Costume

10 minutes de lecture

Casey.

Assis sur l'une des banquettes de l'espace détente à l'étage réservé à l'administration, ma cheville gauche négligemment posée sur mon genou droit et mon troisième café dans une main, j'attends que Will revienne de son expédition. J'en profite pour traiter les mails urgents qui ne peuvent patienter que j'arrive à mon bureau, bien que la concentration me fasse grandement défaut ces derniers jours. Je ne sais pas où cette dernière se cache, mais je peux assurer à quiconque voudra m'écouter qu'elle n'est pas ici. Entre le fond sonore aux airs festifs, les téléphones qui sonnent plus de fois qu'il n'y a de secondes dans une minute, les gloussements absolument pas discrets des jeunes femmes qui passent et repassent devant moi comme si j'étais jury à un concours de mannequinat, sans compter tous ceux et celles qui viennent me saluer ... non, ma concentration ne se trouve pas ici. Un coup d'œil à mon poignet : voilà donc plus d'une demi-heure que mon assistant s'est fait la malle. C'est à se demander qui accompagne qui, aujourd'hui. Arrivant néanmoins à me plonger -non sans mal- dans la lecture en diagonale d'un rapport trimestriel sur mon activité principale, une voix qui ne m'est pas inconnue vient chatouiller le peu d'attention que j'étais parvenu à rassembler, en évoquant un prénom dont la propriétaire est l'entière responsable de la dispersion de mes pensées et réflexions ces derniers temps. Plus clairement, elle est devenue l'attraction préférée de mon cerveau qui relègue au douzième plan tout le reste.

Le jour et la nuit.

- Bonjour Heather, je viens récupérer l'enveloppe de Noël de Cassie, Cassie Green, précise-t-elle à son interlocutrice.

Capacité de concentration retrouvée, Casey.

La loterie du personnel ... Mes yeux délaissent sans regret ma tablette pour accrocher la scène non loin de moi. La manager, un poil impatiente, joue une partition de ses ongles sur le bois de la banque dont elle seule connaît l'enchaînement. Heather, l'une des deux assistantes de direction, semble farfouiller dans des tiroirs à la recherche des enveloppes contenant les lots. Un instant, je me demande si mon lutin n'aurait pas fait cadeau de son gain à son amie. A en croire ce que Will m'a rapporté -information qu'il tient de sa conquête du moment- , Cassie n'aime pas cette période de l'année. Ce qui explique pourquoi elle use autant du sarcasme et parait souvent prier pour trouver la formule magique de la téléportation. Elle n'apprécie pas cet environnement festif, tant attendu par la plupart des gens, pour se retrouver en famille, se rassembler dans l'allégresse des fêtes de Noël. Mais Cassie n'est pas "les gens". Pourtant, elle était bien en pleine jungle de la Nativité dimanche, je l'ai vue, elle m'a vu aussi. Mon regard a été happé par ses billes jade même de loin, me faisant l'effet d'avoir un radar, un radar à lutin foutrement sexy qui a rallumé la mèche de mon envie !

Un radar au garde à vous, Casey ...

Mais elle n'a pas attendu que je les rejoigne. Elle, Will, sa copine ventousée à mon pote ... et un mini lutin, son neveu, aux dire d'Hannah. Elle a pris la tangente avec le petit plus vite qu'un départ de formule 1. La voix de la secrétaire me tire de l'amertume du souvenir de cette fuite. Je jauge rapidement le pour et le contre : Emma n'a pas remarqué ma présence, mais j'ai besoin d'en avoir le cœur net. Sans l'avoir encore réellement décidé, mes jambes m'ont déjà porté jusqu'à elle. Ne voulant pas dévoiler mon trouble à ses yeux tandis qu'elle pivote vers moi, je plaque un sourire affable sur ma tronche avant d'ouvrir la bouche :

- Bonjour Emma, comment allez-vous ?

Elle serre amicalement la main que je lui tends, la ligne de ses lèvres forme un arc joyeux, m'en rappelant étrangement d'autres qui manquent au miennes depuis des jours. Cette constatation qui n'a pas sa place à cet instant me fout une claque, et je m'en mets mentalement une autre pour me reprendre.

