Cache-Cache Géant

22 minutes de lecture

Juin


Cassie

- A ton avis, avec qui il s'envoie en l'air au bureau ?

Neila vérifie encore d'un coup d'œil circulaire que le tyran n'est pas dans les parages. Elle aurait quand même dû le faire avant de poser cette question, mais bon. À laquelle je n'ai toujours pas de réponse, en plus.

- Vous avez besoin d'aide Monsieur ?

Cliché. Mais ça fonctionne.

Neila se retourne comme si Brad Pitt se trouvait derrière elle avant même que je n'ai terminé ma phrase. Et moi, je pars dans un fou-rire qui ne s'arrête plus. Mince, heureusement qu'elle est là, ma binôme de formation ! Sans elle, ce serait l'horreur. Ou plutôt, ces six mois de formation auraient été presque invivables. Je ne sais pas ce qu'il a fait pour être tiré au sort, car notre mentor désigné nous a bien fait comprendre qu'avoir à nous former n'est en rien un choix de sa part, mais nous n'aurions pas pu tomber plus bas qu'avec ce type, caractériellement parlant en tout cas.

Tous les autres agents seniors de l'agence, et ceux des autres agences MRE que nous vous rencontrés depuis notre recrutement se sont tous montrés encourageants, pédagogues et jamais ne nous ont rabaissées sur notre statut de Consultantes-Junior. Lui, en revanche, fait en sorte que nous n'oublions pas du matin au soir que nous sommes au bas de l'organigramme, et lui vers le haut. Très haut. Je ne sais pas qui il a sucé pour gravir les murs du groupe et atteindre les étages à presque pouvoir tutoyer les cieux, mais impossible que ce soit à la force de son amabilité. Ce type pue l'hypocrisie à des kilomètres. Cependant il a un odorat qui pète la forme pour flairer les affaires et les clients richissimes, plus développé que celui des chiens de la brigade des stups. On ne peut pas cracher sur son travail, il est à l'agence ou en visites très tôt le matin, finit très tard le soir et d'ailleurs refuse que nous soyons dans ses pattes après 19h00 alors qu'il a encore des rendez-vous, au bureau le plus souvent.

Je suis passée quelques fois récupérer des dossiers sur lesquels je voulais travailler pour combler mes soirées et il était encore là après 21h, me rabrouant comme une malpropre. Il est détestable, toujours sur la défensive à regarder s'il est observé. Il nous fait parfois penser à un mafieux en cavale, ceux que l'on voit dans les séries TV. Évidemment s'il travaille chez MRE, c'est qu'il est bon, quand même. Oui, il l'est certainement. Il fait des ventes, rentre des mandats intéressants qui lui rapporte des commissions toutes aussi attractives, a un portefeuille clients que doivent lui envier la moitié des agents immobiliers de Californie, mais moi qui pensais que dans ce métier le relationnel clients était tout aussi important que les biens en vitrine, encore plus quand les clients veulent dépenser des centaines de milliers de dollars, pour ne pas dire des millions, je me suis trompée, à priori. Il nous a souvent choquées, Neila et moi, en se montrant secs voire désobligeants envers des clients, propriétaires ou potentiels acquéreurs. À se demander s'il voulait réellement faire les ventes ou les faire capoter. Incompréhensible. C'est le terme qui sied le mieux à cet homme.

Gros connard sinon c'est bien aussi.

- Franchement je ne vois pas Neila. J'ai tourné le truc des dizaines de fois dans ma tête, mais je n'arrive pas à concevoir qu'une des filles puissent avec un Crush pour ce sale type !

La belle rouquine refait sa queue de cheval haute en se regardant dans une vitre de l'aéroport en attendant notre taxi, tatoue ses lèvres d'une couche de rouge à lèvres carmin avant de se lancer dans une réflexion à haute voix :

- Si on fait abstraction de son tempérament, du fait que c'est un trou du cul à tendance misogyne qui pète plus haut que son orifice, il est plutôt pas mal dans son genre, non ?

