Serena

3 minutes de lecture

Pas longtemps après le départ de Murphy, il y a un grand fracas dans les escaliers, comme quelqu’un qui s’étale. Deux secondes après, un type en pyjama à l’allure pas nette fait irruption dans la chambre. Quelques cheveux grisonnants qui s’enroulent en spirale sur son crâne dégarni, des traits marqués et un regard flou. Il tient une bouteille d’alcool dans la main droite : rhum JM. Il est visiblement saoul.

Il me découvre sur le lit et ouvre grand la bouche, mais aucun son ne sort. Je lui rends un regard apeuré et me demande si je dois crier ou non. Je crois que c’est l’oncle de Murphy, Balthazar, mais je n’en suis pas sûre. Le coco a l’air contrarié.

— T’es qui toi ? il fait en laissant tomber sa bouteille (la moquette de la chambre l’empêche de se briser et de toute manière, elle semble vide. Ce bougre doit avoir une descente d’enfer…).

— Heuu… bonjour ! (petit sourire charmeur et je me redresse bien droite sur le lit) Je suis Serena, l’amie de Murph…

— Hein ? Elle est où ?

— Je crois qu’elle se brosse les dents… ou alors elle se douche.

J’entends l’eau couler dans la salle de bain. Murphy, aide-moi… reviens ici…

— Bon… Tu lui diras que demain, je dois lui parler, hein ?

— Oui monsieur.

Il cligne plusieurs fois des yeux, hoche la tête avant de rattraper sa bouteille vide et la dissimuler discrètement derrière son pyjama. Trop tard mon pauvre, j’ai tout vu.

— Et elle est où là ?

— Comme je vous ai dit, elle se brosse les d…

— Ah oui, c’est vrai. Bon… bonne nuit les filles.

— Vous ne la gronderez pas, hein ? C’est moi qui lui ai demandé de coucher ici, je n’avais nulle part où dormir et Murphy a pensé que…

Il m’écoute à peine.

— Oh oui, ne t’inquiète pas…

Il me jette un dernier coup d’œil et s’en va. J’écoute en retenant mon souffle son pas lourd aplatir unes à unes les marches de l’escalier. Puis, une fois certaine de son absence, j’ouvre la porte et me précipite vers la salle de bain.

— Murphy ! Murphy, ouvre-moi !

De l’autre côté, l’eau s’arrête soudain de couler. On tire un rideau, fait quelques pas et la porte s’ouvre. La tête de Murphy apparaît dans l’entrebâillement, auréolée d’un nuage de vapeur.

— Quoi ? elle grogne.

— Ton oncle est venu et il m’a vu.

Bref silence.

— Oh merde ! Attends, j’arrive.

De retour dans la chambre, elle semble très inquiète.

— S’il te plaît, dis-moi qu’il n’a pas été… bizarre, elle geint en m’agrippant le bras.

Elle s’est passée une serviette autour du corps mais sa peau est encore humide. Sa main laisse une trace trempée sur ma veste.

— Bizarre ? je répète en partant d’un rire nerveux (elle me serre le bras vachement fort). Putain, mais si ! Il est rentré sans toquer, dans son vieux pyjama crado, et avec sa bouteille de rhum ! Il s’est disputé avec ta tante ou quoi pour se mettre dans un état pareil ?

Elle se mord la lèvre.

— Non. Enfin, je ne sais pas. Il t’a parlé ?

Je lui raconte vite fait ce dont je me souviens.

— Tu vas te faire engueuler ?

Je me sens coupable.

— Non, elle tente de me rassurer. Il n’a rien fait d’autre, t’es sûre ?

Pourquoi est-elle toute pâle, soudain ?

— Non, je ne sais pas. Il était juste perdu. Et étonné de me voir là. Je pense qu’il était gêné que je le surprenne dans cet état… T’es sûre que ça va, Murph’ ? On dirait que t’as vu un mort…

Elle se force à sourire.

— Non, ça va… je suis juste crevée.

— Je ne dirai rien, tu le sais très bien. Ça restera entre nous.

Elle hoche la tête, reconnaissante. Puis elle se faufile dans le lit et ouvre la couette pour m’inviter à la rejoindre. Je n’ai plus du tout envie de dormir, l’image de son oncle tourne en boucle dans ma tête, et sa voix répète sans cesse « Elle est où, elle est où ! ». Sans savoir pourquoi, ça m’inquiète. Murphy se blottit contre moi et elle dit quelque chose du genre « Je suis contente que tu sois là. » et malgré notre étreinte, je la sens trembloter faiblement dans mes bras. Elle ne dit plus rien. J’aimerais lui demander ce qu’il se passe, si c’est de ma faute, si elle va se faire punir à cause de moi et tout un tas d’autres trucs sans importance, du moment que ça ne prolonge pas ce silence culpabilisant. Après quelques minutes, alors qu’elle s’est endormie, je lui confie que je suis désolée pour ce qui est arrivé et ce qui va arriver, que de toute façon, le film était vraiment nul, mais je ne sais pas si c’est un rêve ou la réalité.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Luciferr ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0