Artifices et vérités. Partie 1

22 minutes de lecture

Quelques heures plus tôt


Casey

- Hey vieux, qu'est-ce que tu fous encore ici ? Je t'appelle depuis plus de deux heures ! Je t'ai cherché partout !

Il s'assoit sur l'une des trois chaises longues vides à côté de moi, sous le patio face à la piscine du jardin. Mes yeux sont ouverts. Or les images que je capte ne sont pas celles du présent mais le souvenir de scènes vécues il y a quelques jours. Tout semble pourtant si réel. C'est comme si je regardais le passé à travers un écran. L'image et le son en 5K.

Je vois Cassie courir autour de la piscine pour m'échapper, riant aux éclats, me suppliant de ne pas la jeter à l'eau sans qu'elle se soit mouillé la nuque. Je la revois m'amadouer en me réclamant un baiser contre un saut dans le liquide chauffé par les rayons brûlants du soleil californien. Évidemment j'ai fondu. Métaphoriquement, mais pas que. Je ne peux rien lui refuser, alors j'ai fondu sur sa bouche qui m'attire toujours comme une oasis au milieu d'un désert aride. Tel un diamant scintillant en pleine nuit. Ce qu'elle est pour moi. Je ne peux rien lui refuser, mais elle ne voit encore pas à quel point. Elle sait comment m'amadouer oui, avec ses moues ingénues ou totalement dévergondées quand elle se transforme en bombe sexuelle capable de tout faire péter en un seul regard dégoupillé. Je ne peux rien lui refuser, mais je crois que ses yeux portent un voile opaque pour l'empêcher de voir l'évidence plus lumineuse qu'un sapin illuminé dans l'obscurité de la nuit. Un rideau qu'elle a elle-même installé.

Rien sauf la vérité Casey.

- Caz' qu'est-ce que tu fais ici ? s'enquiert mon meilleur ami qui pose une poignée ferme mais amicale sur mon épaule droite. Tes parents n'arrivent pas à te joindre, moi non plus.

D'un signe du menton, je lui désigne la piscine. Il comprend sans même avoir besoin de se lever, ou de preuve.

Y'a un noyé.

- Je ne bougerai pas d'ici frérot, me dit-il en s'installant confortablement sur le transat en virant ses chaussures, les bras croisés derrière la nuque.

- Will c'est...

Il s'esclaffe. Comme une prémonition, je connais déjà la suite. D'une voix de ténor en plein procès, claire et assurée qu'il ressort de son placard, il se lance dans sa plaidoirie écrite pour me convaincre:

- Je ne m'écraserai pas Casey. Tout comme toi as tenu le gouvernail de mon navire même quand je coulais dans les eaux troubles et agitées. Je ne vais pas simplement t'écouter me demander de te laisser seul avec tes doutes et tes peurs. Je ne vais pas simplement me lever, tourner les talons, traverser la maison puis ouvrir la porte et la refermer en la claquant derrière moi en attendant que tu daignes te lever et nous rejoindre comme si de rien n'était, comme si mon meilleur ami n'était pas en train de sombrer dans les méandres de son propre esprit torturé par la crainte que son cœur ne saigne bientôt. Depuis plus de cinq c'est toi qui me portes Casey. Ce n'était pas ton job mais tu l'as fait. Tu as fait plus que n'importe qui. Et plus encore, tu l'as fait même quand je t'ai rejeté, encore et encore. Tu l'as fait même quand moi JE.ME SUIS.REJETÉ, insiste-t-il, alors que je voulais sombrer et pas que mentalement.

- Parce que tu aies plus que mon meilleur ami William, je l'interromps sachant où il veut en venir.

- Et de la même manière tu es plus que le mien Casey, alors je vais rester là, silencieux s'il le faut, le temps que tu te décides à m'expliquer ce qui te tracasse ou plutôt ce qui te bouffe, parce que je vois bien d'ici quel est le sujet du dilemme qui te déchire.