- Dans quel genre Neila ? Homme mature à la toison poivre et sel qui refuse de vieillir et doit vouloir se taper des jeunes pour se prouver que sa queue peut encore arracher quelques orgasmes ? C'est de ce genre-là dont tu parles ?

- Je t'adore ! s'exclame-t-elle en me prenant dans ses bras, toujours autant dans le tactile et l'effusion cette petite folle. Promets-moi que quand notre formation sera terminée, on sera toujours copines et jamais en compétition !

- Quand notre formation sera finie, c'est à dire ... dans moins de quinze jours je lui réponds après avoir vérifié la date sur mon portable, encore faut-il que nous soyons embauchées ! Mais oui promis, qu'on soit collègues ou pas, je ne peux plus me passer de toi !

Et c'est vrai. Je l'adore. Même Hannah et Wyatt qui sont sortis plusieurs fois avec nous l'apprécient énormément. Neila, c'est la fille sympa, toujours de bonne humeur et avec un sourire aussi long qu'une banane. Elle voit la vie du bon côté, le verre à moitié plein et cherche toujours le positif même dans les moments d'échecs.

Dernière d'une famille de six enfants, elle en est en plus la seule fille. Elle a grandi au milieu de frères bagarreurs tout autant que surprotecteurs, mais a su faire entendre sa voix pour se faire respecter, noyée dans toute cette testostérone en ébullition. L'immobilier, c'est sa passion. Loin d'être comme beaucoup de jeunes femmes qui travaillent dès leurs débuts dans une agence très réputée et de standing, issue d'une famille aisée, elle s'est accrochée pour obtenir une bourse au mérite pour des études que ses parents n'auraient pas eu les moyens de lui payer. C'est une force de la nature, dans un petit corps tout doux et armé de convivialité. C'est une Hannah, avec moins de vulgarité en bouche, et en rousse.

Ouais enfin ça c'était avant que tu ne déteignes sur elle, la vulgaire

- Tu crois qu'ils pourraient nous prévenir au dernier moment que nous ne sommes pas recrutées ? s'inquiète-t-elle en rejoignant un taxi qui tient une pancarte à nos noms après être sorti du véhicule. Franchement ce serait vicié, tu ne crois pas ? La formation s'achève le 4 juillet et le RH ne s'est jamais manifesté négativement depuis janvier !

- Je ne sais pas Neila ...

Ma comparse se met à rire en sortant son tube de mascara et son miroir de poche une fois le taxi inséré dans la circulation.

- J'oublie souvent que tu es une pessimiste Cassie ! Comment il fait ton chéri pour supporter qu'un rayon de soleil tel que toi puisse avoir des idées si sombres à toujours voir le mal partout ?

Il fait avec ce qu'il a, Saint Casey.

Tu n'étais pas invitée à cette convention, toi !

Tu y vas, j’y vais ma vieille. Toi et moi c'est à la vie à la mort !

- C'est juste mon cop... non laisse tomber, je m'interromps de peur que ses sourcils déjà en hauts sur son front n'aillent toucher le plafond d'étonnement.

Elle a compris ce que tu allais dire de toute façon.

- Cassie ?

- J'allais dire qu'il contrebalance mon sarcastique négativisme par un enthousiaste positivisme. Avec nous deux, nous sommes à l'équilibre. Dis-moi, tu vas jouer dans un épisode du Bachelor ou quoi ? je la taquine en attrapant sa grosse trousse à maquillage digne d'une professionnelle de chez Sephora. Ou alors tu veux faire craquer Tyranausore?

De rire, elle rate son œil, sa brosse finit sur son sourcil qui noircit sous le trait du mascara. Je vais mourir. Mes côtes me font un mal de chien quand j'arrive à me reprendre.

