Christian

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Dans une maison inconnue (enfin pas totalement inconnue, puisqu’il s’agirait de la résidence secondaire du petit-copain d’une pote d’un pote de Murphy, qui a proposé à Murphy de prendre sa place à cause d’une histoire de tiroir rempli de filtres de cigarette découvert par les parents du pote de Murphy ; ou bien du pavillon « fête » d’un cousin de ce pote, mais nous ne sommes pas très sûrs. Ce qui est sûr, c’est que nous sommes là), j’observe avec une attention méticuleuse Serena qui flirte à l’autre bout du salon avec un mec, six ans son aîné, en songeant à régler le problème le plus rapidement possible et nous discutons avec une fille aux pupilles incroyablement dilatées en quête de MDMA. Comme elle n’en trouve pas, elle vient nous voir et nous demande si on en a pas croisé « par hasard » et enchaîne finalement sur une conversation du genre :

Fille : Salut, au fait.

Murphy (qui croit que je connais la fille) : Salut.

Moi (qui croit que Murphy connaît la fille) : Salut.

Fille : Je suis Erika.

Murphy : Murphy.

Moi : Ton père.

Erika (cette cruche est sourde comme un pot) : Cool.

Murphy (se rendant compte que je ne connais pas cette Erika) : On se connaît ? Ton visage m’est familier…

Erika : J’ai 3000 abonnés.

Murphy : D’accord. Nous ne sommes pas du même lycée…

Erika : Sûrement. Au fait, vous avez pas de MDMA ?

Moi (désignant Serena d’un geste vague) : Tu vois le thon là-bas ? Elle en distribue gratos.

Murphy (me donnant une petite tape amusée sur le torse) : Oh arrête.

Néanmoins, Erika lorgne Serena avec intérêt en inspirant plusieurs grandes bouffées d’air et finit par trouver le courage de l’accoster. Je rate la suite car un certain Rémi Rodrigo, pote de Murphy nous rejoint et nous parle du dernier anime qu’il a visionné. Nous enchaînons ensuite quelques shots de Get 27 et Rémi est étonné parce que Murphy boit.

— J’adore l’alcool ! dit Murphy.

Nous nous embrassons et je fais exprès de bien mettre la langue pour gêner Rémi, soudain pris d’intérêt pour une mouche qui agonise dans une flaque verte. Quand nous avons fini, nous avalons deux ou trois nouveaux shots et la mouche agonise toujours dans sa flaque, ses ailes produisant un horrible bruit au contact de l’alcool.

Je retourne à Serena. Visiblement bourrée et peut-être même défoncée, elle galoche le type, qui a une tête à s’appeler Brian. À quelques pas d’eux, Erika est accroupie et pleure à chaudes larmes en se mordant les doigts. Un peu plus loin, je constate qu’un Arabe et son gros copain (je crois les avoir déjà vus dealer devant le lycée) observent également Serena avec attention. Brian chuchote un truc à l’oreille de Serena, qui tend une main tremblante, paume ouverte et Brian laisse tomber dedans un comprimé rose. Ils avalent chacun un comprimé et après ça, leurs baisers sont bien plus fougueux. Féroces, même.

— Dans dix ans, je suis millionnaire, explique Murphy.

Business is business, dit Rémi.

Serena et Brian fument quelques pets. La musique fait boum boum et les murs vibrent. Murphy veut que je danse avec elle mais autour de nous, personne ne danse, les gens sont juste en train de se défoncer dans des recoins sombres alors je dis non, un peu agacé.

Enfin le moment tant attendu arrive : la distance qui sépare les corps de Brian et Serena est inférieure au nanomètre et la tension sexuelle qui règne entre eux rayonne quasiment dans toute la pièce. Brian attrape Serena par les bras (elle ne tient pas debout) et ils montent un petit escalier en colimaçon vers les chambres.

— Je dois pisser, dis-je à Murphy avant de l’embrasser sur le front.

