Champagne et Déjà-Vu

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Cassie

On peut dire beaucoup de choses sur le Viking, y compris qu'il est l'illustration la plus parfaite du mot "jaloux", mais certainement pas qu'il est avare. Descendant d'une lignée de Demi-Dieux nordiques partis un beau matin s'installer plus au chaud dans l'hémisphère sud sur un contient où les saisons ne vivent pas au même rythme qu'ici et sous la neige Scandinave, oui, où les Kangourous sont certainement les compagnons du Père-Noël Made in Australia, aussi, mais pas que notre beau blond taillé dans la pierre à un lien de parenté de près ou de loin avec un certain canard radin, Picsou. Il a vu les choses en grand pour le quart de siècle de celle qu'il surveille comme du lait sur le feu depuis que nous avons atterri. Ou peut-être même avant. Quoi qu'il en soit, Hannah est si heureuse de sa surprise qu'elle a même dépassé les cieux. Elle n'est pas aux anges, mais sur une autre Galaxy. Elle pensait que son amoureux lui organisait une petite sauterie quelque part dans L.A, elle avait même supposé durant son enquête ces derniers jours que sa party se déroulerait chez Casey, dans son immense propriété, mais ça, elle ne l'avait pas vu venir.

Secret gardé jusqu'au bout.

Oui. Mais pour elle le feu d'artifices dans sa tête que nous avons tous suivi dans l'écran de ses yeux n'était que bonheur et euphorie pure, contrairement à celui que moi j'ai vécu il y a deux mois. Panique de voir arriver la vague du Tsunami, Aphasie de savoir que <<rien ne sert de courir, tu vas devoir nager>>. Et Désolation après le Désastre. Résumé imagé mais non exhaustif que ce que j'ai ressenti en trois étapes. Quatre si je compte celle dans laquelle que je suis actuellement : Motivation dans la Reconstruction post-apocalypse.

Un gros chantier, mais bien avancé.

Chantier, c'est un terme plutôt parlant pour décrire le bronx qu'a foutu Hannah pour nous préparer dans la suite qui est la nôtre pour deux soirs à toutes les six : Neila qui fait aussi partie du voyage, Sacha et Kylie -des copines de fac d'Hannah-, Everly, la petite amie de Wyatt depuis quatre mois et ...

- Ça ne va pas ma craquinette ?

...Scarlett et moi. Ma sœur aussi, est là. Mais elle m'a juré de ne pas jouer les Chaperonnes-Folles.

Bingo Miss Colombo !

On ne peut plus penser en paix dans ce pays ? Je hausse simplement les épaules en guise de réponse, espérant qu'elle comprenne que je gère... enfin pour le moment. Donc oui la suite. C'est carrément un Penthouse ! Quand Hannah a compris que nous étions à Vegas, elle a crié si fort d'excitation qu'ils ont dû l'entendre jusqu'à la Maison Blanche. Mais ce n'était rien comparé aux bons qu'elle a fait lorsque la limousine nous a déposés devant l'hôtel, ou devrais-je dire le palace qu'est le Palms Casino Resort. Une merveille ! Même moi, j'en ai perdu ma dixion. Et lorsque notre "majordome", Harrys, un type dont le job consiste à être habillé en costume trois pièces alors qu'il fait plus de 30 degrés dehors et à exhausser le moindre de nos vœux- et caprices de la reine du séjour- nous a accompagnés jusqu'à nos "quartiers", j'ai bien cru que mes tympans allaient porter plainte contre la Castafiore bis. Ma sœur étant toujours numéro 1 sur le palmarès. En plus du luxe dans lequel nous baignons dans cette suite de 800 m2 sur deux niveaux, la vue est à couper le souffle nous donne l'impression de dormir à hauteur de nuages. Hannah et Will ont leur propre petit nid dans une suite quasiment identique. Wyatt et les six mâles - dont les deux grands frères d'Hannah- font collocation, si j'ai bien compris. Hannah s'est montrée plutôt raisonnable : là où Will pensait qu'elle voudrait une fête avec autant de convives que possible, elle a préféré faire cela en plus petit comité. Bon, il faut dire que quand il lui a quémandé une liste de dix à vingt personnes dont elle ne pourrait pas se passer, elle a pensé que c'était parce qu'il voulait être certain que personne ne manque à sa grande fête, mais c'était en réalité pour inviter les bonnes personnes. On ne pouvait pas venir à cent non plus ! Mais elle n'a même pas utilisé les vingt tiquets. Heureusement pour Will, peut-être. Déjà que deux nuitées dans la seule suite où je vais séjourner coûte la "bagatelle" de deux cent mille dollars, alors s'il avait fallu en réservé deux deux plus - ou dix- ... Il doit quand même super bien gagner sa vie, l'assistant du milliardaire.

Ou alors ...

C'est le milliardaire qui paie. Oui. C'est ce qui s'appelle "un doute raisonnable".

- Mu puce ?

Scarlett pose une main sur ma cuisse qu'elle serre doucement pour me ramener à elle. Mes yeux croisent les siens, mes lèvres s'arquent en une ligne pincée qui n'a rien d'un sourire. Mais même sans cela, elle comprend que non. Non. Ça ne va pas. Non pas que je ne sois pas bien ici, tout est spectaculaire, du sol au plafond. Même les WC sont plus accueillants et aseptisés que ma cuisine. La nourriture est divine, pour ce que j'ai goûté du moins. Les rires fusent autant que les anecdotes sur l'enfance et les frasques d'Hannah qui sont nombreuses et indénombrables au passage, et donc un peu des miennes aussi.

Pas qu'un peu. Le portfolio des souvenirs.

Et tant de nostalgie...
Non, vraiment, l'hôtel est ahurissant, le restaurant est fantastique en tout point, et j'ai hâte d'aller user la piste de danse jusqu'à ne plus pouvoir sentir mes pieds tellement il me feront mal. Mais pour l'heure, il y a juste un "petit" détail qui raye le disque entêtant comme un grain de sable bien douloureux dans l'œil : le regard perçant sur moi qui griffe ma peau jusqu'au sang depuis notre départ de L.A. Même dans le jet - <<quitte à voyager autant le faire en jet>> dixit Will -alors que j'étais à l'autre bout de la cabine et lui emporté par le tourbillon de questions indiscrètes et pas du tout voilées de Kylie qui le colle comme un chewing-gum sur un jeans, je savais que ses yeux étaient sur moi.

