Lumières. Partie 2

21 minutes de lecture

Cassie.

J'ai lu quelque part que quand une femme veut mettre fin à ses jours, elle n'utilise pas les mêmes moyens qu'un homme qui souhaite se suicider. Les hommes, fidèles à l'image que l'on leur prête, - oui ils peuvent être fidèles, mais pas à une femme pour ce que j'en sais, sauf mon beau-frère qui est une exception- font dans le rapide et avec un gros joujou. Et oui, ils compensent ainsi d'une certaine manière ce qui leur a peut-être fait défaut tout au long de leur vie... Ok... Ça je ne l'ai pas lu, c'est de moi, mais je pense qu'il n'y a pas besoin d'avoir fait des études de psychologie pour le savoir, c'est du bon sens. Bref. Pour en revenir à mes moutons, dans la panoplie du parfait suicide propre et rapide, il y aurait la pendaison. Mais c'est douloureux. Vient ensuite le projet de se jeter du haut d'un immeuble, mais la perspective d'être ramassée à la petite cuillère ou à la pelle, façon bouillie régurgitée après le saut le l'ange mais sans les ailes, non, ça ne me dit rien.

Moi non plus.

En troisième position sur ma liste, il y a l'overdose de médicaments. Avec alcool, tant qu'à y rester, autant que ce soit en se prenant une dernière cuite. Les yeux rivés sur mon verre de vin auquel je n'ai pas touché, je dresse mentalement la liste des liqueurs ambrées ou transparentes que possèdent Scarlett et Gabriel, en essayant de me souvenir lequel est le plus fort. Puis je me note que je dois vérifier sur internet s'il serait possible de se suicider au chocolat et si oui, combien de kilos il faudrait que j'aille acheter à l'épicerie de nuit pour ne pas me louper. Quoi que ... se trancher les veines au couteau à beurre, ça se tente, non ?

Bois ce putain de verre, Cassie! Et cul sec.

Non.

Le fou-rire des deux hommes à table me sort la tête de l'eau. C'est qu'ils s'entendent bien, ces deux-là ! Mais puisqu'ils sont clairement en train de rire à mes dépends, je les trouve tout de suite moins attendrissants, Laurel et Hardy.

- Elle était trop mignonne ! Une enfant parfaite ! Qu'est-ce que j'aimais l'habiller en petite princesse et la coiffer comme si elle était une poupée, mes copines étaient toutes vertes de jalousie ! raconte ma sœur en ouvrant un album photos au centre de la table.

Où est le couteau à viande déjà ? Soit je la bute soit je me tue. Et honnêtement, j'ai des circonstances atténuantes, vraiment. Je lui avais pourtant demandé de ne pas me foutre la honte, et qu'est-ce qu'elle fait ? Elle dévoile ma biographie à Casey sans retenue. Je m'attends donc à tout moment à ce qu'elle lui raconte mon premier rendez-vous chez le gynéco ou comment j'ai pété deux dents à Mason Howard au lycée quand il a pris mes fesses pour une putain de poupée gonflable en libre-service. Apparemment "Non" avait une toute autre signification dans sa tête de pervers. Du coup, après le premier coup de poing pour défendre mon honneur, quand il a crié " NONN ", j'ai pas compris non plus...
Il y a eu des conséquences. J'ai gagné une semaine de congés scolaires à la maison. Je me suis faite virer une semaine, en somme. Du coup, j'aurais dû lui en mettre un dans les couilles aussi. Si tant est qu'il en avait, le gros con.

Dommage.

- Enfin, quand elle s'est faite viré du lycée en première, elle était bien moins mignonne ce jour-là ...

- Je suppose donc qu'après ça tes amies n'ont plus proposé de me louer pour l'après-midi, hein Scar ? j'interviens pour la stopper dans son élan à souvenirs, puis lui tire la langue.

- En réalité, contre ma sœur qui agrippe mon regard en une seconde, elles ont cessé de me filer des bonbons et de pots de vin sous forme de maquillage pour avoir le droit de t'approcher quand tu as eu dix ...

