Chapitre 7 : Le lac du Radian (8/8)

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Thuran vit Rionnel se tourner vers la plage du drame, de l’autre côté du lac. Le tuteur suivit ce regard lui aussi avant de secouer la tête.

— Une réaction magique instinctive, d'après les dires de l’ami qui m’en a parlé, se caractérise par des effets mineurs. Faire tourbillonner l’eau dans son verre ou grandir la flamme d’une bougie, ce genre de choses. Il m’a cité l’exemple d’un jeune qui, alors qu’il était enrhumé, avait soufflé la porte de sa maison en éternuant. Rien de comparable à cette dévastation et moins encore à une épée de glace. Sans parler de cette sorte de transe dans laquelle notre jeune ami s’est trouvé.

— Il semblait… il n’était plus lui. Son regard était vide… expliqua le nain.

Rionnel et Hari hochèrent leurs têtes en silence.

— Comment vont Rosalie et Matt ? demanda soudain Erik.

— Elle va mieux et se repose dans notre chariot, répondit la voix de Maria Summer.

La marchande venait juste d'arriver.

— Matt n’a pas repris connaissance, l’herboriste est à ses côtés, continua-t-elle. D'après lui la respiration est stable, il semble juste… endormi.

— Il y a généralement un mage auprès du gouverneur de Garel, pas vrai ? À notre arrivé nous pourrions aller lui demander conseil, proposa Rionnel.

— Garel est bien loin et, plus important, vous ne reverriez plus ce jeune homme, trancha Hari. Ce n'est qu'un enfant innocent, pour autant que nous le sachions. Je conseillerais plutôt de ne pas ébruiter cette affaire.

— Comment espérez-vous passer cette histoire sous silence ? répliqua le soldat en jetant un regard équivoque au groupe de curieux les entourant.

La rumeur se répandrait vite avec autant de marchands et villageois au courant. Thuran en savait quelque chose, lui qui avait l'habitude de les visiter chaque année : ces gens ne vivaient pas beaucoup d'évènements intéressants. Il remarqua un échange muet entre Hari et Erik avant que le jeune marchand ne finisse par acquiescer.

— Je parlerai à mon oncle, qui dirige notre comptoir de Frerilan, déclara-t-il. Matt m’a sauvé la vie, ma famille voudra montrer sa reconnaissance et le protègera. Par ailleurs notre guilde a les moyens d’étudier ce qui a pu lui arriver, de rassembler les informations nécessaires.

Hari approuva avec un léger sourire au coin des lèvres et personne ne trouva à y redire. Magitek avait indubitablement le poids et l'influence nécessaire.

La foule se dispersa peu à peu ensuite. Alors que le nain s'était levé pour aller voir Rosalie, Rionnel lui attrapa la main et le tira à l’écart.

— Méfie-toi de cet Erik, chuchota-t-il.

— Pourquoi ?

— Les puissants ne s’intéressent qu’au profit. C’est d’autant plus vrai pour les guildes.

— Mais Erik est…

— Il se présente comme votre ami, corrigea le soldat, et peut-être est-il sincère dans ses bonnes intentions à l’égard de Matt. Mais reste tout de même sur tes gardes, surtout une fois à Frerilan !

Le capitaine s’éloigna, laissant le nain songeur. Il jeta un coup d'œil rapide au jeune marchand, qui discutait à voix basse avec son précepteur, puis s'éloigna.

Le calme revint lentement dans le convoi, bien que les conversations animées sur le sujet persisteraient même les jours suivants. Plusieurs groupes rejoignirent la plage pour avoir un aperçu de la scène. D'autres s’y rendirent pour enterrer les victimes. Thuran et Erik, quant à eux, restèrent à l'écart pour éviter tout interrogatoire.

Le lendemain, lorsque l'expédition repartit, Matt fut installé dans le chariot de Thuran avec Rosalie pour veiller sur lui. Le jeune homme n'avait toujours pas repris connaissance, mais l’herboriste estimait qu'il subissait simplement l’effet d’un épuisement physique intense. La jeune femme avait enfilé une tenue chaude, un morceau de velours la couvrait jusqu'au menton. Le nain devina qu'elle cachait les marques de l'affrontement.

La première journée après leur départ sembla durer une éternité, elle passa dans un silence pesant. Matt ne montra aucun signe d’éveil. Au moins son environnement aidait-il le nain à penser à autre chose : les chariots suivirent ce jour-là des sentiers de montagnes étroits qui longeaient régulièrement des ravins. Il devait rester concentré sur la route.

Outre la neige sur certains sommets lointains, les voyageurs découvrirent d’autres étendues d’eau. Elles étaient cependant nettement moins imposantes que celle du Sanctuaire Solaire.

Matt revint à lui le lendemain matin, après presque deux jours de sommeil.

— Il a ouvert les yeux ! alerta soudain Rosalie.

Thuran se retourna vivement pour voir Matt se redresser. Le jeune homme leur retourna un regard embué, perdu.

— Où on est ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Du calme, ne bouge pas trop, grand dadais ! fit Rosalie d'une voix douce en l’aidant à s’assoir.

— Comment tu te sens ? demanda le nain.