Alors depuis L.A, je lutte à chaque putain de seconde. Le rire de dinde sous cellophane de Kylie moulée dans une robe bleu électrique une taille trop petite pour elle au moins arrive à mes oreilles tel un missile sur sa cible. Sérieusement, personne n'aurait l'amabilité-ou la générosité- de lui expliquer le concept de la discrétion ? Non parce qu'on a tous compris dans quels draps elle veut dormir ce soir !! Tant qu'elle y est, elle n'a qu'à le faire afficher sur l'un des panneaux géants qui pullulent à Vegas ! Il y en a même un dans le hall, d'ailleurs... Au cas où celui qu'elle convoite comme un repas après des mois de jeûne n'aurait pas compris son manège !

Jalouse.

Putain de cœur en guimauve. Il faut que je me tire et loin !

- Laisse tomber Kylie, il n'est pas célibataire ! lâche William dont le ton traduit une exaspération à la hauteur de la mienne, autant que son agacement à l'entendre geindre de sa voix de crécelle, la pimbêche.

Très jalouse.

Ma gorgée de vin rouge ne passe pas au bon endroit. Cette fois l'Oscar pour le manque de discrétion est pour moi, haut la main ! Scarlett tape dans mon dos pour m'aider à ne pas mourir étrangler par la main de la révélation que mes oreilles ont captée. J'interdis formellement à mes yeux de quitter l'ancrage de ma fourchette, menace à peine voilée de ce que mon courroux pourrait être s'ils n'en font qu'à leur tête. Ne.pas.le.regarder.me.regarder.

Et Non, pas jalouse. Je suis simplement si allergique à sa voix qu'un urticaire me prend rien qu'à la voir. Ok, c'est aussi physique. Je n'y peux rien, moi.

J'ai l'estomac en vrac. Si brûlant que c'est à croire que c'est de l'acide que je bois depuis le début du repas. Mais pour soigner le mal par le mal, anesthésier par les doux effluves de l'alcool mon sang et mon cœur compressé et en égratigné, j'avale cul sec l'entièreté de mon verre à pied et invite son petit frère à la fête qui trépasse tout aussi rapidement, sous les yeux attérés de mon aîné qui me fait grâce de son sermon. Et je l'en remercie par une œillade. Le liquide pourpre glisse dans ma trachée en laissant derrière lui les traces d'une âpre chaleur au goût de fût de tonneau qui apaise surtout ma tête pour un court instant mais nourrit aussi ma faim du délicieux breuvage tout autant que mon envie de tout oublier...

Oublier... en voilà un plan ! Ce soir, je joins l'utile à l'agréable ! Je me promets en souriant intérieurement. Je vais peut-être avoir besoin des conseils d'Hannah, ou peut-être pas. Mais ce soir, c'est fête, c'est décidé !

Mauvaise idée Cassie ...

T'es rentrée dans les ordres ?

Non, mais ça va finir en combat.

Pas grave, les super-héros sont là !!!

***

La panse déjà bien arrosée, le liquide pétillant que j'attendais tant arrive par cargaison de Magnum dans les mains de plusieurs serveurs et serveuses qui n'ont eu d'yeux que pour notre table, enclavée dans une magnifique alcôve à l'abri des regards indiscrets. L'ambiance feutrée accentue le côté intimiste du lieu alors que nous sommes près de quinze assis à la grande table rectangulaire décorée avec soin aux goûts de notre reine : des bougeoirs en cristal, des hauts vases remplis de lys et de pivoines roses, des fleurs aussi belles qu'odorantes... La rumeur dans notre groupe grossit pour accueillir le merveilleusement appétissant gâteau d'anniversaire à étages d'Hannah, dont le nappage est ...

En chocolat. Merci pour la balance.

Une pièce montée au nappage sombre mais à la cascade de roses rose pales et blanches pailletées en pâte à sucre qui donne l'impression d'une traîne de robe de mariée. Mes yeux sourient d'envie, j'ai déjà l'impression de sentir ma douceur préférée dans ma bouche. Nos voix se mêlent pour lui chanter Joyeux Anniversaire à l'unisson. Hannah sautille dans tous les sens en jouant des aigus avec ses cordes vocales, sous les yeux enamourés de son petit ami qui bien que souriant jusqu'aux oreilles paraît un brin anxieux en débitant les paroles. Je le connais suffisamment maintenant, depuis plus de neuf mois, pour reconnaître les signes: il se coiffe et se recoiffe de manière compulsive, gratte un érythème invisible sur son cou et sa nuque, puis sa barbe de moins en moins longue au fil des semaines qui défilent. Au dernier mot, Hannah prend une grande inspiration et souffle aussi longtemps qu'elle le peut pour n'épargner aucune petite flamme des vingt-cinq bougies allumées en son honneur. Pas de survivante avec le vent Hannah. Ses frères Marlon et Sawyer se jettent sur elle pour l'embrasser, et chacun notre tour nous l'honorons d'une étreinte et de félicitations pour ce Milestone.

Depuis que nous nous connaissons, Wyatt, Hannah et moi avions en tête le déroulement de certains événements importants de nos vies : le dernier jour du lycée, nos premières fois respectives, nos permis de conduire, nos 18 et 21 ans, nos diplômes...nos 25 et 30 ans. Les mariages de ceux qui en rêvent. Les enfants, etc ...Mais jamais dans notre imagination débordante nous n'avions envisagé que l'un de nous fêterait un anniversaire dans un palace aussi prestigieux qui celui qui nous reçoit. Ni dans aucun palace, en fait.

Une salle des fêtes à la rigueur...

Oui. On avait l'ambition modeste. C'est certain.

Comme supposé le gâteau est une pure euphorie gustative pour les papilles. Les miennes expertes dans le domaine, de surcroît. Il fond dans la bouche et je me félicite de n'avoir qu'à peine grignoté au cours du dîner. En réalité je n'ai pas faim mon estomac étant en grève et rébellion, mais le chocolat, ça ne se refuse pas ! Encore moins accompagné de quelques coupes de Champagne.

On a dépassé les "quelques".

