Chapitre 8 : Frerilan (3/8)

6 minutes de lecture

— Mais qu’est-ce qu’il t’arrive ?! réagit Matt en secouant la tête.

— Regarde !

Le jeune homme regarda l’affiche désignée par le nain, puis le texte.

— Tu te rappelles que je ne sais pas lire ? fit-il remarquer avec un sourire contrit.

— Ça annonce un test d'affinité magique en ce moment en ville ! expliqua le nain. On devrait y aller, après ce qui s'est passé... Il tourna la tête pour vérifier que personne ne les écoutait. Enfin, tu sais...

— Un test de quoi ?!

— C’est pour savoir si tu es capable d’apprendre la magie !

Thuran, qui s’attendait à ce que son ami déborde d’enthousiasme, fut un peu déçu. Le jeune homme se contenta en effet de froncer les sourcils.

— Je ne sais pas, la magie c’est quelque chose de… Enfin, je ne suis pas quelqu’un d’extraordinaire moi.

— Pourquoi ne pas essayer ? Ça n'engage à rien ! Imagine que tu le réussisses, tous nos soucis seraient réglés !

— Comment ça ? répliqua Matt en lui adressant un regard septique.

— Un mage ! Tu pourrais devenir un mage Matt !

Thuran en était convaincu : il s’agissait d’une chance à ne pas manquer. Une occasion de changer la vie du jeune homme, qui avait grand besoin de nouveaux objectifs.

— Même un élève doit avoir une vraie influence, continua-t-il. Tu pourrais en tirer profit et trouver de l’aide dans la recherche d’Éléonore et de ta mère !

Le nain vit que ce dernier argument avait fait mouche. Le jeune homme se tourna à nouveau vers l'affiche.

— Heu... Thuran, tu as vu en bas ? Je ne sais pas lire, mais je connais quand même les chiffres de base et ça…

Il pointait du doigt une ligne au bas de l’affiche. Les yeux du nain s'arrondirent.

— Dix pièces d'or par individu testé ? Mais c'est...

— On peut oublier, conclut Matt en secouant la tête. Je te l’avais dit, ce n’est pas un évènement des gens comme nous.

Thuran resta un instant interdit, puis son regard se durci.

— Non, tu vas faire ce test.

— Hein ?! Mais dix pièces d'or, c'est une vraie fortune ! On n’a pas...

Il s'interrompit avant de jeter un regard interrogateur au nain, qui acquiesça avant de reprendre dans un murmure.

— On va utiliser l'argent du coffret de mon oncle. Quoi qu’il ait voulu en faire, on ne le saura sûrement jamais de toute façon.

— Mais c'est ton argent !

— Oui et ça me semble la meilleure manière de l’investir !

— Mais...

— On est presque certains que tu vas réussir ! C’est un investissement sans risque. Un mage, ça n’a pas de problème d’argent : tu me rembourseras un jour.

Matt ouvrit encore la bouche, puis la referma après un instant en secouant sa tête.

— D'après ce qui est noté là, le test se déroule dans le temple lunaire. On est juste à côté, allons-y ! conclut le nain en souriant.

— D’accord, d’accord...

Thuran rejoignit leur chambre en vitesse pour récupérer la somme nécessaire, ainsi qu’un petit plus au cas où ils fassent le tour des commerces dans la foulée. Il tira ensuite son ami vers la sortie, ne comptant pas lui laisser le temps de changer d'avis !

Si tôt la porte passée, ils s’arrêtèrent net. Cinq hommes d’arme leur faisaient face, tous revêtus d’une cotte de maille légère et d’une cape bleutée. Chacun possédait en outre son épée ainsi qu’une dague glissée à la ceinture. L'un d’entre eux, un homme d'âge mûr qui portait une courte moustache blanche, s'approcha aussitôt des deux jeunes.

— Matt et Thuran ?

Le nain hésita et sentit le regard de son ami sur lui. Il vit cependant dans le regard dur de son interlocuteur que ce dernier n’avait pas réellement de doute. Il posait la question pour le principe, mais avait dû recevoir une description précise des deux amis. Il finit donc par acquiescer timidement.

— J'ai ordre de vous conduire au comptoir Magitek pour rencontrer mon maître, veuillez-me suivre, leur déclara le guerrier sur un ton bourru.

Magitek ! En entendant ce mot, la pression retomba d’un cran. Puis les avertissements de Rionnel au sujet d’Erik revinrent à l’esprit du nain.

— On avait quelque chose de prévu, serait-il possible de… commença-t-il.

— On devrait les suivre d'abord, intervint Matt en posant une main sur l’épaule de son ami.

Thuran jeta un nouveau regard à leurs interlocuteurs et soupira. Son ami avait raison, ils ne pouvaient pas risquer de les mettre en rogne.

— Très bien, on vous suit.

Le chef du groupe hocha sa tête puis fit signe aux autres d'ouvrir la marche. Les deux amis suivirent en silence.

L’avenue principale faisait le tour de l’îlot central occupé par le temple lunaire, mais devant la façade massive du lieu sacré se dressait également une rangée d’habitations et de commerces. Les deux côtés de la route étaient donc semblables avec une grande variété de tailles, décorations et couleurs dans les constructions. L’espace entre les deux chaussées était important, deux chariots auraient pu s'y croiser sans difficulté.

