Rojas

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Me prépare à rejoindre Laura au parc pour manger une pizza (c’est son initiative, pas la mienne), et ensuite, à 14 heures devant la petite fontaine, restituer à Hurle et Strige le sac qu’ils réclament. Alors, tout sera terminé et je passerai à Serena le savon qu’elle mérite.

La veille, je n’ai pas réussi à fermer l’œil tant cette histoire de sac m’obsédait. J’ai dû envoyer une bonne dizaine de messages à Serena sur trois applis différentes et également par SMS (j’hésitais aussi à utiliser ma boîte mail mais me suis dit que je passerais pour une sorte de psychopathe), tous sans réponses. Dans la chambre d’à côté, mon grand-frère Axel a maté un film de guerre jusqu’à minuit, avant de mettre un autre film où il y avait nettement plus de scènes de cul. Je le sais parce que la cloison censée nous offrir le minimum vital d’intimité est aussi épaisse que du carton. Vers deux ou trois heures du matin, alors que je désespérais à obtenir une réponse de Serena, qui n’a apparemment pas une seule seconde d’attention à m’accorder, j’ai reçu un message de Laura qui m’invitait à passer le mercredi après-midi ensemble « Si ça te dérange pas, bien sûr ». Comme ça ne me dérangeait pas, j’ai dit oui et on a commencé à parler jusqu’à environ quatre heures, après quoi je me suis sûrement endormi, sans même lui souhaiter bonne nuit.

Je me dirige donc vers le parc, comme un zombi, les yeux secs, la vessie pleine et le ventre vide. Da Costa m’envoie un message « T’es où sale petit con ? » et je réponds « Dans ton cul sale petit con ».

Soudain, pas loin du pont, embusquée dans une ruelle noircie par les fientes de pigeon, Serena siffle et prononce mon nom. Il faut au moins deux ou trois secondes avant que l’information monte à mon cerveau et que tout mon esprit s’écrie : C’EST ELLE ! J’essaie de me remémorer toutes les saletés que je me suis préparé à lui cracher au visage au cours de ma nuit blanche, mais tout se mélange dans ma tête et de toute manière, je n’ai plus la force de m’énerver, donc je ne produis qu’un pitoyable « Salut ».

— Rojas, commence-t-elle, je suis vraiment super-désolée pour hier, j’étais complètement out, une sorte de grippe, mal de crâne, au bide, partout, enfin je ne vais pas te balancer tous les détails, tu connais…

— T’inquiète, grincé-je.

Elle remet une mèche rebelle en place, qui se rebelle à nouveau.

— Et excuse-moi pour les deux mecs de hier, mais ils étaient pressés de récupérer le sac et… bref, je m’en suis occupée.

— Tu m’avais dit que c’était pour une pote… coupé-je en serrant les dents.

Elle grimace.

— Non mais… enfin oui mais c’est une longue histoire. Mais ne t’en fais pas, tout est réglé maintenant. Je peux récupérer le sac.

Je n’esquisse aucun mouvement. Elle insiste :

— Rojas… je peux récupérer le sac ? S’il te plaît ?

— J’ai regardé ce qu’il y avait dedans, avoué-je finalement avec colère.

Juste un peu de beuh pour une pote…

Je ne lui laisse pas le temps de se justifier :

— Il y avait deux sachets. Deux sachets de cinquante grammes chacun.

— C’était juste de l’herbe…

— Mais putain, tu sais combien ça vaut ? Imagine un peu si les flics m’avaient choppé ! J’aurais dit quoi ? Oh, pardon, c’est juste pour ma consommation personnelle…

— Je t’assure, tu ne risquais rien. Oh Rojas, je suis désolée !

Elle essuie une larme sous son œil et croise les bras.

— Ne recommence plus jamais ça ! grondé-je.

Je lui envoie le sac et sans un regard pour elle, tourne les talons.

— Rojas ?

— Quoi ? dis-je sans me retourner.

— T’es un ami.

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