Le moment des cadeaux arrive. Hannah est gâtée, rit aux larmes des attentions qui lui sont faites, même pour les plus lubriques qui lui font piquer des fards car malgré tout, devant ses frères la honte la taquine. Scarlett, Wyatt et moi lui offrons ensemble une paire de boucles d'oreilles en forme de cœur de chez Tyffani dont elle parle depuis des semaines, en or blanc incrusté de petits diamants. Il fallait au moins s'y mettre à trois ... c'est qu'elle a des goûts de luxe, ma copine.

Encore plus depuis qu'elle est couverte de cadeaux pas son Jules.

Casey lui offre un séjour à Paris tous frais payés dont elle pourra profiter quand elle le voudra et pour deux personnes. Elle lui saute d'ailleurs dans les bras ce à quoi il ne s'attendait pas, la rattrape de justesse. Kylie n'a pas compris le message en rien subliminal que lui a transmis Will plus tôt sur le fait que Casey a une copine. Il aurait peut-être dû l'emmener, ou moins cela aurait été plus clair et ses yeux auraient eu une autre source d'attention que moi.

Trop d'alcool Cassie. On va mettre le STOP !

T'es pas ma mère... et je me sens mieux maintenant, même si ma tête commence à peser plus qu'à l’accoutumée. Mes globules rouges pétillent comme les bulles d'eau chauffées d'un jacuzzi, infusant en même temps dans toutes mes cellules une ardente effervescence qui me réchauffe toute entière. Oui, c'est le début d'une béatitude exaltée dont j'ai grand besoin.

Putain.de.conscience...

Presque tous allégés de nos présents plus ou moins encombrants, ne reste plus que le tour de Will, qui a tenu à passer en dernier. <<Le meilleur pour la fin>> , s'est-il vanté toujours la mine inquiète même en plaisantant. Le beau viking aux airs de Thor se lève, et après un hochement de tête de connivence vers son meilleur ami se place devant Hannah qui lui sourit de toutes ses dents, dans l'attente absolument impatiente de découvrir ce que son chéri lui a -encore- concocté, les deux jours ici étant déjà en soi un super cadeau, il me semble. Will lance un regard à l'assemblée, inspire, ne déloge pas son regard de celui de mon amie, empli d'une flamboyante douceur qui inonde l'atmosphère ambiant. Wyatt, assis à ma gauche, étale sa grande main sur la mienne pour capter mon attention. Je me détourne un instant de la scène principale, Will toujours en plein dilemme verbal apparemment, pour rejoindre les billes sombres mais étincelantes de malice de mon ami d'enfance. En un battement de paupières suivi d'un léger sourire, nous nous comprenons, tous deux enveloppés par l'émotion vive d'un moment qui n'a pourtant pas encore réellement commencé. Nul besoin de mot quand la force des aventures que nous avons partagées est là, une ligne continue sur la frise du temps durant laquelle nous ne sommes pas vraiment lâchés la main, toujours supportés. Dans tous les sens du terme.

Après un silence à rallonge qui a eu pour effet d'accélérer la course de nos cœurs qui doivent maintenant battre à l'unisson, William s'éclaircit la voix qu'il vient de retrouver et porte en elle tout ce qu'il ressent pour la tornade Hannah, vibrante d'admiration et d'amour :

- Hannah, j'ai souvent entendu que le hasard fait bien les choses, et c'est vrai. Il a mis sur mon chemin des personnes qui comptent aujourd'hui pour moi comme si nous partagions le même ADN, des amis qui représentent même plus que certains membres de ma famille, dit-il en souriant à Casey assis à l'opposé de moi. Il y a neuf mois, le hasard a bien fait les choses, encore une fois, car il t'a mis sur ma route. Ou plutôt il M'A mis sur TA route puisque tu m'es rentrée dedans, badine-t-il en contant leur rencontre au club ce qui l'a fait pouffer. Neuf mois, cela peut paraître peu sur l'échelle du temps, l'échelle d'une vie, ajoute-t-il la voix filante trahissant son propre émoi tout en avançant d'un pas vers elle, mais il y a des évidences visibles comme une aurore boréale en pleine nuit. C'est époustouflant, éblouissant, aussi indiscutablement beau que foudroyant. Pour moi, tu es tout ça, Hannah.

Il marque une petite pause. Scarlett, qui elle aussi a deviné ce qui va suivre - comme probablement chacun ici - resserre sa prise sur ma main qu'elle tenait toujours.

- Neuf mois que tu as déboulé comme une tempête de bonheur dans ma vie, pourtant, j'ai la sensation qu'on s'est toujours connus, toi et moi. Alors si certains comptent en mois ou en années pour jauger la solidité de leurs relations puis envisager l'avenir, moi je vais me la jouer innovant, parce que comme je te l'ai dit mon amour, pour moi, c'est évident, lui déclare-t-il en rongeant un peu plus la petite distance qui les sépare encore. Je vais te parler en battements de cœur. Le mien bat pour toi Hannah, et depuis le soir où à ta vue il a marqué une pause avant de reprendre sa marche sur une cadence inédite qui depuis porte mes jours et mes nuits, depuis que je vis mieux grâce à ta présence, je sais. Je sais ce que je veux plus que je ne l'ai jamais su, et c'est toi, Hannah. Toi tout entière. Aujourd'hui, demain, les autres jours, jusqu'à la fin, ma fin. Parce que le temps ne dira pas plus dans un an ou cinq ce que mon cœur crie maintenant : qu'il t'aime.

Il se tait, la sonde. D'ici, je peux voir les larmes couler sur les joues de ma meilleure amie au rythme des miennes, silencieuses. Je tente d'apprivoiser ma respiration. J'en suis à un point où je sais plus si mes poumons vont trop vite ou au contraire pas assez. Je tente avec ardeur et conviction de canaliser la plaie béante dont les sutures viennent de lâcher sur mon cœur et souhaitent se muer en gouffre sans fond. Je suis heureuse pour Hannah. Mes larmes sont aussi de joie, pour elle, pour eux, et d'être aussi ici pour être témoin de ce moment si riche et important dans sa vie, pour la voir si comblée de joie. Mais les mots de Will m'atteignent étrangement, pas que positivement, alors fouettée de sentiments si puissants que contradictoires, je me sens perdre pied. Mes yeux, attirés par des aimants bleu acier qui semblent avoir activé leurs champs magnétiques, traversent la table pour les rejoindre. Casey me fixe, les ondes qu'il m'envoie se répercutent en moi avec une violence inouïe. Elle se bousculent, se frayent un chemin dans ma gorge qui se noue, mon ventre qui se tort d'une douleur cuisante et dans mon estomac qui convulse sous la pression de l'ébullition qui l'assaille contre son gré. Un frisson naissant dans ma poitrine se repend en vent glacial à travers mon corps. Heureusement pour ma santé mentale, et ma santé tout court, William termine sa pause syndicale pour je pense aller droit au but, cette fois, sauf si son genou vient de lâcher au pire moment de sa vie et que c'est pour cette raison qu'il le pose à terre.

