Enguirlandé[e]

20 minutes de lecture

Septembre


Cassie.

- Satané téléphone satanique ! je peste contre l'objet design et blanc sur mon bureau qui est plus en représentation musical qu'un orchestre philharmonique en tournée mondiale.

Oui, je sais... un agent immobilier qui voue une haine féroce à son téléphone c'est comme un pâtissier qui fait une allergie visuelle au sucre et à la farine. Ça n'a ni queue ni tête...

On aimerait bien une queue, si tu étais moins fermée qu'une none un jour de catéchisme... Moi je dis ça pour aider. Tu es à cran !

Tout comme Monsieur TyranoCon Tuker s'est fait licencier il y a deux mois par Monsieur O'Neill, j'ai essayé de virer la squatteuse dans ma tête en invoquant le fait que nous ne sommes pas en trêve hivernale -ni en trêve tout court, d'ailleurs. Mais non, elle est toujours là comme une moule à son rocher même par jour de tempête. Et plus le temps passe, plus Madame me fait penser à Doris. Traduction : Elle a le pistil qui la gratte !

Tu es en manque, donc je suis en manque !

Cette charmante conversation avec moi-même terminée, je me promets de me faire interner d'ici à la fin de l'année si je continue de me disputer avec elle. Oui, folle à lier. Loin de se décourager face à mon manque de réaction, le suicidaire qui pourrait se voir exhaussé par une défénestration plus qu'imminente continue de crier comme s'il était possible que je ne l'entende pas.
Note à moi-même : changer cette putain de sonnerie.

Je décroche percevant sur le poste qu'il s'agit d'un appel interne.

- Cassie, j'ai deux personnes en attente sur les lignes. Qui dois-je vous passer en premier ?

Je n'ai pas les mots.

Moi non plus. Elle me prend pour Nostradamus ou je rêve ? Bon Cassie, soit gentille, elle n'est là que depuis un mois ... je me sermonne toute seule.

- Paulina, si j'avais un quelconque pouvoir de télépathie ou de prémonition je vous assure que j'aurais déjà gagné huit cent douze fois au loto au moins, mais je ne suis que moi, donc pourriez-vous me dire qui cherche à me joindre s'il vous plaît ? je l'interroge d'une voix douce -juré.

Elle se met à glousser.

Comme une chèvre, appelons une chèvre une chèvre...Et une chatte une chatte. D'ailleurs la tienne a besoin de soins, de chatte.

Jamais sur la même longueur d'ondes.

Rarement. C'est le principe d'avoir une conscience ... quand tu dis n'importe quoi je suis là

- Madame Frasier sur la 1 et Monsieur Langford sur la 4.

Bah voyons ...C'est qu'il n'arrête jamais celui-là !

Si tu étais moins rancunière il arrêterait.

Ce n'est pas une question de rancune. Il faut simplement savoir tourner la page. C'est un peu le principe d'une séparation. Quand les gens divorcent, c'est pour ne plus être mariés. Quand on se sépare, c'est pour ne plus avoir à faire chaque jour à son ex. Or, il y en a un qui n'a pas lu le manuel d'utilisation.

Ou qui ne s'était jamais fait plaqué, Cassie

Eh bien il y a un début à tout. La preuve. Et s'il lui faut une note d'utilisation, " Comment ne de pas devenir un harceleur après une rupture" je suis tout à fait disposée à le lui faire parvenir. Tout comme je l'ai fait avec tous les cadeaux qu'il m'envoie depuis près de deux mois.

Tous ?

OK... J'avoue. J'ai gardé les fleurs. Parce qu'il les a faites livrer directement ici, et je n'ai pas trop eu d'autres choix. Et puis ... bon, je n'ai pas pu me séparer des chocolats, mais c'est comme proposer des yeux tous neufs à un malvoyant ! Je risquais la prison si je ne les mangeais pas, tous, et moi-même ! Oui, je me suis dévouée corps et âme.

Et son corps le sait.

Rabat-joie.

Bref. En dehors de ces "obligations", je n'ai pas gardé le reste. J'ai tout renvoyé.

Dans un gros paquet emballé Cassie.

