Little Bob Story

Chapitre 0

#001

Le froid était piquant, ce matin-là.

Celui où Bob est né.

Un beau bébé.

Du genre de ceux que l’on voit dans ces magazines pour futurs parents en manque d’inspiration.

#002

Ses parents, Hansel et Gretel (émigrés bavarois arrivés à New-York il y a quelques années), ne voulaient pas de cet enfant.

Gretel avait bu encore plus que d’habitude.

Hansel n’était pas encore rentré (il se prostituait pour nourrir la famille).

Seule avec Bob, sa décision était prise.

Ils n’avaient pas les moyens et ne les auraient probablement jamais.

#003

Bob grandit dans la rue.

Vols, rackets, deals lui permettaient de vivre plutôt pas mal.

Il se faisant un nom.

C’était « Bowery Bob » … Il trainait toujours au CBGB, 315 Bowery.

Les filles y étaient cool, il y faisait chaud.

Le groupe qui jouait ce soir-là était très bon.

#004

Le nom du groupe était du genre « les ramonas », ils avaient un nouveau son.

Brut, violent, et à la fois fragile…

C’était tout Bob, çà.

Ce soir-là en sortant du club, un vieux habillé en costume traditionnel bavarois l’a abordé.

Il voulait lui tirer son fric, contre « ce qu’il voulait »

Bob l’a frappé.

#005

Le froid était piquant ce soir-là.

Il avait tabassé tellement fort ce vieux pervers qu’il s’était encore ouvert le poing.

Les «  Ramonies » quittaient le bar à ce moment.

Puis il y avait cette fille qu’il avait repéré depuis pas mal de temps, elle se faisait appeler « Brownie « (surement à cause de ses cheveux bruns étranges).

Elle était là, seule, attendant quelque chose dans ce froid glacial.

A peine vêtue, avec un gros blouson militaire par-dessus.

Il n’y avait plus qu’elle.

Plus de poubelles.

Plus de « Ramonos « .

Plus de Bavarois.

Plus de sang qui coulait le long du bras.

C’était « Bowery Brownie ».

#006

Un camion de pompiers est passé à ce moment, la sirène hurlait.

Bob était fasciné par ce son strident.

Peut-être parce que ça lui rappelait qu’il n’était pas seul.

L’ombre d’un instant… 

« Bowery Brownie » en avait profité pour disparaître.

Laissant sur le sol cette horrible veste militaire.

Une enveloppe y était posée.

Il y était écrit au rouge à lèvres : « Pour Bob »

#007

Hansel était toujours étendu sur le trottoir.

Son costume bavarois neuf était maculé de sang.

Bob lui mit un dernier coup de pied au visage.

Il mit l’enveloppe en poche avant de redescendre quelques blocs pour rejoindre Canal Street.

Il était aux environs de minuit.

Les rues, jonchées de poubelles malodorantes, de Canal Street étaient toujours en effervescence.

Il aimait manger des nouilles chez monsieur Wong.

La vitrine où pendaient les canards laqués était dégoulinante de graisse, mais c’étaient les meilleures nouilles sautées de N.Y. et des environs.

Bob poussa la porte.

Deux chinois le bousculaient en sortant précipitamment.

Tous étaient mort à l’intérieur.

La minuscule salle était criblée de balles.

« Encore leurs foutues histoires de triades », pensa-t-il.

Wong trempait dans pas mal d’histoires pas nettes.

Il renseignait bob pour un coup ou l’autre à l’occasion.

Il était privé de nouilles ce soir.

#008

Bob décidait de passer chez Suzi Tiger.

C’était une call-girl coréenne, hors de prix, mais il payait en doses de cocaïne.

Il croisait un nain habillé en cuir, un mec déguisé en superman et un vieux juif qui parlait tout seul de la guerre. 

Il pensait à son père ce soir-là.

Il ne l’avait jamais connu et pouvait tout imaginer.

#009

La lumière traversait les tentures, ce matin.

Il avait rêvé de son père.

Il était midi.

Ces foutus gosses criaient déjà dans la rue.

#010

Aujourd’hui il fallait faire le plein de fric.

Bob avait quelques trucs sur le feu.

Il devait voir un petit parrain à Little Italy.

C’était dans un resto, une immonde façade peinte en orange et vert, presque fluo.

Un serveur, plus du genre tueur que serveur, l’envoyait dans l’arrière salle.