Deux, une ne suffira pas.

- Très bien merci Monsieur, me répond-elle sans décrocher de mes yeux.

C'est en partie ce que j'aime chez cette femme. Elle est franche, vraie, et ne minaude pas comme la plupart de ses collègues ici, telle une ado sous hormones, ou une furie en quête d’un bon parti. Quand elle me regarde, il n'y aucune ambiguïté. Elle sait qui elle est, qui je suis, la ligne entre nous existe bien-sûr mais est presque gommée car elle me voit non pas comme un élément haut de la société mais comme un élément faisant partie de la société en générale, tout court. Je ne laisse pas de blanc et enchaîne dès sa réponse, en baissant les yeux vers ce qu'elle tient maintenant entre ses doigts, l'air de rien :

- Le tirage au sort vous a désigné, cette année ?

- Oh non pensez-vous ! pouffe-t-elle en regardant les guirlandes suspendues au plafond, la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit ! J'ai gagné il y a cinq ans, un séjour à la St Bath, précise-t-elle pour éclairer ma lanterne qu'elle voit éteinte, une petite merveille. J'en garde un excellent souvenir. Enfin, je n'aurais pas dit non à une petite semaine de vacances je dois l'avouer, me sourit-elle avec les yeux qui suintent l'évidence et l'espièglerie. Je venais simplement le récupérer pour ... hésite-t-elle, pour la véritable gagnante ! Elle aurait sûrement préféré partir au soleil car elle n'aime pas le froid, réfléchit-elle à haute voix un index sur le menton, mais ça ne lui fera pas mal de prendre l'air ... Oh pardon Monsieur ! s'excuse-t-elle penaude, je pensais à voix...

Mon rire la coupe, elle rit finalement avec moi. J'ai maintenant la certitude que l'info d'Hannah était vraie. Mon lutin est plus sable blanc que boules de neige.

- Vous jouez donc à la factrice, si j'ai bien compris, je lui énonce après m'être repris.

- Tout à fait, mais pour être honnête avec vous, j'étais à un cheveu de profiter moi-même de ce séjour, dit-elle en mimant la minuscule distance entre deux doigts, sa toute récente propriétaire n'étant pas très chaude pour les jeux de glaces ...

Oh si elle est chaude !

Bouillante même sa copine le lutin ...

***


- Faites ce que je vous demande, rien de plus, rien de moins, ce n'est pas bien compliqué il me semble !

Pour lui, si.

C'est même très simple. Prenant en compte que j'ai dû répéter cette phrase pas loin de dix fois ces vingt dernières minutes, l'information, non l'ordre que je lui donne va bien finir par s'ancrer en lui comme si je l'y avais moi-même gravé. Arrêté à un feu rouge, je décroche de son monologue qui me refile la migraine, et me frotte trop vigoureusement les yeux de mes paumes. Mon père a raison, parfois il faut enfiler un masque que mon déteste pour se faire entendre, et ce moment vient une fois de plus d'arriver.

- Allons à l'essentiel, je le coupe froidement ce qui fait même réagir Will dans le siège passager qui se redresse comme si c'était lui que j'allais engueuler. Je ne vous ai pas demandé de me convaincre du contraire de ce que je vous dis depuis près d'une demi-heure Finn. J'avais déjà donné les consignes concernant les fermetures il y a un mois, que vous ayez pensé que je changerais d'avis m'est complètement égal à cet instant, je continue sur le même ton peu avenant. La décision me revient et je l'assume entièrement auprès de tous et chacun. Les engagements que vous avez pris en ne tenant pas compte de l'organisation imposée vous les annulez, et si l'un de nos clients trouvent quelque chose à y redire, renvoyez- les vers moi !

- Mais Monsieur ce n'est pas raisonnable enfin ! Monsieur et Madame Richtmond ne l'entendront pas de cette oreille, et c'est une transaction à plus de quarante-cinq millions de ....

Chiffres, chiffres, chiffres. Ce type doit rêver de millions la nuit, ce n'est pas possible !

