Chapitre 11

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Plus ils avançaient, plus la température augmentait. Ils avaient tellement chaud que personne n’avait envie de parler, même Emilie se taisait. Au bout de plusieurs jours, les arbres se firent plus rares, laissant la place à une steppe de plus en plus aride. Trouver de la nourriture devenait de plus en plus difficile, d’autant que Marie n’avait aucune connaissance de la faune et de la flore locale, si bien qu’elle ne pouvait dire avec certitude quels végétaux étaient comestible et lesquels étaient toxiques.

Quand trouver à manger devint presque impossible, la petite bande décida, d’un commun accord, de s’arrêter dans le premier village qu’ils rencontreraient. Mais dans cette région désertique, il n’y en avait pas à proximité et sans eau sous ce soleil de plomb, ils ne tiendraient pas longtemps.

— Là ! Iris pointait l’horizon du doigt, on dirait… oui, ce sont des habitations

Marie plissa les yeux, des ombres se dessinaient en effet au loin.

— Elle a raison !

Elle accéléra le pas, les quatre autres la suivirent sans se poser de question. Plus les enfants approchèrent, plus le dessin des ombres se précisait. Désormais, elle distinguait des sortes de huttes autour des quelles régnait une certaine agitation.

Après plusieurs minutes, qui leur semblèrent durer des heures, le petit groupe arriva enfin devant ces étranges habitations. Elles semblaient pouvoir être démontées à tout moment. Un peuple de nomade, voilà qui étaient ces gens. Tous s’affairaient, certains terminaient de monter les huttes pour la nuit, d’autres s’occupaient de nourrir les bêtes. Ils étaient tous tellement occupé qu’aucun d’eux ne remarqua la présence des cinq enfants épuisés, assoiffé et dégoulinant de sueur.

— Excusez-moi, se manifesta Laurent d’une voix rauque

Personne ne l’entendit. Il se racla la gorge et recommença plus fort :

— Excusez-moi !

Une dame, qui lavait son linge, leva enfin la tête. Quand elle aperçut les enfants, elle se précipita à leur rencontre. Elle portait un voile cachant ses cheveux. Chose étrange, c’était la seule femme à en porter un. Elle était d’ailleurs nettement moins bronzée que les autres, visiblement, elle n’était pas originaire de ce pays.

— Oh mon dieu ! Mais d’où sortez-vous ? demanda-t-elle avec une sincère inquiétude.

Le prince ouvrit la bouche pour lui répondre mais elle ne lui laissa pas le temps de dire quoi que ce soit.

— Venez vous assoir, je vais vous apporter de l’eau.

Elle les guida jusqu’à un grand feu, les fit s’assoir et partit en direction d’une des huttes. Elle en ressortit quelques secondes plus tard avec une grande gourde et des gobelets. Elle revint vers les enfants et leur distribua à chacun de l’eau fraiche.

— Buvez lentement, leur conseilla-t-elle, l’eau ne vous fera que plus de bien.

Les enfants obéirent et burent par petite gorgée. En sentant l’eau couler dans sa gorge, Marie se sentit revivre. Que c’était bon de boire de l’eau fraiche.

Quand ils furent désaltérés, la dame leur demanda :

— Alors dites-moi, que faisiez-vous dans cette plaine sans eau et sans nourriture ?

Ayant finit leurs activités, les autres nomades se rendirent enfin compte de la présence des étrangers. Ils étaient tous curieux d’entendre leur histoire, si bien qu’ils s’étaient tous rapprochés du feu en formant un cercle autour des cinq enfants.

Marie attendit que tout le monde soit installé pour prendre la parole. Elle n’avait nullement envie de répéter plusieurs fois la même chose. Quand tous furent assis, elle ouvrit la bouche pour commencer son explication mais Laurent la coupa net et résuma leurs aventures à sa place. Au début, elle avait eu peur qu’il en dise trop mais elle se rendit vite à l’évidence qu’il faisait abstraction de certains détails clés, tel que leur réelle identité, à sa sœur et lui, ainsi que le motif de leur visite à Gitral. Elle était rassurée, il valait mieux garder ces éléments pour eux, de toute façon ce peuple n’avait pas besoin de tout savoir.

Pendant qu’il parlait, tous écoutaient en silence. Seule Emilie avait essayé à plusieurs reprises d’interrompre le jeune prince pour rajouter quelques éléments au récit mais Marie l’en avait à chaque fois dissuadée d’un simple regard.

Quand il eut fini son histoire, Laurent but une bonne gorgée d’eau. La dame voilée se leva et se dirigea vers un homme aux cheveux blancs. Il était assis bien droit, une canne dans la main. Après quelques secondes de discussion, elle revint vers le petit groupe.