... Avec de la guirlande rouge ! Oui je sais ! Une merveilleuse idée de génie... diaboliquement astucieuse. Le paquet était absolument parfait. Je sais soigner mes cadeaux, moi... En les personnalisant ! J'aurais adoré voir sa tête, mais bon, le simple fait de l'imaginer c'est déjà génial.

Cassie 1 / Casey pas Langford 0

Tu joues. Ce n'est pas bien.

- Passez-moi Madame Frasier s'il vous plaît. Quant à ce Monsieur Langford, j'ajoute assurée, dites-lui dire s'il vous plaît que je n’ai pas ce qu'il recherche et que je lui conseille de s'adresser directement au PDG, il comprendra.

Vilaine Cassie.

Ô oui, je jubile. Trouver chaque jour ou presque comment le rembarrer est prenant, demande du temps et de l'imagination. C'est un sport cérébral à part entière... et ça m'empêche de trop penser.

Et d'oublier.

Putain de cœur en chamallow qui refuse de redevenir un gros caillou.

- Mademoiselle Green ?

En chair et en os ... et en chamallow, aussi.

***

- Tu penses que ça va lui plaire ?

Je lève les yeux au plafond, même si à l'autre bout du fil, il ne peut pas me voir, et soupire libérant mes poumons de tout leur air au passage. Pas d'agacement, mais de quelque chose de bien plus positif : une très affectueuse désolation. Will est stressé comme s'il avait seize ans et allait passer son permis de conduire aujourd'hui. Il sait qu'il va l'avoir mais malgré tout, l'angoisse est là. Ici, c'est pareil. Il sait que d'avoir organisé l'anniversaire "surprise" d'Hannah va lui plaire, mais il a besoin que je le lui rabâche, plusieurs fois par jour depuis plus d'une semaine. Et que Wyatt fasse exactement la même chose de son côté. Deux avis valent mieux qu'un, donc.
Alors oui, elle va adorer, puisque Hannah aime faire la fête, danser, et boire de l'alcool. Beaucoup d'alcool. Des fontaines de cocktails très sucrés et très colorés.

- Je t'entends souffler, Cass'.

- Ie. CassIE, WI.LL.IA.M, j'articule avec lenteur et exagération. Je n'ai pas bu un seul verre d'alcool depuis des jours mais tu me saoules le surfer des neiges ! je plaisante en me garant sur ma place réservée du parking. Tu sais ce qu'on va faire ? je lui demande sans lui laisser le temps de répondre. Je vais m'enregistrer sur le dictaphone de mon portable comme sur un répondeur et la prochaine fois que tu m'appelles pour me poser la même question je m'économise, j'ai l'horrible sensation de devenir une Mamie-Radote à cause de toi !

Mamie-La-Grotte, oui!
Faudrait voir à ramoner tout ça Cassie. J'ai un SAV si tu veux...
24/27, 7/7.

Bah voyons. Et je le trouve à "C.O'N" dans mes contacts c'est ça?

Oui, j'ai osé.
Will se laisse gagner par un fou-rire qui vient chatouiller mon tympan par son timbre caverneux. Les vibrations se ressentent jusque dans mon cœur qui refuse de quitter l'écrin de guimauve vanillé qu'il s'est créé, même après avoir été lacéré par des lames et des barbelés aussi incandescents qu'acides car l'agression qu'il a subi était brutale. Il a toujours mal, mais semble avoir envie de faire l'autruche pour panser ses plaies, de se voiler la face en refaisant la déco, adepte du "tout est beau tout va bien". Or, c'est faux. La douleur n'a pas disparu si facilement. Les sons d'amusement de Will me ramènent à ce qu'il se passe. Je ris aussi de ma connerie. Mon téléphone bien calé entre l'oreille et l'épaule, j'attrape ma sacoche de travail en cuir puis mon sac à main, ferme la portière, le bruit de mes talons fouettant le bitume noir rythmant mon avancée vers l'entrée. La main droite sur la poignée et les yeux tournés vers un ciel bleu et sans nuage, je soupire encore en me rappelant à quel point je suis tête en l'air parfois et retourne à la voiture dans laquelle j'ai laissé mes clés sur le contact.

Ouais. J'ai besoin de baiser. Putain de libido !