Elle s'interrompt d'elle-même voyant le danger, mettant sur pause ma respiration. Quand j'ai eu dix ans. Quand maman la maladie de maman a été découverte. Quand Scarlett ne sortait plus les week-ends avec ses amies, et moi du coup, mais restait exclusivement à la maison à s'occuper de maman et moi.
Une main chaude s'empare de la mienne sur la table et la presse, entrelace nos doigts. Mes yeux se séparent de ceux désolés de ma sœur pour se poser sur la silhouette à ma gauche qui me scrute intensément, pour jauger mon état, comme s'il savait ce qu'il se passe dans ma tête. Comme si la connexion que j'ai avec Scar existait aussi entre lui et moi. Casey approche son visage du mien, dépose un tendre baiser sur ma bouche, aspire ma lèvre inférieure, sans pudeur ni gêne de se montrer affectueux devant ma sœur ou Gaby. Son étreinte est douce, éphémère mais l'effet qu'elle créée en moi est puissante, dure plus que cette seconde. C'est dangereux, je le sais. Le brasier dans mon thorax reprend du service. Lorsqu'il se redresse sur son siège, je sais qu'il a lu mon trouble car il m'envoie un clin d'œil furtif et fier que pourtant les radars de Scarlett ne ratent pas.
Gabriel rebondit pour ne pas laisser s'installer le froid en posant une énième question à Casey tandis que je me lève pour débarrasser.
Et fuir.

Tu exagères.

- Depuis combien de temps tu joues au Père-Noël ?

Scarlett qui me tendait des couverts sales foudroie son mari du regard. Si ses yeux pouvaient réellement le mitrailler, c'est lui qui baignerait dans une marre de sang, là. Le veinard. Finalement, je vais probablement pouvoir dormir la tête sur l'oreiller, me dis-je intérieurement. Désolée Gaby, tu vas dormir sur la béquille. Mais après réflexion, je ne vois pas où est le problème de sa question.

- Une douzaine d'années je dirais, lui répond nonchalamment Casey qui ne prête pas attention à la silencieuse réprimande de ma sœur.

- Chez MTW ? s'enquiert encore mon beau-frère.

- Entre autres. Je vais aussi à l'hôpital le premier samedi de décembre. C'est une tradition familiale, si tu veux tout savoir.

- Une torture oui, je grommelle dans ma barbe.

- Tout le monde ne déteste pas Noël mon ange, me dit-il en se tournant vers moi. Pour moi, ce n'est pas un fardeau, j'aime voir briller les yeux des enfants quand ils voient le Père-Noël, et des étoiles dans ceux des petits malades qui ne pourront pas passer les fêtes chez eux mais dans un lit médicalisé. Je ne peux pas les soigner, mais je peux leur faire oublier quelques minutes que la vie est injustement dure avec eux. Crois-moi, si je pouvais faire plus je le ferais, ajoute-t-il en embrassant le bout de mon nez.
Donne-moi ça.

Il se saisit du plat à lasagnes vide dans lequel je venais de déposer de la vaisselle à laver et se lève à la suite de Gaby pour le suivre à la cuisine.

Oui, ils s'entendent très bien.

- Cass...

- Toi j'espère que tu as bien pris ton pied parce que crois-moi Emma, je ne te présenterai plus jamais personne ! je gronde en la pointant d'un doigt accusateur. Comme disent les Français, c'était la Der, je lui dis dans la langue de Molière qu'elle a elle aussi étudié au lycée et à la fac.

Avec un peu de chance oui, il n'y en aura pas d'autre. Un Apollon pareil ça ne se trouve pas à tous les coins de rue !!

- Ma puce, je ne te comprends pas, soupire ma sœur
qui s'installe sur la chaise de Casey, un brin agacée je le vois. Tu aurais préféré que je passe ma soirée à jouer au pitbull qui protège sa meute ? Que je l'agresse par un interrogatoire qui l'aurait mis mal à l'aise alors que tu m'as demandé de mettre de côté ma casquette du FBI ? Tout va bien Cassie. Nous sommes tous détendus, c'est convivial, alors pourquoi ai-je la désagréable impression que tu es toujours perchée en haut de ta montagne de stress ?

Parce qu'elle réfléchit trop. Ou plutôt que la lumière s'allume là ou elle ne veut pas.

- Ça va trop vite Scar, j'arrive à lui avouer dans un souffle qui peine à passer le barrage que ma bouche ordonne d'ériger.