J’attrape au passage la bouteille de Get dont il ne reste plus qu’un fond. Tout en emboîtant le pas de Brian et Serena dans les escaliers, je la vide d’un trait (j’ai toujours eu une bonne descente) et l’empoigne avec force comme une arme. Un couloir. Un type a étendu son sac de couchage en plein milieu ; il a plein de vomi dans la bouche. Je le repousse d’un coup de pied en grimaçant à cause de l’odeur qui m’agresse les narines. Je pousse la porte de la chambre dans laquelle se sont réfugiés Serena et Brian. Par chance, elle est simplement entrouverte et ils n’ont même pas pris la peine d’allumer la lumière pour les préliminaires. À la lumière d’un lampadaire qui transperce la fenêtre, je discerne assez bien leur corps. Serena, en dessous, tient des propos incohérents et Brian, au-dessus galère à décrocher son soutien gorge. Ils ne m’entendent pas.

Silencieux, je me faufile derrière eux, telle une ombre. Et je me fige, dressant l’oreille :

— J’arrive pas… chouine Brian.

— Hein ?

— Je… peux pas.

— Quoi, tu peux pas quoi ? baragouine Serena d’un air presque contrarié.

— J’ai pas… pas le truc, tu captes ?

Désespéré devant un portrait aussi pitoyable et décidant de mettre fin à cette farce, je lève la bouteille de Get et frappe Brian d’un coup puissant au crâne. Il hoquette et vacille. Je le frappe à nouveau, trois coups frénétiques, et il s’effondre sur Serena qui pousse un grognement mécontent.

J’attrape Brian à l’épaule et le renverse par terre pour faire de la place.

— T’es où ? marmonne Serena. S… sale con ?

— Je suis là, susurré-je.

Elle se calme un peu. Je remarque un paquet de cigarettes posé sur la table de chevet, alors j’en tire une et l’allume (par chance, j’ai toujours un briquet sur moi) avant de souffler la fumée dans la gueule de Serena. Elle ferme doucement les yeux, apaisée par l’odeur et finit par s’endormir (enfin, je présume). Satisfait, je ferme à clé la porte de la chambre. Je fais basculer Serena par terre. Le corps de Brian amortit sa chute. Je la traîne par les pieds jusque dans la salle de bain qui jouxte la chambre. Là, j’allume la lumière et songe que si Serena se réveille, je devrais l’assommer. Je farfouille les tiroirs et trouve enfin ce que je cherche : un rasoir électrique.

Je branche la prise et attrape les cheveux de Serena avant de murmurer : « Désolé chérie, tu l’as cherché ». Toujours dans les vapes, elle balbutie de vagues protestations quand la lame entame sa coupe. La garce a un sacré paquet de cheveux et parfois, la lame se bloque dedans. Heureusement, au bout de cinq minutes, le crâne de Serena est complètement nu et le sol est couvert de mèches châtain-foncé. Satisfait, je me relève et contemple mon travail d’un air satisfait. Je prends même une photo pour l’immortaliser, avant de la placer dans un dossier privé, au-cas-où. Puis, pour éviter les éventuelles démangeaisons post-rasage, j’attrape une bouteille d’eau de Cologne et la renverse en intégralité sur sa sale tronche. Elle en avale un peu, ce qui la réveille et, soudain effrayé qu’elle me voit, j’attrape une serviette et la plaque sur son visage en lui pinçant le nez, et je continue de verser l’eau de Cologne. Elle s’étouffe un peu et, à court d’air, tombe à nouveau dans les pommes. Une fois la bouteille vide, je la jette dans la corbeille et me lave les mains. Dans le placard de la chambre, je trouve un sac de couchage. Tant bien que mal, je fais rentrer Serena à l’intérieur puis, voyant qu’elle commence à se plaindre, j’assène mon poing sur son crâne afin de l’assommer définitivement. Je soulève son corps et sors dans le couloir, vide et silencieux. Je la traîne dehors, dans la rue, en passant par le petit escalier de secours. Je repère un monticule d’ordure et décide d’abandonner Serena dans une poubelle. Quand elle se réveillera, la fête sera terminée depuis longtemps et elle préférera juste cacher cet événement traumatisant. Problème réglé.

Il y a un peu de sang sur ma veste, mais elle vaut moins de cent balles donc ce n’est pas grave.

Le corps de Brian, je le dépose dans le couloir, avant de placer dessus une couverture, pour que les gens croient qu’il est simplement endormi.

En bras, rien n’a vraiment changé, c’est comme si le temps s’était figé. Murphy et Rémi sont assis sur le tapis et tapent la discute avec des jeunes que je crois connaître. Je retrouve Murphy et elle me sourit. Elle pense que je reviens des toilettes. Et elle a raison : il ne s’est rien passé.

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