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Cassie.

- Cassie Green ! Tu as comploté dans mon dos ?!

Elle a vraiment dit ça Miss Alzheimer ?

Ses yeux couleur jais ouverts autant que faire se peut, outrée que j'ai pu lui faire cette cachotterie à elle qui aime tout savoir comme une commère en bas d'un immeuble de quartier -ou qu'une coiffeuse capable de renseigner les forces de l'ordre sur n'importe laquelle de ses clientes et même sur les personnes n'ayant jamais passé les portes de son salon - Hannah retire ses bras de mes épaules qu'elles encerclaient après une effusion de cris joie en tout genre comprenant à mon faciès - souriant pourtant- que oui, je savais.

Alors, ça fait quoi ?

Sidérée, sa bouche teintée en rouge framboise imitant un O parfait, elle m'observe la regarder en retour avec circonspection en réponse à sa remarque, dont elle comprend je pense peu à peu la portée ainsi que ce qui me vient en tête. Oui, elle est estomaquée, son culot ayant pris le dessus sur sa raison. Elle se renfrogne quelque peu, aussi, même si elle pense que je lui renvoie l'ascenseur. Mais elle est à des milliards d'années lumières du mur que moi, je me suis pris et dont les séquelles se font parfois ressentir même si j'ai pardonné.

***

A la recherche de ce foutu téléphone qui joue encore à cache-cache au milieu des cartons comme si je n'avais que cela à faire, en le menaçant de ne plus le nourrir pendant des jours telle une mère voulant faire un chantage affectif à son enfant en lui faisant croire qu'elle va le priver de son dessert préféré au prochain repas s'il n'obéit pas, je fouille chaque recoin de la pièce, je fulmine. Comment un si petit objet peut-il nous mettre dans un état pareil dès lors qu'on le perd des yeux une toute petite seconde ?

Tu sauras quand tu auras des enfants ...

C'est pas demain la veille, calme ton horloge biologique, elle est déréglée.

- Bon, si tu ne réapparais pas dans les soixante secondes, je le préviens à voix haute, je t'abandonne à ton sort et je te remplace dans l'heure ! Ne te crois pas indispensable, chaque chose est remplaçable !

Surtout moi, me fais-je réflexion.

Allez Cosette, c'est reparti !

Non mais c'est vrai, il est où, ce con ? J’entends déjà d'ici Hannah me répondre sur son ton le plus solennelle <<cherche vers tes terres vierges Cassie, TON CUL QUOI !>>. Et ça me file un pincement au cœur.


Merde ! Il est où ? Ce n'est pas si grand que cela ici, une petite soixantaine de mètres carrés, mais ça me convient pour moi toute seule. Une grande chambre avec un dressing, une véritable salle de bains avec une jolie baignoire îlot en son centre qui apporte un côté rétro-chic à la pièce au parquet clair style parisien et aux murs semi-carrelés de gros carreaux en mosaïque blancs,bleus,et anthracites. La cuisine ouverte sur le séjour n'est pas très grande, mais suffisante pour l'utilité que j'en ai. Le plus important pour moi, c'était une pièce à vivre lumineuse avec une jolie hauteur sous plafond pour ne pas me sentir comme un poisson dans un bocal. Alors ici, dans ce loft qui était auparavant une usine de textile réhabilitée par un promoteur en plusieurs logements il y a moins de dix ans, c'est le compromis parfait. Un pan à été conservé "brut". Les briques rouges sont apparentes. Le sol en parquet clair m'en rappelle un autre qui m'avait beaucoup plu, mais je ne peux rien y faire, et il apporte du cachet à l'appartement. Étant au dernier des trois étages, je profite en levant les yeux au plafond de l'entrelacement des poutres en bois et des quelques tuyaux de cuivre qui ont été laissés là plus pour le design que pour l'utilité. Pour compléter le tableau, il serait utile que je meuble tout cela correctement, mais mes différentes discussions avec moi-même depuis une semaine que je suis dans les lieux n'ont rien donné de plus qu'une question qui revient fatalement tel un boomerang : Est-ce vraiment nécessaire d'investir en voulant partir ?

Se poser la question c'est déjà avoir la réponse, dixit Scarlett.