— Notre doyen et chef ici présent, elle désigna le vielle homme d’un geste de la tête, vous invite à partager notre repas ce soir et à dormir en notre compagnie cette nuit. Nous même, nous nous rendons à Gitral, il pense que se serait une bonne idée que vous nous accompagnez.

— Merci de votre proposition mais… commença Marie avant de se faire interrompre par Laurent

— Nous acceptons !

Il ajouta ensuite à l’intention de Marie :

— Je sais que tu ne veux pas l’admettre mais nous avons besoin de leur aide, seuls nous ne nous en sortirons pas.

— Si tu veux, céda-t-elle non sans pousser un soupir de mécontentement

— Voilà qui est réglé ! dit la dame avec un grand sourire. Crystal, tu veux bien apporter des assiettes pour nos invités ?

Une jeune enfant, également voilée, sortit de derrière une tente avec de la vaisselle dans les mains et s’approcha en ronchonnant. Quand elle arriva à leur hauteur, elle demanda à sa mère :

— Pourquoi on accepte que des étrangers voyagent avec nous et s’ils nous voulaient du mal ?

— Ne dit pas de bêtise ! Nous nous devons d’aider toutes personnes dans le besoin. C’est ainsi que nous fonctionnons et tu le sais. Maintenant, apporte moi cinq assiettes s’il te plait.

— Non !

Et la jeune enfant repartit d’où elle venait en courant.

— Et bien quel caractère, dit Laurent retenant un sourire, quel âge a-t-elle ?

— 6 ans, répondit Tessa, elle me rend folle

— Elle est mignonne, je trouve, intervint Iris

— Moi, elle me fait penser à Marie, ajouta Sarah

Tout le monde se retourna vers elle, surpris d’entendre le son de sa voix. Il faut dire que la jeune fille ne parlait que très peu. La seule personne avec qui elle discutait était Emilie. Et encore, bien souvent elle se contentait de rester à ses côtés à l’écouter.

— Qu’est-ce que j’ai dit ? demanda la jeune fille en sentant tous les regards sur elle.

— Rien du tout ! lui répondit Emilie en riant, c’est juste que tu as raison, on dirait une Marie miniature.

Laurent et Iris sourirent amusés par la situation, quant à Marie, elle croisa les bras sur son ventre et bougonna. Elle n’aimait pas qu’on rit à ses dépens.

— Bon, je pense que Crystal ne reviendra pas, dit Tessa avec un sourire en coin, je vais devoir aller vous chercher à manger moi-même.

Elle se leva et revint quelques instants plus tard avec cinq assiettes fumantes qu’elle distribua aux enfants.

Quand Marie eut son repas dans les mains, une délicieuse odeur vint lui chatouiller les narines. Elle huma d’abord cet agréable fumet puis piqua dans un morceau de viande avec sa fourchette et le mit aussitôt en bouche. Elle n’avait aucune idée de quel animal il s’agissait mais la viande était très tendre. Elle gouta ensuite les baies qui était là en guise d’accompagnement, un régal. Elle termina son repas avec beaucoup d’appétit.

Une fois que tout le monde eu finit de manger, Tessa les accompagna jusque dans une hutte que les nomades avaient libérée pour eux. Elle attendit que les enfants soient installés, puis leur souhaita bonne nuit et prit congé.

Tous s’endormirent directement à l’exception de Marie qui n’arrivait pas à trouver le sommeil. Quand elle n’entendit plus de bruit dehors, elle se leva et alla s’assoir à l’entrée de la tente. Elle attendit là un bon moment quand Laurent vint la rejoindre.

— Tu ne dors pas ? lui demanda-t-il en s’asseyant à côté d’elle.

Marie préféra de pas lui répondre.

— Tu ne leurs fait pas confiance n’est-ce pas ? continua-t-il, remarque je te comprends, on ne les connait pas…

— Chut ! l’interrompis-t-elle.

Il lui semblait avoir entendu un bruit, elle tendit d’oreille pour s’en assurer. Quand elle fut sûr d’elle, elle dit :

— Je sais que tu es là sort de ta cachette.

Une petite ombre sortit de derrière un tonneau et se dirigea dans leur direction.

— Crystal, mais qu’est-ce que tu fais là ? demanda le prince en reconnaissant la petite fille.

— Elle nous surveille bien sûr ! répondit Marie à la place de la petite curieuse.

— Tout le monde vous fait confiance mais pas moi ! ajouta Crystal

— Et tu as bien raison, lui dit Marie, il ne faut pas faire confiance à des inconnus. Moi-même je ne vous fais pas confiance.

