Chapitre 7 : Le lac du Radian (2/8)

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Les deux amis ne se firent pas prier et mirent pied à terre avant de rejoindre vivement la berge. De là ils pouvaient distinguer plus clairement à quoi ressemblait ce fameux sanctuaire : c’était un autel massif, un bâtiment à base carré qui montait de façon pyramidale et disposait d’une plateforme à son sommet. L'îlot sur lequel il était bâti était gris, un rocher nu dépourvu de végétation.

Le regard de Thuran suivit la bordure du lac. Il aperçut une succession de petites plages de galets, entrecoupées par des zones ou le sol tombait directement dans l’eau. En face la végétation semblait avoir envahi les eaux, les racines des premiers arbres y baignaient. L'essentiel du contour était dissimulé par un sous-bois.

Le nain leva les yeux vers les massifs qui les entouraient. Une couronne rocheuse leur dissimulait l'horizon dans toutes les directions, cependant à l'est ainsi qu'à l’ouest cette façade était moins haute, peut-être suite à un éboulement. Il songea que ces espaces libres devaient permettre un ensoleillement durable du centre de cette cuvette, c'était comme si la nature avait voulu éclairer au maximum ces eaux pures. Il sourit et songea que l’édification d'un lieu de culte dédié au soleil à cet emplacement était logique.

— Hé, Thuran, tu m'écoutes ? demanda soudain Matt.

— Hum ? Pardon, j'étais perdu dans mes pensées, s'excusa le nain.

— Je disais qu'on devrait chercher Rosalie pour décider ce qu'on fait, non ?

— Ce ne sera pas nécessaire, rétorqua Thuran.

En effet la jeune femme dévalait déjà la petite pente qui la séparait d’eux, Erik à ses côtés.

— Ben alors, qu'est-ce que vous faites plantés là ! se moqua la blonde. En avant !

— En avant ? Où ça ? s'étonna Matt.

— Visiter le sanctuaire bien sûr ! répliqua Erik. Le temps que les autres organisent le camp on a le champ libre !

Thuran approuva d'un hochement de tête.

— Allons-y !

Ils s’approchèrent de la passerelle qui donnait accès au temple.

— Tu gardes ton épée d’entrainement avec toi maintenant ? s’étonna Erik en marchant.

— C’est Rionnel qui me l’a demandé, expliqua le nain. Il dit que je dois m’habituer à avoir un poids à la taille et m’a promis de m’en procurer une vraie à Frerilan. Du moins si j’ai « assez progressé pour ne pas me blesser avec ».

— C’est solide vous pensez ? questionna Matt, arrivé le premier devant le pont.

Thuran soupira et posa le pied dessus. L’ouvrage composé d’un bois jaune pâle était légèrement branlant, mais solide. Le plancher avait trois pieds de large maximum et reposait sur des pilotis, il était assorti d'une rampe maintenue par des piquets. De grosses poutres avaient été ajoutés pour supporter la structure sur les côtés tout au long du parcours. L’ensemble faisait l’objet d’un entretien régulier : il était facile de distinguer les endroits où des planches avaient été remplacées.

— Ce pont serait sûrement capable de supporter une tempête sans bouger ! assura le nain.

Il ne pouvait cependant s'empêcher de penser qu'une construction en pierre aurait été plus naturel.

— L'eau est glaciale ! fit remarquer Rosalie, penchée sur la rive.

— La neige ne doit pas avoir fondu depuis longtemps par ici, remarqua Matt.

— L’eau de ces lacs de montagne est froide toute l’année, commenta à son tour Erik en haussant ses épaules.

— Tu dis ça parce que tu es habitué à un climat très chaud, rétorqua Thuran en souriant. L’eau peut être agréable en été, même si je ne suis pas un grand adepte de baignade moi-même.

Matt rejoignit le nain sur le pont et sauta trois fois pour s’assurer de sa solidité, provoquant un nouveau soupir de son ami.

— On y va !

La passerelle les menait droit vers un premier îlot, à une cinquantaine de pieds du rivage, puis obliquait vers le suivant et ainsi de suite sur cinq rochers successifs avant d'atteindre sa destination. Les planches grinçaient sous leurs pas, mais rien ne bougea. En quelques instants ils atteignaient le pied du sanctuaire et Thuran leva la tête pour observer la construction.

— Pas très impressionnant.

— Tu rigoles ? s’exclamèrent Matt et Rosalie en le fixant avec surprise.

— Cette pyramide dorée ne tient debout que grâce à la taille et au poids des pierres qui la composent. La construction est grossière et pas très ancienne je pense, un millénaire tout au plus.

— Tu es un maître architecte maintenant ? se moqua Matt.

Le nain sentit la chaleur lui monter aux joues.