- Soit vous faites ce que je vous dis, soit vous irez chercher un nouveau boulot après les vacances de Noël ! Je m'égosille finalement en étant le premier étonné de perdre mon sang froid. Ma ligne de conduite est la même depuis des années, à Noël, on ferme les agences ! Nos collaborateurs ont plus que le droit de passer ces journées avec leurs familles, au lieu de penser aux caprices de multimillionnaires ! Par conséquent, je vous réitère ma décision oralement et je le ferai par écrit à l'attention de chaque employé par courriel. Toutes nos agences resteront fermées les 24 et 25 décembre. Si j'apprends que qui que ce soit n'a pas suivi les consignes, je le vire, c'est bien clair ?

Je n'attends pas de réponse et raccroche immédiatement. Je suis convaincu qu'avec un peu de concentration, je pourrais voir les particules d'air crépiter tellement l'habitacle est empli d'électricité. Will se racle la gorge brisant le silence somme toute relatif puisque j'inspire et expire fort pour calmer mes nerfs, je fixe la route mais le sens pivoter vers moi. Je serre si fort le volant que mes jointures ont viré au blanc. Je n'aime pas ce que je viens de faire, mais c'était nécessaire.

Comme virer ce type le serait.

- Si j'ai bien compris, je prépare un mail que j'envoie à toute la liste de diffusion des agences ?

- Oui, merci Will, je lui réponds en soufflant encore.

Il acquiesce, ouvre son Mac. Le son de ses doigts sur les touches m'apaise, étrangement.

- N'hésite pas à dire que tout manquement entraînera des sanctions.

- Écoute Casey, je sais que tu ne vas pas aimer ce que je vais te suggérer, mais c'est ton conseiller qui te parle tout autant que l'ami, tu devrais sérieusement envisager de congédier ce type, je ne le sens pas et il ne fait que saper ton autorité et tes décisions de manières quasi-systématique ces derniers temps, alors ...

La sonnerie de son téléphone le coupe dans sa lancée. Mais même sans qu'il n'argumente en long, en large et en travers, je sais qu'il a raison. Plus le temps passe, plus Finn Tuker est ingérable. Il n'en fait qu'à sa tête, donne des contre-ordres dans mon dos dès qu'il estime que cela peut servir ses intérêts. Il est bon dans ce qu'il fait, c'est un requin, mais il veut reigner sans avoir la couronne. Il est donc peut-être temps qu'il monte sa propre boîte. Je me gare sur ma place de parking devant le siège quand Will décroche.

- Allô ? Attends ! Pas si vite je ne comprends pas !

Ses sourcils se foncent sa ride du lion se creuse profondément. J'entends une voix féminine mais ne déchiffre pas ce qu'elle dit. Will met l’hautparleur.

- Will pardon mais c'est de ta faute aussi ! se plaint la voix que je reconnais maintenant. Je t'avais dit de ne pas me porter la guigne et tu vois ! Merde je déteste décembre ! souffle-t-elle à travers le combiné. Bref, tu étais sérieux quand tu m'as dit que tu avais des relations ? Car ... hmmm, hésite-t-elle soudain, j'ai besoin d'un avocat, genre tout de suite, Will.

Silence. Mon pote et moi nous regardons, nos yeux aussi grands ouverts que possible. Quand je dis que mon lutin est partout ....

- Cassie, tu es serieu...

- Will je me suis faite arrêter ! Tu crois vraiment que je ferais une blague pareille ! Mince alors ! s'énerve-t-elle.

- Ok OK !! Explique-moi ce qu'il s'est passé, je vais t'envoyer quelqu'un, lui assure-t-il.

Évidemment elle ne va pas rester là-bas ! Cassie prend une grande inspiration puis débite d'une traite :

- Will promis je t'expliquerai tout, mais là je n'ai pas beaucoup de temps. Pour résumer, deux flics m'attendaient à la sortie du boulot, ils m'ont embarqué pour vol de voiture ! Putain mais c'est MA voiture en plus je te jure que je n'ai rien volé du tout ! Ce sale con ne va pas s'en remettre quand je lui foutrai la main dessus crois-moi ...

- Mademoiselle Green les menaces ne sont pas une bonne idée, intervient gravement un homme.

- Qui parle de menaces ? lui répond le lutin des Enfers. Vous devriez être content, une fois que je me serai chargée de lui vous pourrez m'inculper pour une vraie raison Lucky Luke !

