Manteau de neige - Partie 1

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Casey

- Tes yeux ont des rayons x vieux ?

- Quoi?

Will, amusé et paré de son sourire mi-perfide mi-narquois qui me donne envie de lui en foutre une sur la tronche, frotte de nouveau sa barbe qu'il entretien néanmoins bien plus depuis qu'il a rencontré une certaine Hannah, puis répète en articulant comme si j'allais lire sur ses lèvres qui brillent encore du baiser langoureux qu'il a échangé avec sa copine il n'y a pas deux minutes :

- Tes.yeux.ont.des.rayons.x.vieux?

C'est comme si. Pour toute réponse, mon poing s'abat sur son épaule, mais le coup est largement amorti par sa Parka de ski Camel bien rembourrée. Pour ne rien arranger, il se fout de ma gueule alors que le scotché double face avec option dose de super glue, c'est lui. Moi... je devine sans même le vouloir le corps tout en courbes qui est caché sous cet amas de fringues antifroid.

On aurait dû rester à la maison.

Trop dangereux. J'étais à vingt secondes maximum de perdre mon self-contrôle quand je me suis détaché d'elle. A contre cœur, mais il le fallait. J'ai d'autres ambitions que de la prendre contre un mur à la va vite dans un couloir. J'ai envie d'elle oui, depuis que mes yeux ont l'ont aperçue, depuis que mes oreilles ont entendu son sale caractère et sa répartie qui valent souvent le détour. L'envie est monté d'un cran -ou quinze- quand ma bouche a fait la délicieuse rencontre de la sienne, puis a crevé le plafond ainsi que toutes les couches d'ozone à l'instant où elle a pu se poser sur la partie la plus sensible de son anatomie. Parce que le goût de son désir a fait se muer le mien en véritable besoin.
Si j'ai pu rester dans le droit chemin alors que j'avais la trique de ma vie et que Cassie était plus bouillante que du métal en fusion, je peux maîtriser mes pulsions encore quelques heures, ou jours. Je devrais peut-être envisager de me trouver une église ou n'importe quel autre lieu de culte pour aller brûler des cierges et faire une prière ... pour qu'elle ne me balade pas pendant plusieurs semaines. Je suis un homme patient, je sais ce que je veux et jamais je ne forcerai une femme ni profiterai d'une jeune femme qui ne serait pas en état de savoir ce qu'elle fait, mais ... je ne suis qu'un homme face à un lutin qui m'ensorcelle. Et pour ce que j'en ai vu quand Cassie était dans mes bras tout à l'heure, qu'elle se déhanchait contre mon membre à m'en faire péter plusieurs vaisseaux sanguins tant j'étais sous pression, elle était consentante, cette fois, et avait les idées claires, surtout.

Mais tu as tout arrêté.

Will allonge ses pas pour rejoindre sa dulciné. Nos empreintes marquent le manteau de neige vierge qui recouvre le sol du sentier privé qui traverse le sud de la propriété et nous mène tout près du centre d'intérêt de la ville : les pistes et animations.

La pluie de flocons s'est apaisée sans se taire totalement. Le jour commence son déclin, les lampions qui ne dépassent pas du tapis blanc de plus de trente centimètres donnent un côté pailleté au tapis blanc sous nos pieds. J'ai toujours aimé l'hiver, et encore plus le mois de décembre, synonyme de temps passé en famille, de repas extraordinaires et mémorables, de rires de joies, d'histoires fantastiques contées par mes grands-pères. Noël, c'est aussi la chasse aux cadeaux pour les moins de 18 ans, tradition familiale vieille de plusieurs générations : chaque enfant a un plan personnel plus ou moins élaboré en fonction de l'âge, comme une carte au trésor, avec des énigmes afin de trouver cinq cadeaux dissimulés en intérieur, ou extérieur si la météo le permet, en plus des présents sous le haut sapin. Les grands aident les plus petits, c'est un moment de partage, convivial et attendu de tous. Même nous, aujourd'hui adultes, n'avons jamais rien perdu de nos âmes d'enfants. J'adore ma folle tribu, qui s'agrandit d'année en année, de nouvelles petites têtes venant l'élargir pour notre plus grand bonheur.

- Je propose que nous commencions par une bonne boisson chaude Mesdemoiselles , qu'est-ce que vous en dites ?

Will s'immisce entre les filles tout en encerclant leurs cous de ses bras, tel un coq au milieu de sa basse-cour. Je sais à quoi il joue, et il sait que ce n'est pas une bonne idée. Pourtant même conscient qu'il s'amuse avec le feu et risque des représailles nocturnes comme quand nous étions étudiants, il fait fi du danger et creuse un peu plus sa tombe. Tombe recouverte de neige, certes, mais tombeau tout de même. Je l'imagine déjà à poils , enfermé sur son balcon. Il suffit que je rentre dans sa chambre au milieu de la nuit, le reste sera simple.

Sauf s'il ne dort pas seul, lui ...