Elle sourit. Toutes les étoiles du ciel clair viennent de se loger dans ses iris. Ses traits s'adoucissent, sa main caresse ma joue qui s'y cale volontiers comme si elle était la soupape de sécurité pour m'empêcher de craquer, d'imploser sous la pression qui croît arbitrairement en moi. Scarlett est mon miel, mon baume apaisant. Elle a transmis sa magie à Jackson, mais le petit sorcier est déjà couché. Lui aussi a adopté Casey. Il me faut un antidote, vite.

Contre ta peur, mais pas contre lui.

- La vie impose son rythme Cassie. Elle est la seule chef d'orchestre d'une partition sur laquelle tu glisses un peu à l'aveugle. Tu auras beau vouloir un slow, souhaiter une cadence lente de toutes tes forces, si ce n'est pas ce qui est prévu sur le papier à musique de ta vie, alors tu danseras un tango. Il y a des graves et des aigus. Des hauts très hauts, si hauts que même de loin avec le meilleur des reculs, il te sera impossible d'en voir le sommet. Tu l'imagineras mais tu seras encore loin du compte. Car la beauté de ce qui est caché tout en haut est bien plus brillante que tout ce que tu aurais pu espérer. Il y a aussi des bas profonds Cassie, mais ils ne sont pas une fin en soit, parfois un passage nécessaire même si nous n'en comprenons pas toujours le but immédiatement. Et même sur la route du sommet, il y aura parfois des sentiers plus escarpés, il te faudra descendre un peu avant de remonter. Ce sera frustrant, continue-t-elle en serrant maintenant mes deux mains nos yeux aimantés, mais n'oublie pas que rien n'est jamais simple. Descendre quand on doit monter, c'est comme reculer quand il faut sauter en avant. C'est nécessaire pour prendre de l'élan. Alors cesse de vouloir appuyer sur pause Cassie, regarde devant toi, laisse-toi porter, écoute ceux qui veulent te parler et ne t'arrête pas aux à priori qui peuvent être le manteau de mensonges des apparences. Rappelle-toi que facilité d'interprétation ne veut pas dire vérité. Écoute, ne sois pas juge, juré et bourreau et ...

- Emma j'espère que tu as prévu deux gâteaux au chocolat ou de museler Cassie-le-Gremlins, sinon nous ne pourrons jamais goûter à cette petite merveille ! s'exclame Gabriel hilare qui nous rejoint tel une tornade avec ma dose journalière de chocolat dans les mains.

- Tu sais ce qu'il te dit le Gremlins le grand comique ?

Tu as déjà englouti la dose hebdomadaire rien qu'aujourd'hui !

T'es de la police ?
Scarlett rend sa place à Casey. Je sens une vague de soulagement qu'ils s'entendent bien réussir à percer le mur de barbelés en moi, mais un souffle glacial s'empare de mon échine et fait reculer les eaux quand mes yeux captent sans l'avoir cherché un échange de regards entre les deux qui ressemble à s'y méprendre à de la connivence aux effluves malodorante de collabo.

Tu vires parano.

Alors là, ça vaut bien une petite gorgée de vin. Je suis d'accord avec ma conscience !

Espérons que j'ai raison alors.

- Bon ! À mon tour de poser des questions. Pourquoi Cassie t'appelle Scarlett, Emma ?

Casey.

- Tu sais poser les bonnes questions toi ! s'esclaffe Gabriel en remettant la spatule à gâteau à sa femme.

- Biographie de Cassie Green, Acte II, scène 1, marmonne la petite bombe assise à côté de moi.

Et bombe c'est le mot juste. Tout d'abord parce que dans sa courte robe noire qui révèle ses jambes et cuisses aux courbes à faire bander un rocher, certes plutôt fluide et bouffante quand j'aurais adoré qu'elle moule chacune des lignes de son corps telle une seconde peau -comme celle qu'elle portait en boîte de nuit en décembre dernier- , mais cintrée à la taille par un joli lien en cuir Camel, elle est à tomber. Et le rocher en ce moment, c'est mon membre dur à m'en faire péter le frein.

Tu t'enlises dans les sables mouvants O'Neill.

Oui, et je ne cherche pas à m'en sortir, car j'ai plongé dedans sachant que j'allais m'y empêtrer, comme chaque fois que ses prunelles happent les miennes, que sa petite tâche d'ambre m'hypnotise tant que plus rien n'existe autour de nous, sauf elle.