- Will ...

- En réalité on se trompe sur l'échelle du temps, énonce-t-il sans vouloir couper court à cette conversation. Quand on en parle ou plutôt quand on évite d'en parler, quand les mots se déguisent pour dire sans dire, on part toujours de l'accident. Du moment où de tout en bas il a fallu que je remonte, comme un point de départ, un nouveau départ et d'une certaine manière nous n'avons pas tout à fait tort, ça discute. Pour autant quand j'y pense, et même quand moi-même je laisse parler les mots comme tout à l'heure, quand je te dis que depuis plus de cinq tu me portes Caz', que tu es là à me soutenir à bras-le-corps en m’obligeant à me lever le matin, à traverser jour, à me coucher le soir puis recommencer le lendemain, on se trompe. Car ça a commencé avant l'accident. Tu étais déjà là à me soutenir dans le combat, dans la lumière des médias au risque de devenir une proie toi aussi Casey !

- Il n'a jamais été question qu'il en soit autrement ! je m'exclame en me levant poussé par la force de ce qui nous lie, les mains dans les cheveux. La question ne s'est même jamais posée William ! Mes parents, les tiens, moi, nous, je lui dis en nous pointant du doigt, nous sommes une famille ! Ce combat, le procès...

Il se redresse à son tour, détache ses cheveux sur lesquels il tire compulsivement, lui aussi embrassé par le baiser poisonneux du souvenir tranchant.

- C'était le combat de Lorelei ! s'égosille mon meilleur ami. Elle a eu le courage de se dresser contre une mafia plus haute que la statue de la Liberté mais la naïveté de croire que j'étais de taille à l'aider et regarde où ça l'a menée ! Aujourd'hui pour aller lui rendre visite je vais DANS.UN. CIMETIERE.CASEY !

Les larmes aux yeux avant que les sanglots ne l'assaillent, Will se laisse tomber sur une chaise, le visage entre ses grandes mains. La plaie est toujours là, invisible contrairement à la cicatrice qui longe sa colonne vertébrale. Invisible mais plus acide, plus douloureuse, pas moins vive malgré le temps qui passe. Je l'ai vu bas, très bas. Mais je savais qui il était depuis déjà quelques années. Un homme buté dans le bon sens du terme, prêt à se battre pour des valeurs, des convictions honorables qui font celui qu'il est encore même s'il l'enterre parfois sous le poids d'une culpabilité qui ne lui incombe pas.

Lorelei n'était pas naïve, elle a vu ce que nous voyons tous : un homme fort, bien au-delà de sa carrure de quarterback sculpté par la vague du surf sous le soleil de l'océan indien. Suffisamment robuste pour encaisser les coups de la vie, quels qu'ils soient. Je l'ai vu au sol, continuer à creuser une tombe qui n'était pas la sienne, car trop tôt pour la rejoindre. Je savais que le lâcher, c'était l'achever. Il lui fallait l'impulsion jour après jour, il lui fallait une main pour le guider pas à pas, un pied pour lui foutre au cul quand il hurlait qu'il allait se flinguer, une épaule pour pleurer sa douleur et sa colère, une tête capable de penser pour lui et de supporter ses attaques, une oreille pour l'écouter et une bouche pour lui répéter inlassablement qu'il avait fait ce qu'il fallait, pas moins et que la mort de Lorelei n'était en rien sa faute. Que sa main à lui ne l'avait pas tuée. Il l'a protégée autant qu'il a pu, et quoi qu'il en dise, il a gagné son combat à elle. Elle a gagné son combat judiciaire même si elle y a perdu la vie, et elle en a sauvé tellement d'autres.

Je m'assois à sa gauche, pose une main sur sa nuque comme il le fait pour moi dans mes périodes de creux.