- C'est la plus grosse convention dans le domaine de l'immobilier de luxe de toute la Côte Est Cassie ! Ça doit grouiller de célibataires là-bas, j’ai besoin d’un bon ramonage de conduit comme dirait Hannah ! lance-t-elle en oubliant que le chauffeur au sourire lubrique qui nous mate par le rétroviseur est là. Et plus avec un peu de chance, en restant avec les bonnes personnes de chez MRE on sera peut-être présentées au Big Boss !! Tu sais que c'est un canon le type ? Il est super discret dans les médias, mais j'ai vu une interview de lui il y a trois ans, tourné à la convention de New-York. Il est beau, richissime et super intelligent, altruiste car il parraine plusieurs associations et des hôpitaux du pays, le parti parfait avec le parfait ADN pour faire plein de beaux bébés ! Tiens tu n'as toujours pas une photo de ton mec à me montrer ? saute-t-elle du coq à l'âne. Entre celui d'Hannah et le tien qui ne peuvent jamais sortir avec nous, je vais finir par croire qu'ils sont imaginaires vos petits-amis.

Oh non, les orgasmes sont bien réels.

- Il n'est pas photos tu sais. D'ailleurs il n'y en aucune chez lui. Parfois je me demande même s'il ne vit pas dans une maison témoin tu sais ! plaisantais-je.

Pas tant que ça.

Bon en même temps c'est un homme. Mais c'est vrai que pour quelqu'un qui dit être très famille, c'est étrange de n'avoir aucune photo chez lui. Aucun album. Enfin, ce n'est pas que Mika en avait des tonnes mais quand même.

Maison témoin au maxi frigo qui ne contient que deux repas d'avance, à la salle de bains aussi aseptisée que celle d'un hôpital ou pas une serviette ne dépasse. Au garage vide.

Oui il est un brin maniaque. Et peu chez lui.

Maison témoin...

***

- Mesdemoiselles, voici votre planning, vos badges, le plan des secteurs de la convention dans l'hôtel, les clés de vos chambres respectives, énumère Tyran à la vitesse de la lumière, pressé d'aller vaquer à ses propres occupations dans ce ressort cinq étoiles de San Francisco. Vous avez la copie de mon planning par mail. Ne soyez pas en retard, écouter et pas de bavardages pendant les représentations. Vous avez été inscrites à des meetings centrés sur les techniques de ventes, les innovations technologiques et environnementales ainsi que sur l'aspect juridique de notre métier. Je me demande bien pourquoi j'ai dû vous avoir sur le dos pendant six mois, grogne-t-il dans sa barbe. Il est 11h, nous nous retrouveront à 15h en zone 12A pour la conférence animée par Monsieur Morisson de Morrison&Luxury puis à 19h45 pour un debriefing de fin de journée. N'oubliez pas que cette convention fait partie de votre stage.

Sans nous saluer, il nous plante dans le hall. Si seulement il pouvait se perdre quelque part !

Et ne jamais être retrouvé

***


- Pourquoi il nous regarde comme ça encore ? Tu crois qu'il sait ce que j'ai fait ?

À moins qu'il lise dans ta culotte, non.

- Arrête de t'inquiéter Neila, c'est pas interdit de s'envoyer en l'air quand même ! Et puis tu l'as fait sur ton temps libre, ce n’est pas comme si tu avais séché une animation pour aller jouer au docteur pendant les heures de cours ! Je ne sais pas ce qu'il a encore mais moi aussi il commence à me faire flipper, je lui avoue.

Elle me prend bras dessus bras dessous, me guide jusqu'aux toilettes les plus proches. Pour se remaquiller un peu, mais surtout pour nous isoler. Ici il ne pourra pas venir nous chercher.

Vous espionner. Disons ce qui est.

- Cassie, soit il sait et c'est un pervers qui cherche le moyen d'obtenir une part de délicieux gâteau que je suis parce que quand même, ce n'est pas mon genre de me vanter mais je suis aussi consciencieuse au lit qu'au boulot, m'explique-t-elle didactique en se passant du blush sans faire attention aux oreilles qui traînent et aux têtes qui grouillent d'yeux écarquillés. Je suis une fille appliquée tu vois !

- Hannah sors de ce corps pitié !