Son ami regardait autour de lui.

— Le chariot, on est… J’étais… Les bandits ? Rosalie ? Il fixa la jeune femme, comme s’il n’en croyait pas ses yeux. Tu vas bien ?

— Bien sûr ! rétorqua la jeune femme en souriant. Ce n’est pas moi qui ai dormi deux jours !

Le sourire de la jeune femme semblait un peu forcé.

— Deux jours ?!

— Tu ne te souviens vraiment de rien ? insista le nain avec sérieux.

Matt resta silencieux un instant.

— Je me souviens de la bataille, de cette femme horrible qui tenait Rosalie par la gorge…finit-il par dire.

— Et ensuite ?

— Je… C’est... Comme si j’étais tombé dans un gouffre, dans des ténèbres profondes. J'avais froid, j’étais perdu et puis je crois... je crois que j'ai entendu sa voix.

Il jeta un œil à la jeune femme et ses joues se colorèrent légèrement. Elle lui sourit.

— On est où ? redemanda Matt.

— Sur la route de Frerilan. Erik va bien lui aussi, au cas où, ajouta Thuran en souriant.

— Mais comment est-ce possible ?

—Tu… commença le nain, sans trop savoir comment tourner les choses.

— Il semble que tu aies utilisé la magie, formula simplement la jeune femme.

— La magie ?! Matt la fixa avant de se tourner vers Thuran comme s’il s’attendait à ce que ce soit une plaisanterie.

Au lieu de ça il découvrit un visage très sérieux, inquiet. Le nain avait du mal à faire le tri dans ses émotions. Celui qui se trouvait devant lui était indubitablement Matt, ce jeune homme gentil, cet ami qu'il connaissait depuis des années. Mais il ne pouvait se sortir de l'esprit cet « autre Matt », un homme qui avait froidement torturé leur adversaire, lui avait infligé des blessures atroces avec une sauvagerie qu'il n’aurait pas cru possible.

— Qu’est-ce que j’ai fait ? demanda Matt d’une voix inquiète, opposé au silence de ses amis.

— Tu nous as tous sauvés avant de t’évanouir, conclut Rosalie, d’une voix ferme.

Thuran hocha la tête.

— Je… commença à nouveau Matt après un instant.

Mais une voix résonna soudain derrière eux.

— Attention devant, regardez où vous allez !

C’était le conducteur de l’attelage qui les suivait. Concentré sur leur conversation, Thuran ne faisait plus assez attention à la route et son chariot avait commencé à sortir du tracé. Il s’empressa de rattraper le gravier.

— Tu devrais te reposer un peu, conclut Rosalie en réaction. On reparlera de tout ça plus tard.

La jeune femme n’avait pas assisté à l’ensemble de la scène de torture. Erik et Thuran, quant à eux, trouvèrent plus simple d’éviter le sujet. Dans les jours qui suivirent, Matt tenta à plusieurs reprises de faire bouger de l'eau mais n'obtint aucun résultat et le nain devait avouer que ce résultat le rassurait.

Lorsqu’ils furent enfin sortis de la Chaîne du Radian une semaine de voyage les séparait encore de Frerilan. Chacun reprit progressivement ses habitudes, Rosalie rejoignit sa mère et les séances de méditations du soir reprirent. Thuran recommença son entraînement « militaire » auprès de Rionnel et il redoublait d'efforts plus que jamais, au point que son professeur devait parfois le réfréner. Ses poursuivants l’avaient retrouvé alors qu’il n’était toujours pas prêt !

Tout comme le nain, Erik semblait avoir du mal à croiser le regard de Matt. Il continuait néanmoins à passer du temps avec eux et sa blessure guérissait vite.

Les plaines au sud des montagnes étaient différentes, l’herbe y était abondante, quand l'horizon n’était pas envahi de forêts. La route principale les traversait : forêts de chênes, frênes, hêtres et merisiers se succédaient, composées d’arbres hauts et espacés d’une dizaine de pieds. Des bosquets de fougères ou de baies sauvages s’étendaient parfois, mais l’essentiel du sol était couvert d’humus. Plus important, le soleil perçait régulièrement le feuillage. Le nain ne s’y sentait pas oppressé par la végétation comme il l’avait été dans le Bois de Lachel.

La flore était plus présente elle aussi, renards, écureuils, cervidés et sangliers apparaissaient très régulièrement. Sans parler de la variété d’oiseaux qui chantonnaient en permanence !

Plus rien ne vint troubler la tranquillité des voyageurs. Si des bandits se trouvaient là, sans doute jugèrent-ils le convoi trop risqué à attaquer. Aucun monstre ne se montra non plus ! Bien qu’aucune créature sauvage vraiment redoutable ne soit connue pour occuper ces terres, Rionnel leur avait confirmé la présence de prédateurs capables de tuer un homme insouciant avant qu’il n’ait réalisé ce qui lui arrivait. Thuran se demandait toutefois s’il ne s’agissait pas surtout d’éviter que les jeunes ne s’éloignent du campement.

C’est au cours d’une fin d’après-midi pluvieuse que résonna enfin l’annonce tant attendue en tête du convoi.

— Frerilan !

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