Oui. Et elle avait raison lorsqu'elle a partagé avec moi cette vérité. J'étais amoureuse de Casey. Du moins de cette partie de lui que je connaissais, cette personnalité qui n'était que la personnification d'une identité créée pour mes yeux aveuglés. Mais j'ai ainsi pu illustrer de manière magistrale que la partie immergée de l'iceberg est toujours plus colossale que sa partie visible. Cet homme au physique aussi lumineux et attirant qu'une petite d'or en plein soleil cachait une partie de lui dans l'ombre du mensonge, à moi qui lui avait ouvert mon cœur lui créant une brèche pour qu'il s'y engouffre. Ce qu'il a fait. Jour après jour. Nuit après nuit. Des nuits à faire fondre la banquise. Baiser après baiser, torride ou sage, mais toujours passionné. Il s'y est fait une place, mais a aussi piégé lui-même son siège de dynamite en laissant le compte à rebours tourner trop longtemps. Jusqu'à l'explosion.

Alors oui, Emma avait raison. Se poser la question, c'est déjà avoir la réponse. Peut-être aurait-elle alors dû s'en poser une avant de plonger dans les eaux agitées de la trahison " Cassie va-t-elle souffrir et m'en vouloir quand elle saura que j'ai participé à l'embuscade qui l'a blessée ? ". Réponse évidente pour question conne. Oui ! Mais elle aurait dû se la poser. De tous, c'est elle qui aurait dû dès qu'elle a compris, dire ces quelques mots << Cassie, je crois que Casey, c'est Casey O'Neill>>. Oui, très simple. Mais elle n'en a rien fait, préférant laisser le bénéfice du doute à la raison du mensonge de mon maintenant ex-copain.

O'Neill, je connaissais le nom, puisque ma sœur travaille pour leur magasin de jouets depuis plus de dix ans. Elle m'avait déjà parlé de l'empire O'Neill. Et les trois quarts de la Californie doivent connaître leur nom, leur renommée, leur groupe, leur poids aussi.

Putain de téléphone ! Mais il est où ?

J'aime ma sœur, profondément, incommensurablement. Je lui suis et lui serai chaque jour de ma vie reconnaissante de ce qu'elle a fait pour moi. Je donnerai mon cœur pour elle. Mais pour le moment, il est en travaux, en réparation. Peut-être suis-je ingrate, car l'erreur est humaine, j'en suis consciente. Mais malheureusement, si l'erreur est facile le pardon lui, ne l'est pas tout autant. En particulier avec ceux de qui la trahison paraît la plus douloureuse. Ils ont tous pris part à ça. Mais Scarlett, c'est mon coup de grâce. Elle sait à quel point j'ai souffert du mensonge de Mika qui entretenait une Liaison avec Alyssa depuis des semaines, peut-être plus que de l'abandon orchestré lui-même. Pourtant, elle a choisi son camp. Elle aurait dû me le dire. Encore plus le soir où Casey est venu à la maison. Mais non ... Je lui en veux. Elle le sait. Je sais qu'elle s'en veut. Mais j'ai besoin de temps pour accepter qu'elle, elle m'ait menti. Quel que soit le but et la raison, elle m'a menti. La discussion était douloureuse, je ne l'aime pas moins. J'ai juste besoin de temps. De me mettre d'accord avec mon cœur et ma tête. Toutes les deux blessées. Elle est mon roc et elle a tenu le marteau piqueur pour me fissurer, même involontairement. J'ai besoin de temps.

À bout de nerfs, je jette l'éponge. Il mourra seul du manque de batterie. Tant pis ! Une semaine que je suis ici et je n'ai pas encore ouvert mes cartons, si ce n'est le linge de lit et un peu de vaisselle. À se demander si j'emménage ou je déménage ...

On peut se poser la question, oui.

Le cri strident de la sonnette retentit. Une fois, deux fois... trois fois ! Je ne sais pas si un ancêtre sans sonotone vivait ici avant moi, mais mes oreilles vont bien ! Je m'élance vers la porte, pensant trouver derrière elle l'un des gentils et on ne peut plus accueillants voisins venu une fois de plus "me souhaiter la bienvenue"...

Traduction : l'inviter à dîner et plus si affinité...

...Et putain de bordel de merde sur talons rouge vinyle ! Qu'est-ce qu'elle fout-là, la traîtresse?

Elle ne vient pas faire de la poterie, c'est sur ...

Non, elle salirait ses ongles...

Vilaine Cassie ! Range tes griffes Miss Wolverine.

- Salut Cassie ...