Le visage rouge de honte caché dans mes mains, je secoue vigoureusement ma petite caboche pour empêcher les images qui veulent défiler sous mes yeux de s'y infiltrer. Non ! J'ai assez des déballages sexuels d'Hannah et Wyatt, sans compter ceux que j'ai entendus à la maison pendant quatre mois. Depuis que je me suis acheté mon casque antibruit, c'est le pied. Je redors comme un bébé, sans traumatisme auditif à coup de " Plus fort j'ai pas seize ans " , " Gaby active le mode démon à longue fourche " ou le très célèbre " OUIIIIIIIII" de libération de la Castafiore-Des-Lunes.

C'est donc de famille...

- Et si ce n'est pas qu'il veut butiner ta fleur, c'est quoi ton autre explication mon gâteau-des-îles ?

Neila pouffe, referme sa trousse, lance un regard d'avertissement à deux femmes qui nous regardaient de la tête aux pieds, hautaines et comme si elles étaient toujours pourvues d'un hymen...puis repivote vers moi.

- Soit ... je ne sais pas en fait. Mais il y a quelque chose. Je le sens là Cassie, dit-elle en pointant son estomac. C'est plus que de l'instinct c'est de ...

- L'angoisse, je termine à sa place prise d'un long frisson d'effroi. Il y a un truc qui ne tourne pas rond, je sais. Moi aussi j'ai une brique coincée et elle pèse de plus en plus lourd. Mais il nous reste moins de deux semaines à supporter son comportement ... mais ... Il ... Il sera toujours... notre supérieur hiérarchique, je baragouine en quittant les toilettes, m'apercevant qu'il aura toujours une certaine emprise sur nous. Un pouvoir.

- Alors faut qu'on trouve pourquoi il nous file au train comme une sangsue sur un bout de viande fraîche, décrète Neila. Il n'est pas clair ce type. Il cache quelque chose, ce n'est pas juste parce qu'il est un espèce de Narcisse grisonnant qui aime tout contrôler, ou un sadique qui prends son pied à nous rendre la vie impossible. Il s'est quand même pointé à sept heures du matin devant nos chambres hier et ce matin ! Mais pas moyen qu'il rentre dans la mienne !

- Il est rentré dans la mienne, je lui rappelle. Sans accord mais soi-disant pour vérifier que je n'avais pas fait une orgie d'alcool aux frais de la boîte ...

Comme si c'était mon genre !

Heu ...

Je manque de sommeil. Je reviens sur ce que j'ai pensé tout à l'heure. Je dormais comme un bébé jusqu'à il y a quelques jours. Depuis, les ténèbres qui m'avaient quittée il y a des mois semblent se rappeler de moi. Pourtant nous ne sommes pas en décembre. Elles ne devraient plus roder, mais elles sont bien en chasse, et je suis leur proie.

Parfois, je les entendant chahuter dans ma tête, mais je ne les comprends pas. Elles sont des Serpentard, cachent les mots sous des bruits effrayants dont je n'ai pas le décodeur. Mais elles sont là, tapies, entre deux portes. La pointe d'une lame acérée dans qui pique mon cœur a déjà pris la voix de ma conscience pour me murmurer que la dernière fois, les ombres savaient, telles des oracles, que la gifle du destin allait ne nouveau m'atteindre. C'était le jour de mon arrestation. Mais Mika n'est plus dans mon paysage, il m'a rendu ce qu'il me devait par l'intermédiaire de mon avocat, et je ne pense pas qu'il osera risquer la colère de Scarlett en s'approchant de moi de nouveau.

Et en parlant d'avocat...