Lucky Luke ? Elle a craqué ou quoi ?

-Heu Cassie, reprend Will qui comprend comme moi que non seulement ce n'est pas une plaisanterie mais qu'en plus Cassie va en effet aggraver son cas. A partir de maintenant, tu ne réponds plus à leurs questions, tu poses tes fesses sur une chaise et je t'envoie un avocat rapidement. Dis-moi si je dois appeler Hannah...

-Hein ? MAIS NON SURTOUT PAS ! Elle va prévenir Scarlett, et Scarlett va péter un plomb et s'occuper elle-même du cas de ce connard, y'a pas moyen Will ! Il est à moi !

Des Enfers, le lutin ...

- Scarlett ? L'interroge Will toujours connecté à mes pensées.

- C’est le surnom d'Emma, ma sœur ! Emma Anderson c'est ma sœur ...

Ça y est Casey ? Tu comprends certaines choses ?

Sa sœur ? Putain mais oui ! Les mêmes yeux, leurs bouches ... Elles sont sœurs !

- Cassie dis-moi où tu es ...

Pendant que Will note les informations, je fais défiler la liste de mes contacts sur mon écran de téléphone. Il va falloir m'expliquer comment les flics peuvent arrêter une jeune femme pour vol de voiture si c'est son véhicule à elle. Je sais qu'ils ne sont pas tous des lumières dans les forces de l'ordre, mais quand même... Aussitôt l'appel de Will terminé, je ne lui laisse pas le temps de se plonger lui aussi dans son téléphone et lui lance une quittant la voiture:

- Va la chercher.

Il a compris, bien-sûr, que je suis on ne peut plus sérieux.

- Oublie !

- Putain William t'es toujours avocat ! Je m'écrie pour le faire réagir. Tu es inscrit au barreau de Californie alors maintenant tu bouges ton cul et tu vas la faire sortir de ce commissariat !

- Casey att...

- Will je connais pas cœur tout le laïus que tu es prêt à me débiter. Mais cette fois je ne m'écraserai pas. C'est pour Cassie ! Ça fait cinq ans, avance un peu merde ! Tu vas enfiler ton costume Maître et tu la fais sortir de là-bas. Je vais passer des coups de fil pour savoir comment une telle connerie a pu arriver !

- Tu ne viens pas avec moi ?

Devant mon air ahuri, il répond lui-même à sa question - stupide.

- Ouais, évidemment, tout le monde te reconnaîtrait et tu ne lui as toujours rien dit...

Il comprend vite, quand il veut.

Annotations

Recommandations

the Galactik
Je suis Niklas Hennessey, membre de la famille la plus riche d'Irlande.
Tout le monde vante les qualités des milliardaires. Mais moi je n'en ai qu'une : me battre ! Et cela ne convient pas du tout aux goûts familiaux. Mais je n'y accorde aucune importance. Je profite de ma vie.
Mais un soir, tout change !
Je dois arriver à gagner ma vie par mes propres moyens, tout seul, sans aucune aide. Donner des coups de poings ne me seront d'aucune utilité.
C'est alors que la possibilité de voyager dans l'Espace s'offre à moi. Mais malgré les précautions et mesures de sécurités, le voyage ne se passe pas du tout comme prévu. Je me réveille ensuite sur une planète perdue dans une autre galaxie, avec des occupants étranges, et de l'énergie cosmique dans mon organisme.
Si je veux pouvoir rentrer sur Terre, je vais devoir apprendre à la maîtriser sans commettre de dégâts. Et cela est loin d'être facile. Surtout que des aliens meurtriers tentent de me capturer...
5
6
0
73
Défi
Claude Carrès
J'avais pas de chien.. c'était sans compter sur leur fourberie et leur capacité à se déguiser en chaton.. les chat l'eau
11
13
6
1
Lou08
Voici un petit résumé de la légende de Tristan et Yseut, à la fin il y a un petit jeu. A votre avis qu'elle est la bonne fin ( pas le droit de tricher, bon je pourrais pas vous en empêcher!) n'hésitez pas a me faire part de vos réponse.
0
1
0
1

Vous aimez lire Line P_auteur ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0