- Je t'entends encore soupirer, Miss Green, me fait gentiment remarquer mon interlocuteur dont je n'ai plus suivi le discours depuis au moins deux minutes. Dis-le si je te fais chier.

Y'a qu'à demander le Viking ...

- Arrête Calimero, je fais simplement plusieurs choses à la fois, je râle en entrant dans l'agence. Je suis une femme moi. Tu as déjà entendu parler de la charge mentale ou pas du tout ?

Là il pense " La charge quoi ?

Oui c'est vrai. Les deux seules charges que Will doit connaître sont les altères qu'il soulève durant ses séances de musculation, et son patron/meilleur ami.

J'en ai voulu à Will, beaucoup. Quand il est venu me rejoindre la nuit du 3 au 4 juillet, quand je ne suis pas rentrée chez ma sœur, trop en colère, trop blessée, ayant besoin d'une immense goulée d'air frais - métaphore pour dire que j'avais besoin d'être seule, loin d'eux- il m'a tout raconté. Tout ce que Casey ne m'avait pas dit. Ou peut-être tout ce que je ne lui avais pas laissé l'occasion de me dire estimant qu'il avait bénéficié de suffisamment de temps derrière nous pour lever le voile. Sept mois, exactement.

Ce n'était donc pas Casey qui m'avait pistonnée. Enfin peut-on dire qu'il m'avait lui-même pistonnée auprès de lui ? Quoi qu'il en soit, c'est Will qui m'avait faite embaucher à MRE, lui qui avait tout orchestré, et sans en parler au préalable à son patron, se servant de son poste pour le faire en catimini. Il lui a suffi d'expliquer à la RH ce qu'il fallait faire, elle n'a même pas demandé confirmation au PDG pensant que l'ordre venait de lui. Lui qui avait estimé qu'il pouvait me rendre un service en me libérant au plus tôt de mon contrat au magasin de jouets, en me donnant un poste que je recherchais comme un scientifique qui cherche un vaccin contre le VIH.

En me "rendant ce service", il s'en rendait aussi un à lui par la même occasion. Pas à lui personnellement mais à Casey et MRE, puisqu'il leur fallait trouver un moyen d'occuper TyranoCon pendant quelques semaines ou mois, afin de rassembler le plus d'éléments possibles sur ses fraudes, et dans son dos cela va sans dire. Alors quoi de mieux que de demander au Directeur des quatre agences de LA -censé être le meilleur- que de former deux nouvelles recrues "prometteuses ?". En nous ayant dans les pattes, c'est le cas de le dire, il a dû lever un peu le pied sur ses magouilles. Mais pas totalement. C'est pour cette raison qu'il restait si tard le soir. Il avait besoin de temps seul pour ne pas perdre l'intégralité de son revenu parallèle, ses "arrondissements de fin de mois", comme s'il était possible d'en avoir avec ses revenus colossaux. Bref, plus rien ne m'étonne maintenant. Le Tyrano avait beau être grisonnant et sur le déclin, il n'en avait pas moins la tête sur les épaules et des idées plein la tête : il y a quatre ans, il a monté une petite combine pour gonfler ses commissions, en en "perdant" officiellement une partie. Sur certains dossiers, quand il comprenait que cela arrangeait vendeur et acquéreur, rapport au fisc, aux plus-values et aux taxes, le prix des propriétés baissaient juste avant l'officialisation de la transaction. La différence était payée en dessous de table, rapportant un joli pactole au passage à Tuker, puisque net de toute ponction extérieure pour les deux autres parties.

