Christian

Une minute de lecture

Je me rappelle de mes vacances au Mont-Saint-Michel. J’avais peut-être cinq ans, ou six. On était avec Papa, Maman et Rutger, qui devait avoir fêté ses dix ans (mon frère a commencé à devenir chiant à peu près à cette époque). Il y avait une route qui menait à la vieille île et, de part et d’autre, la mer. La voie était libre : nous nous sommes engagés.

Le trajet a été très rapide et Papa a garé la voiture (il était dans sa période Audi) sur un petit parking assez haut dans la cité, de façon à ce qu’on puisse admirer le panorama. Les dernières voitures sont passées sur la route, puis les barrières se sont fermées et le feu est passé au rouge.

L’eau a alors commencé à monter.

Elle a recouvert la route, entièrement, à coup de vagues déchaînées, furieuses, incontrôlables, et à ce moment-là, je me rappelle avoir pleuré et m’être demandé comment nous rentrerions chez nous si la route n’existe plus, si nous étions condamnés à demeurer sur cette île tout le reste de notre vie. Cette pensée m’était insoutenable.

Rutger s’est moqué de moi et m’a traité de faible. Et puis Papa a désigné d’un ample geste l’ensemble de la Manche et a dit que bientôt, le chemin serait à nouveau praticable et que le mer ne faisait que reproduire un cycle. C’était les marées.

Aujourd’hui, j’ai 17 ans. Quand je songe à mon futur, je ne vois que cette route et les flots rageurs qui la submergent et je me demande quand ce cycle des marées s’achèvera, quand je ne verrai plus qu’une droite au tracé rectiligne, parfaitement dégagée où je pourrai m’avancer sereinement, sans craindre de me mouiller, ou de me noyer.

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