Mordu.

Par la plus formidable et sexy des vampires. Mais Cassie n'est pas qu'une bombe à cause de son physique. Elle en a aussi les attributs parce qu'elle ne tient pas en place sur sa chaise. Sa jambe gauche sautille au gré du flot de paroles de sa sœur qui me dévoile avec humour et non sans une certaine fierté qui flotte dans l'air - fierté envers sa cadette- leur enfance et des petites perles sur Cassie. Ses yeux sont armés à l'artillerie lourde, les balles à blanc sagement rangées dans un coffre-fort quelque part, loin d'ici. Elle tire à vue dès qu'elle estime qu'Emma se laisse un peu trop aller, prise d'une frénésie de souvenirs et de mots qui veulent sortir dignes d'une concierge formée dans un salon de coiffure de quartier. Mais ici, j'adore ce déballage d'histoires, car elles concernent Cassie qui a parfois du mal à parler d'elle. Je ne peux pas dire que je ne connais rien de sa vie, ce serait faux. A plusieurs reprises au cours des trois derniers mois, elle a abaissé pour un temps les barrières de son passé, m'y donnant un accès, même à durée limité. Après ses aveux à Aspen, il lui a fallu plusieurs semaines pour me lire un autre chapitre de sa vie. Mais avec Emma, je découvre une autre facette d'elle, à travers les yeux de celle qui la connais le mieux.

- C'est parce qu'elle ne sait pas égorger les hommes proprement ! Pourtant ce n'est pas les drogues qui manquent ici ! Tu vois elle remonte toujours de la cave où elle les enterre couverte de sang cette Walkyrie sanguinaire, me répond mon petit ange démoniaque pourtant sérieuse comme un Pape tout à coup. Bref, je t'avais prévenu que cette femme est complètement cinglée Casey !

- À qui le dis- tu ?! explose Gabriel qui a bien tenté de ne pas rire en serrant ses lèvres et fermant les yeux, ses maximales trahissant son combat qu'il a perdu.

Il a des couilles le mec !

Et moi j'ai bien cru que j'allais perdre les miennes il y a quelques heures ...

***


- Vous connaissez ma réputation Monsieur, mais comme vous avez pu le constater je me suis montrée relativement patiente. Je n'avais plus le choix, j'espère que vous comprendrez que ma démarche est légitimement motivée par une certaine forme de bienveillance, même si je dois avouer avoir en tête tout un tas de scénarios que mes doigts adoreraient expérimenter sur vous. En tout cas, vous n'avez pas perdu de temps ! Je savais que j'allais finir dans ce bureau avant ce soir. Alors, par où commençons nous ? Le bureau ou directement le canapé ?

Tout en posant sa question comme si de rien était, elle sort de son sac à main une grande paire de ciseaux de coutures dentelés.

Ça doit faire mal. Ça va faire mal Casey.

Tant pis. Je vais assumer. Par respect pour elle, pour ce qu'elle est, qui elle est. Et puis elle ne peut pas être si terrible, si ?

Elle est bien cachée ta bagnole ?

- Bonjour Emma. Si vous comptez vous servir de ça, je pense que vous allez pouvoir vous débarrasser du Monsieur, vous ne croyez-pas ?

D'un mouvement du menton je lui désigne l'objet du crime qu'elle semble fomenter. Je n'en mène pas large devant cette femme qui n'a pourtant rien d'une bodybuildeuse ou d'une judoka. Par instinct de conservation et de survie, j'ai l'impression que mes testicules tentent de se fusionner avec mon scrotum, ou peut-être veulent-elles remonter jusque dans ma gorge, car elles sont en mouvement dans mon pantalon, c'est une certitude. Les sœurs Green font leur effet, pas de doute.

Mais pas le même.

C'est évident. Cassie me file des érections à en oublier qui je suis, et souvent sans même s'en rendre compte. Parce qu'elle ne voit pas à quel point elle est belle, et pas que physiquement. Quant à Emma ... eh bien elle me rappelle que j'aimerais avoir une progéniture, un jour. J'aime les enfants.