La première année, il ne l'a fait que trois fois. Puis ce fut l'escalade, car par le bouche à oreilles il s'est fait une "nouvelle réputation" dans un cercle très fermé. Plus il gagnait, plus il augmentait son train de vie, plus il lui fallait d'argent. Notre arrivée l'a clairement emmerdé, soyons honnêtes. Il était parano vu sa situation périlleuse, mais il était aussi très suspicieux, et ça Will ne l'avait pas prévu. Ni qu'il avait une liaison avec ... la RH qui lui a dit que Casey avait demandé lui-même -pensant que c'était le cas- à nous recruter. Sa maniaquise exacerbée par sa crainte sa paranoïa, il a immédiatement pensé que l'une de nous était une espionne pour Casey, voire les deux. Ensuite, quand il a compris que Casey faisait tout pour éviter de nous voir Neila et moi - en la cerise sur le gâteau fut San Francisco- , il s'est mis en tête qu'elle ou moi était sa petite-amie, en plus de fouiner pour lui. C'est une synthèse mais c'est déjà pas mal.
Will et Casey, avec l'une des experts comptables, avait besoin d'une solution pour l'empêcher d'agir. Neila et moi étions la solution. William a tout pensé lui-même à la seconde où il sut que j'étais agent immobilier, au commissariat. Il a trouvé dans les CV une future collègue qui avait un profil proche du mien espérant créer une affinité afin que je pas que je sois seule avec Tuker, puis a lancé la machine avant d'en parler à Casey, qui lui a compris le jour où sa DRH m'a contactée pendant mon séjour à Aspen. Le loto truqué. La "seule" chose que Casey savait déjà, c'était mon métier. Mais le reste est venu par la suite, quand il a dû confronter Will après l'appel de la RH. Quant au loto, c'est parti d'une boutade de Will, que Casey a pris très au sérieux. Mais Hannah devait me le dire avant d'arriver dans le Colorado, ce qu'elle n'a pas fait. Puis le jour du triste anniversaire du décès de ma mère est arrivé... et mon amie leur a interdit de dire quoi que ce soit.

À notre retour à L.A, chacun a laissé traîner les choses. Casey, en particulier puisqu'il est celui qui à mon sens a le plus fauté. C'était un effet boule de neige. Chaque jour elle grossissait. Encore et encore. A devenir le corps fort, dur et dodu d'un gros bonhomme blanc à la carotte en guise de nez. Quand Scarlett est entrée dans danse, elle est devenue la tête du bonhomme. Personne ne l'a obligée à rien, elle est allée sur la piste toute seule, comme une grande. Elle avait compris tôt, quand je lui ai dit après Aspen que le copain d'Hannah, William et le meilleur ami de ce dernier étaient avec nous là-bas. Elle a compris. Compris aussi que moi, je ne savais pas. La dernière des connes, c'était moi.

C'est pour cette raison qu'elle tenait tant à rencontrer Casey, qu'elle remettait ça sur le tapis, semaine après semaine. Jusqu'à ce qu'elle ne me laisse plus le choix, fin mars. Mais c'était surtout un stratagème pour que Casey la contacte se sentant pris au piège. Et il a mordu à l'hameçon luisant de ma sœur. L'ultime danseur de cette farce, ce fut Gaby. Ma sœur lui avait tout dit de ses doutes dès le début. Jusqu'à la dernière seconde, tous ont joué un jeu. Tous sans exception. Même Wyatt était au courant. Quand la vérité m'est apparue, tout s'est éclairé. Tout. Y compris les discours étranges que me sortait Scarlett. Elle tâtait le terrain en habit de camouflage, menait en silence une campagne d'endoctrinement " Cassie ne doit pas péter un plomb".

Pour en revenir à Will, ça partait d'un bon sentiment, je le sais. Alors j'ai pardonné. Nous avons discuté des heures durant, lorsqu'au milieu de la nuit, cette nuit-là justement, après un feu d'artifices arrivé plus tôt que prévu -puisque la fête nationale n'était que le lendemain - il m'a rejointe chez Casey, ou devrais-je dire dans l'ancienne maison de son amie décédée. C'était là-bas que j'étais. J'avais le code de l'alarme que le propriétaire des lieux m'avait donné pour l'y attendre quand j'étais la première de nous deux à pouvoir m'y rendre, dès que nous prévoyions d'y passer des soirées ou des nuits. Je savais où était la clé de secours, je n'en avais pas voulu une pour moi, mais j'avais de quoi rentrer.