Marie comprenait cette petite, Sarah avait raison, Crystal lui ressemblait beaucoup. Après un long silence et un duel de regard entre les deux filles, Marie sourit et dit :

— Puisque nous allons devoir voyager ensemble, voilà ce que je te propose, je garde un œil sur vous et toi tu fais de même. Ainsi, si l’un d’entre vous tente quelque chose, je le saurai et il en sera de même pour toi. Ça te va ?

Crystal réfléchis un instant avant d’accepter, puis elle bailla à s’en décrocher la mâchoire.

— Va te coucher, lui dit Marie, une bonne surveillance se fait l’esprit bien reposé.

La petite hésita, bailla une seconde fois, puis se décida à retourner dans sa hutte, non sans ajouter :

— Mais demain je ne vous lâcherai pas du regard.

— Mais j’y compte bien, lui répondit Marie toujours avec le sourire

Quand la jeune enfant fut partie, Laurent se tourna vers Marie et lui dit :

— Et bien tu sais y faire avec les enfants

Marie haussa les épaules pour toute réponse. Cette enfant lui ressemblait vraiment énormément, c’était curieux.

— Je peux te poser une question ? demanda le prince après un long moment de silence.

— Si tu veux…

— Pourquoi tu ne fais confiance à personne ?

Marie réfléchit un instant avant de répondre :

— Je ne sais pas, c’est dans ma nature je suppose.

Elle disait la vérité, c’était encré au plus profond d’elle-même. Peut-être était-ce dû aux recommandations de sa tante. Pendant toute son enfance, elle n’avait cessé de lui répéter d’être prudent avec des étrangers. Elle lui avait même conseillé de se méfier des personnes qu’elle connaissait. « On ne connait jamais vraiment les gens » disait-elle pour toute explication.

— Ma vraie question derrière tout ça, c’est pourquoi as-tu décidé de nous accompagner Iris et-moi si tu ne nous fais pas confiance ?

— Là aussi je l’ignore, mon instinct m’a dit de vous suivre, pour quelle raison ? Mystère.

C’était la première fois que Marie se confiait à quelqu’un, pourquoi elle l’avait fait restait un mystère mais depuis qu’elle voyageait avec le prince, elle avait la sensation qu’elle pouvait lui faire confiance. C’était bien la première fois qu’elle avait une telle impression vis-à-vis de quelqu’un. De plus, son instinct lui disait que les informations, que Laurent cherchait, valaient la peine d’être trouvées.

— Va te coucher, lui dit-il en la tirant de ses pensées, je me charge du prochain tour de garde.

Il lui fit un clin d’œil auquel Marie répondit par un sourire. Elle se leva ensuite et retourna à l’intérieur de la tente. Elle s’allongea entre Emilie et Iris et s’endormit comme une masse.

Le lendemain matin, après un petit déjeuner assez léger, constitué de biscuit et d’un verre de lait, les nomades levèrent le campement. Les cinq enfants furent mis à contribution, ils avaient pour tâche de charger les chariots au fur et à mesures que les membres de la tribu démontaient les huttes.

Le voyage fut long et très routinier, ils marchèrent toute la journée, ne faisant qu’une brève halte vers midi pour manger et se reposer un peu. Le soir, quand il était temps de monter le campement, un groupe d’homme dressait les huttes et un autre s’occupait de nourrir les bêtes. Pendant ce temps-là, une partie des femmes préparait le repas. Les autres lavaient le linge ou surveillait les enfants les plus jeunes, les plus agés devant aider leurs parents. La petite bande aussi due mettre la main à la pâte, Laurent fut affecté aux soins des animaux, Iris à la lessive, Sarah et Emilie à la surveillance des enfants et Marie à la cuisine. Tous les jours, Marie se faisait un devoir d’épier les moindres faits et gestes de cette tribu, elle apercevait d’ailleurs régulièrement la petite Crystal cachée dans un coin à les espionner, ça l’amusait beaucoup. Les nuits elle partageait des tours de gardes avec Laurent.

Les premiers jours, Tessa leur avait expliqué tout ce qu’ils devaient savoir sur cette tribu. Marie était très attentive, la moindre petite information pourrait se montrer utile un jour, elle apprit ainsi qu’ils s’appelaient les Trikaya et que leur territoire s’étendait sur tout le nord du royaume d’Allad. Il y existait d’autres peuples de nomades mais ils ne se croisaient quasiment jamais.

Au bout d’environ un mois, ils arrivèrent enfin à proximité de la capitale.

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