autre cachotterie : il a fait installer en douce des décors de Noël grandeur nature ! Si nous avions mis quelques sapins ici et là, avec des bonhommes de neige et des guirlandes pour être dehors aussi dans l'ambiance, là, c'est un véritable Pôle-Nord dans notre jardin ! On dirait un parc d’attraction !

Ou des décos dignes de MTW.

Julian, encore éveillé car stimulé par ses cousins et cousines, et les illuminations, s'agite en gazouillant. Vivement qu'il marche, mon petit lutin !

Comme ça tu devras courir....

Ça, je vais courir, c'est certain...

Troisième indice devant un traîneau, Julian s'agite et veut attraper les rênes. C'est qu'il semble aimer Noël, mon petit trésor. Je lis la petite carte au nom de Julian.

Devant lui, mon cœur deux fois a bondi.
Il n'a qu'une forme, un nom, mais on lui prête bien des expressions et objets détournés.
Il cache, mais révèle, aussi.
Il est le témoin de bien des bruits, et encore un aujourd'hui.


Je réfléchis quelques secondes, pas plus, avant de trouver la solution : Sapin.

-Il est mignon ton papa mon cœur, mais des sapins, il en a fait venir une bonne vingtaine ! je lance à mon fils. Ok, je n’ai pas une ligne de mannequin anorexique, mais bon, j'ai des circonstances atténuantes moi ! Il croyait me faire perdre trois centimètres de tour de hanches à me faire trottiner dans toute la propriété ? Franchement, je brûle plus de calories en jouant avec son joysti...

Cassie ?

- Oh regarde Julian les jolies lumières ! Tu as vu comme ça brille ?

Ok, je pense qu'il ne comprend pas ce que je dis, mais mieux vaut que je change de sujet. Il aura bien le temps comment on fait les bébés...

Ou de vous surprendre dans une position délicate.

Après six sapins qui n'étaient pas les bons et avoir participé deux fois à un décryptage d'énigmes, j'arrive avec Hannah et ses parents qui s'amusent à nous voir tous chercher car ils avaient déjà trouvé leurs cadeaux, devant un sapin d'au moins quatre mètres de haut. Magistralement bien décoré de rouge et or. Sans même être allée vérifier sous l'arbre je sais déjà que ma quête est terminée. Casey est là, Jackson sur ses épaules, à le faire voler comme Superman. Mon filleul rit aux éclats. Lorsqu'il nous aperçoit, il rend le petit héros à son père, tend les bras à son fils, m'embrasse tendrement, un baiser langoureux qui me donnent envie de plus, le corps frissonnant déjà de bien-être.

Je n'aurais pas pu rêver mieux que Casey comme père pour mes enfants. Hormis quand il tentait de réduire ma conso de chocolat et méritait la pendaison pour ça, il a toujours été un compagnon, puis un père formidable. Il s'en occupe autant que moi. N'a jamais rechigné à se lever la nuit ou a changé une couche à l'odeur qui vous ferait penser qu'un cadavre se cache là-dedans, ni raté aucun rendez-vous chez le pédiatre. Depuis six mois, son emploi du temps tourne autour de Julian. Quand j'ai repris le travail il y a trois mois, il ne s'est pas plaint que je rentre tard et de devoir s'occuper seul du bébé. Je sais qu'avec lui, j'ai vraiment tiré le gros lot sans jamais avoir à cocher des numéros !

- Si on allait chercher ce cadeau ?

- J'espère que tu as glissé une grosse barre de chocolat, Santa !

Vaut mieux pour lui, oui. Sinon c'est le drame.

Casey lève les yeux au ciel, puis dépose un baiser sur ma tempe.
Punaise, vu ça tête, y'a pas de chocolat... déception quand tu nous tiens.

Il ne reste que trois paquets. Je trouve celui de Julian, relativement grand, défais le paquet cadeau, ouvre la jolie boîte bleue qui renferme un magnifique ours blanc plus haut que mon fils, posé sur une étole en soie blanche brodée d'étoiles bleu ciel. Intrigué, il touche doucement la peluche, lui baragouine quelque chose qui nous fait tous rire, puis prend sa patte en bouche, son activité favorite depuis que des gencives le travaillent. Ensuite, Diane vient récupérer mon petit lutin qui ne se fait pas prier pour encore changer de bras. Cet enfant est sociable, contrairement à sa mère...

- Il y a autre chose, me souffle Casey qui se poste face à moi. Regarde bien.

À mon tour d'être intriguée. L'espoir de ma sucrerie renaît, un court instant. Une petite boîte carrée, emballée elle aussi, dans du papier doré, mais aux initiales de Casey, pourtant. "C.O'Neill".
Il n'oserait quand même pas s'être offert lui-même un carré de chocolat pour me malmener ? Parce qu'il rêve s'il croit pouvoir me voler sous mon nez !

Une cure de désintox, vite!
Et un cerveau non drogué au Nutella, aussi.

- Tu t'es offert quoi ? je lui demande perplexe.

Casey avance d'un pas, colle nos bassins, ses yeux plantés dans les miens. Ses pupilles reflètent les lumières du sapin. Il me sourit, un air doux sur le visage, différent de d'habitude, un poil mutin aussi. Ses lèvres effleurent d'abord les miennes telles une aile de papillon, puis s'y posent avec une lenteur exquise, et enfin sa langue demande l'accès à ma bouche, se frotte tendrement à la mienne dans un balai de velours. Quelques raclements de gorge nous rappellent qu'il y a des enfants. Dommage, j'ai vraiment très envie de ce "plus" qui attise ma libido.