Son filet voix aussi fuyant que son regard, si loin de celle qu'elle est en réalité, me prend une seconde aux tripes avant que la rougeur flamboyante de ma colère ne reprenne le dessus. Je ne suis pas le genre de fille qui aime faire mal juste pour rendre le coup. Après Mika, j'ai fait un pacte avec moi-même : ne plus me laisser marcher sur les pieds, avancer pour ne pas devenir une nana aigrie entourée pour seule compagnie de sept chats dont le ronronnement serait la seule conversation. Je ne suis pas contre la vengeance, et n'ai pas oublié que j'ai des comptes à régler avec mon ex. Enfin, le Déménageur-De-l'Express, pas le Roi-de-la-fausse-identité. -Oui je sais choisir mes mecs...- Non. Je ne veux pas faire mal par simple méchanceté. Mais j'ai rangé ma gentillesse dans ma poche tout comme...

J'ai commandé ma banderole "MDR", elle arrive ...

Prends aussi une RIP. Je vais t'étriper ! Ma main droite partie en expédition de son propre chef dans la poche arrière de mon short en jean, elle découvre avec soulagement la cachette de mon téléphone. Oui.... Je sais ... Dans mon Luc !

- Fait chier ! vocifère ma bouche en même temps que je compte mentalement le temps perdu dans mon enquête sur la disparition du petit objet.

- Je peux entrer ?

Mes yeux vérifient au-dessus de son épaule qu'elle est bien seule. Will et moi avons posé les choses à plat, mais si je dois faire la même chose avec sa copine, ce sera seule, sans personne pour jouer les tampons. Ma vision confirmant qu'aucun intrus supplémentaire ne va s'imposer chez moi, je lance sèchement ce qui sera pour moi le test afin de voir si elle est réellement prête à avoir cette discussion :

- Si tu penses pouvoir faire autre chose de ta bouche que sucer ton mec comme une affamée ou me prendre pour la dernière des connes, tu peux, oui.

Hannah se fige après un hoquet de surprise, ne s'attendant probablement pas à être giflée à même le paillasson "Tu sonnes mais je mords".

Comme une prémonition.

Ses lèvres partent se cacher entre les plis de sa bouche qu'elle pince, portée par l'instinct de survie pour ne pas répliquer immédiatement à mon avis. Hannah se contente d'un léger hochement de tête, ses yeux ne se posant que deux secondes montre en main sur mon visage fermé avant de se lancer dans l'analyse de mon appartement.

Elle ose un petit tour sur elle-même dans ce qui me sert de hall d'entrée : un couloir un peu large qui m'a permis de poser un porte manteau et un petit meuble à chaussures qui me tient aussi lieu de vide poches. J'ai aussi accroché cinq cadres au mur de photos de que j'ai faites agrandir : Jackson le jour de sa naissance, une de chacun de ses anniversaires, puis une dernière de lui et moi il y a quelques semaines. Jack, mon idole ... Dans le séjour, son inspection continue mais ne dure pas. En même temps il n'y a pas grand-chose si ce n'est un canapé trois places, une bibliothèque à quatre étagères qui sont encore dépourvues de tout livre toujours stockés dans mes cartons, une petite table basse sur laquelle trônent une grosse bougie parfumée ainsi qu'une orchidée blanche, et un tablette Ikea qui héberge ma télévision. Sommaire oui, mais c'est mieux que rien. Car "rien" c'est que m'a laissé Mika dans l'Illinois l'an dernier.

- Pardon Cassie.

Quel numéro sur le ticket ? 4329?

Le silence ambiant et pesant est témoin de ma -non- réaction. En façade seulement. Car entre les murs de ma tête et mon corps, c'est la révolution. Les bûchers s'embrasent, les vitres et vitraux craquellent puis éclatent sous les cris suraigus du grondement de ma colère armée de déception, ou inversement. Je voudrais être simplement plongée dans la rage, mais je baigne dans plus : la frustration de ne pas comprendre "Pourquoi", la tristesse d'avoir réalisé que près de quinze ans d'amitié ont eu moins de poids dans la balance que son envie d'aider Casey et Will dans leurs plans. Le premier étant de me faire venir à Aspen sous un faux prétexte, dans l'espoir que Casey finisse par jouer sous mon sapin, et moi avec sa canne à sucre et ses boules de Noël.

Le jeu nous manque...

La partie est finie.
Tiraillée par toujours autant de sentiments, et parfois contradictoires car moi malgré tout je n'efface pas en un claquement de fesses des années de souvenirs et de soutien, j'ai bien du mal à tenir le gouvernail pour garder le cap. Mais consciente que la colère doit être évacuée car elle me bouffe, je la laisse mener la bataille. Sans regret.