- Lorelei t'a choisi parce qu'elle savait à quel point tu étais bon William. Elle t'a choisi parce qu'elle te connaissait probablement plus que tu ne te connais toi-même. Elle t'a choisi toi pour l'aider parce qu'elle savait que tu irais jusqu'au bout quoi qu'il advienne, quelques soient les menaces et les pressions. Lorelei t'a choisi parce qu'elle connaissait tes valeurs, celle de ton esprit aussi bien que de ton cœur Will, et elle avait les mêmes que toi. Celle de défendre ceux qui n'avaient pas la voix suffisamment forte pour crier. Elle a crié pour les autres. Elle a fait exploser un trafic de jeunes femmes même pas majeures, droguées et apeurées foutues sur le trottoir par des salopards sans foi ni loi. Elle a eu le courage de se dresser contre un système bien rodé au péril de sa vie oui, mais elle avait conscience des risques. Tu ne l'as pas tuée Will, c'est eux qui l'ont fait, et tu as failli y passer aussi ce jour-là. Je sais que c'est dur à entendre, mais c'était son heure, pas la tienne. Nous savions tous qu'on avait une épée de Damoclès sur nos têtes et surtout sur la carotide frérot, une cible dessinée sur nos fronts. Ta moto n'était pas à l'épreuve des balles, ta force oui. Je lui dis en soudant nos crânes.

- C'était mon amie Caz, ma meilleure amie, ajoute-t-il les yeux larmoyants.

- Je le sais, mais regarde où tu en es aujourd'hui : tu es vivant et tu as trouvé ta moitié, c'était ça ton destin Will, pas de périr dans ce ravin. Tu n'oublieras jamais mais il faut que tu vives avec, en te séparant de ta culpabilité. Je suis resté avec toi parce que tu es mon frère, Et si c'était à refaire je le ferais encore alors arrête de ressasser sans arrêt ce qu'il s'est passé ces six dernières années !

- Cette fois je ne ressasse pas Casey ! se relève-t-il vivement. J'essaie de te dire que tu es à mes côtés depuis plus de disant et que contre vents et marées tu es resté. Alors si tu crois qu'aujourd'hui je vais quitter cette baraque sans toi je peux te dire que tu te fous de doigt dans l'œil jusqu'au couilles mon vieux !

Du revers de ses mains il efface les traces de son chagrin, part dans la cuisine, revient avec deux bières et m'en rends une. Après un moment de quiétude pour faire taire les mots dans sa tête, il reprend son interrogatoire :

- Je ne partirai pas Casey. Et toi et moi savons aujourd'hui le temps est compté. Alors on peut rester là comme deux cons à écouter le bruit du vent silencieux et celui de l'eau dans cette piscine, on peut se remémorer le souvenir de moi déguisé en lutin dans un magasin de jouets avec la cougar en chaleur qui me collait aux boules, rit-il, ou tu peux en venir directement sur ce qui t'a amené ici parce que de toute façon tu finiras par me dire, ça aussi nous le savons.

Bien dit.

- Emma m'a appelé tout à l'heure, je me lance sans préavis parce qu'il faut que ça sorte. Elle m'a dit qu'il faut que je parle à Cassie et vite.

- Oui et c'est bien ce que nous avons tous prévu de faire la semaine prochaine non ? me demande-t-il les sourcils froncés.

C'est ce qui était prévu oui. Tout était prévu.

Sauf l'imprévisible.

- Demain. Je vais tout lui dire demain. Pas après-demain, pas ce week-end, pas la semaine prochaine. Demain. Seul, je lui précise les yeux dans les yeux.

Peut-être pas.

- Oh putain Casey non ! NON ! Tu oublies ! s'emporte-t-il. On en a déjà parlé tous ensemble, on lui explique tout TOUS ENSEMBLE Caz' ! Chacun à notre manière nous avons fait grossir le secret et parfois sans même que tu ne le saches merde ! Tu n'étais pas seul, tu ne dois pas être seul demain, tu ne vas pas assumer seul ce que tout un groupe a fait bordel ! C'est du ...