C’était une cour où une toile tendue par-dessus en faisait une pièce.

Il fallait passer par les cuisines.

Des photos du patron avec les stars de cinéma du coin décoraient les murs.

L’intérieur était tout aussi moche que l’extérieur.

Le « parrain » était ridicule, la grosse moustache taillée, les cheveux plaqués à la gomina et le costard d’une autre époque.

Il dit qu’il avait fait la peau à ce « chintoc » de Wong, qu’il avait fait « travailler des chinois » pour brouiller les pistes et qu’il fallait reprendre son business.

Des salles de jeux principalement.

Il fallait en prendre le contrôle.

Et qu’il avait entendu parler de « Bowery Bob ».

Les « parrains » s’emballent parfois.

Une sorte de folklore.

#011

Bob n’était pas un truand.

Juste un voleur « à la petite semaine »

Il fallait bien vivre de quelque chose.

Il marchait vers Time Square, où il avait pour habitude de faire les poches aux messieurs respectables à la recherche d’un club de striptease ou encore d’un peepshow discret.

Il croisait une très belle femme habillée d’une robe genre « Empire » tenant en laisse une panthère noire, un évangéliste travesti, un milliardaire à la coiffure bizarre qui sortait de sa limousine, et toujours ce nain à la casquette en cuir.

Il fouillait dans son blouson pour trouver quelques cents pour un café et remit la main sur cette enveloppe qu’il avait ramassé hier soir devant le CBGB. 

Suzi Tiger la lui avait complètement fait oublier.

Puis son début de journée avait été bien rempli.

Il se dit qu’il l’ouvrirait une fois rentré chez lui.

C’était la première fois dans sa courte vie, qu’il y avait quelque chose qui lui était destiné.

Juste pour lui.

Une chose qu’il n’avait pas volé ou pris de force à une autre.

#012

Il retournait cette enveloppe dans les mains en se resservant un Bourbon, une bonne bouteille qu’il avait piquée au wine store juste à côté.

Sa chambre ressemblait à un entrepôt miniature où les caisses de TV volées la semaine dernière dans un conteneur des docks voisinaient avec des manteaux de fourrure tombés d’un camion et une montagne de cartouches de cigarettes qui devaient partir vers le Canada.

Les rideaux y étaient toujours fermés, le matelas à même le sol.

Trois cafards couraient sur le mur.

Puis il devait voir les Bowery B’hoys ce soir.

Cette enveloppe sera pour demain.

Un lundi, c’est toujours bien pour quelque chose de neuf.

#013

Hier soir, comme toujours, c’était fixé à l’emplacement « Bowery Theater », le tout neuf « Confucius Plazza » qui dominait le pied du « Manhattan Bridge », les temps changeaient.

Les Bowery B’hoys étaient nombreux.

Il fallait garder le contrôle de Bowery.

Les autres gangs se multipliaient.

C’était vraiment un ramassis de crétins sans cervelle.

Pas un pour rattraper l’autre.

Mais Bob avait parfois besoin d’eux.

Il préférait se tirer en douce vers le CBGB.

Prendre quelques bières.

Attendre Brownie.

Attendre.

Brownie.

#014

Brownie n’était pas venue.

Gene, le nain en cuir qu’il avait croisé plusieurs fois ces derniers soirs, était avec ses minipotes au bar.

Il avait bu des verres avec eux, beaucoup.

Qu’est-ce qu’ils tiennent l’alcool ces miniatures.

Le nain lui avait dit un drôle de truc.

Du genre « suis les petits cailloux blancs et tu trouveras »

Bizarre ce mec.

#015

Bob sortait du bar très tard.

Gene et sa bande partaient sur leurs mini-motos.

Le vieux bavarois attendait on ne sait quel hypothétique client dans une chaise roulante sur le trottoir d’en face.

Une blonde en rollers passait très vite.

Il décidait d’ouvrir l’enveloppe laissée par Brownie.

Elle contenait :

Une photo de Wong mort, le visage criblé de balles, juste reconnaissable par son chapeau de mandarin …

La suivante montrait le parrain de Little Italy qu’il avait rencontré hier, crucifié, nu,

Une autre de Suzi Tiger, pendue, ficelée comme les saucissons que l’on voyait à Little Poland.

(Il avait pourtant reçu cette enveloppe avant de voir Suzi et « Lupo The Wolf »)

Dix petits cailloux rouges, et trois blanc …

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