- Tu l'as déjà dit, enfin écrit, je me corrige acerbe en m'asseyant sur mon canapé avec plus de dédain que je ne l'aurais voulu. Dans des dizaines de texto, presque des copiés-collés d'ailleurs, tu as perdu en imagination, j'ajoute avec une véhémence non dissimulée. Et je sais lire Hannah. Je suis conne, pas analphabète !

Nouveau hochement de tête. Son menton tremble perceptiblement, du regard elle cherche le mien, ou mon indulgence qu'elle ne trouvera pas. Pas aujourd'hui du moins, car aujourd'hui la météo annonce une tornade. L'accalmie viendra, certainement, plus tard.

Touchée par un semblant de raison. Merci seigneur !

- J'ai pas pu Cassie, sanglote mon amie en prenant place à l'autre bout du canapé, les genoux fixes et serrés mais les doigts impatients qui pianotent frénétiquement sur eux. Quand l'avion a atterri, j'ai paniqué. Dans la voiture, plus on mangeait des kilomètres, plus mon estomac se retournait. J'ai eu peur que tu ne veuilles rentrer à L.A, peur qu'Emma me fasse la peau...

Mais tu es toujours là.

Putain. Moi aussi mon estomac s'en mêle.

- EH BIEN TU T'ES TROMPÉE HANNAH MERDE! j'éructe en me levant d'un bon, hors de moi et récitant intérieurement une prière pour ne pas me mettre moi aussi à pleurer comme une madeleine -Tel un éternuement, les larmes convoquent les larmes avec moi. Putain d'empathie la con ! TOUT LE MONDE S'EST TROMPÉ ET CELA VA S'EN DIRE TOUT LE MONDE M'A TROMPÉE !

J'inspire profondément, mais ce n'est pas assez. J'ai la sensation que mon cerveau est en surchauffe et qu'il lui faut un séjour dans mon congélateur pour ne pas exploser. Il n'est plus l'unité centrale de mon corps mais une centrale nucléaire dangereusement sous pression. Je souffle. Expire. Mon cœur semble croire que je viens de faire trois heures de cardio. Alors pour me calmer, je plante Hannah et pars m'isoler dans ma chambre en claquant la porte. Quand je reviens quelques minutes plus tard, elle n'a pas bougé.

Aussi entêtée que toi.

- J'aime Will, Cassie, dit-elle d'une voix toujours en berne.

Ce n'est pas un scoop.

- J'espère que tu ne vas pas rejeter TA faute sur William !? je m'étrange en attrapant une pomme dans ma corbeille à fruits sur laquelle ma main va passer ses nerfs. Chacun est libre de ses choix, Hannah ! Et chacun est responsable de ce qu'il dit et de ce qu'il fait ! Will et toi n'êtes pas siamois il me semble ! Collés comme bite et boules, oui, mais pas siamois !

Hannah se lève, soudain plus combative, me rejoint dans la cuisine, et se plante devant moi poings sur les hanches, les yeux dans les yeux. Voilà. Là on va pouvoir vraiment discuter.

- Je pensais qu'entre toi et Casey, ça pouvait le faire Cassie !! braille-t-elle la tête haute. Quand tu me racontais vos échanges au magasin, c'était évident qu'il te plaisait ce type ! Quand Will m'a dit qu'il allait appeler son pote, au club, me raconte-t-elle, parce que tu ne voulais pas qu'on te raccompagne ce soir-là alors que tu étais torchée au Champagne comme une serpillière imbibée, c'est là qu'il m'a dit qui était ce fameux pote !

Fameux oui.

Très connu, sauf de moi ... physiquement du moins. Je ne savais pas à quoi il ressemblait.