Cette idée me fout un coup de froid monumentale. Il est effectivement peu probable que lui et Hannah fassent chambre à part, sachant qu'ils passent la moitié de leur semaine à L.A à dormir chez l'un ou l'autre.

- Si y'a moyen de ne sortir qu'au printemps, moi je suis pour.

Cassie, même dans un environnement éloigné des cris et des clients insupportablement horripilants, ne se départit pas de son sarcasme. Elle semble toujours sur le qui-vive, sur la défensive et prête à contre-attaquer. Je ne sais pas ce qui parasite autant son humeur sans cesse - et bien avant sa mésaventure au commissariat-, mais il va falloir que je trouve la clé de sa bonne humeur. Et de sa sérénité. Personne n'exècre autant une chose ou une période sans raison, sans bonne raison.

- T'es pas une marmotte Cassie ! Je te l'ai déjà dit, se moque sa copine avant de lui lancer une boule de neige en plein visage.

Cassie se fige, les bras tendus à l'horizontal de part et d'autre de son corps, suspendant le temps à sa réaction. J'ai l'impression de pouvoir voir les rouages de son cerveau - et de sa colère - ainsi que de la fumée quitter son crâne telle une locomotive au démarrage. Sa vengeance ne tarde pas à se faire connaître. Hannah comprend en un regard ce qui va lui arriver et part en courant malgré l'épaisse couche de neige qui entrave ses mouvements de jambes : le lutin outrée s'élance à sa poursuite en lui balançant à son tour plusieurs boules blanches en vocifèrant qu'elle va le lui payer. Will suit pour défendre sa copine, et moi ... je regarde la scène comme si je regardais la télé. Amusé.

Comme un con, au milieu d'un chemin enneigé. Et clairement en train de s'enfoncer vers l'inconnu.

Mais dépourvu de toute crainte que ce ne soit pas simplement ma personnalité qui attire la fille mais les reflets dorés de mon compte en banque, pour une fois. Et j'apprécie bien trop cette sensation.

Piste glissante, Casey. Warning. N'oublie pas les bâtons.


***


Requinqués et réchauffés, nous quittons le café au style français typiquement parisien. Les filles ont rangé la hache de guerre après une bataille épique. Si Cassie n'a eu de cesse de grogner qu'elle déteste décembre, elle nous a pourtant prouvé qu'elle manie à la perfection le lancer de boules de neige, ne ratant jamais sa cible.

Note à moi-même : ne jamais l'énerver dans une cuisine. Elle ferait un carnage avec des couteaux.

Et elle a déjà menacé tes bijoux de famille, plusieurs fois.

Oui, aussi. J'aimerais un jour avoir des enfants. Naturellement si possible.

Et de manière traditionnelle, sans pipette ...

Sur l'avenue encore pleine où cohabitent en harmonie grosses fortunes et classe moyenne, Cassie réajuste son écharpe en se regardant dans une vitrine illuminée. Will et Hannah, déjà cloisonnés dans leur bulle, avancent bras dessus bras dessous, en s'embrassant sans presque discontinuer. A croire qu'ils n'ont plus besoin d'oxygène, ces deux-là. Mon lutin replace ensuite correctement son bonnet à pompon sur sa jolie tête, pensive. Je me positionne derrière elle, ne supportant plus cette distance qui s'est instaurée entre nous depuis que j'ai mis fin à notre étreinte à la maison. Sa chaleur me manque, et pas qu'elle.

Tu glisses ...

Et avec de l'élan, je sais.

Nos regards de rencontrent dans la glace, s'attachent l'un à l'autre. Cassie, audacieuse, relève le menton. Entourée d'un halo de lumières claires, elle passerait pour un ange descendant du paradis. Ses yeux brillent de mil feux tout comme son air espiègle qui m'attire comme un aimant. Un pas de plus, et nos vêtements sont maintenant collés l'un à l'autre. Mes mains se saisissent des siennes , nos doigts s'entrelacent aussitôt et même à travers nos gants, je jure pouvoir ressentir l'électricité passer d'elle à moi. Ma bouche se pose sur le sommet de son crâne, plusieurs fois. Une pression plus forte sur ma main droite me signifie qu'elle apprécie mon attention même si elle ne parle pas, alors je la laisse abandonner la sienne pour aller d'abord caresser ses longs cheveux qui dévalent ses épaules, puis les décaler lentement pour enfin aller libérer sa nuque d'une partie de son écharpe, très lentement, me frayant un accès pour aller goûter sa peau aux effluves de son parfum entêtant. Les yeux braqués sur la vitrine, j'observe Cassie fermer ses paupières en entrouvrant la bouche, preuve supplémentaire qu'elle n'est absolument pas insensible à mes lèvres sur elle. Son épiderme se recouvre de chair de poule, mais rien à voir avec des frissons de froid. Non c'est du désir. A l'étroit dans mon pantalon, le mien se mesure à la dureté de mon membre qui se réveille pour elle, et uniquement pour elle depuis que je la connais. Lui aussi, est dans l'attente d'un "plus" dont il rêve matin, midi et soir

Et la nuit. Beaucoup la nuit Casey.