Initialement, j'avais prévu de dormir dans une chambre d'hôtel. Au dernier moment dans le taxi, j'ai changé d'avis. J'ai ressenti le besoin d'y aller une dernière fois. Casey m'avait expliqué plus tôt pourquoi il avait racheté cette maison pour son meilleur ami, le lien. À ce moment-là, les larmes refusant de me libérer, déchirée par tant de coups et blessures consécutives, j'ai eu besoin d'un lien, pour quelques heures. Pour que durant un dernier moment éphémère je puisse me retrouver entre les murs qui avaient vu naître les souvenirs. Un besoin viscéral de dire au revoir à l'homme que j'aimais mais qui n'existait pas, ou plus. Jusqu'à ce que William n'arrive, j'ai pleuré, recroquevillée sur le lit, la tête sur l'oreiller de Casey pour sentir son odeur, encore un peu. Du pur masochisme ! À chaque inspiration, j'enracinais les effluves de son odeur masculine et boisée dans mes poumons, mon sang, mes cellules. Alors à chaque inspiration, je me giflais seule une fois de plus, consciente de ce qui n'était plus. Ou plus encore de ce qui n'avait peut-être jamais été rien d'autre qu'une magistrale illusion d'optique.

J'ai pleuré et crié de douleur pour tout oui. Absolument tout ce que j'avais besoin de purger de ma tête. Ma mère, mon père. Le foyer. Les trahisons groupées ou individuelles. L'arrivée de Will a apporté avec lui son histoire, son propre passé. Nous avons confronté les chapitres passés de nos vies abîmées, nos envies et souhaits pour l'avenir. Le sien, c'est avec Hannah qu'il se voit. Et je sais qu'elle n'imagine plus le sien sans son Viking, elle qui il y a huit mois encore refusait de coucher deux fois avec le même homme, prête à tenir un petit carnet du sexe pour être sûre de ne pas se laisser attraper par le même loup à plusieurs reprises...

Chouette le jeu de mot. Tu le vois quand le loup toi ?

Je ne me suis pas endormie avant le milieu de l'après-midi, séchée, vidée.
J'avais tout prévu : ne plus me servir de mes cartes de crédit, éteindre mon téléphone... sauf que Casey finirait par comprendre.

Aujourd'hui, j'ai pardonné à Will. À Hannah, à Wyatt. Emma, ça a été plus difficile. Les choses recommencent à peine à être apaisées. Parce que ma sœur est la personne avec qui j'ai passé le plus de temps dans ma vie, et que la pilule est de taille et amère. Elle a voulu aider Casey, nous aider lui et moi. Or seul Casey pouvait aider Casey, nous aider. Elle a choisi un camp qui n'était pas le mien celui de la vérité, valeur avec laquelle elle m'a élevée, l'hypocrite.

Mais ça va mieux.

Oui. J'ai repris mon indépendance ce jour-là. Avec l'argent que m'avait rendu Mika, j'ai pu trouver un petit appartement en location, le meubler un peu. Sommairement, mais doucement l'oiseau fait son nid. Et puis en réalité je n'ai pas voulu trop en faire, dans l'espoir de ne pas y rester de manière prolongée. J'ai un autre projet et attends une réponse qui est imminente maintenant.

Je rentre dans mon bureau, sursaute à la vue d'une silhouette assise sur l'un des fauteuils qui a été déplacé près de la baie vitrée donnant sur l'avenue. J'interromps la vague infinie de paroles du beau surfer qui me recitait la liste des animations prévues tout en envisageant mes issues de secours : porte ou fenêtre. La cadence de mon cœur change plus que perceptiblement, mes mains deviennent moites en un clin d'œil. En clair : c'est la merde.

- Willy il va falloir venir me sauver, je marmonne dans mon téléphone sans quitter l'intruse des yeux.

- Ah, ouais ... je me doutais qu'elle allait faire ça, réplique-t-il sur le même ton. Bon, on se rappelle !

Comment ça il s'en doutait ?

Comme il vient de le dire...

Je pose mes affaires sur mon bureau. La femme se lève, lisse sa longue robe blanche boutonnée et ceinturée à la taille, un sourire amical et franc vissé sur un visage doux dont les traits me sont familiers. Ses yeux balaient mon corps, son sourire immaculé s'élargit encore à toucher le plafond.

- Bonjour Cassie, me salue-t-elle en me tendant la main.

Sa poigne est franche mais aussi affectueuse comme une caresse.

Putain.de.journée ! Me manquait plus que ça.

Il fallait bien que cela arrive un jour...

Et pourquoi ?

Tu le sais très bien...

- Bonjour Madame O'Neill.