- Je compte m'offrir la plus merveilleuse des surprises que la vie m'ait faite, chuchote-t-il à mon oreille, mais ce cadeau est bien pour toi, mon ange. T'ai-je dit à quel point tu es magnifique ce soir encore ?

- Je ne crois-pas, mens-je ...

Car il n'a pas cessé de me faire des compliments sur le choix de ma tenue, que j'ai eu bien du mal à zipper, pourtant. Une semaine de plus et je devais changer de taille !

Même moins, Cassie.

- Alors je te le redis. Tu es splendide Cassie, maintenant Ouvre ...

- Mais pourquoi tu as écri...?

Il soupire, néanmoins amusé, alors je m'exécute, retire l'emballage. Tombe nez à nez avec un écrin aussi rouge que ma tenue. Immédiatement, mes mains se mettent à trembler, mes yeux soudés au petit objet se voilent d'eau. Ma respiration, elle, vient de décider que je n'avais plus besoin d'elle et a dû quitter mon corps pour rejoindre la troupe familiale qui nous entoure et nous observe à quelques pas de nous. Je sens leurs regards attentifs, entends la rumeur du joyeux étonnement.

- Cassie ?

Mes yeux se détachent de la boîte carmin, mais n'ont pas besoin d'entamer une longue ascension. Casey, agenouillé devant moi, me caresse de son regard émerveillé et incroyablement affectueux. Même sans qu'il ne parle, je sais ce qu'il me dit, et mes yeux émus lui répondent la même chose : que je l'aime à l'infini. Doucement, il prend l'écrin, et tout en l'ouvrant, prononce d'une voix révélant son émoi sa déclaration à laquelle je ne m'attendais pas. Pas encore. Pas si tôt :

Mais la vie est bien faite...
Le hasard fait décidément bien les choses ...

- Cassie, mon amour... tu sais déjà à quel point je t'aime. Tu sais déjà que je ne conçois plus ma vie sans toi, depuis que mes yeux t'ont vue, que mon cœur a compris que c'était toi, la meilleure partie de lui. Tu n'es pas simplement la femme de ma vie parce que tu es la mère de mon fils, car tu l'étais déjà avant lui. Tu es mon tout, Cassie, me dit-il les yeux dans les yeux. Mon soleil et ma lune, mon aurore et mon crépuscule. Tu es mon souffle, la partition des battements de mon cœur. Et ce soir, devant un sapin qui est encore le témoin des étapes magiques de nos vies, je ne veux qu'un cadeau, que tu acceptes de devenir ma femme.

C.O'Neill... pour Cassie O'Neill, bien sûr... Petit malin !
J'essuie rapidement mes larmes, prie mes poumons de se gorger d'air frais. Fixe la magnifique bague qui n'attend que ma réponse, et mon doigt : un solitaire taillé en poire entourés de petits diamants, monté sur une bague pavée des mêmes pierres. Une bague de princesse. Casey attend, à mes pieds. J'espère que quelqu'un filme, parce que ce n'est pas tous les jours que j'ai un Père-Noël milliardaire à mes pieds ... Ok, je sors...

L'émotion...

- Tu n'es pas censé me poser une question ? je lui glisse à voix basse en gloussant.

- Cassie Green, veux-tu bien m'épouser ? me demande-t-il à voix haute et claire. Et éviter de me ruiner en chocolat, aussi ? ajoute-t-il faisant rire l'assemblée. Car vu ta conso, on devra faire prêt à la consommation dans moins de dix ans ...

L'enfoiré !

Il a osé !

Oui. Mais je lui pardonne, car il va bientôt comprendre ...

- Oui, Casey, je veux t'épouser, je souffle en larmes juste avant qu'il ne glisse la bague à mon annuaire.

Bye-bye le nom de ton Connard-Géniteur...

Il se relève, m'embrasse à m'en faire perdre la raison sous les applaudissements et sifflets de notre grande famille. Quand nous manquons d'air, que nous yeux ne se quittent plus, s'adorant, se hurlant silencieusement tout notre amour, je sais que c'est le bon moment pour à mon tour, prendre le sapin à témoin :

- En revanche pour le chocolat, ça ne va pas être possible, Casey, je lui dis en prenant son visage en coupe. Je n'y peux rien, moi, si à chaque fois que je porte ton enfant, j'ai besoin d'engloutir des kilos de chocolat tous les jours !

Une nouvelle rumeur éclate, mais c'est le visage interloqué de Casey qui, figé, a toute mon attention. Il met plusieurs secondes avant de réagir, un immense sourire éclairant son visage :

- Tu es enceinte ?

- Oui, et je commençais à avoir du mal à te le cacher, je lui réponds en posant mes deux mains sur mon ventre. C'est qu'ils prennent de la place, tes bébés...

Casey, se moquant totalement maintenant que nous ayons un public de moins de dix-huit ans, passe ses mains sous mes fesses, me soulève, et honore mes lèvres comme il sait si bien le faire, soufflant des <<merci>> à l'infini, comme mon amour pour lui, pour eux.

Cette année, je peux enfin le dire : J'adore décembre, et j'adore Noël !

Je ne veux plus entendre parler de ce passé qui est enterré. Mon avenir est là, devant moi, et en moi.

J'ai fait la paix avec le calendrier.

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