Mes yeux sont attirés par quelque chose, ou plutôt quelqu'un dans la foule dense qui se déplace jusqu'à l'entrée d'une des salles amphithéâtres de l'hôtel dans laquelle va se dérouler une présentation à laquelle nous ne sommes pas inscrites. Dommage. Mais clairement, le manque de sommeil devient dangereux. Pour mon corps qui risque de se mettre en veille à n'importe quel moment malgré les dix tasses de café que j'avale depuis plusieurs jours, ou mon cœur qui pourrait bien lâcher à cause d'une overdose de caféine. Et les prémices sont là : mon cerveau interprète mal ce que mes yeux voient. Ou alors mes yeux ont-ils mal vu? Oui, et puis des grands blonds avec un bun sur la tête, il n'y en a pas qu'un dans ce pays ! En plus, il était de dos. Et que foutrait Will à San Francisco, dans cet hôtel !? Tu débloques ma pauvre Cassie ! je me crie dans ma tête.

On peut aller vérifier ?

- Je suis quand même déçue, soupire Neila lorsque nous prenons place pour la projection d'un documentaire sur la valorisation des énergies propres dans les estimations de biens immobiliers. J'ai aperçu deux fois l'assistant personnel du Mega-Big-Boss-Mega-Canon, mais c'est un fantôme !! Je suis certaine de Tyran à fait exprès de ne pas nous inscrire aux deux conférences qui étaient animées par lui. Tu sais quoi ? Rien pour m'avoir fait manquer une occasion de le voir en vrai, il mériterait que je le drague pour pouvoir monter dans sa chambre, le droguer et lui lacérer le visage et les parties avec une pince à épiler !

Cette fille est possédée ! Par Hannah ET Scarlett !

À son visage, je vois qu'elle jubile en imaginant la scène, cette psychopathe en robe courte. Oui, elle est parfaite pour notre bande.

L'impression d'être de nouveau observée me fait me retourner, d'instinct. Mais la salle est aussitôt plongée dans l'obscurité, l'écran s'éclaire, le brouhaha ambiant laisse place au silence religieux.

Putain d'angoisse qui elle ne s'éteint pas et me gâche la vie !

***

Casey

- Casey, ça ne peut plus durer ! me sermonne Will qui s'assoit à ma droite. Tu n'es plus en train de jouer aux allumettes comme un gosse de sept ans qui risque une petite cloque s'il se brûle, tu es un véritable pyromane là vieux ! Tu vas tellement te faire cramer comme un damné en Enfer qu'il ne restera plus que tes dents pour d'identifier. T'es maso ou quoi ? Je me pose la question. Même Hannah commence à flipper là Caz', pour Cassie mais aussi pour toi ...

Aujourd'hui pas de cri, pas de baffe derrière la tête pour tenter de me faire agir plus vite en espérant que cela ait une incidence sur mon cerveau dérouté par la peur, simplement un ton paternaliste, une voix vibrante d'inquiétude. Moi, je tremble intérieurement. Chaque jour, chaque heure, chaque minute, soixante secondes durant. Encore et encore. Un cycle sans fin. Je ressens les secousses sismiques incessantes de la faille Californienne, qui risque fort de me déchirer tout autant qu'elle l'est depuis des millénaires sous les eaux profondes de l'Océan Pacifique.

Hannah est une fille géniale. Délurée, mais à la mesure de ce que l'est mon meilleur ami. Pas un nuage dans leur ciel. L'entende parfaite depuis sept mois. Les parfaits délires, les mêmes projets pour l'avenir. Et pour la première fois depuis plus de cinq ans, Will quand il parle au futur, du futur, ne se cantonne plus à n'envisager les choses uniquement sur une semaine mais voit plus loin, voit au pluriel. Il voit pour deux.