À mesure qu’ils progressaient, Thuran remarqua que les commerces omniprésents au début se raréfiait. Ceux qui restaient proposaient des objets de grande valeur comme bijoux, vêtements de luxe ou armes et armures. En contrepartie les bâtiments devenaient encore plus imposants et étaient davantage ornés de sculptures et dorures.

— Je me demande pourquoi Erik nous as envoyé chercher si rapidement, chuchota le nain en se laissant un peu distancer par leur escorte.

Matt demeura silencieux un instant, fronçant ses sourcils.

— Il ne leur a pas demandé de ramener Rosalie… fit-il remarquer.

— Nous arrivons ! annonça brusquement leur guide en désignant un bâtiment quelques pas devant eux.

Les deux jeunes ne purent retenir une exclamation de surprise. Si la construction tranchait nettement avec les maisons voisines, voire même avec toute la ville, ce n’était pas par sa taille, imposante cela-dit, mais par son esthétique. Il n'y avait pas trace de colombage sur sa façade entièrement constituée d'une pierre blanche. Les fenêtres garnies de vitraux colorés étaient allongées dans le sens de la hauteur et se terminaient sur un arrondi. Le plus détonnant était le toit qui formait une sorte de dôme avec un pic au sommet.

Alors qu'ils arrivaient devant les deux battants d'une porte massive, ceux-ci s'ouvrirent sur un jeune homme aux cheveux noirs vêtu d’une robe verte à la taille similaire à celle qu’appréciait Erik. Il s'inclina légèrement devant les invités.

— Bienvenue messieurs, veuillez-me suivre. Le maître attend.

Il se retourna pour filer aussitôt à l’intérieur. Comme les deux jeunes hésitaient, le garde derrière eux les encouragea d’une légère pousse dans le dos. La demeure était étrange à leurs yeux, tout y était extrêmement bariolé. Les fenêtres hautes et nombreuses diffusaient elles-mêmes de nombreuses couleurs en raison des vitraux. Les murs étaient couverts de tapis représentant diverses scènes. Thuran y vit des moments de la vie quotidienne, comme un enfant achetant une pomme par exemple, mais d’autres mettaient en scène deux armées face à face. Il ne voyait pas de lien logique entre les évènements successifs.

Deux belles jeunes femmes se tenaient derrière un grand comptoir, placé au centre du hall d’entrée. Leur guide obliqua toutefois vers la gauche avant de les atteindre et ouvrit une porte, révélant un escalier en colimaçon.

— Par ici messieurs, les invita-t-il.

Après avoir gravi les marches couvertes de moquette stylisée, ils découvrirent une porte gardée par un homme portant une tenue similaire à celle des gardes d’Erik. Le soldat ouvrit les battants devant eux et les invita à entrer.

Le nain pénétra dans la pièce le premier. Il y fut accueilli par une bouffée de chaleur : un feu crépitait dans la cheminée, la température printanière était pourtant très agréable. Les murs étaient couverts d'étagères emplies d’ouvrages aux bordures multicolores et une grande table basse en merisier siégeait au centre de la pièce. Plutôt que des tabourets il découvrit des coussins verts, rouges ou oranges répartis autour.

— Approchez, prenez-place ! les invita une voix aimable.

Les deux jeunes échangèrent des regards surpris. De l'autre côté de la table se trouvait non pas Erik, comme ils s’y étaient attendus, mais un homme âgé. Largement en surpoids, ce dernier portait une robe aussi blanche que ses cheveux coupés courts. Son visage était bardé de rides et marqué par quelques boursouflures. Il n’avait pas l’air en grande forme, mais Thuran lut une profonde gentillesse dans les yeux de cet homme. Au point que c’en était déconcertant.

Comme ils hésitaient, leur hôte leur fit une nouvelle fois signe de s’asseoir en face de lui. Ce n’est qu’alors que le nain remarqua, debout à l’écart, un homme qu'il connaissait : Hari. Ce dernier le salua d'un bref signe de tête.

Les deux amis assis côte à côte, l'homme plein de gentillesse reprit la parole.

— Merci d’être venus si vite. Je suis Arwan Dureillon et, comme vous l’aurez peut-être deviné, le père d’Erik.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Maxence Sardane
À la mort de sa grand-mère, prêtresse des dieux, Saiô, jeune archéologue dans un Japon usé par les catastrophes écologiques et noyé dans la globalisation galopante, se retrouve forcée d'accepter un héritage bien encombrant... Qui est "Shira-sama", ce nom qui court sur toutes les lèvres, dans l'entourage de sa grand-mère ? Pourquoi tient-on tant à ce qu'elle reprenne la suite de cette dernière ? Que signifie donc cet héritage pour la communauté ? Et pour elle-même ?

CV : Je prends toutes les remarques, corrections, annotations et suggestions que vous aurez la gentillesse de me laisser.
11
22
10
36
JayBee28
L'histoire de Tom, un adolescent vivant de nos jours, et ses diverses péripéties à travers sa vision des choses.
(Récit fictif inspiré dans les grandes lignes d'événements vécus par l'auteur).
6
11
26
8
Défi
Camille20
Je m'appelle Guillaume, un jeune lycéen issu d'une famille bourgeoise. Modeste, aimable et bienveillant. Je n'avais qu'un seul et fidèle ami, Emile. Notre relation avait débuté il ya 10 ans. Et depuis, tandis qu'elle embellissait ma vie, elle détruisait celle de mon chère camarade...
27
39
226
10

Vous aimez lire Borghan ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0