- Et ? Ça ne t'a pas traversé l'esprit de courir me le dire ?! Putain Hannah ! Je râle en m'ébouriffant ma tignasse emmêlée, je connais mieux le calendrier de tes règles que le mien ! Je connais toute ta vie jusqu'à la cousine de la voisine de ta grand-mère et tu m'as caché ça !! Alors OK, je tempère par moi-même, je voulais m'envoyer en l'air ce soir-là et je n’en avais clairement rien à foutre de la carte d'identité du mec qui me servirait de sex-toy géant, mais quand même merde ! À partir d'Aspen, tu devais me le dire ! EST-CE QUE TU AS LA MOINDRE PUTAIN DE PETITE IDÉE DE CE QUE ÇA FAIT DE SORTIR AVEC QUELQU'UN PENDANT SIX MOIS, DE COUCHER AVEC CETTE PERSONNE QUE TU AS EN PLUS PRÉSENTÉ À TA FAMILLE, D'EN TOMBER AMOUREUSE PUIS DE SE PRENDRE LE TRAIN DE LA VÉRITÉ DANS LA TRONCHE À MIL À L'HEURE ET DEVANT UN PUBLIC, EN PLUS ???? je hurle comme une malade hystérique qui n'a pas pris son traitement sans plus penser au voisinage, des perles chaudes dévalant mes joues de la même chaleur que celle qui inonde mon estomac. NON TU NE SAIS PAS !!! je poursuis après avoir marqué une pause pour reprendre mon souffle. ET D'APPRENDRE QUE MA MEILLEURE AMIE A LAISSÉ MON COPAIN ME MENTIR ! MA SOEUR !

- Je suis ...

- DÉSOLÉE ! JE SAIS !

Je pleure, ou je tremble, peut-être les deux. Je déchire deux feuilles de sopalin sur le rouleau, essuie les traces de mes émotions à fleur de peau sans pouvoir en effacer plus la cause face à une Hannah qui n'en mène pas plus large que moi. Parce que l'amitié, c'est comme l'amour. C'est fort. Il y a des hauts, des bas. Des crises que l'on peut surmonter, d'autres qui ne le sont pas, surmontables. À bout de forces, alors que dans ma tête encore tant de mots que j'aimerais lui balancer se font la guerre pour savoir qui sortira en premier par les portes de mes lèvres, je lui souffle, sentant un morceau de mon cœur se détacher encore :

- On ne choisit pas sa famille, Hannah ...

Mais ses amis oui.

Nos yeux éteints se rejoignent, sans duel, sous le saule pleureur de la Pénitence. Le souvenir de notre première rencontre à l'école m'apparaît en une vision déchirante de ce que nous étions : moi, la petite fille en pleurs assise sur un banc à côté de Wyatt qui me tenait la main, à la rentrée des vacances de Noël, après le diagnostic de ma mère. Elle, la petite nouvelle fraîchement débarquée de San Diego, qui s'est approchée de nous pour combler sa solitude dans une cour de récréation où les enfants étaient déjà loin d'être des anges. Aujourd'hui, dans nos deux paires d'yeux, une seule question commune : Comment ?

La vie.

Et elle de me répondre, dans un murmure pourtant hurlant comme une litanie au porte-voix en prenant mes mains dans les siennes :

- Alors tout va bien parce tu es ma famille, Cassie. Je ne t'ai pas choisie comme tu ne m'as pas choisie. Ce sont nos cœurs qui l'ont pas fait pour nous il y a des années... .

Ouais. Elle est forte... Un point pour la Traîtresse.

- Et quand le cœur se trompe, hein ? je lui demande rageuse en récupérant mes mains même si elle n'a pas tort sur ce qu'elle est pour moi. Quand il s'est trompé en chargeant lui-même le flingue qui a tiré ? Tu as peut-être raison Hannah tu vois ! Peut-être que ça aurait marché avec Casey. S'il avait eu confiance en moi et ce que je suis, s'il m'avait dit qui il était au moins avant de me baiser et bien profond pour le coup ! Ou même après en ayant eu des remords parce que je lui avais tout dit pour Mika ! Vous m'avez tous privée de quelque chose d'aussi fondamentale dans ma vie que le chocolat ! LA VÉRITÉ ! Mais avec des Si, on refait le monde ... Alors pour le moment Hannah, peu m'importe qui est qui pour qui que ce soit, je me calme pour qu'elle intègre chaque mot. Je suis heureuse que William et toi, ça fonctionne, vraiment. Mais aujourd'hui, j'ai besoin d'avaler que tu as préféré te servir de ta bouche pour avoir le goût de ton surfer-viking sur la langue à en dégorger tellement tu l'aspires, que de t'en servir pour me dire, dis-je d'une voix nasillarde au possible en gesticulant telle une pimbêche "Hey mon lutin des bois, tu sais que sous le costume de ton Père-Noël chaud comme la braise il y a un milliardaire aussi canon que riche et connu comme Crépus ? Non ? Ah bin maintenant tu sais ! Bonne baise ! "

- Cassie on peut ...