Je sais que j'ai fait ma part, mais Hannah a réussi ce que je ne pouvais faire à la seule force de mon amour fraternel pour lui. Et si vite. Ce que ni moi ni sa famille ne pouvions faire. Un dernier pas pour lui faire passer définitivement la lourde porte du passé, mais porté par un amour différent, celui dont la puissance est sans égal même si l'amour n'est pas encore mature. Car même juvénile il a cette capacité hors norme de nous soutenir, de nous relever. Ce pouvoir d'éradiquer le plus coriace des monstres. Hannah l'a guidé vers un meilleur présent pour un avenir plus serein. Avec un peu plus de sa poudre magique qu'est son amour pour lui, peut-être réussira-t-elle à le convaincre que sa vocation n'est pas de passer ses journées avec moi, même si je sais que jamais je n'aurai meilleur assistant que lui et jamais autant confiance en un autre. Il est fait pour plaider, et pas seulement ma cause. Car je suis conscient que dans l'antichambre du tribunal de la vie, Will sera à un moment ou un autre amené à plaider pour moi contre le réquisitoire du Procureur que risque d'être Cassie. Elle dans le camp de la partie civile, moi sur le banc des accusés. Et ça me flingue. Elle me flingue déjà sans le savoir, mais loin de moi l'idée de l'accuser de quoi que ce soit. Je suis le seul à blâmer. Depuis trois mois et le dîner chez Emma, il y a eu des occasions, et d'autres dîners, aussi. En avril, c'est Emma qui m'a conseillé d'attendre un peu, pensant que Cassie n'avait pas encore suffisamment tourné la page de ses péripéties avec son ex, même si elle dit le contraire. Elle avait peur que sa rancœur envers l'autre connard se rue sur moi, profite de l'occasion pour être soulagée en faisant l'amalgame entre lui et moi.

En mai, je l'ai par deux fois invitée à passer un week-end à New-York, dans l'idée de lui montrer mon pied-à-terre là-bas et ainsi d'enclencher plus aisément la discussion sur mon hérédité et ce que cela implique, même si plus de la moitié de ma fortune personnelle actuelle, je la dois à mon travail. Mais elle a refusé, car avait du boulot par-dessus la tête, fourni par celui qu'elle et sa copine Neila surnomment le Tyran ... Lui, il va bientôt rencontrer son Maître, qu'il profite bien. Les choses vont changer. Et ce mois-ci, entre sa dernière ligne droite de formation, ma semaine passée à N-Y puis ici, et les interventions à préparer avec mes collaborateurs, nous ne nous sommes pas vues depuis quinze jours.

Ça commence à piquer, vieux.

- Putain Casey tu m'écoutes ! Arrête de jouer à cache-cache ! On va se faire griller ! Trouve un truc et vite !

Je sors mon téléphone de ma poche intérieure, et tape rapidement un message que j'envoie aussitôt terminé pour ne pas me dégonfler :

{Tu me manques}

Les petits points en bas de ma fenêtre de conversation m'indiquent que la réponse ne va pas tarder, et je retiens mon souffle, le cœur dans un étau.

{Erreur de destinataire, je ne suis pas ta mère Casey ... Mais c'est mignon, elle va aimer .}

{Attends .... }


Ah quand même !


{C’était pour ta mère ou tu voulais l'envoyer à ta maîtresse et tu t’es gouré ??? C'est souvent comme ça qu'on apprend qu'on est cocu ! Enfin, tu n'es qu'un homme !}

Cette fille me rend dingue. Bordel !

Je me lève en quatrième vitesse, prends ma veste de costard, file vers la porte.

- Hey Casey mais tu fous quoi là ?! s'étonne Will qui me suis jusqu'à l'ascenseur.

Je rentre dans la cabine mais l'empêche de faire de même mon bras tendu vers son torse, la brûlure acide des mots de Cassie ayant réveillé un feu en moi.

- Me disputer avec la conscience parano de ma copine, je lui réponds alors que les portes ne se referment.

***


Il y a cinq minutes encore, les choses étaient claires dans ma tête. Mais maintenant que je suis là, j'ai comme un doute. Pourtant mon corps lui ne se pose pas tant de questions quand je vois mon poing s'abattre sur le battant de la porte, deux fois.

Lorsqu'elle s'ouvre sur une Cassie ahurie qui doit se demander si elle rêve, je n'attends pas une seconde de plus et fonds sur elle et sa bouche pour lui montrer que oui, je suis bien là. Quand je lui ai écrit qu'elle me manquait, c'était encore tellement loin de la vérité. Mais je comprends un peu qu'elle ait voulu s'amuser avec mes nerfs en jouant l'étonnement. Je ne le lui avais encore jamais dit. Et ce n'est pas faute de l'avoir déjà accueilli en moi, ce putain de manque quand elle n'est pas avec moi.