Un sourire forcé sur mon visage et quelque peu sur la défensive, je récupère ma main et m'assois à mon bureau en l'invitant d'un geste de la main à prendre place en face de moi. Je ne sais pas à quoi m'attendre - à part me faire piquer mon filleul par cette superbe quinquagénaire brune aux longs cheveux qui n'en paraît pas tant- mais certainement pas à ce qui suis ... Elle ouvre un grand sac à main noir Chanel duquel elle tire un long objet que je reconnais sans mal. Mon sourire s'efface pour laisser place à la stupeur. Putain, la fenêtre est plus proche... Il me semble que je déglutis plusieurs fois ou du moins je tente de le faire, mon estomac s'essaie au saut périlleux, mon cœur devient tambour à un concert de Hard Rock...

Concert de Métal en mode accéléré.

Elle dépose l'objet du crime devant moi, sous mes yeux qui suivent le mouvement de ses mains, hypnotisés. Je retiens mon souffle dans l'attente de savoir à quelle sauce elle va me dévorer. Il ne peut en être autrement. Elle sait ce que j'ai fait. La preuve est sous mes yeux. Putain si ça ce n'est pas le Karma, je ne sais pas ce que c'est ! Un petit rire lui échappe tandis qu'elle me scrute intensément. Ok ... elle ne semblait pas sadique de prime abord, mais je me suis tellement trompée sur les gens ces derniers temps...

Tu juges trop vite. Ralentis la cadence !

Je suis passée vous rapporter ceci, énonce-t-elle sans se départir de son sourire. Mon fils n'est pas au courant bien entendu, mais il comprendra par lui-même quand il ne trouvera plus ceci dans sa chambre, ajoute-t-elle en pointant la très longue guirlande rouge avec laquelle j'avais terminé le paquet cadeau que j'ai renvoyé à Casey, contenant tout ce qu'il m'avait offert ces presque deux derniers mois.

Une liseuse, des romans papier, un power-bank pour mon téléphone -moi qui n'ai jamais de batterie-, des coques originales pour mon smartphone puisqu'il sait que j'en fais la collection, un joli thermos à thé électronique avec sa boule à infuser à l'intérieur, une enceinte portative, un casque audio sans fil ... et j'en passe. En tout, une bonne trentaine d'objets. Ne manquaient que les fleurs.

Et les chocolats. Paix à leurs âmes.

J'ai tout rangé au fur et à mesure dans un carton -que j'ai dû changer par deux fois- et renvoyé le paquet à l'expéditeur, en expliquant au Père-Noël qu'il devrait faire un check-up médical car il semblait s'être trompé sur le calendrier... nous n'étions encore qu'en août, la semaine dernière. J'ai fait un joli paquet cadeau que j'ai noué avec la guirlande... et...

Et joyeux anniversaire, Santa...

- Madame O'Neill, je ...

Mais pas moyen de tenter de se défendre. Elle me coupe en roulant des yeux, ses dents pinçant sa lèvre inférieure.

- Je sais que c'est votre bureau, mais je n'avais pas tellement le choix Cassie, commence-t-elle d'un ton très calme en sortant autre chose de son sac. Je suis venue pour parler de femme à femme, mais aussi de mère à femme. Et si vous n'avez plus de mes nouvelles d'ici demain, c'est que mon fils aura décidé de se passer de moi en apprenant que je suis venue vous rendre visite ! badine-t-elle comme si nous étions amies tout en me tendant collier que j'avais également rendu à Casey dans le colis de la semaine dernière.

J'aurais dû le faire le soir de notre rupture mais je n'y ai pas pensé. Trop bouleversée par le tremblement de Terre. Et la semaine dernière, j'ai profité du retour à l'envoyeur pour me séparer de lui, aussi.

Je regarde le collier, le détaille comme pour vérifier que rien ne manque et je ne sais même pas pourquoi je fais cela en plus, devant elle.
Mon cœur se serre, transpercé par l'aiguille qu'elle ma lancée. Je lutte pour empêcher mes larmes de rejoindre mes yeux, mon nez me piquant déjà, annonçant qu'elles sont proches, très proches.

Parce que tu l'adores, ce collier.

- C'est fantastique, paraît-elle s'extasier en avançant son visage vers moi au-dessus du bureau qui nous sépare, ses iris grises voguant entre les miens et les pierres du bijou. C'est la même couleur ! Il n'a pas fait les choses à moitié...