- Aujourd'hui on ne peut rien de plus, Hannah, je lui déclare sévèrement en quittant la pièce. Vous avez vous même fermé la porte entre nous, alors ne venez pas pleurer comme si c'était moi, la méchante fille dans l'histoire qui refuse d'accordrr son pardon dès que vous accourez. Will, je le connais depuis six mois, toi depuis mon enfance et Scarlett est comme ma mère, j'énumère sachant qu'elle va comprendre qu'ils ne sont pas tous dans ma tête au même niveau. Tu sais où est la mienne, de porte. Claque-là en sortant que je sache que tu es partie. Enfin, si ce n'est pas trop de demander bien-sûr ...

Un petit rire sardonique sonne le glas de cette bataille que je sais avoir gagné, même si j'y ai encore laissé des plumes. Le temps fera son œuvre.

Le cœur aussi.


***

- Bon, oublie ce que je viens de dire ! s'excuse-t-elle en ne perdant rien de sa bonne humeur tout en claquant des doigts devant mes yeux perdus dans le brouillard de mes souvenirs. Je suis trop conne, je le sais ! Bref, quand Will m'a prévenue tout à l'heure qu'il m'organisait une petite fête surprise, et que je pouvais inviter entre dix et vingt personnes, j'ai eu une.idée.de.génie Cassie !

Petite fête surprise ?

Ouais alors là, on va quand même vérifier, Cassie ...

Et plutôt deux fois qu'une...
Je soupire en me frottant le front alors qu'elle se rue sur un grand sac en papier qu'elle a posé à l'entrée de mon bureau en arrivant. Génial. C'est la journée des surprises ! La mère de mon ex, et maintenant MissBirthday sous exta. Et il n'est que 18h.

- TADAM ! s'écrie-t-elle en secouant fièrement devant mes yeux ébahis de stupeur la chose à laquelle elle a pensé pour son anniversaire.

Je bascule ma nuque sur la gauche d'abord, puis la droite. Putain de journée ! Pas de doute, elle est folle !

Et il t'a fallu quinze ans pour poser un diagnostic Miss Freud ?

- Bin cache ta joie mon lutin de luxe ! éclate-t-elle de rire à mes dépends. Tu pourrais au moins me remercier de ne pas avoir demandé à Maman Dragon de me fournir ton déguisement, parce que je te jure que j'ai vraiment eu envie de te faire ce clin d'œil...

Et ça aurait été la dernière chose qu'elle aurait fait de sa vie. Foi de lutin !

Dommage de mourir si jeune pour une histoire de costume surprise ! Mais y'a des morts très cons, parfois...


***

Mon sac et mes clés à la main, je suis à moins d'un mètre de la porte de mon bureau quand le téléphone, ce démon, s'en rend compte et se met à sonner. Je pèse le pour et le contre, jette un coup d'œil à ma montre dans un soupire nasal d'exaspération maximale, estime que puisque je prends toujours de l'avance j'ai le temps de répondre à un appel mais d'un autre côté, je ne suis pas médecin. Personne ne risque de trépasser si je tourne simplement les talons. Oui. Je peux partir en paix, enfin du bureau, j'entends. Si j'ai choisi de ne pas sauter par la fenêtre quand Madame O'Neill est venue me rendre une petite visite durant laquelle elle a compris que je n'avais rien d'une pauvre petite elfe sans défense quand je lui ai dit ma façon de penser sur ce qu'elle a qualifié de "mauvaise phase" entre son fils prodige en mensonges et moi. Bon à part ces points sur le i, elle est plutôt sympathique.

C'est toujours ça de pris. Les belles-mères acariâtres et virulentes comme la peste, c'est quarante ans de prison sans sursis ni possibilité de remise de peine, Cassie.

Va donc dire ça à sa future belle-fille alors, elle sera ravie !

C'est que je viens de faire, pauvre nouille !

C'est trop tard pour la fenêtre ?

Et sans que je ne sache ni comment ni pourquoi, je me retrouve le combiné entre les mains et m'entends le faire cesser son raffut.

- Allô ?

- Mademoiselle Green, Monsieur O'Neill pour vous.

Oh. Oh.

Eh merde...

- Dites-lui que je pars en visite, s'il vous plait, je dois y aller, bonne soirée.

- Mais mademoiselle il est...

Il est. Oui. Je sais. C'est tout le problème.

- Je sais qui il est. Mais j'ai un rendez-vous, Monsieur O'Neill devrait le comprendre. À demain.