- Seul, je répète posément. Pour le reste, on verra après. Mais j'ai des choses à lui dire qui nécessitent d'être en privé Will. J'ai besoin d'intimité.

Mon pote se frotte la barbe comme s'il allait en faire sortir des fées pour l'aider, inspire à s'en faire éclater les poumons sans me quitter des yeux de peur que je ne m'évapore, et abdique d'un hochement de tête.

- Putain ...

Comme tu dis Willy.

- Promets-moi que tu me laisseras lui dire moi-même ce que j'ai fait Casey.

- Je te promets d'essayer de ne pas lui dire moi-même ce que tu as fait, je le corrige. Je ne peux rien te promettre de plus Will, je ne sais pas comment ça va se passer, je n'ai pas de prise sur ça malheureusement.

Nouveau hochement de tête. Il souffle. Tire sur ses longueurs blondes. Consulte sa montre.

- Il n'y a que ça ?

C'est déjà pas mal.

Si seulement il n'y avait que ça. Où plutôt si seulement il n'y avait que le reste.

- Tuker, j'énonce simplement pour annoncer la couleur.

- Quoi Tuker ? On a tout, il nous a fallu des mois pour convaincre tous ceux avec qui il a fait ses coups de coopérer mais c'est bon, on lui balance tout dans ...

- Ce soir Will. Mon père et mon grand-père sont d'accord avec moi, il faut le dégager du paysage rapidement. Parce que maintenant qu'on a tout je ne veux plus attendre un jour de plus, sinon je te jure que je vais le buter et pas que pour les millions qu'il a réussi à se faire avec son stratagème. Je vais le remercier ce soir et annoncer le nom de celui qui le remplacera à la tête des quatre agences de L.A dans la foulée. Je vais purger publiquement mes rangs, pour montrer que je n'ai rien à cacher. De plus, je ne veux plus qu'il s'approche de Cassie, ni même de Neila. Ce mec est malade. L'argent l'a complètement corrompu, c'est l'escalade là ! Et il est devenu infernal, je ne sais pas de quoi il est capable et ...

- Il se doute de quelque chose, termine-t-il pour moi. C'est vrai que j'ai quand même mal calculé ce qu'il pourrait se passer. Mais c'était le seul moyen de limiter ses possibilités d'actions pendant un temps et l'occuper un petit peu ailleurs. Je n'avais pas du tout envisagé qu'il soit si parano Caz' et que les filles ...

- Je sais Will, je sais. Je te jure que depuis des semaines je serre les poings pour éviter d'aller lui en mettre une, mais là c'est bon ! Ce soir stop. Et pour le coup s'il repart avec toutes ses dents ce sera un véritable miracle ! Le fric je m'en fous mais Cassie, c'est ma limite.

Espérons qu'elle le comprenne alors.


***

- Monsieur ? Je peux vous arracher quelques minutes ? s'enquiert une voix qui me déclenche déjà une crise d'urticaire. Il y a deux agents Junior que vous n'êtes jamais venu voir depuis leur recrutement, je me suis dit que ce serait l'occasion idéale de pallier ce manque.

OH PUTAIN

Il n'a quand même pas osé emmener Cassie et Neila avec lui alors qu'il sait pertinemment que les Agents Juniors ne sont jamais invités à cette mondanité-là ? Seuls les Agents Seniors qui le souhaitent et en font la demande à la RH reçoivent l'invitation, car disons-le clairement, c'est un poil rasoir pour le commun des mortels, moi y compris. Je n'oblige personne à y participer.