Sarcasme bourré du soir bonsoir !

- Hannah, est-ce que tu veux bien me supporter pour disons... au moins les cinquante prochaines années et accepter de m'épouser ?

Il n'a pas dit le dernier mot qu'Hannah a déjà donné sa réponse, qu'elle murmure d'abord avant que cela ne se termine dans une exaltation telle que tout le restaurant a dû l'entendre :

- oui... Oui, Oui... OUII ! OUI à l'infini !

Merde, ça me rappelle un truc... ah oui, ma sœur quand elle joue dans la scène finale de " Un Ange en rut" ... putain de champagne. L'enthousiasme général assassine le peu de discrétion qui restait dans notre alcôve. C'est l'effusion. Wyatt et moi enlaçons avec entrain la désormais nouvelle future-mariée dans un câlin de groupe qui fait couler mes larmes de plus belle, la félicitons à l'infini. Hannah ne rate néanmoins rien de mon bouleversement qui est immanquable, m'accole plus encore contre elle puis chochotte à mon oreille pour que je sois la seule à l'entendre :

- Il ne tient qu'à toi de mettre fin à vos souffrances Cassie.

Je ne sais pas combien de verres elle a bus, mais nous aurions dû penser à deux autres cadeaux. Je plante mes yeux dans les siens avant de la rendre à son fiancé, pouffe sans joie qui fait paraître ma tentative pour une sinistre plainte impossible à étouffer.

- On a tourné la page, moi, et lui aussi. Tu as entendu Will, ou j'aurais dû choisir un modèle de sonotone incrusté de diamants ?

Sa bouche s'ouvre au rythme de ses yeux, mais aucun son n'en sort. William l'enlace par la taille, un sourire aussi large qu'un croissant de Lune.

- J'espère qu'ils ont des réserves de Champagne à la hauteur de ma soif, j'ai besoin de boire !! Pour fêter tout ça, dis-je en englobant la pièce puis en pointant son annuaire, et aussi pour oublier... bah tout le reste ! j'ajoute en gloussant de dépit.

Je tourne les talons, mais l'entends finalement répliquer avant d'être coupée par une Everly toute autant impatiente que moi de noyer l'allégresse -et ce moment dépressif qui se manifeste au pire moment - dans les bulles.

- Attends Cassie je crois que tu n'as pas ...

- Hey ! Super-Cassie ! Prête pour la deuxième partie ?

Je n'aurais jamais cru dire ça un jour...

Quelqu'un filme ce moment ?

- Eh comment Eve ! On se cache où pour se transformer ?

Putain.de.champagne.


***


Casey

- Tu sais que maintenant je crois aux miracles ?! se pâme Wyatt entre l'étonnement profond et l'hilarité, un bras autour des épaules de Will qui a encore du mal a réalisé ce qu'il s'est passé il n'y a pas une heure. Tu as réussi l'exploit de faire taire Hannah plus de deux minutes consécutives !

Will ne descend pas de son nuage. Ni de bonheur, ni de stupéfaction. Pourtant il y pensait depuis un moment déjà, et préparait sa demande depuis des semaines. Ce n'est pas comme s'il s'était jeté l'eau devant nous tous sur un sale coup de tête porté par trop de vin. Non. Il savait ce qu'il faisait. Pour ma part, je n'avais aucun doute sur la réponse d'Hannah. Will lui, était rongé par l'angoisse de se prendre un refus en pleine tronche. L'histoire nous dit donc qu'il a eu raison de ne pas écouter la voix de la crainte mais celle de son cœur, d'avoir eu confiance en eux.

Ce que tu n'as pas fait, toi.

Non, et je m'en mords les doigts à chaque putain de seconde depuis que je l'ai perdue. Encore plus parce que Cassie est dure en affaire. Je savais que j'allais devoir nager à contre-courant, boire la tasse à quelques reprises aussi, mais c'est bien au-delà de ce à quoi je m'attendais. D'un autre côté, con un jour, con toujours. Cassie est différente et c'est pour cela que dès le premier jour, l'attraction était aussi forte entre nous. Cassie est ce que je recherchais, ce que j'attendais depuis si longtemps mais ne pensais jamais trouver. Ou pas en une seule et même personne du moins. J'ai merdé. Avec elle, je ne nage pas juste dans le sens opposé au courant non, je suis carrément en pleine tempête. Et aucun des dollars sur mon compte ne peut me venir en aide. Elle a refusé chacun de mes cadeaux. Sauf les chocolats, et cette simple idée me fait sourire.

Comme un con.

Et elle a tapé fort pour me faire renoncer. Tout me faire livrer par coursier le jour de mon anniversaire. C'était sadique. Mais certainement à la hauteur de la claque qu'elle s'est prise début juillet chez moi. J'ai encore l'impression d'entendre le bruit fracassant d'une bombe nucléaire en pleine explosion quand elle a compris. Chacune des larmes qu'elle a versées ensuite à cause de moi a corrodé ma peau qui en ressent toujours la brûlure.

Et elle en encore en stock.

Elle m'a encore tiré une balle en pleine poitrine quand durant la déclaration de Will à Hannah, son regard endeuillé a pour quelques secondes croisé le mien. Les mots l'ont touchée elle aussi, autant que moi. Parce que ce qu'a dit mon meilleur ami, j'aurais pu le dire moi aussi, à Cassie. Elle est résignée. J'ai de l'entêtement pour toute une armée, et je lui montrerai qu'elle et moi, ce n'est pas terminé. C'est simplement une longue pause sur la partition pour mieux repartir, plus forts, sur une mélodie sans fin et sans fausse note. Je ne renoncerai pas. Car baisser les bras, c'est appuyer sur le bouton Off de mon cœur, qu'elle tient en otage sans le savoir.