Après avoir raccroché, je me jure de ne plus poser mes mains sur ce truc avant demain. Comme deux minutes plus tôt je me retrouve face à la porte, qui s'ouvre sans même que ma main ne se soit posée sur la poignée. Pas de magie, non.

Ou celle du Père-Noël.

Lentement, mes yeux à la hauteur de son cou escaladent jusqu'à ses iris lumineuses qui me détaillent toujours avec douceur et satisfaction. Car même sans magie, le pouvoir est bien là. Mon regard répond à l'appel télépathique de la puissance de son océan. Ma peau réagit à ce contact qui n'en est pourtant pas un, mes poumons se bloquent en pleine inspiration, parce qu'il est là, que huit semaines n'ont pas suffi à une cicatrisation totale. Les sutures invisibles menacent de sauter d'un instant à l'autre. Appréhendant la marée montante dans mes yeux, je me sépare de ses prunelles, recule d'un pas estimant que sentir son odeur avec autant de facilité est une preuve que je suis trop près de lui, ou qu'il est trop près de moi.

- Pas au téléphone donc, j'énonce aussi intelligiblement que possible pour ne pas qu'il perçoive mon trouble.

L'espoir fait vivre.

- Bonsoir Cassie.

- Bonsoir Monsieur O'Neill, je réplique me souvenant d'où nous sommes : entre deux portes, à la vue de plusieurs personnes.

Les regards braqués sur nous semblables à des projecteurs sur une scène, il n'y en a qu'un qui attise le duvet de mon épiderme. Cette constatation me rassure sur mes choix.

- Excusez-moi mais je ne veux pas être en retard Monsieur alors...

Il passe une main sur son visage, frotte ses yeux qui expriment tout à coup une lassitude qui m'éclabousse.

- Hannah, je suis là pour le cadeau d'Hannah ! m'oppose-t-il avec détermination. Et tu ne prends pas mes appels alors...

Le tutoiement en public. Parfait pour les ragots de couloir !

- Je ne prends pas les appels d'un homme qui n'existe pas, Monsieur O'Neill, je le coupe en le contournant. Vous avez mon adresse mail si vous avez une question à me poser.

Casey Langford n'est plus.

Je le plante là, devant ma porte. Au moins, personne n'ira colporter qu'il y a quelque chose entre nous.

Ou pas, vu comment il te regarde.

Cinq minutes et un rapide passage aux toilettes plus tard pour me rafraîchir et me remettre les idées d'aplomb, j'atteins enfin ma voiture, non sans un certain soulagement de ne pas être en retard. Enfin ça c'était avant de constater qu'une silhouette massive jouait les gardes du corps pour mon petit SUV. Je m'approche renfrognée de ce nouveau désagrément inopiné. Casey avance de quelques pas vers moi mais respecte la distance que je lui impose par un simple mouvement de l'index, perceptiblement opprimé par mon attitude. Il sort un papier de la poche intérieure de sa veste, me le tend avec un sourire confus. Moi, c'est son expression à lui, qui me secoue. Cet homme à l'allure d'un Dieu, respecté dans son milieu, si sûr de lui, ambitieux, un poil prétentieux parfois mais qui domine un empire qui emploie des milliers de personnes à travers le pays, est là, devant moi, presque penaud. Aux antipodes de ce que j'ai entendu sur lui.

Parce que toi le connais.

<<Parce qu'avec toi, je suis moi>> souffle ma mémoire, comme pour m'aider à remonter vers la surface.

- Si tu pouvais me donner ton avis ...

J'analyse les images sous mes yeux. Des idées de cadeaux qui m'arrachent un sourire, puis un rire.

- Qu'est-ce que tu lui proposeras quand elle aura quarante ans ? je l'interroge en pouffant oubliant un court instant la situation, notre situation.

- Tu es encore plus belle quand tu ris Cassie, ça m'avait manqué, dit-il en même temps que moi.

Mon cœur saute plusieurs battements, douloureusement. Mon sourire s'efface sans préavis. La main tremblante trahissant mon émoi, je lui rends sa feuille, rejoins la portière de ma voiture en la déverrouillant à distance, agrippe la poignée puis réponds à ce pourquoi il était là :

- La deuxième et troisième idée si tu veux mon avis. Mais elles sont toutes bonnes, ceci dit.

Il ne manque pas d'imagination dans les cadeaux, le Père-Noël.

- Je suis désolé Cassie ! lance-t-il d'une voix plus assurée avant que je ne referme ma portière.

