Christian

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espèce de misérable petit fot-en-cul, culturiste nodocéphale, stupide blondasse, bellâtre narcissique, lécheur de bourses, suceur de selles, fratricide…

Bien évidemment, en voyant la Sangria, Murphy a accepté que l’autre connard reste avec nous quelques temps. Maintenant, il est assis à côté d’elle sur le transat et il lui murmure des stupidités apparemment incroyablement cocasses, à en voir les rires de Murphy. Comment peut-elle seulement supporter sa présence ? Et vas-y qu’il lui parle de Je-sais-pas-qui qui a fait Je-sais-pas-quoi, ahaha nous rions aux éclats et c’est reparti pour un tour. Game over. Après tout, Rutger est tellement plus sympathique que moi, n’est-ce pas ? Mais oui, Rutger est parfait, il est tout ce que je ne suis pas. Les gens aiment Rutger. Les gens détestent Christian. Mais moi, je sais des trucs sur lui que personne d’autre ne sait. Je peux le faire chanter, je peux le manipuler, le pousser à faire n’importe quoi, aux pires extrémités, l’envoyer en prison. Hein ? Que dirais-tu de ça, frérot ? Alors ouais ouais, continue de faire le malin avec ma copine mais n’oublie pas que JE SUIS TON PIRE ENNEMI.

Ruminant sur mon transat, j’envisage diverses manières de tuer cet abruti. Je pourrais notamment l’assommer avec l’aspirateur à paroi de la piscine posé sur le rebord et ensuite l’étouffer avec la poche remplie de frites en plastique ; l’étrangler avec le tuyau d’arrosage et le regarder suffoquer (tu continueras de déblatérer ton pâté prémâché de conneries, là ?) ; ou même tout simplement le pousser contre le rebord de la piscine, de manière à ce que sa tête le percute et qu’il perde instantanément connaissance. Je suis à moitié sérieux quand je pense ça.

Et puis je trouve ma parade :

— Hé Connard !

Il ne m’entend pas. Ou bien son cerveau n’est pas encore formaté pour répondre à l’appellation « Connard ».

— Rutger !

Le voilà qui se tourne vers moi, avec son sourire bêta.

— Ouais ? Tu veux quoi, hermano ?

Je veux contempler ta mort abominable et pouvoir déféquer sur ta tombe, ou peut-être me branler dans tes cendres.

— Tes cheveux…

Aussitôt, il fronce les sourcils et se recoiffe d’une main experte.

— Quoi mes cheveux ?

Je le dévisage et garde le silence, afin de lui faire comprendre qu’il y a un grave problème.

— Christian putain ! panique-t-il (j’aime ça). C’est quoi le problème avec mes cheveux ?

Je prends un air concerné.

— J’ai l’impression, mais peut-être que je me trompe ou que j’hallucine, que l’implantation de tes racines a reculé de… disons un demi centimètre. Peut-être un peu moins.

Il blêmit et se tâte à l’endroit concerné.

— Tu… tu es sûr ?

— Je ne sais pas. Mais il y a quelque chose sur ton visage qui a changé. Oh, c’est à peine discernable mais moi, je l’ai remarqué.

Je sais que son rythme cardiaque s’accélère. Il halète et se lève avec précipitation.

— Je… je vais jeter un coup d’œil. Merci.

— Tu pourras toujours réclamer des conseils à notre cher Bob, qu’en penses-tu ?

Il est tellement bouleversé qu’il n’entend pas ma pique. Tant pis. Il se précipite vers la sortie sans un regard pour Murphy. Celle-ci me toise d’un air désapprobateur.

— Il n’y avait aucun problème à ses cheveux, n’est-ce pas ?

— Évidemment.