Doux euphémisme.

Sauf que là, ça ne passe pas. Piquée au vif et acerbe, ma bouche réagit plus vite que ma pensée :

- Vous avez raison Madame O'Neill, votre fils n'a pas fait les choses à moitié quand il s'agit du mensonge et de la duperie ! Mais il n'y a pas de quoi en être fière, pardonnez-moi. Je ne vous juge pas, je tempère sans la quitter des yeux, il est adulte et le seul responsable de ses actes, je n'ai jamais pensé qu'il s'agissait d'un défaut d'éducation.

Je lui rends le collier que Casey m'avait offert à la Saint Valentin. Un sautoir avec une double chaîne en or jaune, dont les deux sont reliées par neuf émeraudes et une unique ambre, pour le rappel à la tâche que j'ai dans l'un de mes yeux. Il est fabuleux, alors qu'il est simple, en soi. Rien de trop voyant, blingbling. C'est surtout l'attention, la recherche pour qu'il me corresponde qui m'avait touchée.

- Il est à vous Cassie, le refuse-t-elle. De tout ce que vous avez rendu à mon fils, c'est ce collier qui l'a le plus bouleversé, m'explique-t-elle peinée à son tour. Vous avez raison de le faire ramer, il le mérite. Je lui avais dit à la minute où il m’a tout raconté qu'il devait tout vous dire, mais tout comme son père il têtu ! S'exclame-t-elle. Mais j'espère que vous savez comme moi que ce n'est qu'une mauvaise phase que vous traversez. Je le savais déjà sans même vous avoir rencontrée, mais maintenant que je vous vois, j'en suis encore plus convaincue, Cassie Vous allez donc écouter ce que j'ai à vous dire s'il vous plaît et avec un peu de chance et de bon sens, se permet-elle d'ajouter en joignant ses mains comme si elle priait, nous allons parvenir à réduire le temps de cette séparation au strict nécessaire afin d'abréger vos souffrances, à tous les deux.

Amen ma sœur !

D'un regard rapide, j'avise la fenêtre. La mère de Casey s'en rend compte et ne retient pas son rire chantant en lâchant un "vous êtes telle qu'il vous a décrite". Mais je ne bouge pas. Bien ancrée dans mon siège alors que je devrais me lever, mettre fin à cet entretien qui va à l'encontre de tout ce que j'avais prévu.
Je reste là, la respiration sur pause après avoir longuement soupirer, vider l'air de mes poumons qui réclament ce qui leur manque.

Putain de cœur en chamallow !
Et putain de guirlande !

Annotations

Recommandations

the Galactik
Je suis Niklas Hennessey, membre de la famille la plus riche d'Irlande.
Tout le monde vante les qualités des milliardaires. Mais moi je n'en ai qu'une : me battre ! Et cela ne convient pas du tout aux goûts familiaux. Mais je n'y accorde aucune importance. Je profite de ma vie.
Mais un soir, tout change !
Je dois arriver à gagner ma vie par mes propres moyens, tout seul, sans aucune aide. Donner des coups de poings ne me seront d'aucune utilité.
C'est alors que la possibilité de voyager dans l'Espace s'offre à moi. Mais malgré les précautions et mesures de sécurités, le voyage ne se passe pas du tout comme prévu. Je me réveille ensuite sur une planète perdue dans une autre galaxie, avec des occupants étranges, et de l'énergie cosmique dans mon organisme.
Si je veux pouvoir rentrer sur Terre, je vais devoir apprendre à la maîtriser sans commettre de dégâts. Et cela est loin d'être facile. Surtout que des aliens meurtriers tentent de me capturer...
5
6
0
73
Défi
Claude Carrès
J'avais pas de chien.. c'était sans compter sur leur fourberie et leur capacité à se déguiser en chaton.. les chat l'eau
11
13
6
1
Lou08
Voici un petit résumé de la légende de Tristan et Yseut, à la fin il y a un petit jeu. A votre avis qu'elle est la bonne fin ( pas le droit de tricher, bon je pourrais pas vous en empêcher!) n'hésitez pas a me faire part de vos réponse.
0
1
0
1

Vous aimez lire Line P_auteur ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0