Cette levée de fond du 3 juillet existe depuis plus de quarante ans, c'est mon grand-père qui la mise en place au travers d'une association qu'il a créée avec ma grand-mère, pour soutenir les hôpitaux de la ville et en particulier les services pédiatriques et de cancérologie. Le geste est noble évidement, les sommes récoltées à ce gala d'été non négligeables grâce aux lots mis aux enchères entre autres par des multimillionnaires malheureusement parfois plus avides de reconnaissance que par pure altruisme, mais les discussions sont barbantes. Ça parle bourse, placements à plusieurs millions de dollars, investissements, immobilier aussi. Mais surtout pour parler fric et fortune. Si certains ont les pieds sur Terre même si leurs comptes en banque se placent à la hauteur des exoplanètes, ne sont pas hautains pour un cents, d'autres ne gagnent pas à être connus. Mais l'important c'est d'obtenir de gros chèques pour les hôpitaux, en plus de ceux que ma famille et moi faisons déjà. Alors on serre les fesses et des mains à ne plus savoir à qui elles appartiennent, on sourit à s'en faire péter les maxillaires pendant quelques heures en pensant à tout ce que cet argent va pouvoir faire de bien.

- Mesdemoiselles, Monsieur Casey O'Neill, le PDG de MRE. Mais il n'y a qu'une de vous deux qui ne le connaît pas, n'est-ce pas ? rigole ce connard. Alors laquelle est-ce Monsieur ? Vous pouvez me le dire maintenant non ?

L'enfoiré. Si. Il a osé ! Et en plus en pensant que les filles, ou l'une d'entre elle au moins, était dans le complot qu'il croit avoir démasqué. Mais il n'y est pas du tout. Il ne peut pas être plus loin de la vérité. Sauf que les conséquences de sa magistrale erreur de jugement sont déjà sous mes yeux. Elle est sous mes yeux. Et donc moi sous les siens qui se ferment comme pour ne pas voir la réalité qui va la frapper de plein fouet. Putain. C'est pas vrai !

Je crois bien que si.

Mon regard se plante sur son visage qui se ferme visiblement, tout comme ses yeux se sont clos. Quand elle les rouvre, nos aimants ne se quittent plus, mais mon cœur semble lui vouloir abandonner son écrin pour fuir et se cacher. Je le comprends. Je peine à respirer alors que ma bouteille d'oxygène est juste là, devant moi.

Mais elle risque de te laisser t'asphyxier sous ses jades, vieux.

D'une voix faiblement audible et tremblotante qui me transperce la poitrine, elle demande :

- Casey qu'est-ce que tu fais ici ?

- C'est paaaas vraiiii... s'étonne la jeune femme à ses côtés les yeux en soucoupe tout comme sa bouche rouge coquelicot.

Je sais qui elle est, j'ai vu son dossier et donc une photo d'identité

- Attendez, quoi ? intervient Tuker. Vous vous foutez de moi ?

C'est l'hôpital qui se fout de la charité connard !

Je vais bien foutre un truc mais ce sera en plein dans sa gueule, s'il ne la boucle pas immédiatement !

Et ça te soulagera en plus excellente idée.

- Casey ? Qu'est-ce que tu fais ici ? répète-t-elle avec plus d'aplomb.

- Mais vous êtes sérieuse...

- Vous, je vous conseille de la fermer ! je l'invicte avec hargne me concentrant comme un malade pour ne pas lui sauter dessus, en gardant mes yeux plongés dans ceux de Cassie qui hurlent qu'elle veut une explication autre que celle qui se dessine dans sa tête, qu'elle en a besoin. Vous êtes viré...

Ma dernière phrase l'atteint comme une gifle, car elle comprend le lien entre lui et moi. Je la vois chanceler puis lâcher de stupéfaction -ou d'horreur- sa flûte de champagne dont le cristal explose en milliers de morceaux, certainement à l'image de ses pensées.

Et de mon palpitant

- Monsieur, vous ne pouvez pas me virer parce j'ai mal interpr...

- Détrompez-vous. Je vous vire pour détournement de fonds et de clientèle Tuker, maintenant débarrassez le plancher avant que je ne vous fasse regretter votre petit stratagème minable de ce soir ...

En le défigurant à vie.

- Cass... je tente de commencer après m'être raclé la gorge qui est dure comme du béton.