- Casey, dit-elle en s'asseyant sur le sofa, les ciseaux bien en évidence sur la table basse en verre comme un avertissement visuel, vous m'avez demandé de venir et je suis là, sur mon jour de congés, précise-t-elle en me fixant tandis que je prends place dans un fauteuil face à elle en ayant déjà calculé la distance de sécurité entre nous. Er j'avais plein de choses à préparer de surcroit. Mais vous vous doutez bien qu'en ce moment, je ne suis pas votre employée, vous n'êtes pas mon patron, vous êtes un homme intelligent. Enfin, intelligent mais un poil con sur les bords, pardonnez-moi ma franchise ! Et désolée d'avance pour mon langage, mais putain qu'est-ce que vous avez dans la tête ?! me demande-t-elle en secouant la sienne les yeux prêts à quitter leurs orbites.

Je me frotte le visage, me masse la nuque. Mes yeux font une petite embardée par la table basse avant de s'arrêter de nouveau aux émeraudes de celle qui me tient en joug des siens. Elles partagent bien le même ADN. Mêmes yeux, mêmes bouches, même tempérament, même capacité à me faire plier devant elles, bien qu'elles n'aient pas les mêmes méthodes et surtout, les mêmes ambitions envers mon corps.

Cette Green là veut te raccourcir de quelques centimètres et t'alléger d'un poids. L'autre...

Elle prend soin du tout à la perfection. Tout ce qu'elle me fait est toujours parfait.

- Je ... je...

Si c'est comme ça que tu comptes te défendre et la convaincre, sors tes bijoux de famille tout de suite, vieux.

Heureusement que je suis doué de plus d'éloquence quand il s'agit de conclure des affaires, sinon je serais sous les ponts ou toujours logée par ma mère en ce moment.

Le rire cristallin d'Emma resonne dans toute la pièce.

- Oui, Cassie fait ce drôle d'effet à beaucoup d'hommes. Si j'étais vous, je ferais un gros don à la science pour qu'ils trouvent un moyen de vous greffer des neurones à vous les hommes, parce que quand vous frétillez, s'amuse-t-elle à me torturer en pointant mes parties du regard, il ne se passe plus grand chose là-haut.

Elle tapote maintenant son front de son index, puis continue:

- Je vais vous poser une question Casey, voire deux. Êtes-vous sincère avec ma sœur ou est-elle un simple jeu pour vous ? Et avant que vous ne répondiez, je tiens à vous prévenir : tout ce qu'a pu vous dire Cassie à mon sujet est vrai, mais elle ne sait pas tout ...

Oh putain !

Sa phrase reste en suspens entre nous, palpable. Je déglutis en imaginant ce que cette femme a dû faire dans le dos de sa petite sœur, sûrement pour la protéger...

Ou la venger !

- Cassie n'est pas un jeu, Emma, je lui assure en avançant sur mon siège, dans une position d'affaire, cette fois. Depuis quand savez-vous ?

Elle m'observe de longues secondes avant de répondre :

- Elle est tellement plus que ma petite sœur, vous savez, souffle-t-elle. Enfin oui, vous savez puisqu'elle vous a raconté, elle me l'a dit. Quoi qu'il en soit, même si elle pense parfois que je ne l'écoute pas, en réalité que je rate aucun mot de ce qu'elle me raconte. Alors vous pensez bien qu'il ne m'a pas fallu longtemps pour faire le rapprochement entre un Casey Père-Noël rencontré au Royaume et vous ! Mais ça elle ne me l'a dit qu'après Aspen, je dois vous l'avouer. En fait, avant même qu'elle ne me parle d'un Santa insupportable qui s'est pointé comme une fleur à son séjour dans le Colorado avec son meilleur ami qui sort avec Hannah, j'avais déjà des soupçons.

- William ?

- William, admet-elle. Votre ami et assistant. Quand je l'ai vu au commissariat, j'ai compris que même si vous n'étiez pas là, c'est vous qui l'aviez envoyé pour elle et non pas Hannah, car elle ne savait pas que Cassie avait été arrêtée quand je l'ai contactée pour m'aider à appeler tous les commissariats de la ville. De là, j'ai ouvert encore plus grands mes yeux et mes oreilles. Puis au retour d'Aspen, c'est devenu encore plus clair. J'ai compris ce qu'il s'était passé là-bas même si elle n'a bien voulu me parler de cette "non-relation" comme elle l'appelait, dit-elle en mimant les guillemets, que mi-janvier à peu près. Dès qu'elle m’a informée que William et vous y étiez, j'ai compris le truc. Mon Dieu, cette fille est tellement dans sa bulle qu'elle n'a rien vu, elle me désespéré vous savez ! s'exclame-t-elle en passant une main dans sa chevelure.