Une douche qui ne m'a en rien apaisé et une tenue un peu plus confortable plus tard -nos costumes n'étaient pas les tenues les plus adaptées à une fin de soirée même dans le club branché du palace-nous sommes tous prêts pour aller rejoindre les filles qui sont elles aussi parties de leur côté. Rassemblés dans la suite de Will et Hannah, nous prenons une dizaine de minutes pour vider un ou deux verres de liquide ambré, malgré l'impatience non cachée de mon pote de retrouver sa promise. Les vannes sur la corde qu'il s'est lui-même passée autour du cou fusent de tous les côtés, mais ne le découragent en rien de passer la bague -une deuxième- au doigt de sa tempête sur talons hauts. Même les frères d'Hannah ne se gênent pas pour balancer quelques perles sur leur sœur.

- Caz'? Tout va bien ? s'enquiert Will lorsque nous sortons de l'ascenseur pour rallier le club.

- Je ...

J'ai des réponses. Je n'en manque pas. Mais à quoi bon. Je vois sur son visage qu'il sait déjà.

- Ouais, dit-il simplement en se passant une main sur la figure. Va lui parler Casey. Et arrête de bloquer sa demande, je pense que tu n'arranges pas les choses bien au contraire. Laisse-là pa...

- Non. Je ne peux pas.

- Je sais, soupire-t-il lasse de m'entendre lui répondre la même chose à chaque fois. Mais je te l'ai dit, c'est peut-être le mieux à faire. Pour le moment.

- On a failli appeler le FBI ! Vous en avez mis du temps !

Kylie, qui a développé une technique bien à elle qui consiste à brailler et minauder en même temps, se lève en passant une main aguicheuse dans ses cheveux brun coupés en carré plongeant à l'instant où nous arrivons dans le carré VIP que j'ai réservé pour ce soir. Et rien que de penser aux heures qui vont suivre, j'ai déjà la migraine. La dernière fois que j'ai mis les pièces dans un club, c'était pour aller récupérer Cassie.

Ça recommence...

Je laisse Wyatt expliquer à son amie qui humecte en me regardant ses lèvres aussi rouges qu'une Lamborghini sous un lampadaire, ce qu'il a bien envie de lui dire. Pour ma part, je tente de faire abstraction de la musique qui m'attaque des oreilles et d'une dose d'angoisse qui joue au rallye dans mon sang, car je ne vois pas Cassie. C'est donc avec le naturel d'un bûcheron sur le point de scier une forêt que je m'approche d'Emma pour mener mon enquête, sachant pertinemment que je risque de ne pas aimer les réponses. Et que ma tension va grimper en flèche.

- Où est-elle ?

Installée avec Sacha - une très jolie jeune femme métisse au sourire qui transpire la gentillesse autant que ses yeux noisette- sur l'un des sofas en velours pourpre avec un cocktail à la main, elle suspend son geste à mon inquisition, un poil agressive sans que ce ne fut mon intention. Je sens ma bouche former d'elle-même un rictus d'excuse qu'Emma interprète bien, heureusement pour moi. Je n'oublie pas à qui je parle : à la Dragonne en chef. Pour autant, j'ai la très désagréable sensation depuis le resto qu'elle s'est mise en veille pour le week-end. Ce qui ne m'arrange absolument pas, si cela signifie que Cassie est en roues libres. Elle ne m'a toujours pas répondu, sourcils froncés et sa tête se secouant de gauche à droite traduisant un agacement naissant, et somme doute du dépit de notre situation. Si Cassie refuse de me parler depuis deux mois, Emma elle prend mes appels pour me donner de ses nouvelles. Comme Will - et pas que- elle se lamente de mon obstination à ne pas, selon elle <<faire un choix qui n'en est pas un mais du bon sens au regard de la situation>>. Ce qu'ils n'appréhendent pas, c'est qu'ils prêchent un convaincu. Je sais que je dois le faire, qu'il n'y a aucune question à se poser, mais je n'y arrive pas. Je dois en parler avec Cassie pour comprendre ses motivations. Pour ne pas devenir fou.

C'est un peu tard.

- Casey non, répond-elle finalement avec aplomb en posant une main bien à plat sur ma chemise au niveau de mon torse après s'être mise debout.

Pas dans son vocabulaire, le non.

D'un coup d'œil circulaire et méticuleux, je scanne les alentours mais l'endroit est bien trop grand et sur deux niveaux au moins. Machinalement, je passe une main dans mes cheveux. Soudain, mes yeux analysent la tenue d'Emma, puis celle, minimaliste, de Kylie qui se tient maintenant à ses côtés. Mes poumons se bloquent. C'est quoi ce bordel ?

Réfléchis un peu.

J'y crois pas ! Hannah l'a vraiment fait ! Kylie porte un déguisement de Batgirl version trottoir, la jupe imitant presque une culotte. Emma a elle revêtu le costume féminin de Capitain America. Il lui sied parfaitement, en moins Escort girl que la brunette qui ne me lâche pas des yeux.

- Où ? je réitère sur le point de perdre patience.

Pour ce qu'il en a ...

-Tu cherches qui ? quémande la groupie dont l'étincelle lubrique dans les iris me fatigue plus que cela ne me flatte.

Mauvaise idée.

- Casey non ...

Emma semble connectée à ma conscience qui m'incite à oublier sans délai mon idée pour rembarrer la demoiselle, de manière définitive, criant qu'elle n'est pas la bonne. Or, je ne suis pas d'accord. Dans la mesure où elle ne semble pas bien intégrer que je suis déjà en couple -ou qu'elle pense à tort que je suis le genre d'homme à tromper une femme-, peut-être devrais-je moi-même lui mettre des points sur les i.

- Kylie, tu as bien entendu tout à l'heure quand Will a dit que je ne suis pas libre ?

Elle hoche la tête, quelque peu vexée de ce que mes paroles impliquent, mais je ne vais pas m'en excuser. Emma, elle, pince ses lèvres en faisant encore "non" de la tête.

Mais si.

Et plutôt deux fois qu'une.

- Je suis avec Cassie, je lui avoue sans détour, donc c'est elle que je cherche. Vous jouez les indics ou je pars fouiller cette boîte de fonds en combles ?

- CASSIE ? demande-t-elle sans voix, dans un murmure avant de reprendre une contenance. NOTRE Cassie ? - elle marque une pause, surprise comme s'il neigeait en août dans le désert du Nevada. Eh bien elle ne doit pas être au courant que vous êtes ensemble, alors !! finit-elle avec un rictus sardonique.