— Je... je ne voulais pas dire. Désolé, c'est juste que comparé aux constructions des cité-États naines...

Le nain se tourna vers la bâtisse qui, il fallait l'avouer, sortait de l'ordinaire pour une contrée comme le Gareldor. Lui était habitué à la vue de bâtisses plus imposantes et Erik, qui avait visiblement beaucoup voyagé, était sans doute dans le même cas. Mais pour Rosalie et Matt, un bâtiment de cette envergure était forcément une première.

Le temple ne faisait pas moins de trente pieds de haut pour le double de large à la base. Construit en terrasse, sa surface se présentait comme un escalier de pierres de trois pieds de haut. Des allées de marches trois fois moins importantes étaient disposées au centre de chaque face. Thuran s'approcha pour toucher la surface des pierres et constata que la roche n’était pas naturellement dorée, elle avait été enduite d’une sorte de stuc puis peinte. Cette coloration s'écaillait, de près il voyait de nombreux espaces blancs.

— On monte ? La vue devrait être belle là-haut, fit remarquer Rosalie en s’élançant sans attendre de réponse.

Thuran échangea un regard avec les deux autres garçons en souriant, puis ils emboitèrent le pas de la jeune femme.

Arrivé au sommet, le nain découvrit un pilier de pierre de quatre pieds de haut au centre de la plateforme. Une large sphère dorée en métal qui devait représenter le soleil y reposait. Thuran se tourna ensuite vers le paysage et dû avouer que le panorama valait le détour. Ils ne voyaient pas au-delà du rempart montagneux qui les entouraient, mais l'intérieur de ce cratère était bien suffisant. Entre le bleu profond du lac et la végétation presque luxuriante qui occupait l'essentiel des berges, ils avaient une vue magnifique.

— Il y a d’autres petites îles comme celle-ci dans le coin là-bas, annonça Rosalie en tendant le doigt.

— Il y a des arbres sur l'un d'eux, remarqua Matt, et vous avez vu cette pointe rocheuse au centre ? On dirait les restes d'une colonnade massive...

— C'est à l'aube et au crépuscule que le spectacle est le plus beau, fit remarquer une voix dans leur dos.

Thuran sursauta et se retourna vivement pour découvrir un vieil homme frêle d'assez petite taille. Son visage mat était strié de rides et s'il n'avait plus beaucoup de cheveux il portait encore une barbichette blanche bien entretenue. Il était vêtu d'une tunique blanche très ordinaire, sans ornements. L'inconnu adressa un sourire paisible aux quatre amis.

— Excusez-moi, je ne voulais pas vous effrayer.

Thuran devina que cet homme était caché par l’autel lorsqu'ils étaient arrivés.

— Vous êtes le prêtre responsable de ce sanctuaire ? Monseigneur Treyan, c'est ça ? intervint Erik.

Le vieil homme acquiesça.

— Vous connaissez mon nom ?

— Mon professeur, Hari Beldar, a mentionné votre nom.

— Oh, Hari ? C’est ton professeur ? Voilà des années que nous ne nous sommes pas vus, il est là ?

— En bas, confirma le marchand avec un hochement de tête, il a dit qu'il viendrait plus tard.

Le prêtre acquiesça.

— Il est trop rare de retrouver de vieille connaissance ici. Mais oubliez ce « monseigneur », appelez-moi simplement frère Treyan. Je ne suis qu'un simple gardien.

Thuran s'intéressa au pied de la construction centrale. Divers objets y étaient éparpillés, des colifichets, des pièces d'étoffes voire même quelques pièces de cuivre ou d'argent.

— Ce sont des offrandes ? demanda-il au prêtre en désignant ces babioles. Votre rôle ne serait-il pas de les récolter pour les faire parvenir aux temples des grandes villes ?

Treyan se tourna vers lui en affichant un petit rictus.

— Voilà une vision des choses très matérialiste, jeune nain. Je dois convenir qu'il s'agit effectivement d'une tâche ingrate liée à mes responsabilités. Mais mon rôle principal est d'accueillir les pèlerins et partager les enseignements des Saintes Écritures. Dites-moi jeunes-gens, avez-vous une idée de la raison pour laquelle un temple a été édifié ici, si loin de tout ?

Instinctivement, Thuran tourna la tête vers Erik. Le marchand avait toujours réponse à tout mais, cette fois, il secoua la tête négativement.

— Pour la beauté des lieux ? Sa richesse naturelle ? proposa Rosalie.

— C'est une partie de la réponse, confirma Treyan. Mais si vous avez un peu de temps, je pourrais peut-être vous conter une histoire ?

— Ce sera avec plaisir, approuva aussitôt la jeune femme tout en s'asseyant en tailleur.

Le prêtre attendit que les trois autres l’aient imitée pour commencer.

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