- Mais vous n'avez rien dit ...

-Non, je vous ai laissé le bénéfice du doute. Et votre réputation vous a aidé, en plus. Si vous aviez été un golden-boy aimant traîner dans les tabloïds avec une nouvelle femme à votre bras chaque week-end, vous chanteriez déjà dans les aigus, croyez-moi. Mais Casey, nous sommes le 21 mars. Vous ne croyez pas qu'il est temps de passer la seconde et de commencer à lui dire qui vous êtes ?

- Elle sait qui je suis ! je me renfrogne.

T'es con des fois ! Ça fait peur.

Un sourcil circonspect en l'air, elle me demande silencieusement si je ne suis pas en train de me foutre de sa gueule, alors je précise :

- Mon portefeuille ne change pas l'homme que je suis ! Et vous savez aussi très bien que mon rôle ici n'en est pas vraiment un. Ce n'est pas moi votre patron, mon siège en salle de réunion est plus une ombre, au cas où. Ce bureau n'est pas le mien d'ailleurs.

- Et pour le reste Casey, comment comptez-vous en sortir ?

S'il le savait il n'en serait pas là le grand con !

- Je m'en doutais vous êtes coincé bon sang ! Bon, expliquez-moi tout, on va voir comment on peut limiter la casse. Parce qu'il y en aura, soupire-t-elle de dépit. Ma sœur en vaut la peine, mais vous êtes certain d'être prêt à encaisser ?

Oui, je le suis. Et toute aide est bonne à prendre.

***

- Tu sais que tu es le premier garçon que ma sœur laisse monter dans ma chambre ? sourit-elle contre mes lèvres en mettant fin à notre baiser qui m'a encore grillé des neurones.

Elle se cale contre mon flan sa tête sur mon épaule, aussi essoufflée que moi de la longue danse que se sont offertes nos langues en manque l'une de l'autre.

- Donc je ne dois pas m'inquiéter qu'elle m'attende en bas des escaliers une hache à la main pour me faire visiter la cave ?

- Je te conseillerais bien de ne jamais dormir sur tes deux oreilles quand Emma Anderson est dans les parages, mais je crois qu'elle te fait confiance, ce qui est assez rare.

Mes doigts caressent ses cheveux soyeux sur toute leur longueur, elle inspire profondément puis ajoute en me regardant :

- Elle n'a jamais supporté mon ex. Et c'était réciproque. Ils faisaient un effort pour ne pas se balancer des saloperies quand ils se retrouvaient dans la même pièce, mais le courant n'est jamais passé. Ils étaient chacun en circuit fermé à double tour. Je crois bien qu'aucun mec n'était jamais assez bien, m'explique en passant ses mains sous ma chemise qu'elle remonte machinalement jusqu'à mes pectoraux.

- C'est ta sœur mon ange, personne ne sera jamais assez bien pour toi à ses yeux. Mais si je peux me permettre, elle n'avait pas si mal jugé ton ex-copain.

- Ouais, et je suis certaine qu'elle n'a pas pu laisser couler ni qu'il m'ait laissée sans un toit dans l'Illinois et en plein hiver, ni qu'il m'ait fait arrêter. Et je ne te parle pas même du virement qu'il s'était fait de mon compte. Je le sais, elle a fait un truc, mais je ne sais pas encore quoi. C'est plus fort qu'elle. Elle croit que je ne sais pas, mais je suis au courant de toutes les crasses qu'elle a imaginées au fil du temps, et mises à exécution, surtout.

Finalement pas si aveugle la petite, contrairement à ce que la Lutin en chef pense.

- Ah bon ? ne puis-je m'empêcher de demander.

- Cette femme a de la suite dans les idées Casey, mais quand elle menaçait ses victimes de venir faire de leur vie un cauchemar si elles me racontaient quoi que ce soit du round 1, elle négligeait toujours d'inclure Wyatt et Hannah dans ses phrases. Alors je sais tout.

- Tu es fière d'elle n'est-ce pas ?