- Casey O'Neill ? souffle-t-elle ahurie.

Incapable d'émettre un seul son face à la violence de la peine au voile coléreux que je vois s'afficher sur son visage parfait, je ne peux que hocher la tête pour confirmer ce qu'elle entendu, et compris. Et tout ce qu'elle paraît comprendre, comme si je lisais en elle.

- Pas Casey Langford ?

- Oh merde ... s'étonne encore sa copine.

- Langford est le nom de jeune fille de mère Cas...

- Tu es Casey O'Neill ? Le Milliardaire ?

- Cassie... s'il...

Tremblante d'émotions qu'elle ne peut plus, ou ne veut plus contenir, les liens de sa colère lâchent la bride et elle se met à hurler.

- REPONDS À MA PUTAIN DE QUESTION CASEY !

Puis elle s'effondre, littéralement. En pleure mais aussi sous le poids de la vague de vérité, ses jambes ne la portent plus. Neila tente de la soutenir mais en vain. Je tente de l'approcher mais elle m’interdit l'accès à son espace personnel, ce qui enfonce encore le couteau qui me comprime ma poitrine et le cœur.

- JE.T'INTERDIS.DE.ME.TOUCHER !

- S'il vous plaît laissez-nous seuls à seuls, j'énonce clairement à la vingtaine de personnes qui nous scrutent sans honte.

- Neila je veux partir...

Partir...

La brûlure est insupportable, mais à la mesure des sentiments que j'ai pour cette femme qui refuse à présent de m'accorder un regard.

- Bien sûr ma belle, acquiesce la jeune femme qui essuie comme elle le peut le torrent de larmes qui inondent son visage.

Non. Elle ne peut pas partir. Il faut qu'elle écoute ce que j'ai à lui dire. Ou s'il elle ne veut pas m'écouter, quelle m'entende peu importe la méthode. Je sais comment est Cassie. Je sais comment elle fonctionne, je sais comment elle raisonne et c'est le pire des dangers. Son cerveau doit déjà être en train de fomenter tout un tas de scénarios et pas forcément les bons, ni les vrais, sur ce qu'il s'est déroulé depuis ces sept derniers mois. Non, elle ne partira pas d'ici avant de m'avoir entendu.

C'est du kidnapping ça Casey !

Je m'en fous. C'est ma compagne, ce n'est pas un enlèvement.

Renseigne-toi auprès de ton avocat

- Mon ange tu ne peux pas partir, il faut qu'on parle voyons.

Tu sais trouver les bons mots, toi

- On a eu sept mois pour discuter Casey! SEPT MOIS BORDEL DE MERDE ! MAIS TU AVAIS MIEUX À FAIRE, COMME ME PRENDRE POUR UNE CONNE QUE JE SUIS VISIBLEMENT PUISQUE ÇA TERMINE ENCORE.COMME.ÇA !!!

Je la vois se saisir de la flûte de sa copine et me la balancer au visage. Je sais qu'elle a besoin d'exploser pour pouvoir ensuite se calmer. Emma me l'a dit le jour où elle s'est retrouvée dans le bureau du directeur de MTW, que j'avais emprunté pour lui parler en privé, avant son dîner chez elle. Ce jour-là elle m'a expliqué toutes les réactions possibles qui pourraient traverser Cassie quand je lui révélerais l'intégralité de mon identité. Ce que nous n'avions pas envisagé en revanche c'était qu'elle le découvre par elle-même. J'imagine donc que l'effet sur elle est exponentiel.

Chancelante comme si elle était ivre, mais elle l'est d'une certaine manière, de rage et d'affliction, elle quitte la pièce soutenue par Neila qui rage sans hésitation contre toutes les personnes qui les dévisagent avec véhémence ou dédain.

Calme-toi Casey. Péter des dents ne t'aidera pas.