Pas bon.

- Pourquoi tu dis ça ?

- Casey ...

- Pourquoi !!

- Elle cherche un mec pour la nuit ta copine, insiste la brune perfide pourtant encore hébétée par ma déclaration. Sur un échange de bons procédés, tu peux lui rendre la pareille, je suis toute disposée à ...

Bordel. J'y crois pas ! C'est un cauchemar.

- Kylie va voir ailleurs si j'y suis, lui propose Emma en la poussant en plus du regard assassin qu'elle lui réserve, je crois qu'il vaut mieux que tu t'éloignes de moi, là !

Évincée, et sachant probablement de quoi Emma est capable, elle tourne les talons en roulant exagérément du postérieur pour aller se dégoter une nouvelle proie. Bon débarras...

- Casey, tu ne peux pas colporter ce genre d’intox ! m'assène indignée mon interlocutrice. Elle...

- Je pensais chaque mot ! je la coupe en tournant en rond. Maintenant arrête de tourner autour du pot et dis-moi que tu ne l'as pas laissée aller se trouver un inconnu avec qui passer la nuit alors qu'elle a trop bu ! Et que je suis là en plus Emma, merde ! Il est hors de question qu'elle fasse ça, et sous mon nez !

Elle soupire, m'attaque du regard mais cela n'a aucun effet positif sur moi. Bien au contraire. Car sans le verbaliser, j'ai déjà ma réponse. Elle l'a bien laissé faire, putain ...

- Elle est majeure, elle a le droit de faire ce qu'elle veut de son corps sans que je n'aie mon mot à dire Casey ! Et si cela peut te rassurer, elle avait déjà en tête de passer du bon temps avant de boire à endormir ses maux alors laisse-là... Casey non ! s'égosille-t-elle avant que je ne l'entende de loin appeler William pour qu'il me <<raisonne>>, ayant déjà quitté notre table et fendu la masse de corps ambiants.

Il peut toujours essayer.

Je sais qu'il ne se lancera pas dans une quête perdue d'avance. Il viendra jouer les chaperons pour ne pas que cela dégénère, mais rien de plus.

Il me faut plusieurs minutes pour la repérer dans la foule sur l'une des pistes. C'est d'abord Hannah et Everly que mes yeux détectent, dansant l'une avec l'autre, les bras en l'air. La première déguisée en WonderWoman et la deuxième en CatWoman. Puis elle. Mon sang ne fait qu'un tour de circuit, à une vitesse fulgurante, et atteint tout aussi vite l'ébullition. De ce que je vois, Cassie a déjà terminé sa partie de chasse, ce qui d'un côté ne m'étonne guerre, c'est une femme magnifique. Et dans un endroit tel que celui-ci où elle ne devait pas être la seule à quêter un compagnon de lit, ça n'a pas dû lui prendre beaucoup de temps. Je m'approche d'elle, suis rapidement vu par la future mariée dont les yeux en soucoupes perçoivent que je ne suis pas venu les rejoindre pour une partie de danse. Convaincue de pouvoir s'interposer entre ma cible et moi, elle pose ses deux mains sur moi pour me repousser. Vaine tentative, sa carrure et la mienne n'étant pas faites pour s'affronter sur le même ring.

- Regarde-moi bien Hannah, je la préviens en grondant avant d'exploser de devoir encore perdre du temps pendant que Cassie se trémousse avec un type aux pattes si baladeuses que je vais sous peu les lui décapiter. Je suis prêt à accepter et supporter beaucoup de choses mais ça, je lui dis en pointant la scène qui me fout en l'air -de rage et pas que- c’est ma limite ! Pousse-toi s'il te plaît !

Elle s'exécute. Derrière moi, je perçois la voix de Will qui lui demande de ne plus intervenir, que c'est entre Cassie et moi, uniquement.

La voix australienne de la sagesse.

Je me plante devant Cassie et son cavalier, avec qui elle danse collés-sérrés, son dos contre le ventre du mec qui j'en suis sûr doit être dans un état peu religieux. Cette idée me boxe un peu plus mais je prends quelques secondes pour respirer profondément, avec l'espoir presque illusoire que cela pourra enrayer toute la fureur qui ne demande qu'à s'exprimer librement.Avant d'ouvrir la bouche, je balaie sa tenue. Putain, elle me rend dingue !

- T'as un problème mec ? m'interpelle celui à qui elle se frotte.

C'est toi qui va en avoir un.

Cassie qui ondulait à l'aveugle au rythme de la chanson ouvre les yeux pour me trouver devant elle. Toute cette situation m'en rappelle une autre. Et il n'y a pas moyen que cela se termine différemment de la dernière fois. Elle repartira avec moi, et lui les pieds devant sur un brancard -voire enroulé dans un sac mortuaire- s'il ne comprend pas avec rapidité où est son intérêt.

De se barrer sans heurt.

- Oui, mec, je lui réponds hargneux en le toisant, les bras croisés. Va poser tes mains sur une autre si tu tiens à quitter cette boîte en un seul morceau, et avec toute ta dentition encore bien alignée dans ta bouche.

- C'est qui lui bébé ? Ton garde du corps ou ton frère ? interroge-t-il Cassie tout en posant nonchalamment une main sur son épaule alors qu'elle allait ouvrir la bouche.

Pour t'envoyer chier.

- Bah non ! C'est.juste.mon.patron ! rouspète-t-elle en me tournant le dos, chancelante, pour reprendre où elle en était.

Juste son patron. Oui, crois-le Bébé. Elle est bien éméchée, n'importe qui le verrait même dans le noir. Mais le connard ne s'en formalise pas. Ça doit être plus simple pour lui de lever une femme bourrée. Un air assurément triomphant clairement affiché sur sa gueule qui va bientôt ressembler à celle de Mickey Rourque, il me nargue en posant des sales pattes au creux de ses reins. Je sens mes narines s'écarter aussi vite que mon torse se soulève, signe que j'ai atteint mon point culminent de patience. J'agrippe les hanches de Cassie pour la ramener à moi sans quitter l'autre salopard des yeux. Elle manque de trébucher mais je la rattrape.

- Merde ! Casey ? Pour qui ...

- Mais pour il se prend le patron ? s'emporte le cadavre en devenir en serrant les poings. Super-man?