Putain de journée Cassie !

- Moi aussi Casey, je lui avoue les larmes au ras des cils avant de m'isoler dans ma voiture.

Une berline s'arrête au niveau de Casey qui grimpe à l'intérieur et disparaît aussitôt. Durant deux ou trois minutes, je repose ma tête sur mon volant, pour faire le tri dans mes pensées bouleversées. Il y a des questions que je n’ose pas me poser, ou une réponse à me donner.

Car se les poser c'est déjà avoir la réponse.

Mon corps me trahit depuis le premier jour. Mes pensées me tournent le dos. Ma conscience a déjà pris partie contre moi il y a longtemps. Mon cœur réclame sa partition. Mes amis m'ont eux aussi été infidèles. Alors je me demande : N'est-ce pas moi, qui marche dans le mauvais sens ?

On commence à voir la lumière...

- Cette fois tu vas être en retard ! je m'engueule toute seule.

Mais ce n'est pas comme si ton patron allait te virer...

Tu as toujours les mots qu'il faut toi !

Putain de journée... Entre mes visites à travers la ville et les trois visiteurs surpris à mon bureau, j'ai eu ma dose ! Mes trois jours de repos pour l'anniversaire d'Hannah la semaine prochaine ne seront pas de trop pour déconnecter de tout ça. Elle croit que Will lui a tout dit, mais non. Il avait simplement peur qu'elle se doute de quelque chose, alors il a choisi de lui filer un os à ronger. Mais il n'a pas tout dit, le Viking-Cachotier.

Je tourne la clé dans le contact, mais rien ne se passe. Le voyant moteur s'allume. Je recommence. Encore. Encore. Pas un seul bruit.

PUTAIN.DE.JOURNÉE.
Si j'appelle un taxi ou un Uber, je serai en retard, réfléchis-je.

Mais si tu prends un véhicule déjà sur place ...

J'y crois pas ... mais au moins ça servira à quelque chose ! Je rassemble mes affaires, sors de ma voiture qui va passer la nuit ici le temps que je la fasse dépanner demain matin et de toute façon, elle n'ira pas bien loin -Ironie du soir Bonsoir !- et me dirige d'un pas conquérant vers ma solution de secours, comme si tout était parfaitement normal. J'ouvre la portière arrière, m'installe confortablement sous les yeux ébahis d'un homme qui me fixe à travers le rétroviseur intérieur.

- On fait un deal, je propose avec un sourire diabolique. Vous enfilez une casquette de chauffeur et vous gardez pour vous ce service que vous me rendez, et en échange, je ne dis rien. Ou du moins je ne dirai ni quel jour ni à quelle heure si je dois me servir de ce que je sais. Deal ?

Il acquiesce et même s'il tente de rester impassible, je remarque le minuscule rictus qui voudrait s'élargir en sourire mais est retenu par une attitude fermée comme une porte de prison.

- Deal Mademoiselle.

Au moins une affaire qui roule.

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Je suis Niklas Hennessey, membre de la famille la plus riche d'Irlande.
Tout le monde vante les qualités des milliardaires. Mais moi je n'en ai qu'une : me battre ! Et cela ne convient pas du tout aux goûts familiaux. Mais je n'y accorde aucune importance. Je profite de ma vie.
Mais un soir, tout change !
Je dois arriver à gagner ma vie par mes propres moyens, tout seul, sans aucune aide. Donner des coups de poings ne me seront d'aucune utilité.
C'est alors que la possibilité de voyager dans l'Espace s'offre à moi. Mais malgré les précautions et mesures de sécurités, le voyage ne se passe pas du tout comme prévu. Je me réveille ensuite sur une planète perdue dans une autre galaxie, avec des occupants étranges, et de l'énergie cosmique dans mon organisme.
Si je veux pouvoir rentrer sur Terre, je vais devoir apprendre à la maîtriser sans commettre de dégâts. Et cela est loin d'être facile. Surtout que des aliens meurtriers tentent de me capturer...
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Défi
Claude Carrès
J'avais pas de chien.. c'était sans compter sur leur fourberie et leur capacité à se déguiser en chaton.. les chat l'eau
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Lou08
Voici un petit résumé de la légende de Tristan et Yseut, à la fin il y a un petit jeu. A votre avis qu'elle est la bonne fin ( pas le droit de tricher, bon je pourrais pas vous en empêcher!) n'hésitez pas a me faire part de vos réponse.
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