Nos souffles se mélangent, nos langues se retrouvent après deux semaines de séparation qui m'en ont paru bien plus, cent fois plus. Le son de nos gémissements de soulagement se confondent dérangeant le silence de cette chambre bien calme. Chaque rotation de sa langue autour de la mienne me grille dix neurones de plus. Mais je ne suis plus à ça près, car l'oxygène qu'elle est pour moi est plus réassainissant que n'importe quoi. La passion qu'elle m'inspire comblera tous mes manques, ressuscitera les cellules mortes dans ma tête. Pour l'heure, elle peut tout faire cramer, je m'en fous. Du moment qu'elle intègre bien qu'il n'y a qu'elle et elle seule, peu importe la méthode et les cicatrices que ça me laissera.


Mes mains s'emparent des pans de son peignoir que j'ouvre sans délicatesse pour l'en délester. Sa nudité révélée est un appel au crime luxurieux même s'il était bien prémédité. Mon membre me rappelle qu'il n'est pas question de faire traîner les choses pour le premier round car il ne tiendra pas longtemps sous la pression déjà trop forte. Comme si elle était reliée aux pensées salaces de ma queue, Cassie se détache de ma bouche tandis que ses mains se sont déjà occupées de ma ceinture et ma braguette, descend d'un mouvement leste mon pantalon et mon boxer sous mes fesses. Je sais à ses yeux pétillants qui m'annoncent silencieusement la couleur de son désir incandescent et à sa bouche qui s'entrouvre de gourmandise ce qu'elle est sur le point de faire. Elle me l'a écrit : je ne suis qu'un homme, je n'ai pas la force de lui résister. Et même si c'est elle qui vient de s'agenouiller devant moi et commence une fellation qui va me tuer, c'est en fait moi qui suis à ses pieds. Moi qui vais me liquéfier dans très peu de temps. Sa bouche encercle mon gland, sa langue le cajole avidement puis me lèche sur toute ma longueur, plusieurs fois. Cassie ne me quitte pas du regard pendant qu'elle me prend plus loin en elle, sans ciller. Son humidité est une douce torture, la meilleure qui soit. Ses mains caressent précautionneusement mes bourses, de nouveau sa langue va s'y balader. La fièvre qui contrôle tout en moi crie ses ordres : ma main droite s'agrippe à ses cheveux pour qu'elle n'arrête pas ce qu'elle fait et où elle le fait, ma gauche s'occupe de glisser de haut en bas sur mon membre, de plus en plus vite.

Quand je suis trop près du ravin, il me faut une concentration digne d'un chirurgien en pleine intervention de neurologie pour me pas me laisser aller sur son visage de petit démon ou sur sa poitrine qui mérite d'autres attention. Je la soulève, la porte jusqu'au lit, pressé de m'enfoncer très loin en elle, car c'est vital.

- Dis-moi qu'il y a des capotes dans le tiroir de cet hôtel mon ange, je lui demande essoufflé, connaissant déjà la réponse.

Tu iras griller en Enfer Casey.

Pour elle oui. Mais le pire des enfers serait de vivre sans elle.

T'es foutu.

- Si je te réponds qu'il y en a, tu risques de me demander comment je le sais, non ? sourit sardonique la peste qui ne me tiens par la queue et cultive ma jalousie plus que de raison.

Je m'empare de la protection que j'enfile machinalement sans regarder ce que je fais, vérifie qu'elle est prête de deux doigts, puis la pénètre en passant mes mains sous ses hanches pour pouvoir aller au plus profond. Je sais qu'elle aime me sentir en elle. Et quand elle m'a accueilli en entier et en une seule poussée, je jouis presque de voir ses yeux se révulser de plaisir. Ma bouche honore chaque parcelle de sa peau que j'arrive à atteindre sans cesse de la pilonner. Ses tétons durcis ont presque aussi bon goût que sa féminité qu'il me tarde d'aller retrouver tout à l'heure. Ses jambes nouées à mon bassin, Cassie ondule et me rend coup pour coup. Avec elle-même un missionnaire et une putain d’épopée ! Pourtant même si elle soupire fort, même si ses joues sont rosies par le plaisir qu'il semble avoir pris possession d'elle, je vois et sens que contrairement à moi, elle n'est pas prête à exploser. Et c'est frustrant. Car je ne vais plus pouvoir tenir, moi.