Je les suis à distance. Elles descendent les escaliers. A cet instant j'ai la très désagréable et très douloureuse conviction que si Cassie passe ma porte sans que nous ayons pu discuter, je ne la reverrai pas avant longtemps. Et si j'ai été incapable de prévoir l'imprévisible qui me pendait pourtant au nez depuis plusieurs semaines, je refuse catégoriquement de voir se produire l'inenvisageable. Je suis prêt à affronter toutes les tempêtes de cris et de verres de champagne qu'elle voudra me balancer à la figure si ça peut nous faire avancer, mais pas le hurlant silence de son absence. Rien que d'y penser, le gèle destructeur du frisson de désolation me traverse

- Mademoiselle Suarez ! je l'interpelle en les rejoignant à grandes foulées pour me planter devant elles. J'ai besoin de parler à Cassie, seul à seul.

Mais c'est l'autre jeune femme qui répond, ou crache pour employer le terme adéquat :

- J'ai bien compris que je n'ai pas assez de valeur à tes yeux pour que tu puisses être honnête avec moi, mais tu pourrais au moins avoir la décence de t'adresser à moi quand c'est de moi que tu veux parler merde ! C'est vraiment trop te demander que de m'accorder une once de respect après t'être servi de moi comme ça ?

Cassie fond de nouveau en larmes, s'appuyant contre me mur. Uppercut bien arrivé à destination. Il est puissant. Et ses paroles sont la preuve cinglante qu'elle ne peut pas partir comme ça.

- Neila j'me sens pas bien ... je vais vomir, lui dit-elle livide et pâle comme la mort.

Bravo Casey ! je me fustige intérieurement. Une révélation en feux d'artifices ! Digne d'un 4 juillet mais avec quelques heures d'avance.

Sans demander son avis ni à l'une ni à l'autre, je soulève Cassie en passant une main dans son dos est une sous ses genoux tandis qu'elle est trop occupée pour m'envoyer chier à mettre sa main sur sa bouche pour s'empêcher de régurgiter ce que son estomac veut évacuer sans attendre, le stress qu'elle vient de subir étant trop grand. Je la dépose devant la cuvette d'une des salles de bain du rez-de-chaussée et fais signe à sa copine de nous laisser tous les deux.

Mais puisque les choses ne sont jamais simples, encore moins quand Cassie est dans l'équation, et qu'elle choisit des amies aussi têtues qu'elle, la jeune femme se contente de sourire machiavélique en croisant les bras comme un videur en boîte de nuit. Cassie vide le contenu de son estomac par saccades, je lui tiens les cheveux pour ne pas qu'elle s'en foute partout, puis pars lui chercher une serviette à mains sous la vasque que j'humidifie pour qu'elle se nettoie. Je sais que ce que je m'apprête à faire n'est pas galant, mais il faut ce qu'il faut : je pousse doucement Neila par les épaules sous ses protestations et ses yeux sombres qui me mitraillent, je ne doute pas que je serai bientôt rebaptisé au champagne ou au vin - ce qu'elle trouvera en premier - mais encore une fois, je m'en fous royalement. Puis je lui ferme la porte au nez et la verrouille de l'intérieur.

Cassie se rince la bouche à l'eau, directement au robinet. Dans un tiroir, je récupère une brosse à dents neuve et un tube de dentifrice, les pose devant elle. Sans un mot ni un regard, elle s'applique à aseptiser sa bouche. Au vu de l'entrain, la vigueur qu'elle met dans ses gestes dépourvus de douceur, elle doit vouloir tenter d'effacer aussi les dix dernières minutes de cette journée.

Ou les sept derniers mois.

- Mon ange, je vais t'expliquer ...

- Tes petits mots doux et toi vous pouvez aller vous faire enfiler bien profond Casey ! Et note que je reste polie ! Parce que ce que j'ai en tête est bien plus imagé crois-moi !

Ok. Je vais encaisser, je sais que je dois encaisser.

Et la fermer.