S'il voulait faire de l'humour en me surnommant ainsi en rapport au costume bien trop court et sexy et décolleté de Super-Girl que porte Cassie, c'est loupé. Enfin, c'est ce que je croyais avant qu'elle ne se mettre à glousser, hilare :

- Mais non, lui c'est le Père-Noël ! Le Père-Noël le plus chaud de touuuuuuttttttt le pays, et peut-être même de l'univers ! J'te jure, il peut faire fondre la glace rien qu'en la regardant ! Et sa langue fait des mira...

- Mon ange c'est bon, je tente de l’interrompre, tu as trop bu tu ne sais ...

Elle me repousse vivement, titubante mais poursuit sur sa lancée sous les yeux Ô combien ahuris du Connard, bouche-bée.

- Chui pas ton ange, Santa ! Alors tu vas me laisser m'envoyer en l'air avec qui je veux et où je veux ! Je suis en week-end ! Compris ?

Non. Pas compris.

- Cassie, je lui grogne en l'attrapant par le bras alors qu'elle comptait retourner se coller à celui qui paraît prêt à jouer les gros bras pour obtenir la demoiselle ivre.

Le suicidaire.

- Donc pas avec toi, mec, traduit-il .

- Ouais, voilà ! Tout comme il a dit ! Allez, bonne nuit MONSIEUR ! essaie-t-elle de me congédier en brassant l'air avec sa main droite. Je disais quoi déjà ? Ah oui, donc le Père-Noël, reprend-elle tanguante à l'attention de son ex-cavallier. Il est bouillant et il a une grosse bûche vraiment vraiment magique ! C'était le meiiilleuuurrr coup de ma vie ! s'exclame-t-elle au moment où Emma et Will se décident à venir me prêter main forte. J'espère que tu as au moins le quart de ses capacités à lui au lit parce que j'ai eu ma dose de mauvais coups avec mon ex. Enfin celui avant lui, j'veux dire, précise-t-elle en me montrant du pouce. Parce que le Père-Noël, whaoooo... C'est vraiment Noël à chaque fois avec lui ! C'est le coup du siècle ce mec !

Merci pour ma vanité qui se sent prendre quelques mètres, et parce que le type comprend que je ne suis pas seulement son patron. Alors autant s'engouffrer dans la faille.

- Bon, comme tu le vois ma femme est ivre, elle ne sait plus ce qu'elle dit. Donc tu repars te trouver une femme suffisamment bourrée pour vouloir de toi puisque ça semble être ton credo mais tu ne t'approches plus de la mienne, c'est clair ou je signe quelque part ? je siffle entre mes dents, en lui montrant ma main pour illustrer ce que j'ai en tête.

Mais dans une ultime tentative, il s'adresse de nouveau à Cassie :

- Tu veux vraiment rester avec lui ? Tu le connais ou pas ?

Il est con ou con ?

Question purement rhétorique.

Cassie encore bloquée sur mes dernières paroles a les yeux braqués sur ses mains qu'elle tourne et retourne comme si elle cherchait quelque chose, puis me scrute, observe de nouveau ses mains. Même ses billes émeraude sont pompettes et doivent voir double vu la mine qu'elle affiche.

- Heu Santa, je crois qu'il y a une erreur là. On n’est pas mariés ! J'ai même pas de bague, regaarde !! lance-t-elle en désignant son annuaire. Nan, et on est plus... merde. Scarlett ! s'écrie-t-il en se tournant vers sa sœur, on est pas... ? Hein ?! Non, non, on est plus...

Ne me tente pas mon ange. Parce que là, tu viens de me donner une idée...

Une mauvaise idée Casey.

- Si c'est une bague que tu veux Cassie, on peut arranger ça. Nous sommes à Vegas, on peut régler ce détail en un rien de temps, je lui déclare les yeux dans les yeux.

Dans les siens, exorbités, je vois qu'elle assimile avec lenteur et incertitude mes mots. Ses lèvres s'ouvrent, se ferment, plusieurs fois mais avec rapidité. Emma fait à peu de choses près la même tête que sa sœur.

Deux jolis poissons dans le bocal.

- Bon ma jolie, c'est ton mec ou c'est ton boss qui vient de te faire la pire demande en mariage depuis la création du concept ?

Les deux Ducon Blond.

Il est encore là lui ?

- T'as pas l'impression d'être de trop là, le casse-pied ? l'interroge la Dragonne, mains sur les hanches.

- Je veux justement savoir lequel de nous est entre trop blondie, car de ce que je vois, elle ne veut pas de lui !

Perspicace quand même le con.

Mais toujours en pleine phase suicidaire, ou résolu à se payer un dentier avant l'âge moyen,
il fait un pas vers moi, je l'imite. La rivalité est palpable entre nous, l'enjeu de taille. Les têtes fureteuses qui nous entourent, par instinct de préservation, s'éloignent de quelques mètres, sentant que les choses pourraient dégénèrer. Mon irritation à son apogée, bouillonnant et désireux d'évacuer mes tensions de la seule manière qu'il soit possible de le faire pour le moment, j'attends qu'il retrouve ses couilles perdues quelque part entre sa grande gueule pleine de fierté masculine et sa lâcheté. Les mâchoires serrées, il évalue le danger que je représente pour sa gueule, ou estime le coût des réparations quand il devra passer à la caisse chez son chirurgien esthétique, en plus de son dentiste qui sera bientôt un homme riche s'il me pousse à bout. La jalousie fait faire bien des choses, et je les assumerai. Will, lui, n'a pas l'air de juger adéquate ma manière d'envisager de régler ce conflit d'intérêt. Mes poings fermés dont les jointures doivent être aussi blanches qu'un drap immaculé sortant d'une blanchisserie, eux, sont en accord absolu avec mon plan d'action, trépignent d'impatience. Un pas de plus, nos torses se frôlent, mais Emma intervient.

- Ça suffit les néandertaliens, je prends ma sœur et...