- Cassie c'est toi et moi mon ange, tu es parfaite, je lui glisse à l'oreille pour l'aider à éloigner le brouillard qui n'a rien à faire dans ses pensées. J'ai envie de toi même en étant en toi, personne n'avait jamais eu cet effet sur moi. Il n'y a personne d'autre que toi tu comprends ?

Ses ongles se plantent dans mon postérieur et comme je le pressentais il y aura encore des stigmates de notre éteinte. Il y a en a toujours. J'essaie de rassembler mes idées, de me calmer en soufflant pour maîtriser ma respiration, mais la vague est trop puissante, détruit tous les barrages. Cassie le sent et fait des appels de phares à mon orgasme qui s'empare de moi démentiel et bruyant, quand elle lui donne son aval alors que je luttais pour elle en murmurant avant de mordre mon lobe :

- Vas-y Casey, montre-moi à quel point je te fais de l'effet Beau-gosse ...

Grillé aux cent milles voltes.


***


- Tu as des soucis mon ange ? je lui demande frustré après une douche commune qui malgré tous mes efforts n'a pas réussi à lui faire prendre son pied.

Frustré pour elle. Moi, tout fonctionne. Mais si Cassie est appliquée quand il s'agit de mon plaisir, dès qu'il est question du sien, son esprit s'évade. Je vois bien qu'elle n'est pas comme d'habitude. Elle n'avait encore jamais eu "de panne". Ou jamais avec moi, du moins. Je sais qu'avec son ex, elle n'atteignait pas systématiquement les étoiles car sa fusée à lui était rapide et égoïste, mais avec moi, c'est bien une première. Je suis totalement dévoué à son corps. Or cette aujourd'hui, que ce soit avec ma bouche ou mon sexe, rien à faire. Elle fait un blocage, clouée au sol. Elle n'a pas décollé. Et je le vis mal, alors que Cassie ne semble pas s'en formaliser.

- Je crois que je suis fatiguée Casey. Et... je ne sais pas. Je suis un peu angoissée, m'avoue-t-elle à mi-voix. J'ai l'impression que je passe à côté de quelque chose.

Oh. Oh. Oh.

Je la prends dans mes bras, interrompant son habillage. Elle me rend heureusement mon étreinte. Un long soupir de soulagement s'échappe de ma bouche, sans discrétion mettant fin à ce moment que moi je voulais prolonger, ayant encore besoin de rattraper ces deux semaines sans elle. Ses billes vertes prennent ancrage dans mes yeux. Elle fronce les sourcils, me sonde cherchant ce qui me tracasse. Les mains en coupe autour de son visage dont la peau est toujours aussi douce, je l'embrasse longuement. Puis me lance sans filet de sécurité, d'une voix moins assurée que ce que je l'aurais voulu, les pulsations de mon cœur doublant soudainement et mon pouls réduisant ainsi mes capacités pulmonaires :

- Je suis bien avec toi Cassie, tu t'en rends compte au moins ?

Une décharge électrique que je reconnais passe dans mon bas ventre qui se retourne sous cet assaut. Muette, seuls ses yeux sont mobiles, comme s'ils scannaient en profondeur les méandres de mes pensées, tentant de lire entre les lignes. Et l'espace d'une seconde, je crois qu'ils ont compris ce que mes les miens leur hurlent au porte-voix quand mes lèvres elles, restent encore closes, pas prêtes à laisser s'évader les mots.

Et tous les autres qu'il va aussi falloir libérer. Avant qu'il ne soit trop tard.

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