Elle me contourne pour se diriger vers la porte, mais je comprenant son intention je la bloque de mon corps. Les yeux rougis et gonflés, elle me toise avec une agressivité qui me promet bien des tortures si je ne plie pas. Pour la première fois, je ne plierai pas face à celle qui pourtant à tous les pouvoirs sur moi, même à l'idée de son courroux dévastateur. Elle va m'écouter.

- Je ne t'ai pas prise pour une idiote, Cassie, je débute aussi flegmatique que possible en prenant son menton entre mes doigts mais elle me rabroue, m'assénant par ce simple petit geste un uppercut herculéen. Tu me dire que je n'ai pas tout dit, mais j'ai toujours été sincère avec toi et contrairement à ce que tu as dit tout à l'heure, je tiens à toi, tu comptes pour moi.

D'abord amorphe, elle se met à rire, hystérique, puis à pleurer, encore.

- Sincère ? SINCERE ? Tu m'as dit t'appeler Casey Langford, avoir 31 ans, travailler dans la finance, enfin dans "l'investissement à long terme" corrige-t-elle en mimant les guillemets avec ses doigts et la seule chose de vrai là-dedans, c'est ton âge ! Et encore, je devrais te demander ta carte d'identité pour vérifier !

Elle tourne sur elle-même, repère une boîte à mouchoirs dont elle en tire plusieurs pour se moucher et essuyer ses yeux luisants. J'en profite pour la détailler, même si ce n'est pas le moment. Même affaiblie par son chagrin dont je suis l'unique coupable, elle est magnifique dans sa portefeuille robe rouge fendue au-dessus du genou droit. Son décolleté en V est sophistiqué et ne montre ni trop ni pas assez. Quand je pense que Tuker a posé les yeux sur elle ce soir, j'ai bien envie d'aller l'étriper ce connard.

- C'est toujours moi Cassie ! je ne peux m'empêcher de tempêter. Mon nom de famille, l'argent, ça ne fait pas celui que je suis là ! je lui montre un poing contre mon cœur.

- Tu as raison, acquiesce-t-elle un sourire luciférien sur les lèvres qui n'annonce rien de bon pour ma tension qui va crever le plafond tant mon cœur régente mon pouls avec hâte et empressement tachycardique, c'est quoi un nom de famille en fait, si ce n'est une identité ? me demande-t-elle en reculant, les bras parallèles au sol. Et puis toi tu t'en fous de l'identité hein Casey ? Tu en changes au grès de tes envies ou des filles avec qui tu veux t'amuser sans qu'elles ne sachent qui tu es ? Putain sept mois ! Elle est où ma couronne de Reine-Des-Connes Monsieur O'Neill ? me demande-t-elle soudain en faisant semblant de chercher quelque chose sur le sommet de sa tête. Parce que à part les poignards dans le dos et le cœur, j'ai quand même gagné quelque chose hein ? Rassurez-moi Monsieur ? se remet-elle à sangloter.

Là, ça glisse Casey.

- Cassie, je peux supporter ta colère mais ne dis pas n'importe quoi voyons ! Je ne me suis pas amusé avec toi ! Je suis toujours le même homme qui ...

Qui ?

- Qui m'a menti ! peste-t-elle. Tu m'as menti Casey !

- Je ne t'ai pas tout dit Cassie ! Mais je ne t'ai pas menti ...

Mais tu aurais tu la fermer, Casey.

- MENSONGE ! Tu mens, et tu sais quoi ? Tu ne sais même plus où est la vérité, mais on va tout reprendre depuis le début ! MAINTENANT ! On va voir à quel point j'ai été conne !

Elle part s'assoir sur le rebord de la baignoire puis soupire, lassée, en tapotant ses yeux du mouchoir :

- Putain ... ça recommence, j'y crois pas.

Tu sais ce que ça veut dire ?

Que j'ai tout intérêt à choisir mes mots, cette fois.

Que tu devrais appeler les autres, Ducon !

Bordel, on est morts.

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