- NON ! nous oppose Cassie avec détermination, qui se glisse entre nous, la tête roulante sur sa nuque. Voilà ce qu'il se passe ! Lui, déclare-t-elle en désignant le type, c'est ... je sais plus ! J’le connais pas, et je m'en fiche ! Parce que j'ai décidé que je m'en fous de qui joue au docteur avec moi cette nuit, au moins s'il a envie me dire qu'il est le fils d'un roi si ça peut gonfler son ego autant que sa bite, eh bien ça me va ! débite-t-elle d'une traite. Quant à lui, poursuit-elle en parlant de moi, c'est le type dont je suis amoureuse mais qui n'a pas confiance en moi, donc c'est l'impasse entre nous ! Voilà ! Donc pas la peine de vous la jouer qui a la plus grosse en public, je pourrais lever le mystère dès que j'aurais vu celle de l'homme sans nom ! Bon, je vais aux toilettes, bouge pas No-Name...

- Je m'en occupe, me rassure Emma accompagnée par Hannah.

- Bien, tonne Will qui me fait reculer en s'adressant à NoName. Tu as entendu la dame, elle a beaucoup trop bu de Champagne certes mais elle est toujours consciente d'être amoureuse de lui. Donc tu ne l'approches plus au risque de te retrouver avec l'empreinte de ses phalanges sur le nez qui crois-moi sur parole, n'en sera plus un si tes mains se posent encore sur le corps de sa copine.

***


- Aie ! peste Cassie en se heurtant à moi à la sortie des toilettes pour femme suivie par Hannah qui me fait signe qu'elle nous laisse tous les deux.

Les cheveux humides de s'être rafraîchie, elle relève la tête, nos regards se rencontrent, suspendant le temps, ainsi que les battements du minuscule morceau de palpitant qui me restait mais paraît se régénérer à sa simple présence si près de moi. Les pupilles toujours dilatées par les quantités non négligeables d'alcool avec lesquelles elle s'est hydratée et dont je peux deviner les noms rien qu'en inspirant les effluves de son haleine sucrée qui caresse ma bouche, je lis d'ici la bataille qu'elle mène en interne, seule. Et je sais que j'ai une carte à jouer, car cette scène n'est pas inédite pour nous. Le théâtre est différent de la première fois, mais les personnages principaux eux sont identiques. Mieux, ils se connaissent aujourd'hui. Le script est déjà vu, espérons que la fin de l'épisode soit inchangé, ou presque si l'on compte les ajouts que je vais y faire. Avec une lenteur calculée afin qu'elle puisse interrompre mon geste, ma main droite se pose sur sa joue quand ma gauche presse ses reins pour la rapprocher de moi, soudant nos bassins. Cassie inspire profondément, ne me rejette, profite de mon étreinte en s'y collant plus, scellant ses paupières desquelles coulent déjà quelques perles d'eau. Son visage dessine avec précision une douleur qui n'est rien d'autre que la duplication de la mienne, qui gronde dans mes tripes mais s'apaise en se souvenant que son baume est à portée de mains. Nos peaux communiquent, frissonnent à l'unisson, sans mot. Jusqu'à ce que de nouveau nos yeux entrent en communion. Je supprime les centimètres inutiles qui m'isolent de celle qui enferme encore quelque part dans une bulle de rancune justifiée le reste de mon organe le plus vitale, dont elle est l'essence même, la batterie inépuisable qui donne le tempo aux pulsations du chef d'orchestre de mon corps et sans laquelle il ne pourrait plus fonctionner même si elle me le rendait.

- Bonsoir ma sexy Super-Girl, je lui glisse à l'oreille. Tu sais qu'il se dit que le Père-Noël sait tout ? Et aussi qu'il peut exhausser tous les vœux. Alors j'espère que ce soir, il va m'en accorder un. Mais avant, j'ai quelque chose à te dire.

- Quoi ? chuchote-t-elle d'une voix tout juste audible, sans bouger d'un millimètre.

- Je m'appelle Casey O'Neill, et je suis fou amoureux d'une elfe du Père-Noël qui semble avoir un certain penchant pour les déguise...

Mais elle ne me laisse pas le temps de terminer, marmonne un << putain de champagne et de cœur en chamallow >>,puis tourne son visage pour happer ma bouche. Sa langue kidnappe la mienne déjà atteinte du Syndrome de Stockholm, s'y enroule tel un serpent autour de sa proie. Mes doigts essuient ses larmes de leur pulpe. J'aspire ses gémissements qui ravivent mes cellules éteintes depuis plus de deux mois, se mettent au diapason pour elle, uniquement pour elle qui a le contrôle de tout, depuis le début. Elle m'embrasse avec une telle douceur que je pourrais jurer que le temps est en pause. Moi, je l'embrasse jusqu'à l'asphyxie. Deux secondes pour nous réoxygéner, c'est déjà trop. Je me rue sur ses lèvres, déjà en manque d'elle, la goûte sans plus la lâcher. Cette fois, c'est la fièvre qui nous guide. Cassie approfondit notre embrassade en tirant sur mes cheveux pour me ramener plus à elle, alors je la soulève, ouvre les yeux pour quitter ce couloir où nous sommes une attraction et trouver un endroit plus intime, constate qu'elle me regarde déjà, et devine ses ordres silencieux dans ses yeux. Elle va me tuer !

Cette fois, je vais devoir me faire violence et virer ma bonne conscience si je ne veux pas déclencher la troisième guerre mondiale. Comme si elle lisait dans mes pensées, facétieuse et dominatrice, elle pose ses conditions quand nous sortons du club et atteignons presque l'ascenseur.

- Si tu me sors ton laïus de gentleman à la con parce que je suis un peu bourrée et que t'as des principes, t'es mort ! Va falloir ressortir ta canne à sucre et tes boules de Noël, Santa...

Obéis à la dame, cette fois.

Un peu bourrée ? Elle a dépassé ce stade depuis longtemps, mais je peux toujours essayer.

- Maintenant que tu m'as attrapée, j'espère que t'es prêt à jouer et avec des prolongations, souffle-t-elle hors d'haleine en se frottant avec vigueur à mon érection en grande souffrance et sous une pression rarement atteinte. Perso, je suis prête à crier pendant des heures, alors mieux vaut que tu sois hyper bouillant et très endurant si tu ne veux pas que j'aille demander de l'aide à un autre ...

Même pas en rêve !

Elle ne perd pas le nord, le lutin des enfers qui a le feu au cul.

- Ne t'inquiète pas mon ange, tu vas hurler ta rédemption et le Diable lui-même va même venir prendre des cours auprès du meilleur coup de ta vie, je la coupe en glissant un doigt dans ses chairs humides pour la faire taire, puis un deuxième.

Et ça marche.

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