Les yeux dans les yeux, j'approche mes lèvres d'elle, pour assouvir mon désir d'être au plus proche, de la posséder de la seule manière possible ce soir. Ma faim de cette femme est si puissante qu'elle n'est jamais assouvie, toujours criante, gargantuesque. Etonnée que je ne lui laisse pas le temps de répondre à la question que je lui ai posée car ma langue est déjà en place autour de la sienne qui l'accueille toujours en fanfare, j'aspire son rire et accueille ses mains qui tire ses mes cheveux avec un frisson de bien-être qui électrocute un peu plus mes synapses déjà bien anesthésiées par la simple présence de cette femme contre moi. Elle me rend complément dingue. Quand je la relâche, c'est les sourcils froncés et les mains en appuis sur mon torse qu'elle regarde autour d'elle, de nous, comme si elle cherchait quelque chose.

- Tu as peur de Scarlett ?

- Pardon ?

- As-tu peur de ma sœur Casey ?

Oui. Oui. Et re OUI. Elle ferait peur à Al-Qaida cette femme !

Comprenant que je ne vois pas où elle veut en venir, ses yeux glissent jusqu'à mon entrejambe dont la toile tendue qui protège ma nudité ne cache rien de mon état d'excitation.

- Tu es dur comme un bout de bois, tes pupilles sont dilatées, tu m'embrasses comme si c'était la dernière fois et pourtant, je suis toujours habillée et tes mains sont aussi chastes que celles d'un bébé qui vient de naître. Donc je répète, as-tu peur...

- Mon ange, crois-moi si je pouvais te prendre sous ce toit, même les forces armées ne pourraient pas m'en empêcher, je la coupe en léchant son cou sur toute sa longueur. Mais je ne pensais pas que tu voulais faire l'amour même en ayant tes règles, c'est tout.

-Heu ... attends comment tu ...

Elle ne finit pas sa phrase, se relève plus vite que son ombre laissant un grand courant d'air près de moi, et file se regarder sous toutes les coutures dans son psyché. Je l'observe faire, amusé. Elle cherche une trace sur ses fringues, ses jambes ... c'est trop drôle. J'étouffe mon fou-rire autant que possible, mais me fais encore la réflexion que j'adore ces moments avec elle. Parce qu'elle est elle, sans fard, fraîche, vraie. D'une spontanéité qui m'atteint toujours autant.

Ouais. Bah on n'est pas sortis du marais c'est moi qui te le dis !

- Comment ? me questionne-t-elle de nouveau en revenant s'assoir sur le lit. Attends ! Tu comptes les jours de mon cycle ?

- Quelle réponse te conviendrait le mieux mon ange ? Qu'il y a dans ma tête une sorte de calendrier, ou alors que je te dise que je suis surtout tes humeurs au fil du mois tout autant que ta consommation journalière de chocolat qui en soi est un excellent indicateur de l'arrivée de tes règles ?

- Putain ! CASEY ! s'écrie-t-elle outrée avant de se rendre compte de son éclat sonore plus de continuer plus bas. Mais tu es sérieux en plus !! Oh mon Dieu j'en mange tant que ça ? Non ne réponds pas !

Et je ne peux pas. Car elle se jette sur mes lèvres en riant pour m'empêcher de répondre. Et moi je fonds comme un con.

Un con qui se noie.

Un con qui vit.
Un con qui respire mieux depuis qu'elle est là.

***

Quand j'ouvre les yeux, Cassie dort à moitié sur moi, comme toutes les nuits où elle accepte de partager mon lit. Mais cette fois, c'est dans sa chambre que je suis. J'étais censé la quitter une fois qu'elle se serait endormie. Je n'avais pas prévu de plonger dans le sommeil moi aussi. Mais elle a ce pouvoir sur moi. De m'apaiser. Délicatement pour ne pas la réveiller, je la décale, remonte correctement la couette sur ses épaules, embrasse son front, hume une derrière fois l'odeur de ses cheveux puis navigue à l'aveugle dans sa chambre, dans le noir, n'osant même pas utiliser la lampe sur mon téléphone. L'évidence me frappe de plein fouet, comme un mur invisible. La lumière s'allume en moi pour me confirmer une pensée qui m'avait déjà traversé, l'esprit mais pas que. Une lueur sur laquelle j'avais voulu fermer les yeux, n'osant pas affronter.

Il était temps.

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