Oui, mais j'aimerais que l'ultime pas vienne d'elle. Je suis prêt à faire presque tout le chemin pour lui montrer qu'elle peut avoir confiance en moi, que je ne suis pas comme son salopard d'ex copain qui l'a plantée au début du mois sans un mot ni une once de respect. Et non content d'être en lice pour le prix du Roi -Des-Pires-Petits-Amis de l'année, cet abruti a pris de l'avance pour le podium de l'année prochaine en l'accusant de vol de voiture. Will n'a pas pu tout me raconter puisqu'elle est sa cliente mais le peu que j'en sais me fout déjà une rage monstrueuse, alors mieux vaut que je décante avant de la questionner sur l'intégralité de sa situation. Bref, en attendant que cette discussion arrive, elle doit comprendre qui je suis.

Vraiment ?

Enfin, que je suis sincère sur mon attirance pour elle.Elle me fout les méninges en ébullitions quand je ne la vois pas, et c'est carrément l'éruption lorsque je la vois. Pour le reste ... je me laisse encore un peu de temps.

- T'es content d'être là Santa ou t'as un permis de port d'arme ? me questionne la petite peste qui me peut réprimer son sourire moqueur en trémoussant perceptiblement ses fesses rebondies contre mon bassin. C'est pas que ton sucre d'orge me dérange, mais moi les 22 Long Rifle c'est pas mon calibre de prédilection, je vise plutôt un 357 Magnum si tu vois ce que je veux dire...

Soufflé, j'en reste pantois, pour ne pas dire totalement con face à cette nouvelle métaphore, mais surtout à ce qu'elle signifie. Et elle d'ajouter à mon état, toujours brillante de lubricité en se mordillant la lèvre :

- Et quand je suis d'humeur plus ... gourmande, dit-elle après avoir faussement réfléchit , j'espère même un bon gros 44 Magnum, mais c'est dur à trouver, ou alors il faut aller faire un tour du côté du marché noir ...

Piqué en plein dans le centre névralgique ma vanité, je la retourne d'un geste vif puis m'empare de ses lèvres. Pour la faire taire, d'abord, et pour répondre à la demande de ma langue d'aller cajoler la sienne au goût de chocolat chaud épicé. Cassie répond comme à chaque fois à mon baiser, l'approfondit en tirant sur ma nuque, se met même sur la pointe des pieds. Une chaleur diffuse s'invite dans mes reins, rayonne ensuite dans tout mon corps, et particulièrement entre mes jambes. La neige qui a repris son ballet semble prise d'un instinct de survivalisme, comme si elle nous évitait, évitait de s'approcher trop près des braises que notre éteinte allume en nous. Je sens les regards glisser sur nous, mais je m'en moque comme de ma première cuite - j'avais quinze ans et depuis, j'en ai eu pas mal de mémorables. Mais la manière dont Cassie m'embrasse vaut bien toute l'attention des voyeurs ou puritains renfrognés.

- Je vais te donner un conseil mon joli lutin, je lui dis haletant en soudant nos fronts mais uniquement lorsque nous n'avons plus d'autre choix que d'offrir une immense goulée d'air à nous poumons pour ne pas mourir asphyxiés - mais quelle belle mort! -, ne te frotte pas trop à mon calibre, parce que tu sais très bien que ta petite main n'est pas de taille à s'en occuper seule, si tu vois ce que je veux dire, j'ajoute à voix plus basse encore en reprenant ses mots et insistant dessus, contre son oreille. Je n'ai rien contre le fait que tu sois une femme gourmande Cassie, car moi-même j'ai découvert il y a peu une nouvelle confiserie rose et tendre au goût divin dont je sais que jamais je ne serai jamais rassasié. Mais de deux choses l'une : d'une part , pas la peine d'aller au marché noir ma belle, je suis l'exception qui confirme la règle comme on dit, et tu l'as déjà vu et senti contre toi. D'autre part, et toujours sans me vanter, c'est plus que de la gourmandise qu'il te faudra, car la part de mon gâteau est assez consistante. Mais j'ai hâte que tu y goûtes, en effet, je susurre. Maintenant, on va rejoindre nos amis sinon ma baguette va aller illuminer ton dortoir plus tôt que prévu, et je ne veux pas faire ça n'importe comment, tu vaux beaucoup mieux qu'un coup rapide ou qu'une simple petite baise, Cassie.

Les joues rosies, Cassie me scrute intensément. Je suis certain qu'elle pèse le pour et le contre, ou alors qu'elle cherche encore chez moi l'indice voire la preuve d'une fourberie. Je ne peux pas lui en vouloir ceci dit, chat échaudé craint l'eau chaude.

J'ai le temps, on avance mais elle fera le dernier pas tôt ou tard.

Espérons plus tôt que tard.

Et que je ne me sois pas consummé avant, car la bûche brûle déjà.

La piste est plus que glissante, elle fond à vue d'œil, Casey.

Le printemps arrive plus tôt, cette année.

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