Elle ne m’en tient pas rigueur, heureusement. L’après-midi a avancé à une vitesse folle et Murphy devra rentrer chez elle d’ici à une petite heure. Alors nous remontons dans ma chambre. Rutger semble s’être cloîtré dans la salle de bain, il inspecte certainement son précieux front avec une loupe. Je l’imagine suant à grosses gouttes. Avec Murphy, nous écoutons un peu de musique issue de ma playlist (elle n’est pas fan de Talking Heads, ni de Jimi Hendrix, ce que je trouve dommage, mais elle apprécie Fleetwood Mac et Pink Floyd, ainsi que, bien évidemment, Queen.) puis elle me propose de me faire écouter ses morceaux préférés « pour changer ». Murphy a des tendances pop, principalement indie avec un peu de K-pop sur les bords, que je n’approuve pas particulièrement, même si je salue son travail de recherche pour se créer une propre identité musicale (elle aurait pu se prendre de passion pour ces tubes anglophones à la con agrémentés de sons de basse sans intérêt…). Nous restons allongés sur mon lit, tête contre tête, dans un moment particulièrement savoureux.

Plusieurs fois, le portable de Murphy vibre et plusieurs fois, elle ne répond pas, ce que j’apprécie. Malgré tout, elle finit par céder à la tentation et attrape l’objet maléfique avant de consulter ses messages et soudain, je sens sa main se figer dans la mienne et son souffle se coupe.

— Oh…, lâche-t-elle en pâlissant.

Je me redresse, inquiet.

— Un problème ?

— Serena, se contente-t-elle de répondre.

Nous avions déjà parlé de sa meilleure amie le lendemain de la soirée chez Lucie Even. Murphy m’avait confié leurs différents sur certains sujets, sans trop s’attarder dessus pour ne pas gâcher l’ambiance.

— Que veut-elle ?

Elle ne répond pas et lit (ou relit) le message et petit à petit, son visage se décompose et ses traits se tendent.

— Je… je ne comprends pas, dit-elle.

— Murphy… Explique-moi !

Elle consent finalement à lever les yeux. Je jure y surprendre quelques larmes.

— Elle… elle se plaint de l’évolution de notre amitié. Elle dit que j’ai changé, que je ne me soucie plus d’elle, que parfois, je suis contre elle. Elle pense que c’est peut-être à cause de Rojas, ou alors de toi (Elle me désigne). Et… elle dit que nous ne sommes p… plus amies.

Elle se met à pleurer alors je la serre dans mes bras, soucieux de son malheur.

— Elle pense que c’est de ma faute, souffle-t-elle en enfouissant sa tête dans mes bras.

— C’est faux, répliqué-je, furieux. Comment peut-elle dire des choses pareilles ?

— Je le sentais bien, je voyais que les choses n’étaient plus… pareilles. Comme avant. Ces derniers temps, on fait que s’engueuler pour rien et elle… elle ne me dit rien sur sa vie alors moi je… je fais pareil, je ne dis rien et c’est ça notre relation maintenant, juste des silences. Du vide.

Elle sanglote.

— Elle se fout de moi, conclut-elle. Nous sommes devenues deux inconnues.

Moi, je ne me fous pas de toi, la rassuré-je.

Elle se remet à pleurer plus fort et je me renfrogne.

— Je… je lui faisais confiance… C’était ma seule amie.

— Tu n’as plus besoin d’elle.

Et je me retiens de rajouter : Parce que je suis là.

Murphy se laisse aller dans mes bras pendant cinq, peut-être dix minutes, totalement anéantie, comme un petit oiseau sorti de son nid que je dois protéger coûte que coûte. Je suis son gardien et c’est un rôle qui me plaît. Je découvre avec stupeur que grâce à elle, ma vie a un sens. Je suis là pour elle et même si elle me rejetait, je serais encore et toujours présent à ses côtés. Je lui murmure des mots agréables, emplis de bienveillance à l’oreille ; et dans ma tête, une autre voix murmure, celle-ci noire et dangereuse, un nom, celui de cette Serena, et ajoute : Nous allons régler ce problème.

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